Mots italiens qui signifient : Ouvrez l'œil
OL'VRAGES ANCIENS
je VOUS ai représenté ici le portrait au naturel. Et combien qu'elle soit sans comparaison moindre, si ne laisse pourtant ce peuple à prendre les armes contre les roitelets magadascarins, dont souvent ils apportent de riches butins et grand nombre d'esclaves;
Carie de l'Ile d'OeUbaran, aupris de Madagascar.
OÙ les autres craignent bien de les accoster à cause de la division des plus grands seigneurs qui les favorisent et principalement les idolâtres. Ce peuple adore une idole de marbre noir, qu'ils nomment Meckla du nom d'une étoile la plus brillante du ciel; comme aussi ils révèrent tout ce qui leur vient en fantaisie, ainsi que font ceux de la Guinée et autres peuples d'Afrique. Elle est fort abondante en argent, et, se chargeant U ceux de Mozambique, il faut penser que les mines en sont bonnes et parfaites.
Or voyez si Madagascar, étant telle que je vous ai décrit, ne mérite pas bien d*ètre habitée d*homnies plus civils et modestes que ne sont ces Mores Mahométans et cruels qui y demeurent, plus bestiaux que pas un des peuples vivant en ces contrées. Quand les marchands font descente en terre pour le trafîc, pensant retirer quelque présent d*eux par amitié, ils viennent audevant ave& leurs barques et, si on leur montre quelque chose, ik TOUS demandent en leur patois : Tahob tebieh haidic^ Ana nahab nahateic hada^ qui est à dire : Voulez-vous nous vendre ou nous donner? nohnarayna^ savoir : ce que vous avez montré? Si vous leur répondez « Manateihx », Non ferai, ces galants vous remarquent si bien que, s*ils peuvent se venger étant en terre, ils ne faudront à vous mal faire, tant ils sont méchants. Au contraire, si vous leur donnez gratuitement, ils vous feront tous les accueils et présents qu1ls pourront de ce qui croît en leur ile et, sapprochant de vous, disant par manière d^adulation : Ana naxaquac^ Nous vous aimons! Alhando lilay^ Nos dieux soient \Wih\ Haona nebeyd maleh^ hobs melyeh, Haona habin melyer^ Voici un bon breuvage, de bonne farine et de bonne viande, mangez votre saoul, et mille autres propos qu'ils tiennent sans TOUS oflenser, ni médire.
Au reste, vous ayant discouru des ports, rivières, golfes, promontoires, battures, bancs et autres lieux dangereux, pour avertir les pilotes et matelots des dangers qui sont en toute cette côte, il est désormais temps de suivre mon chemin et voir les autres iles plus dignes d*ètre récitées, attendu que, de rédiger le tout par écrit, il faudrait trois ftges tels que le mien et un corps qui jamais ne se lassât. Suffise donc au lecteur que je ramasse ce qui est le plus remarquable et lui présente les choses plus rares et celles où il pourra le plus prendre de contentement et plaisir (André Thevet, de Tordre des Cordeliers, historiographe
iU OUVRAGES AXCIEXS
ol ooMino^ raphe du Très-Ghrélien Roi de France et de Pologne, La CoHmoyra/jhie universelle^ 1575, t. I, liv. nr, chap. v, p. 104-106.)
OKS ILES QUI SONT SUR LES CÔTES D'ETHIOPIE, TANT EN LEVANT QU'EN PONENT, ET PREMIEREMENT DES ILKH OK PENDA [PEMBA], MUNSIA [MONFIA], SENZIBAR [ZAN- RIHAR] ET MADAGASCAR, À PRÉSENT ILE DE SAINT-LAU- RKNT, PAR FRANÇOIS DE BELLEFOREST (1575;».
A|)r^H Zanzibar, s^oflVe Tile de Madagascar laquelle est au ponont do celle de Zeilan [Ceylan], mais éloignée d'elle près di* .'100 lieues [en réalité, de plus de 1000], et à son occident la nMii d*Ëthiopie, au septentrion les susdites de Senzibar |^Zan- Mmv\ et Penda [Pemba], posée au môme climat et s'étendant <lt« lf> à 16 degrés; outre la ligne, sa longueur étant du septen- Irion au midi, et Testime-t-on des plus grandes qui se trouvent un inonde, comme aussi elle est des plus riches. La côte de <'«4te Ile qui regarde le plus au septentrion est une pointe et promontoire dit ores [maintenant] cap de Sainte-Marie [cap André <>*! pointe Est du cap d'Ambre actuel], puis la mer va en dou- Dlunt vers le midi, et se fait un port et petit golfe [baie de Diego Noarez] entre le susdit promontoire et un autre qui est nommé l^ointe de Saint-Sébastien [cap d'Ambodivahibé?] et, au dedans de ce golfe, y a plusieurs ilettes dépeuplées, si ce n'est de quelques pécheurs.
Quand on a dépassé la pointe de Saint-Sébastien, on voit le
^''^p Donatal [cap Natal ou cap d'Ambre actuel], après lequel la
<'Ote court au midi et est faite comme un arc; avant outre passé
*' ^^P de Tristan Danza [cap Orontany] et delà, on voit le port de
i'^^Jy [Sada, baie de Radama actuelle], puis le cap de Banda
' P Tanjona] qui achève cet arc jusques à la pointe Saint-
^ t ^a description que donne Belleforest de Madagascar est moins fan- ^^^> mais souvent tout aussi inintelligible que celle de Thevet.
Antoiae [cap Saint-André actuel]» non loin de laquelle entre en! toer un fleuve nommé Pracel [rivière Demoka] ; après lequel oa entre aux montagnes, car presque toute cette ile en est entourée et pleine en terre ferme. Et sont ces bocages fournis 4e sàndal rouge, qui est une grande richesse; après, se fait un golfe, qui est la partie plus australe de Tile et droitonient posée sous Téquateur entre le cap susdit de Saint- Antoine [cap Saint-André], celui deSaint-Vincentfpointed'Andefitra], outre lequel au levant est la côte que les modernes ont appelée Côte des Ilettes, à cause qu'il y a un grand nombre d'îlots jusqu'au port Saint-Jacques [baie de fiefotaka ou de Tsingilofilo, près de Morombé] et au cap de Sainte-Justine [pointé Fenambosy], lequel tourne au levant, jusques à un autre dit aussi de Sainte-Marie [pointe méridionale de nie], qui regarde la mer vers Zeilan [Ceylan]; et, tirant de recbef au septentrion, on voit le cap de Saint-Romain [cap Andavaka], puis Tlle d'Antipera [Itaperina], dite ainsi d'une ville de la terre ferme, et, de la, vous tirez à la pointe de Tumibaia [Taolankara, le Fort-Dauphin actuel], laquelle vous conduit à une île nommée de Sainte-Glaire [une des lies actuelles de Sainte-Luce], posée en un golfe, et, de là jusqu'au premier cap de Sainte-Marie [cap André ou pointe Est du cap d'Ambre actuel] qui est au Nord, y a plusieurs villes, telles que Ababonda [lavibola], Muatega [Mananara], Manatapa [Manampatrana], Franonsara [Tranontsara, à l'embouchure du Matitanana], Mancania [Maoanjara], Arcousia [bouche de l'Iharoka], Agonda [Fenoarivo] et la rade d'Ologamza [baie d'Antongil], en laquelle sont les iles de Sainte-Marie, nommées du cap susdit qui est à l'object de l'autre, dit aussi de Sainte-Marie, en la partie plus australe; bien est vrai qu'à présent celui du Nord, ayant perdu le nom de Sainte-Marie, est appelé cap d'Ambar [cap d'Ambre], et celui de Sainte-Marie est au levant; et l'autre extrémité de
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nie, qui est vers rantarctique, se nomme cap Salide [cap Sainte- Marie], étant posés Tun de Tautre à quelques IS"" de latitude; et ainsi sont trompés ceux qui disent que cette lie a 72'' de longitude, et en latitude elle gtt a 11° 30', lesquels, en parlant en clercs d*armes et comme voulant dire quelques cas de nouveau, appuyés non par jugement qu*ils en aient fait, car ils n*y furent oncques, ains suivant Tavis d*un certain pilote peu expert en la contemplation des graduations, car si cela avait lieu, cette Ile serait longue de plus de 6 à 700 lieues, là où elle ne contient que 236 lieues par la supputation de Jean de Barros, etd^environ 60 de largeur, y comprenant les llettes voisines, les écueils et autres choses qui sont le long de la rade ; je vous ai fait ce discours, a cause que Thomas Porcacchi, faisant la description des lies, s'est laissé abreuver des fourbes d'un de nos Français [A. Thevet, 1558], qui en parle comme celui qui compte sans son hôte.
Mais venons à propos de notre lie. Entre elle et le pays de Mozambique, le canal y est si étroit que, encore qu'il ne fasse vent quelconque, si est-ce que, pour l'égard des courants des eaux, les vaisseaux qui passent par là sont transportés en dépit qu'ils en aient et tombent en grands périls et infortunes, qui a été cause que le cap de terre ferme aété appelé parles modernes cap des Gourants [Gap Gorrientes].
Gettc lie, ayant l'air tempéré, est aussi fort bien peuplée, et les habitants sont Mahométans, ayant plusieurs rois, quoique Marco Polo dise qu'il y a quatre Gheiks, c'est-à-dire vieillards, qui la gouvernent, mais j'aime mieux suivre les modernes qui y ont plus longuement pratiqué, joint que l'état y a reçu changement depuis le temps que Marco Polo voyagea le long de cette côte^ Je ne veux vous abreuver des fables dudit Marco Polo,
1. C'est une erreur qui a été longtemps accréditée que Marco Polo a visité Madagascar; il n*est même jamais allé sur la côte orientale d'Afrique,
de certain oiseau nommé Rock et de rincroyable force et grandeur d*iceluiy vu qu'il semble que veuille nous renouveler le roman de Huon de Bordeaux \ qu*un griffon porta tout armé par Tespace de plusieurs milles ; car il fait ce Rock si puissant qu'il enlève un éléphant en Tair, puis, le laissant tomber de raideur, le fait crever pour puis après en prendre curée. Je vous ai allégué ceci afin de vous faire rire avec moi, qui m*étonne que ce messer magnifîque ait été si simple que de nous laisser par écrit une chose tant absurde et hors de toute vérisimilitude ; mais il venait de loin et portait son sauf-conduit pour impunément mentir, comme font ceux qui inventent des impossibilités a6n qu'on les estime avoir vu plus que tous les autres.
Cette ile abonde en riz, millet, oranges, limons et citrons, en gingembre, que ceux du pays mangent tout verd, en clous de girofle, aussi bons ou meilleurs que celui des Indes, et en cannes de sucre qu'ils ne savent mettre en œuvré non plus que ceux de Zanzibar. Ont aussi du safran, duquel ils tiennent grand compte, et des pepons [melons, citrouilles] si gros qu'à peine un homme les peut embrasser et de toutes couleurs, comme blancs, rouges et jaunes, et lesquels sont beaucoup meilleurs et plus délicats que ceux qui croissent par deçà. Le sandal y est à vil prix, à cause de l'abondance qui en sort des montagnes les plus aus* traies ; et tient-on qu'il y a une certaine racine semblable à un raifort, laquelle a la force de guérir tout venin, mais je m'étonne que ceux qui ont fait ce conte (si jamais ils furent en Madagascar, ce que je ne peux me persuader) n'ont aussi bien apporté de cette racine, comme ils ont du pétun [tabac] et autres simples qu'ils nous font si miraculeux de ce Nouveau Monde. Au
dont il parle par simple ouï-dire. C'est dans le royaume du Goudjerat qu'il a recueilli ses renseignements sur cette partie du monde.
1. Huon de Bordeaux est le titre d'une célèbre chanson de geste du Afl» siècle.
reste, ceux de Madagascar, selon que récite Edouard Barbosse [Duarte Barbosa], ont pour leur vivre ordinaire une racine qu'ils nomment igname^ semblable à celles que les Barbares occidentaux de Cuba et de Ttle espagnole [Hispaâolaou Haïti] appellent yucca (manioc) et batlafo [patate], et laquelle ils plantent et en font leur pain; et, pour le reste, ils ont de la chair en abondance, leur pays étant beau, fertile et plein de sauvagine [gibier], mais la chair qui plus leur plaît est celle de chameau qu'ils estiment plus savoureuse et délicate et plus saine pour eux que toute autre ; ils ont des sangliers [hippopotames], les plus grands et furieux qu*on sache, des cerfs, daims et chevreaux, et autres bétes, tant semblables que diverses aux nôtres, puis des lions, onces, léopards, loups-cerviers et girafes, et des oiseaux de diverses sortes, tellement qu'ils ont beau moyen de s'adextrer à la chasse, à la poursuite tant du gibier que de la sauvagine \
Entre les fruits qui sont communs en cette île, est la noix indienne [noix de coco], que les insulaires appellent chitorin^; duquel fruit les étrangers font grand compte, tant pour leur servir de nourriture que pour autant que ce fruit donne bon goût à leur vin ; aussi le mettent dedans les vases où ils le portent et disent que ceux qui s'adonnent à boire de cette boisson dedans laquelle y a du chitorin, qu'ils sont aussi hors de danger d'avoir mal de tête, ni douleur de rate.
Il y a grand nombre de rivières d'eau douce et en plusieurs endroits des ports bons et sûrs, mais desquels les mahométans s'étaient faits les maîtres jusqu'à la venue des Portugais, car
d. Toute celte énumération d'animaux qui se trouvent sur la côte orientale d'Afrique, mais nullement à Madagascar, est copiée dans le livre de Marco Polo, qui, comme Ton sait, décrivait le pays de Mogdicho et non point rile que nous nommons aujourd'hui Madagascar (voir plus haut, p. XI).
2. Le nom donné à la noix de coco par les Malgaches est Voaniho^ le même qui est usité dans les iles de TOcéanie.
ksCafres ou idolâtres se tiennent loin de la marine; aussi, les Mores y apportent toute espèce de marchandises étrangères pour troquer avec ce qui croît en cette tie, tel que le sandal, Tambre ^ris, les dents d'éléphant, le fruit des noix dinde [noix de cocOj et l'argent qui croît en leur île, bien qu'il ne soit de guère bon aloi.
Les habitants qui sont naturels du pays sont rudes, grossiers
et bestiaux, vont tout nus, sauf les parties honteuses qu'ils
couvrent avec quelques toiles de coton; ne sont trop noirs,
aÎDs plutôt de couleur olivâtre, mais ayant les cheveux tout
crépus comme les nègres de Zanzibar; vont souvent à la guerre
les uns contre les autres, ayant pour toutes armes des zagaies
ou javelotes subtiles, desquelles ils portent une poignée, et bien
ferrées, et qu'ils dardent fort adextrement contre leurs ennemis.
Ils ont des bateaux cousus comme en Zanzibar, qu'ils appellent
almadies ou ionchi\ mais ils ne voguent que durant bonace et
De voulaient que les étrangers entrassent en leur pays, mais
à présent qu'ils sont baptisés, toutes choses y sont changées
(François de Belle-Forest, La Cosmographie universelle de Tout
le Monde, t. II, 1575, ch. xxvi, col. 2011).
VOYAGE DE LA FLOTTE PORTUGAISE EN ISTO. PAR LE PÈRE JÉSUITE THOMAS STEVENS.
Du cap de Bonne-Espérance, il y a deux routes pour aller aux Indes, l'une par le canal de Mozambique, entre la côte Sud-Est d'Afrique et Madagascar, l'autre dans l'Est de cette île.
Les Portugais préfèrent la première parce qu'ils peuvent se reposer pendant deux ou trois semaines à Mozambique et s'y
1. Les noms d'almadie et de jonque ne sont pas connus des Malgaches; ils étaient employés autrefois par les Portugais : Tun est d'origine arabe et l'autre d'origine chinoise; le nom malgache est lakana.
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ravitailler, ce qui est fort utile après une traversée aussi longue, puis ils se rendent à Goa en un mois.
Ils prennent Tautre route lorsque, partis trop tard d^Europe, ils arrivent au Cap trop avant dans la saison pour leur permettre de s*arrèter à Mozambique; la traversée est alors très pénible, car il n*y a aucun port où ils puissent faire de Feau et des provisions, et les équipages sont sujets à des maladies et à des épidémies (Lettre écrite en 1584 : Hakluyt, VoyageSy t. II, 1625; Histoire générale des Voyages j t. I, 1746, p. 285; Hakluyfs Collection of Early Voyages, t. II, 1810, p. 584, et Kerr*s Collection of Voyages, t. VII, 1813, p. 468).
ROUTIER DE LA NAVIGATION DANS L'OUEST ET DANS L'EST DE L'ILE DE SAINT-LAURENT,