Itaperina est mis par erreur à TOuest de Taolankara
tega [Mananara}, Manatapa [Manampatrana], Franonsara [Trar nootsara, à Tembouchure du Matitanana], Mancavia [Manan-* jaral, Arcousia [bouche de Tlharoka], puis Agonda [pour Âgoada (Fenoarivo)] , et la rade d*01ogamza [baie d^Antongil], en laquelle sont les isles de Saincte-Marie, nommées du cap susdit, qui est à Tobject de l'autre, dict aussy de Saincte-Marie, en la partie plus australe. Bien est vray qu'aucuns font perdre à celuy du Nord le nom de Saincte-Marie, et l'appellent cap d'Ambar [cap d* Ambre], celuy de Saincte-Marie est au levant.
En qcot abonde geste isle. — Geste isle abonde en ris, millet, oranges, limons, citrons, gingembre, cannes de sucre, safTran^ pepons [melons] et en ambre, miel et argent *.
Son élévation. — Son élévation est de douze degrés jusques à vingt six et demy de latitude et de soixante huit degrés jusques à quatre vingts et un de longitude '. En icelie il y a de grandes forests de bois qu'ilz appellent sangil, et nous sandal, rouge et fort fin. L'air y est attrempé [tempéré], sain et subtil.
Canal de Magadasgar fascheux a passer. — Entre elle et le pays de Mozambique, le canal est si estroit, qu'encore qu'il ne &ice vent quelconque, si est-ce que pour Tesgard des courantes des eaux, les vaisseaux qui passejit par là sont transportés, en despit qu'ilz en ayent et tombent en grands périls. Cela fait que laborder y est très dangereux à cause des bancs et rochers à fleur d'eau, et qu'aussi les sablons y sont si hauts que bien souvent les vaisseaux y demeurent à sec, qui fait que l'ancrage et
1. Toute cette description, depuis la huitième ligne de la page précédente, est identique à celle donnée par Belleforest dans sa Cosmographie universelle (voir plus haut, p. 134).
2. 68» et Si* de longitude Est de l'île de Fer équivalent à ^1^29' et 60o29' de longitude Est de Paris. La différence des longitudes mn. et mx. des côtes occidentale et orientale de Madagascar avec le méridien de Paris est enréalité40«52'et48o8'.
la sonde y est grandement redoutée, principalement quand le vent est de la part du Nord. Ceux du pays disent que ces rochers ainsy estendus et esloignés les uns des autres, estoient anciennement une belle isle, ayant environ soixante et quatorze lieues de tour, qui fut engloutie de la mer, de mesmes que celle de Magadascar, en laquelle présentement nous sommes amarrés. Or ces battures, dont je viens de parler, sont rochers pour la plupart haut eslevés et faits en pointe de diamant en nombre de plus de douze mille.
Les hommes sont fort sauvages, parlans autrement que ceux de Mozambique, mais ilz ne sont pas du tout si noirs, combien qu*ilz ayent les cheveux frisés, comme tous ceux de ceste coste. Les ports de mer sont tenus par les Maures [Arabes], lesquels, avec draps de cotton et autre marchandise, viennent achepter celles de ceste isle, comme aussy ilz font en la coste de Mozambique. Hz vont nudz, sauf les parties honteuses qu'ilz couvrent de quelques voiles faitz de cotton ; ne sont trop noirs, ains plustost de couleur olivastre; vont souvent à la guerre les uns contre les autres, ayans pour toutes armes des zagaies ou javelines subtiles, desquelles ilz portent une poignée, et bien ferrées, et qu*ilz dardent fort adextrement contre leurs ennemis. Hz ont des basteaux cousus, qu'ilz appellent almadies^ ou ionchi^^ mais ilz ne voguent que durant bonace [beau temps]. Et ne vouloient que les estrangers entrassent en leur pays, mais à présent qu'iiz sont baptisés, toutes choses y sont changées. De la chair, ilz en ont en abondance, leur pays estant beau, fertile, et plein de sauvagine, mais la chair qui plus leur plaist est celle de cha-
1. Le nom d'almadie n'est nullement malgache; c*est un mot arabe employé par les Portugais pour désigner les pirogues.
2. Le nom de jonque n'est pas non plus un mot en usage chez les Malgaches; il est d'origine chinoise et n'a été employé que par les Européens.
meau, qu*ilz estiment plus savoureuse, plus délicate et plus saine pour eux que toute autre * .
Bestes REPARiENS EN GESTE isLE^ — Ilz ontdes saugHers, les plus grands et furieux qu*on sçache [hippopotames], des cerfs, daims, chevreaux et autres bestes, tant semblables que diverses aux nostres; puis des lyons, onces, léopards, loups-cerviers, girafles, eldes oiseaux de diverses sortes, tellement qu'ilz ont beau moyen de s'adexlrer à la chasse, à la poursuite tant du gibier que de la sauvagine. Leur vivre principal est des racines qu'ilz plantent et appellent en leur langue igname^ desquelles aussy Ton use aux Indes et dans la Nouvelle-Espaigne, mais souz le nom de baUata [patates]. Les huistres qu'ils prennent sont grandes d'un pied de longueur et presque autant de largeur, dont la chair est malsaine et dangereuse; pourtant ces Madagascarins les chassent sans les manger, choisissans les plus petites, ainsy que font les Ethiopiens de terre ferme. Il y en a d'autres qui ne sont gueres plus grandes que les nostres, où se trouvent de belles et grosses perles, mais pour autant qu'elles ne sont fines ny orientales comme celles qu'on pesche au goulphe de Bengale, ilz n'en tiennent compte. Il s'y trouve de l'aident fort fin et pur, de l'ambre et des doux de giroÛe, non si profitables que ceux des Indes, combien qu'ilz ont meilleure odeur. Il y a aussy abondance de miel et de sucre, lequel ilz ne sçavent mettre en usage, et par ainsy ne s'en fait point de traffic. Le safran, nommé en leur langue asaafaratiy y croist, comme celuy qui vient aux Indes, mais en plus grande quantité. Si l'on veut doubler et parachever tout le tour de l'isle, le port de Çade [Sada, dans la baie de Radama] se présente devant nous, fort dangereux à
1. Thevet réédite les récits de Marco Polo qui, comme Ton sait, parlait du pays de Mogdicho, qui est situé sur la côte d'Afrique au Nord de l'Equateur, et non de Tile que nous nommons Madagascar.
Taborder et presque impossible pour les rochers et battures qui se trouvent à sa bouche, tellement que toute ceste coste est pou fréquentée à Toccasion des dangers. Il est vray que celuy dX-gangare [Vinanimananara] * fait honneur à tout le reste, tant pour sa beauté, estant fait en forme de fleur de lys, que pour ce que Tentrée n*cst pas trop malaisée. Il regarde la mer de Kiloa à TOuest, et les isles Ghioma [Mohély] et Decomare [la Grande Coraore], et celles que les chrestiens voyageurs ont appelle du Saint-Esprit et de Saint-Ghristofle [Anjouan et Mayotte], lesquelles sont environnées d*une infinité d*autres, la plus grande partie déshabitées, et qui dépendent du royaume de Mosambique. Après cecy, Ton trouve ladite pointe de Sainct- Antoine [cap Saint-André actuel], qui tire vers le Nord-Nord-Est, et à rOuest Tisle de Pracel [Nosy Vao], des dépendances de ceste région madagascarinc. Ge rivage est tout chaîné de rochers, et vient s*engoulpher icy la rivière de Pracel [rivière Demoka], le long de laquelle est assise la ville de Pontane [sur le bras de mer d'Ampandahy], vis-à-vis des isles qu*on nomme Aprilocchio^ [fies Stériles]. Non loin de là est le promontoire de Barde [Gap Saint- Vincent?], et au long d'iceluy gisent cinq ou six pointes jusques aux basses et sablons [bancs de sable] dudit Pracel, qui s'estendent jusques au port de Guare [Saolara, dans la baie de Saint-Augustin], lequel j'ay le premier mis en avant. En Tembouchement de la rivière de Pracel [rivière Demoka], y a un port de très belle estendue, mais Tentrée est fort dangereuse pour les sablons susdits et une infinité de rochers qui regardent de front de TEst à TOuest vers les bans et basses d*Ucique [iles de Bazarouto, le long de la côte d^Afrique] au
1. Vinanimananara, ou bouche du Mananara[le Betsiboka actuel qui se jette dans la baie de Bombétoke].