Latitude Sud, i3''5l'; londtudc Est, 4a'^3r
Chivragf! anciens concfrnant Madagascar, t. I, p. 23
AI.FONSO D'ALBUaUPRQUR,
amiral qui a gratidftiient coniribué
i fondt-r l'empire colonial portugais dans l'Extrcme-Oriei
H a viiiié h càte Nord-Ouest de Madagascar en T506.
Mozambique et donné à divers capitaines Tordre d'aller l'attendre àMalindi], fit voile pour ce port. Passant de nuit auprès des îles Coraores, il y rencontra le vaisseau amiral ; le matin, après avoir hissé le drapeau au mât de hune, il alla saluer Tristan da Cunha. Celui ci lui raconta tous les malheurs qu'il avait eus depuis leur séparation et il lui apprit la perte du navire de Ruy Pereira qui s était échoué sur des écueils où lui-même aurait certainement aussi sombré, car il faisait pleine nuit, si les cris des naufragés ne 1 eussent averti à temps du danger et si le pilote n'eût donné rapidement Tordre de virer de bord.
Tristan da Cunha et Alfonso d'Albuquerque s'en retournèrent ensemble à Mozambique {Commentarios do Albuquerque^ 1557, parte I, cap. viii, ix et x, édit. 1776, p. 33 à 43).
S'^Reiation de Barros. — Parti de Lisbonne le 6 mars 1506 avec ii navires et 1300 hommes d'armes, Tristan da Cunha fut surpris dans les parages du cap de Bonne-Espérance par une violente tempête. Un des navires [celui d'Alvaro Teles] passa dans l'Est de Tile de Saint-Laurent et atterrit à Tile de Sumatra, tandis que son capitaine croyait arriver au cap Guardafui. Un autre, que commandait Ruy Pereira, s'en fut à la côte Sud-Est de Tile de Saint-Laurent, en un port nommé Matatana [Matitanana*], ce qui fut, comme nous le verrons plus loin, la cause de sa mort et de celle de Jean Gomes d'Abreu. En arrivant sur cette rade où se jette une grande rivière, il fut accosté par une piro^e à la voile, où il y avait dix-huit indigènes qui montèrent sans hésitation à bord. Comme quelques-uns d'entre eux avaient aux bras des manilles d'argent, Ruy Pereira leur demanda par signes, — car personne ne connaissait leur langue, — s'il y avait beaucoup de ce métal dans leur pays, et il leur montra
{, Grande rivière qui se jette sur la côte Sud-Est de Madagascar.
24 Ot'VHAGES ANCIENS
aussi des clous de girofle et du gingembre; ils répondirent, par signes, qu*ils avaient de toutes ces choses. Il retint à bord deux de ces indigènes pour qu'ils pussent renseigner Vamiral sur les richesses de Ttle.
A Mozambique, il y avait un Maure, nommé Bogima, qui connaissait le malgache et par Tintermédiaire duquel Tristan da Cunha apprit beaucoup de choses intéressantes. Bogima, qui avait été, disait-il, à Matitanana, lui affirma qu*il y avait tant de gingembre qu*on en pourrait charger plusieurs navires.
Comme la saison était trop avancée pour qu'il songeât à aller cette année-là dans llnde, Tristan da Cunha se réjouit de ces nouvelles et, au lieu de rester inutilement à Tancre dans la rade de Mozambique en attendant les vents favorables, il se décida à aller visiter l'île de Saint-Laurent. Il crut en effet qu'en explorant ce pays riche en girofle, en gingembre et probablement en épices diverses, il découvrirait une autre Inde, moins dispendieuse à exploiter puisque ses habitants étaient plus pacifiques et qu'il n'y aurait pas besoin d'y amener autant de soldats; et, lors même qu'il n'y trouverait rien autre que ce qu'avait dit Ruy Pereira, il pensait être assuré d'en charger deux navires qu'il expédierait de suite au Portugal.
Les commandants des autres navires, auxquels il soumit son projet, furent tous d'accord qu'il y avait un grand intérêt pour le service du Roi à explorer l'île de Saint-Laurent, dont on disait tant d'excellentes choses et sur laquelle on avait de si bons renseignements.
Le navire amiral, le San lagOy étant trop grand pour aller à la découverte d'une île dont les abords étaient si difficiles, fut laissé à Mozambique sous le commandement d'Antonio de Saldanha, et Tristan da Cunha s'embarqua sur le Santo Antonio^ qui était sous les ordres de Joào da Vega.... Le premier port
ie l'Ile auquel il toucha était au fond d'une baie à laquelle Nuno da Cunha, son fils aîné, qui était à bord avec lui, donna le nom de D. Maria da Cunha, par amour pour cette noble dame, flile
Plan de la baie de Boina par Chevi
deMartino da Silveira, alcade principal de Terena, et attachée au seni'ice de la reine D. Maria, à laquelle il faisait alors la cour el qu'il épousa par la suite. Il y en a qui donnent à cette baie
I. Ce plaa, le plus ancien connu avec celui de Dupré Eberard (1667}, dont l'original, à 1/90000, est dessiné sur parchemin et colorié, est déposé dans les Archives du Dépiit des cartes et plans de la marine; il est dalé de 1683 et est intitulé Plan de la baie des Nouvcaui- ilazelages. La baie de Boina a Été dénommée successivement Bahia formata par Huy Pereira ou plutôt par Jean Gomcs d'Abreu, 10 août 1506J, Bahia de la
le nom de baie de la Conception, parce que Tristan da Cunha y est arrivé le 8 décembre, le jour où TÉglise célèbre cette fête. Cette baie est dans le Nord de Tile, en face de la côte de Mozambique, et, comme le temps n^était pas propice pour aller au port de Matitanana, Tristan da Cunha yjeta l'ancre et envoya Job Queimado et Antonio do Campo à terre avec le Maure Bogima, qui devait les conduire à une ville située à trois lieues du mouillage. A la vue des embarcations des Portugais, il vint sur la plage une foule de monde, musulmans, nègres à cheveux crépus, mulâtres basanés, qui, apercevant Bogima, lui parlèrent comme à une vieille connaissance. Bogima, après l'échange des compliments, leur expliqua, conformément à ce que lui avaient recommandé les capitaines, que Tamiral venait dans ce port avec le désir de prendre connaissance du pays et de se rendre compte de ce qu'ilproduisait. A quoi ils répondirent qu'ils n'étaient point capables de lui donner une réponse à ce sujets que lui du reste connaissait bien le pays, mais que^ s'il voulait avoir de plus amples renseignements, ils le conduiraient auprès de leur chef, qui était dans la ville et auquel il pourrait parler. Bogima, confiant dans ces gens qu'il connaissait d*ancienne date et qui avaient l'air de lui faire un bon accueil, obtint des capitaines la permission de se rendre auprès du chef, persuadé, d'après les promesses que lui faisaient les Maures, qu'il obtiendrait ce qu'il voulait. Mais ces Maures, quand il s'en alla avec eux, comme pour nous montrer l'accueil réservé aux étrangers qui viendraient à terre, lui donnèrent tant de coups qu'ils l'auraient
Conceicào ou Bahia de Dona Maria da Cunha (par Tristan da Cunha, 8 décembre lo06), Barda (par Gastaldo, 1567), Mazalagem nova (par le R. P. Luis Mariano, 1613) et, par divers auteurs ou cartographes, Magelagie, Massaly, Petit Massaly, Mazelaijes, Nouveaux Ménages^ Neiv Matheladje, Messalanga nuova, etc. — Voir VHist. géogr, de Madag., par A. Grandidier, 1892, p. 121, et pi. XLVI, fig. 2.
tué, si nous n'avions tiré quelques coups de fusil qui les firent s'éloigner de la plage. Bogima nous expliqua qu'on Tavait ainsi traité parce qu'il avait amené des chrétiens dans ce pays.
Tristan da Cunha, voyant le triste état dans lequel il était et sachant que la population de la ville était uniquement composée de musulmans, décida avec les autres commandants daitaquer la ville le lendemain avant le jour; mais ce fut peine perdue, car tous les habitants avaient fui dans la forêt et ils ne trouvèrent qu'une vieille femme, qui n'avait pu les suivre. Le jour suivant, il fit avancer les navires de plus de trois lieues
Eolrée de la baie de Bombétoke par Dupré Éberard ».
vtTs le Nord et il aborda [à l'entrée de la baie de Bombétoke] à une autre ville importante, bâtie sur le bord d'une rivière;
l. Ce plan, le plus ancien connu, qui est conservé au Musée britanni«|ue, est manuscrit et daté de 1667; il est à 1/300 000. Son auteur est un marin français, Dupré Eberard, auquel on doit une carte du Nord- •mest de Madagascar et les plans des trois principales rades de cette côte. Il est intitulé Port et rivière de Maragande. Cette baie a reçu, en outre, des marins et cartographes les noms de Vigang, Monongarra ou Mangara, MnriHgando, Rivière des Mâts, Combetora, ManingraOj Manongaro, Manaqunra (par corruption du nom de la rivière Mananara [aujourd'hui la Bet- «ibokaj qui se jette au fond) et aussi de Pombovitoc, le Grand PombétoCy Combetoka ou Ampampitoeka^ Fometoke, etc. (par corruption du nom du village d'Ampombitokana qui est situé dans l'Est). — Voir VHist. géogr. de Madagascar, par A. Grandidier, 1892, p. 122 et pi. XL VII, fig. 1.
28 Ol^Vft^Qgg j^t^ciExs
il ne fit aucun mal auic habitanU qui étaient nombreux, mais il s*empara du chef, qui était le seigneur, du pays et qui, pendant la nuit, le conduisit i un tlot très peuplé, placé dans une baie bien fermée [baie de Mahajamba] où se jette un grand
Plan de la baie de Mahajamba, par Dupré Éberard K
fleuve, que les indigènes appellent Lulangane (Langany). Sa population était composée de musulmans, plus civilisés et plus riches que ceux qui habitent d^autres points de la côte, car leur mosquée et la plupart des maisons étaient en pierres et chaux, avec des terrasses i la manière des constructions de Kiloa et de Mombaz. Comme ils avaient aperçu la veille nos bateaux, dès qu'ils virent que nous ne continuions pas à suivre la côte
1. Ce plan, qui est conservé au Musée britannique, est manuscrit et daté de 16G7; il est à 1/300 000 et est dû à Dupré Eberard comme le précédent. Il est intitulé Plan du vieux Macelufje, La baie de Mahajamba a reçu des marins et des anciens cartof^raphes des noms divers : Porto dcl Gado ou Port du Bétail CBerteli, 1567); Mazala'jem velha (P. Luis Mariano, 1613) et Vieux Matjelage^ Old Mathaledg, Vecchia Massalanga, Old Matheladye^ Masaliet, Vieux Massailli, etc. — Voir Vlïist. geogr. de Madagascar, par A. Grandidier, 1802, p. 123 et pi. XLVII, fîg. 5.
et que nous entrions dans la baie, ils commencèrent pendant la nuit à se réfugier sur la terre ferme; mais il y avait beaucoup de inonde dans cet ilôt et les pirogues n'étaient pas nombreuses, de sorte qu'ils ne purent tous le quitter avant que le navire de Tristan da Cunha et celui de son fils Nuno da Gunha l'eussent cerné. Les Portugais tuèrent quelques Maures qui faisaient mine de résister et prirent plus de 500 personnes, dont la plupart étaient des femmes et des enfants; il n'y avait pas en tout parmi elles plus de 20 hommes, entre autres un vieillard qui était le seigneur de ce lieu; les autres avaient réussi à gagner la terre ferme. Dans ce passage du bras de mer, il périt plus de 200 individus, parce que, effrayés comme ils l'étaient, ils s'entassèrent dans les pirogues dont plusieurs chavirèrent. Tristan da Cunha et les autres capitaines s'installèrent dans les principales maisons de la ville, et les matelots festoyèrent gaîment pendant toute la nuit, tandis que les captifs étaient tout en larmes.
Le lendemain, à l'aube, ils virent venir une foule d'embarcations où il y avait environ 600 hommes, prêts à mourir pour sauver leurs femmes et leurs enfants qui étaient restés entre les mains des nôtres. Tristan da Cunha, informé de leurs désirs et n'ayant aucune raison de leur infliger un châtiment, leur envoya dire par le chef, qui avait été fait prisonnier la veille, qu'ils pouvaient accoster sans crainte du moment qu'ils Tenaient chercher leurs femmes et leurs enfants, car il leur permettait de les racheter, n'ayant jamais eu l'intention de leur faire du mal, mais voulant seulement prendre des vivres et se renseigner sur le pays, et que, si quelques-uns avaient péri, c'était parce qu'ils avaient pris les armes. Une fois arrivé au milieu des siens, le Cheik leur rapporta ces paroles et ramena avec lui un Maure vigoureux et de belle taille, ayant à la main
une simple paire de pagaies, qui, en arrivant auprès de Tristan da Cunha, se jeta à ses pieds, lui demandant d^avoir pitié des innocents qui étaient en sa possession et lui disant qu*il ne fallait pas leur en vouloir de ce qu'ils avaient eu peur des Portugais, car il est naturel qu'une créature éprouve de la crainte en présence de gens inconnus et cherche par tous les moyens à sauver sa vie et celle de ses enfants; que, s'ils avaient su qu'il était si bon et qu'il ne venait pas leur faire la guerre, ils n'auraient pas abandonné leurs maisons, qu'ils lui auraient au contraire fait un bon accueil et qu'ils lui auraient rendu tous les services qu'ils auraient pu, tout pauvres et sauvages qu'ils étaient. Tristan da Cunha, en entendant ce discours et en voyant la contenance humble et franche du Maure qui le prononçait et dont la figure triste en disait plus que les paroles, eut pitié de lui et lui dit qu'il se consolftt, parce que leurs femmes et leurs enfants leur seraient rendus, et qu'en échange de ce bienfait, il ne demandait que quelques bœufs et des vivres frais, et aussi des renseignements sur le pays. Le Maure, à ces mots, se jeta à ses pieds, baisant la terre sur laquelle ils étaient posés, et, après en avoir demandé la permission, il s'en fut porter la nouvelle à ses compatriotes qui l'attendaient et qui s'en retournèrent de suite à la terre ferme, d'où ils amenèrent plus de 50 petites vaches, 20 chèvres, du maïs, du riz et divers fruits.
Par l'enquête à laquelle il se livra, Tristan da Cunha apprit que tous les habitants de l'île de Saint-Laurent étaient des Cafres, noirs, avec des cheveux crépus, comme ceux de Mozambique, qu'il y avait, seulement le long de la côte, quelques villes arabes, mais dont les maisons n'étaient pas aussi belles que celles de Langany. Il apprit aussi qu'on trouvait dans cette île un peu de gingembre, mais pas en quantité assez grande pour en charger des navires ; quant aux clous de giroÛe et à
l'argent, les Maures n'en connaissaient point dans le pays, quoiqu on leur eût dit que de Tautre côté de Tîle, dans le Sud, les habitants portaient des manilles d'argent.
Tristan da Cunha s'en retourna à bord, peu satisfait de ces renseignements qu'il ne croyait pas véridiques et persuadé que les Maures le trompaient. Le lendemain, il mit à la voile pour aller à la ville de Sada [Anorontsanga], qui est située plus au Nord et où il arriva tard, quoiqu'il fût parti de très grand matin, de sorte que les matelots, furieux du travail qu'ils avaient fait inutilement, y mirent le feu, qui se propagea si vite parmi ces cases de roseaux et de chaume que, avant même qu'ils eussent regagné la plage, toute la montagne semblait en feu.
Parti de Sada, Tristan da Cunha longea la côte, naviguant de joar et certaines fois mouillant la nuit, afîn d'aller à la découverte et de contourner la pointe Nord de l'île, qu'on nomme à présent cap Natal parce qu'il y est arrivé le jour de Noël. Mais il ne put parvenir à la doubler, car il trouva des vents tout à fait contraires lorsqu'il arriva aux îles Caria qui sont tout près de cette pointe ; il convint alors avec les capitaines qu'Âlfonso d'Albuquerque irait à Mozambique avec quatre navires pour porter ses ordres à ceux qui étaient restés là-bas, puis qu'ils se rendraient à Malindi, et que lui, Tristan da Cunha, avec son navire et les trois autres que commandaient Francisco de Tavora, Ruy Pereira et Jean Gomes d'Abreu, il reviendrait en arrière, puisqu'il aurait le vent en poupe, et qu'il suivrait toute la côte occidentale, contournerait la pointe Sud de l'île et gagnerait Hatitanana, où, disait-on, il y avait tant de clous de girofle, de gingembre et d'argent. Il expédia donc Alfonso d'Albuquerque et se mit en route. Une nuit, où le vent était fort, le navire de Ruy Pereira, qui était en avant, donna contre une île 1res près de terre [aux environs du cap Orontany?], où il se
32 ^^'Vrages anciens
perdit; le maître, le puote et treize hommes échappèrent seuls à ce naufrage et allèrent dans une barque à Mozambique, où ils rencontrèrent heureusement Tristan da Cunha, qui y était déjà de retour et qui les renvoya sur son navire avec Jean da Vega pour commandant, aGn de voir s'il ne serait pas possible de sauver le coffre qui contenait l'argent destiné à acheter les épices et d'autres objets ; ils avaient l'ordre de revenir ensuite à Malindi.
Au moment où le navire de Ruv Pereira se mit à la côte, il faisait une nuit sombre et la mer était mauvaise; Tristan da Cunha, qui était à la portée de la voix de ce navire, fut avisé par les naufragés de s'arrêter, ce qu'il fit de suite, sans qupi il eût été lui aussi perdu. Quand le lendemain il connut la perte de Ruy Pereira, ce qui le fâcha fort, et quand il ne vit pas non plus paraître Jean Gomes d'Abreu, qui, comme nous le verrons plus loin, subit un désastre sur la côte Sud-Est et y mourut, il ne voulut pas continuer à naviguer sur une côte aussi dangereuse
et il s'en retourna à Mozambique Il renvoya en Portugal le
navire Santa Maria sous le commandement d'Antonio da Saldanha et mit à son bord les deux Maures que Ruy Pereira avait amenés de Matitanana, écrivant au Roi ce qu'il avait fait et lui donnant avis des renseignements qu'il avait recueillis. Antonio de Saldanha arriva sain et sauf à Lisbonne (Barros, Da Asia, Dec. II, liv. i, ch. i, p. 7-18, édit. 1778).
4"* Relation de Castanheda. — Les navires de la flotte de Tristan da Cunha furent dispersés par une grande tempête dans
les parages du cap de Bonne-Espérance L'un d'eux, que
commandait Jean Gomes d'Abreu, fut porté sur la côte Ouest de l'île de Saint-Laurent et entra dans une baie, qu'on appelle aujourd'hui Bahia Formosa [Baie de Boina]*. Dix-huit nègres
1. N'y a-t-il pas là une confusion et Castanheda n'attribue-t-il pas à tort à J. (iomes d'Abreu le voyage qu'a fait Ruy Pereira sur la côte Sud-Est?
vinrent dans une pirogue en pagayant et n'hésitèrent pas à monter à bord, témo^nant du plaisir qu'ils avaient à se trouver au milieu des Portugais. Ils étaient à peu près nus, vêtus seulement d'un simple pagne en Gis de palmier; ils apportaient des ignames, des volailles, ainsi que des graines rondes comme des glands, ayant Todeur du girofle K Le commandant leur flt distribuer des vêtements et s'enquit par signes, car personne à bord ne connaissait leur langue, s'il y avait àterre beaucoup de ces graines. Sur leur réponse affirmative, il emmena, de leur plein gré, à Mozambique, où il pensait trouver des interprètes, deux de ces indigènes qu'il voulait présentera l'amiral; l'un d'eux s'appelait 0/o^ Arrivé à Mozambique, il fit son rapport à Tristan da Cunha, qui, voyant ces graines dont l'odeur rappelait celle du girofle * et apprenant par quelques-uns des habitants de la côte africaine qu'il y avait, à Madagascar, beaucoup de gingembre et même de l'argent, se résolut à aller l'explorer. On a, dit-on, donné à cette ile le nom de Saint-Laurent parce que Jean Gomes iFAbreu Ta vue le jour de la fête de ce saint. Il faut ajouter qu*une des raisons qui a déterminé l'amiral à entreprendre cette exploration, c'est qu'il ne pouvait se rendre dans l'Inde avant rétablissement de la mousson de Sud-Ouest et qu'on était alors en pleine mousson de Nord-Est, favorable au contraire pour aller à Madagascar; ce futaussil'avisd'Alfonsod'Albuquerqucet les capitaines des autres navires furent tous d'accord à ce sujet. Tristan da Cunha partit à la fin de décembre 1306. Les capitaines qui l'accompagnèrent furent Alfonso d'Albuquerque, Antonio do Campo, Manoel Teles, Francisco de Tavora, Jean Gomes d'Abreu, Ruy Pereira de Coutinho et Tristan Alvares; les autres navires restèrent à Mozambique
1. Celaient des fruits de Ravintsara, qui ont une coque dure aromatique.
2. .0(0 ou Olana est un mot malgache qui veut tout simplement dire homme.
34 ^'VhagES anciens
Tristan da Cunha atterrit d abord en un point de la côte Nord- Ouest de l'île de Saint-Laurent nommé Çada ou Sada ' [la moderne Ânorontsanga] , puis à Lulangane ou Langany, village situé sur un Ilot [Nosy Manja] à Tentrée de la baie de Mabajamba. Les habitants de ces deux villes, qui étaient armés de javelots terminés par des pointes d'os d'animaux, tentèrent de s'opposer à ce qu'il débarquât; il détruisit ces villes, puis il fit route dans le but de doubler le cap Nord de l'île et d'en visiter la côte orientale, où il espérait être plus heureux que sur la côte occidentale et' trouver de l'argent, du gingembre et du girofle. Il arriva à ce cap le jour de Noël, mais le vent était contraire et si fort qu'il ne put le doubler; le navire de Ruy Pereira, qui longeait la terre de près, fut jeté à la côte pendant cette tempête et une partie de l'équipage, notamment le capitaine lui-même, périt. Tristan da Cunha, ayant vu sombrer ce navire et craignant de se perdre et de perdre ses autres vaisseaux, s'éloigna de la côte et fit voile vers Mozambique.
Le navire de Jean Gomes d'Abreu, qui avait réussi à doubler le cap, continua seul à visiter l'ile de Saint-Laurent dont il suivit toute la côte orientale, jetant l'ancre à la bouche du Matatana [Matitanana] pour y attendre l'amiral dont il ignorait le changement d'itinéraire. Une vingtaine de pirogues vinrent de suite autour du navire, apportant du poisson et des cannes à sucre; le maître, qui parlait l'arabe et plusieurs autres langues, descendit dans l'une d'elles, afin de décider quelques-uns des indigènes à monter à bord. Mais à peine y fut-il qu'elles partiront toutes, l'emmenant à terre. Abreu fit aussitôt armer une chaloupe et se mit lui-même à leur poursuite avec vingt-quatre hommes. Il n'était plus qu'à une demi-lieue de la côte lorsqu'il vit revenir les pirogues qui ramenaient le maître vêtu d'un pagne de coton à la mode du pays et portant aux poignets des
maailles, aux doigts des bagues et au cou une grosse chalae à laquelle étaient attachées trente cruzades, le tout en argent; c'étaient les cadeaux que le roi du pays lui avait faits en témoignage d*amitié. Les indigènes n'avaient eu, en remmenant, nulle idée de lui faire du mal, ils avaient tout simplement voulu montrer un blanc à leur chef. Âbreu se décida alors à aller visiter le roi, mais, une tempête s'étant tout à coup élevée, la barre de Tembouchure de la rivière devint infranchissable et il dut rester à terre pendant quatre jours. Ne voyant pas revenir leur capitaine et craignant d*être mis à la côte par Touragan, d*autant plus qu'ils n'avaient plus le pilote qui avait accompagné Abreu, les marins mirent à la voile et atterrirent sur la côte de l'Afrique auprès de File d'Angoza, où ils trouvèrent Ruy Soares; les deux navires allèrent ensemble à Mozambique, que l'amiral Tristan da Cunha avait déjà quitté.
Jean Gomes d'Abreu fut naturellement très triste d'être ainsi abandonné par son navire sur une terre étrangère; des vingtquatre matelots qui l'avaient accompagné, huit moururent de maladie et treize se déterminèrent à gagner Mozambique avec la chaloupe, aimant mieux périr en mer que mourir de maladie à terre. Avec la permission du roi, ils consolidèrent leur bateau, y entassèrent des provisions et remplirent d'eau plusieurs gros bambous ; le pilote confectionna tant bien que mal un astrolabe en bois, et ils partirent en 1507, laissant à Matitanana trois des leurs; après avoir longé toute la côte orientale, ils s'arrêtèrent dans une des baies du Nord-Ouest pour y faire de Teau; la plupart d'entre eux y furent blessés à coups de sagaies et de pierres par les indigènes, qui les attaquèrent traîtreusement. De là, ils traversèrent le canal de Mozambique et atterrirent aux îles d'Angoza; ils y trouvèrent Lucas da FûQseca qui venait de l'Inde et qui, les ayant recueillis dans sa
caravelle, les conduisit à Mozambique, d*oà ils gagnèrent Goa (Gastanheda, Historia do descobrimento e conquista da India pelos PortugueseSy 1552, t. IL, ch. xxx et xxxi, p. 10 et suivantes, édit. 1833).
5* Relation de Manoel de Faria y Sousa. — G'est le 6 mars 1 506 que partit de Lisbonne une flotte de 14 navires, montés par 1 300 soldats, sous le commandement de Tristan da Cunha et d'Alfonso d*Albuquerque. Surpris par une tempête, ces navires se séparèrent dans les parages du cap de Bonne-Espérance.
L*un des capitaines, Ruy Pereira, atterrit à la bouche du Matitanana; ayant appris que le pays était fertile et produisait beaucoup de gingembre, il engagea Tristan da Gunha, qu'il rejoignit à Mozambique, à visiter Ttle de Saint-Laurent.
Tristan da Gunha aborda dans une baie [baie de Boina] à laquelle son fils, Nuno da Gunha, donna le nom de Bahia de Dona Maria da Cunha^ dame du palais dont il était amoureux. Mais quelques-uns, plus pieux, l'appelèrent Bahia de Maria de la Conceiato (baie de la Gonception) parce qu'ils y avaient jeté Tancre le 8 décembre 1506, jour où Ton est accoutumé de célébrer cette fête de la Sainte Vierge. Quelques nègres se montrèrent sur la plage, et l'amiral leur dépêcha un Maure nommé Bogima qui connaissait le pays et qu'il avait amené comme interprète; mais celui-ci eût été massacré par les indigènes, furieux qu'il eût amené des chrétiens dans leur pays, si les canons des navires ne les avaient forcés à se sauver. Tristan da Cunha alla trois lieues plus au Nord [à l'entrée de la baie de Bonibétoke], jusi|u'i\ une petite ville située sur le bord d'une rivière, et il s'empara du chef que les habitants appellent Gheik et qui le conduisit la nuit suivante à une autre baie bien fermée [haie de Mahajamba], où se jette le Lulangane ou Langany [Sofia], fleuve qui a un fort courant et sur le bord duquel est bâtie une ville
habitée parties Maures. Ceux-ci, en voyant venir la flotte, prirent peur et passèrent à la terre fermé dans des pirogues si chargées de monde que beaucoup sombrèrent; quelques-uns moururent sous les coups de nos sabres. Les équipages, qui s'étaient partagés en deux groupes commandés par les deux Cunha, le père et le fils, s'emparèrent de 500 personnes, parmi lesquelles il n'y avait que 20 hommes et le Cheik, qui était un vieillard respectable: tous les autres prisonniers étaient des femmes ou des enfants. Le lendemain, au lever du jour, une flottille de piro- «rues se dirigea vers les navires portugais, portant plus de 600 hommes armés qui demandèrent qu'on leur rendit leurs femmes et leurs enfants. L'amiral, touché de pitié, se rendit à la requête fort juste de ces maris et de ces pères et se contenta de les interroger sur leur ile et ses productions; il apprit que la population était nègre et que, contrairement aux renseignements qu'on lui avait donnés, il n'y avait que peu de gingembre.
Il alla ensuite plus Nord, jusqu'à Zada (ou Sada) [la moderne Anorontsanga] , mais, n'ayant pas été bien accueilli par les indigènes, il incendia la ville qui brûla si bien que la montagne sembla être toute en feu (Faria y Sousa, Asia portuguesa, 1666, 1. 1, p. 95 .
6* Relation d'Osorius. — Tristan da Cunha arriva à Mozambique en décembre 1506, ayant perdu en route plusieurs navires de sa flolle pendant une violente tempête*. Celui de Ruy Pereira de Cootinho atterrit dans une baie de l'tle de Saint-Laurent à laquelle il donna le nom de Bakia formosa [baie de Boina] à cause du repos qu'il y trouva et qu'il apprécia d'autant plus que sa traversée avait été des plus tourmentées. Une pirogue amena à bord dix-huit indigènes, auxquels il distribua divers cadeaux et des
i. Alfonso Lopes da Costa atterrit à Sofala, Lionel Coutinho à Kiloa et AI?aro Teles au cap Guardafui.
vêtements, si bien que deux d*entre eux, très contents de cet accueil, consentirent à venir à Mozambique, où était Tristan da Cunha. L*amiral, mis au fait de la grandeur de cette tle, et voyant que la saison n'était pas propice pour aller à Socotora, après s'en être entendu avec Alfonso d'Albuquerque, fit ses préparatifs pour aller la visiter, afin de se rendre compte par luimême de son étendue, de sa fertilité et des mœurs et des institutions de ses habitants. II emmena avec lui Alfonso d'Albuquerque, Antonio do Campo, Manoel Teles, Francisco de Tavora, Jean Gomes d'Abreu, Rodrigues Pereira de Coutinho et Tristan Alvares. Les autres capitaines restèrent en rade de Mozambique.
Il atterrit à Tun des ports du Nord-Ouest, mais, lorsqu'il voulut descendre à terre, il en fut empêché par une foule d'indigènes, qu'il mit facilement en fuite et dont il fit un grand carnage. 11 parcourut alors toute la côte occidentale, qui fait face à l'Afrique, et tenta de doubler le cap qui regarde TOuest [cap Nord] afin de faire la circumnavigation de nie et d'en explorer la partie méridionale (orientale] ; il en fut empêché par une violente tempête, et le navire de Rodrigues Pereira, qui se mit sur un hautfond, coula; la plupart des matelots qui étaient à son bord périrent. Cunha s*en retourna alors à Mozambique.
Quant à Jean Gomes d'Abreu, il avait déjà doublé le cap Nord de l'île lorsque celte tempête éclata, et, longeant la côte méridionale [orientale], il arriva à l'embouchure d'un fleuve qui s'appelle Mataranam [Matitanana], où il s'arrêta pour prendre de Teau ; un grand nombre d'indigènes, montés sur des pirogues, s'approchèrent du na>îre et firent des signes amicaux, offrant du poisson frais, des cannes à sucre et des racines comestibles dont ils se nourrissent. En présence d'un accueil aussi sympathique, le capitaine fit descendre dans une de ces pirogues le
maître, qui parlait plusieurs langues, afin de voir s'il ne pourrait pas converser avec eux et, à Taide de présents, persuader quelques-uns de monter à bord. Mais, dès que le maître fut dans la pirogue, les Malgaches firent force de rames et s'éloignèrent si vite qu*ils furent de suite hors de vue. Le capitaine fit mettre la chaloupe à la mer, Tarma de pierriers et partit avec vingtquatre hommes pour tâcher de les rejoindre. En approchant de terre, il vit revenir les pirogues avec le maître, qui de loin lui fit signe que les indigènes n'étaient nullement méchants, qu au contraire ils étaient doux et hospitaliers. Une fois arrivé auprès d'Ahreu, il lui raconta qu'ils l'avaient conduit dans la maison du roi, qui l'avait accueilli avec une grande bonté et qui, après lui avoir fait présent d'un collier, de bracelets et danneaux d'argent, avait donné ordre qu'on le reconduisît à bord, le chargeant de dire au capitaine qu'il désirait beaucoup le voir et qu'il lui fournirait volontiers toutes les provisions dont il pouvait avoir besoin. Gomes d'Abreu, touché par une si gracieuse invitation, descendit à terre; le roi se tenait sur le rivage, manifestant sa joie par toutes sortes de signes. On lui servit un repas préparé à la mode du pays, qui était composé de tout ce que produit cette terre, et les relations avec les indigènes furent des plus courtoises. Le soleil était déjà fort bas et Abreu se disposait à regagner sa chaloupe, lorsqu'éclata une violente tempête; le jour s'assombrit tout à coup et les vagues grossissant de plus en plus l'empêchèrent pendant quatre jours de s'embarquer, car elles déferlaient furieusement sur la barre de la rivière, quoiqu'au large la mer fût calme.
L'équipage ne douta pas que le capitaine en fût venu aux mains avec les indigènes afin de délivrer le maître et qu'il eut été tué dans le combat. Car comment eùt-il pu en être autrement, du moment qu'il y avait si longtemps qu'il était parti?
Quelles séductions, en efiet, auraient pu inventer ces sauvages pour le retenir? Il était, au contraire, tout à fait probable qu'il avait réclamé la mise en liberté du maître et que, comme les indigènes n*avaient pas voulu le lui rendre, il avait engagé la lutte avec eux et avait péri dans la mêlée. Que faire en cette conjoncture? Attendre, disaient les matelots restés à bord, qu'une autre tempête nous jette à la côte et que nous périssions tous, soit dans les flots, soit de la main des habitants de ce pays? Ils crurent plus prudent de mettre à la voile et de quitter la rade.
Quand le capitaine, sorti enfin de la rivière, eut pendant quelque temps suivi la côte dans son embarcation sans trouver son navire, il revint auprès du roi de Matitanana, qui le reçut avec beaucoup de bonté et qui tenta par tous les moyens possibles de calmer sa douleur, mais en vain. Car Abreu, se voyant ainsi abandonné dans ce pays sauvage, sans aucun espoir de jamais revoir sa patrie, repoussa toute consolation; ne voulant même plus accepter les aliments qu on lui offrait, il ne cessa de se lamenter et de pleurer et mourut de chagrin peu de temps après. Huit de ses compagnons, également très affligés, moururent comme lui en se plaignant et en gémissant. Les autres construisirent une embarcation et partirent pour la côte Sud-Est de l'Afrique, regrettés par le roi du lieu; ils rencontrèrent auprès de Sofala le navire de Lucas da Fonseca qui les prit à bord et les mena à Mozambique.
Nous allons maintenant donner quelques renseignements sur la position géographique de Madagascar, sur la nature de son sol et sur les mœurs et les usages de ses habitants. Cette île est appelée par nos compatriotes île de Saint-Laurent parce qu'elle a été découverte le jour de la fête de ce saint; elle mesure environ 1 200 milles de long et 480 de large, et elle est divisée
en plusieurs royaumes. Les habitants de Tintérieur sont tous païens, mais ceux qui vivent sur les côtes sont pour la plupart musulmans. Les uns sont noirs, les autres sont de couleur plus claire; leurs cheveux sont courts ou crépus. Les gens riches portent des vêtements en étoffe de coton ; les pauvres se contentent de couvrir leurs parties honteuses avec un simple lambeau de toile. Us ont la liberté d'avoir autant de femmes qu'ils le veulent.
La terre y est d'une remarquable fertilité. Il y a beaucoup de sources de bonne eau. Les forêts y abondent. On y trouve énormément de poissons, de gibier, d'oiseaux. Avec peu de culture, on a de beaux fruits; les indigènes se nourrissent de racines qui pour eux remplacent le pain. Les orangers et d'autres arbres à fieurs odorantes y croissent en grand nombre; les cannes à sucre y couvrent de vastes espaces. Ils ont aussi du gingembre, qu'ils mangent cru, car ils ne savent pas le faire sécher. Ils ont de l'argent et d'autres métaux.
Le^ Malgaches sont doux et sociables. Ils ne connaissent pas l'art de la navigation et ne se servent que de petites pirogues pour pécher. Leurs armes de combat consistent en javelots légers; les Portugais leur ont appris récemment l'usage des armes à feu. Mais en voici assez sur cette île {Hieronymi Osorii De Rébus Emmanuelis régis Lusitaniœ, 1574, Coloniae Agrippînae, Liber quintus, p. 160 [verso] à p. 162 [verso], et Osorius, Da tidae feilos del Rei D. Manoely XII livros, t. II, livro v, 1804, p. 21-26').
1. J.-A. de Mandelslo, dans son Voyage de Perse aux Indes Orientales^ 1. 1, Col. 659, résume ce que dit Osorius au sujet de la navigation des Portugais autour de Madagascar en 1506. — Il y a un autre historien portugais, Fray Antonio de San Roman, qui, dans son Uistoria gênerai de la Yndia orûntal [hSisUL 1557), Valladolid, 1603, parle de la descente de Tristan da CaDha et d'Aironso d'Albuquerque à Madagascar, mais il en dit peu de ciioses et s'en réfère à Barros.
7** Relation de P. Maffei. — Auprès de la côte Sud-Est de TAfrique, il y a une tle qui était jadis nommée Madagascar et qu'on appelle aujourd'hui île de Saint-Laurent.
Tristan da Cunha fut envoyé dans Tlnde avec une flotle puissante en compagnie de Dom Alfonso d'Albuquerque; en route», il lui pril envie d'aller se rendre compte de la fertilité de Madagascar et des mœurs de ses habitants. Contre l'avis d'Albuquerque (qui pensait qu'il ne fallait pas perdre son temps dans ces parages et qu'il valait mieux faire de suite voile pour les Indes), il explora cette lie et trouva que les ports étaient habités par des Musulmans, mais que l'intérieur était peuplé de Cafres et qu'il y avait du gingembre, du girofle et de l'argent. Pendant que Tristan cherchait ces diverses denrées, de violentes tempêtes le forcèrent à cesser cette exploration; mais, comme l'en avait prévenu Albuquerque, le temps favorable pour aller aux Indes était passé (P. Maffei, Historiarum Indicarxnn Libri XVI, Lyon, 1637, liv. I, p. 33, etliv. III, p. 121, et édition italienne, 1806, t. I, p. 52 et 182).
8° Relation du R. P. Lafitau. — Tristan da Cunha partit en
1506 du Portugal, sous le règne de Dom Manoel, et, ayant perdu beaucoup de temps en route, il se trouva sur la côte d'Afrique à une époque trop avancée pour passer aux Indes. 11 voulut so dédommager, en allant reconnaître l'île de Madagascar ou de Saint-Laurent, que Ruy Pereira avait découvert par le dedans [du côté du canal de Mozambique] ^ et qui le fut ensuite par le dehors [du côté de l'Est] et du côté du Sud par Fernan Soares, qui y toucha à son retour des Indes. Cette île, qui est située dans la mer d'Ethiopie sous la zone torride et que coupe
1. C\'st Terreur commise par Castanheda et par Osorius (voir p. :{'2 et p. 37). que reproduit le P. Lalitau. Pereira a atterri, au contraire, u Madagascar du côté de l'Est, Voir plus haut, p. 18 et 23.
le Tropique du Capricorne, fait face au pays des Cafres et peut avoir trois cent cinquante lieues de long et quatre-vingts ou cent de large. Les habitants sont, les uns, noirs, les autres, blancs ou basanés; ces derniers habitent le bord de la mer et paraissent être des colons arabes. Les nègres,, qui sont venus dans le pays plus anciennement, sont probablement des descendants des Cafres du continent africain, à qui ils ressemblent par leurs mœurs et par leur religion.
On trouve en assez grande abondance à Madagascar toutes les choses nécessaires à la vie et utiles pour le commerce, mais nullement les richesses immenses dont on a à tort parlé. Bien accueilli au premier abord par les indigènes, Tristan da Cunha fut ensuite trahi par eux et les en punit durement, mais, voyant qu il y avait peu de choses à faire sur cette côte, il s'en retourna à Mozambique, ayant perdu quelques-uns de ses vaisseaux sur les écueils qui entourent l'île jusque fort au large et où il pensa
périr lui-même (P. Lafitau, Hist, des découvertes et conquêtes des Portugais dans le Nouveau-Monde, t. I, 1733, p. 254 et 255) *.
NAUFRAGE DE VASCO GOMES D'ABREU, ty 1507.
1* Relation de Correa. — En 1507, Vasco Gomes quitta Sofala pour Tîle de Saint-Laurent, où il comptait charger son navire avec les épices qu'y avait trouvées Job Queimado et dont Tristan (la Cunha avait parlé au Roi dans les lettres qu'il lui avait fait parvenir par l'intermédiaire d'Antonio de Saldanha. Ce navire périt probablement corps et bien dans le canal de Mozambique, où il fut surpris par un cyclone (Correa,. As Lendas da Indta, 1. 1, p. 781).
1. John Harris (Navigantium atque Itinerantium Bibliothec^i, 17r4» p. 670; dit quelques mots de la découverte de Madagascar d'après les auteurs portugais.
2° Relation de Barros. — En 1507, Vasco Gomes d'Abreu annonça, en quittant Sofala, qu'il s*en allait visiter Mozambique et longer la côte, conformément aux ordres qu'il avait reçus du Roi, mais quelques personnes prétendirent que son projet réel était d'aller avec ses navires à la découverte des clous de girofle et du gingembre de Tile de Saint-Laurent, entreprise qu'avait déjà tentée en vain Tristan da Cunha sur le rapport des I^Iaures et où chacun désirait être le premier à réussir, mais, avant d'arriver à Mozambique, ses quatre navires se perdirent corps et biens, probablement dans un cyclone (Barros, Da Asia^ Dec. II, liv. i, chap. vi, p. 89).