À SAINT-AUGUSTIN SUR LA COTE SUD-OUEST
DE MADAGASCAR, PAR LINSCHOT, en 1583.
A la baie de Saint-Augustin, les bœufs sont très beaux, comparables à ceux d^Espagne, mais ils ont sur le dos une bosse de graisse. Les moutons sont de grande taille et gras ; leur queue atteint souvent une largeur de 22 à 23 pouces. Les chèvres et les boucs sont agiles et gras.
Les habitants y mènent une vie toute patriarcale, comme les
patriarches dont nous parle TAncien Testament ou comme les
peuples nomades de TAfrique et les Tartares de TAsie. Ils
mènent leurs troupeaux de place en place, suivant la saison et
Tétatdes pâturages; c*esl pourquoi ils habitent de toutes petites
cases, construites à la hâte et couvertes simplement de branches L 10
d*arbres, qu*ils abandonnent ensuite pour aller vivre plus loin. Ils se nourrissent des fruits du Tamarinier, qui ont la forme de nos fèves vertes, mais qui sont un peu plus petits ; ces fruits poussent sur de grands arbres, et les gousses, d*abord vertes, durcissent en mûrissant et prennent une couleur grise, tandis qu a rintérieur il y a une pulpe rougeâtre, qui a le goût des pruneaux secs et contient de trois à quatre fèves. Ils sont rafraîchissants et bons pour le foie et pour les reins; en les faisant macérer pendant la nuit et buvant le liquide le matin, on obtient un bon laxatif. En outre des Tamariniers, ils ont deux ou trois autres espèces de plantes qui produisent aussi des fèves; ils ont des courges et des calebasses. Ils tirent du miel des forêts, où il y a une grande quantité d'oiseaux. La plante dont on extrait rindigo y pousse spontanément autour de leurs plantations, et ils en recueillent une assez grande quantité pour teindre leurs étoffes; mais ils n*en préparent pas pour la vente. Ils nomment cette herbe enger [engitra]; ses feuilles ressemblent à celles du romarin, mais ses graines sont plus petites et se répandent par terre à Tinstar de celles du thym. Il y a diverses espèces d'arbres dont on extrait des couleurs rouge, noire, jaune et pourpre (De Bry, Indiœ orientalis IV pars, Descriptio animalîum, fructuum, etc., per J. H. Lintschotanum, 1601, p. 91).
DESCRIPTION DE MADAGASCAR PAR ED. LOPEZ, vbrs 1585».
Je ne dois pas passer sous silence la grande !le de Saint-Laurent [Madagascar], ainsi nommée par les Portugais parce qu'ils la découvrirent le jour de la fête de ce saint. Elle a 1 000 milles de long, et s'étend en face du continent depuis l'embouchure du
1. Ed. Lopez, de Benevente en Estramadure, est parti pour le Congo en 4578. Sa relation a été imprimée pour la première fois en 1598; cette même année, Pigafetta Ta traduite en italien et A. C. Reinius en latin.
fleuve Magnice [Manitze ou Limpopo] jusqu*à celle du fleuve Coavî [Rouvouma]. Le canal qui la sépare du continent a une laideur qui varie entre 340 milles et 70 milles "par le travers de Mozambique, où il est le plus étroit et contient beaucoup d*iles ; sa navigation est dangereuse, car on ne le connaît pas encore bien partout. Il serait désirable que Tlle de Madagascar fût habitée par des peuples civilisés, vu sa grande richesse en toutes choses. Elle est entourée de ports excellents et arrosée par des rivières et des sources limpides, et elle produit toutes sortes de fruits et de légumes exquis; on y a force viande, tant de gibier que d'animaux domestiques, force oiseaux, force poissons, enGn tout ce qu*on peut désirer.
Les habitants sont payens; leur religion a quelque ressemblance avec rhérésie des Mahométans. Leur couleur tient le milieu entre le blanc et le noir, comme chez les mulâtres. Ils sont belliqueux et bien armés d*arcs, de flèches et de javelots dont la hampe est flne et le fer barbelé, et qu*ils lancent avec beaucoup de force et d'adresse. Il y a plusieurs petits rois qui sont en guerres continuelles les uns avec les autres.
Cette île contient des mines d'or, d'argent, de fer, de cuivre et d'autres métaux. Les habitants ne sortent presque jamais de leur pays et ils n'ont que des barques creusées dans un tronc d'arbre, avec lesquelles ils pèchent sur les côtes et dans les rivières, lis sont inhospitaliers et n'ont de commerce avec aucun étranger. Néanmoins, les Portugais arrivent à faire quelque trafic avec eux, mais seulement en rade ou dans les ports, sans qu'on leur permette de descendre à terre ; ils y échangent leurs marchanclises contre de l'ambre, de la cire, de l'argent, de l'or et du cuivre.
Dans le canal de Mozambique, il y a plusieurs îles habitées par des paysans et par des Mahométans, dont la principale est celle de Saint-Christophe, puis celle du Saint-Esprit; viennent ensuite
Magliaglia [Mohély], Comore, Anzuama [Anjouan], Mayotte et d*autres plus petites (Ed. Lopez, Descriptio Regni Congianiy édité par les frères de Bry dans la Prima Pars Indiœ orienlaits, 1598, p. 55-56; Ed. Lopez, Le Congo, trad. fr. d'après redit, latine des frères de Bry, par Léon Gauhn, Bruxelles, 1883, ch. IX, Du royaume de Sofala, p. 199-200).
DESCRIPTION DE L*ILR DE MADAGASCAR ou DE SAINT-LAURENT, PAR ANDRÉ TUEVET (1586)».
Divers noms de geste isle. — Parce qu'au quatriesme chapitre du quatriesme livre de ma Cosmographie, je me suis un peu estendu sur la diversité des noms qui sont escheus à ceste isle, présentement je ne veux que reprendre en peu de propos Toccasion d'un tel changement de noms. Elle fut nommée Pacras, pour la foison dès tortues qui sont en ce pays-là en telle abondance qu'ilz ne mangent presques autre poisson. Or est-il que Pacras en leur langue ne signifie autre que tortue. Après, elle fut baptisée Albargia, du nom du général de l'armée, lequel y conduisit ces quatre mil personnes de l'attirage que les rois de Cefala [Sofala] et Mozambique y envoièrent, après qu'ilz eurent eu les nouvelles du déluge qui avoit ravagé ceste isle d'une si estrange façon que les villes, maisons et arbres passèrent par la ravine d'un tel desbord, et ne reschapèrent que ceux qui se retirèrent sur le mont Bussara. Depuis, le tyran Menutia Alphil voulut luy bailler son nom, mais, comme sa tyrannie fut de peu de durée, aussy ce nouveau nom s'esvanouit incontinant. Ces
1. Dans cette description, Thevet a purement et simplement résumé, ou souvent môme reproduit textuellement ce qu'il a dit de Madagascar dans sa Cosmographie et ce qu'en a dit aussi Belleforest, mais, comme son Grand Insulnirc n'a encore jamais été publié et est manuscrit, difticile à lire à cause de son écriture archaïque, nous avons pensé qu'il n'était pas sans intérêt, quoique ce chapitre fasse double emploi, de le donner en son entier.
insulaires, après avoir détrapé leur pays de ce loup blanc, ont vescu souz le gouvernement populaire cent quatre vingt six ans, au bout desquels le roy de Magadaxe [Mogdicho] s'empara de leur estât et bailla aussy son nom à ceste isle, lequel enfin a esté corrompu en Magadascar. Marc Paul [Marco Polo] le Vénitien luy donne le nom de Magastar. Depuis quarente ans en çà, comme quelques chrestiens y eussent fait descente le jour de Sâint-Laurens, ilz luy imposèrent aussy le nom de ce saint.
ESTENDUE ET ABOUTISSANS DE CESTE iSLE. — Ccste islc CSt dirCCtC-
ment posée souz le tropique du Capricorne S fort plaisante à veoir à ceux qui la contemplent de pleine mer avant, plus belle encor et plus riche au dedans qu'elle ne monstre en son extérieur. Elle est vis-à-vis de Mozambique et a de longueur environ deux cens soixante sept lieues, s'estendant du Sud au Nord-Est, et en largeur cent quinze, estant plus grande que ne sont les royaumes de Portugal et de Castille ensemble. D'entour aucuns luy donnent trois mil milles, les autres quatre mil. Elle est à I Ouest de celle de Zeilan [Geylan], mais esloignée d'elle près de trois cens [plus de mille] lieues, et à son Ouest la coste d'Ethiopie, au Nord les iles de Zanzibor [Zanzibar] et Penda [Pemba], posées au mesme climat. La coste de ceste isle qui regarde le plus au Nord * est une pointe ou promontoire dist ores [maintenant] cap de Saincte-Marie [cap André ou pointe Est du
1. La description de Madagascar que donne ici Thevet est reproduite textuellement, en partie, d'après sa Cosmographie (voir plus haut p. 118-134) et, en partie, d'après celle de Belleforest (voir p. 134-139).
2. Plusieurs cartographes du xvi« siècle ont donné à la région septentrionale de nie de Madagascar, non point la forme d'un triangle se terminant au Nord par une pointe, mais celle d'un cône tronqué dont la ligne supérieure, dirigée de l'Est à l'Ouest, est assez longue. L'abord du cap d'Ambre étant dangereux et les vents et courants y étant d'ordinaire violents, les navires en approchaient peu et étaient souvent retenus longtemps dans ces parages, ce qui a été la cause de ces descriptions erronées.
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cap d* Ambre], puis la mer va en doublant vers le Sud et se fait un port et petit goulphe [baie de Diego Soarez] entre le susdit promontoire et un autre, qui est nommé poincte Sainct- Sébastien [cap d*Ambodivahibé?]. Après, on voit le cap Donatal [cap Natal ou cap d'Ambre], après lequel la coste court au midy, et est faite comme un arc, ayant outrepassé le cap Tristan Danza [cap Orontany]; et de là on voit le port de Çady [Sada, dans la baie de Radama], puis le cap de Banda [cap Tanjona?], qui achève cest arc jusques à la pointe de Sainct-Anthoine [cap Saint-André actuel], non loin de laquelle entre en mer un fleuve appelle Pracel [rivière Demoka], après lequel on entre aux montagnes; après, se fait un goulphe qui est la partie la plus australe de Tisle et droitement posée souz Téquateur entre le cap Sainct-Antoine [cap Saint-André actuel] et celuy de Sainct- Vincent [pointe d*Ande(itra], outre lequel au levant est la coste qu'on appelle Coste des Islettes à cause qu'il y a un grand nombre d'isles jusques au port de Sainct-Jacques [baie de Befotaka, près de Morombé] et au cap de Saincte-Justine [pointe Fenambosy], lequel tourne au levant, jusques à un autre dicl aussy de Saincte-Marie [cap Sainte-Marie, pointe extrême Sud de Tîle], qui regarde la mer vers Zeilan [Ceylan], et tirant de rechef au septentrion, on voit le cap de Saint-Romain [cap Andavaka], puis Tisle d'Antipera [Itaperina] *, dicte ainsi d'une ville de terre ferme qui est en nostre île. De là, vous tirés à la pointe de Tumibaja [Taolankara ou le Fort-Dauphin actuel], laquelle vous conduit à une isle nommée de Saincte-Glere [à la bouche du Mananivo], posée en un goulphe, et, de là jusqu'au premier cap de Saincte Marie qui est au nord [cap d'Ambre], y a plusieurs villes, telles que sont Ababonda [lavibola], Mua-