Nom italien signifiant littéralement : Chivrez fœil
royaume de Cefale [Sofala], à Tendroit duquel lieu chascun capitaine et pilote doit prendre la sonde et estre accort aux aOTaires du pilotage. Près de ce port de Guare [Saolara, dans la baie de Saint-Âugustin] , est assise une petite isle à Tentour de laquelle les Portugais ont longtemps virevolté avant que la descouvrir; elle se nomme Oetabacam', ou, selon les autres, Oetacamban, vis-à-vis de Madagascar, tirant de la part du Nord, lie laquelle je discours et baille le portrait en ma Cosmographie {André Thevet, angoumoisin, cosmographe du Roi, Le Grand Insulaire et Pilotage^ Ms. français de la Bibliothèque nationale, n^ 15482, du verso fol. 342 à la fin du recto du folio 344).
HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES MUSULMANS DE MADAGASCAR CONTRE LES PORTUGAIS, ET MARTYRE DU P. THOMAS (1587).
1" Relation de Faria y Sousa. — Le gouverneur de Mozambique fit, à la fin du xvi® siècle, une expédition contre les Arabes qui s^étaient emparés du commerce de la côte Nord-Ouest de l'île de Saint-Laurent; il en tua beaucoup, mais non sans que les Portugais aient eu aussi des pertes, notamment celle du P. Fray Juan de San Thomas, religieux dominicain, qui s'employait avec une grande ferveur à la conquête spirituelle des nombreux barbares qui habitent ces pays (Faria y Sousa, I)a Asia portuguesay t. III, 1675, part, i, ch. iv, § 27, p. 41).
2'' Relation de Joâo dos Santos. — Les Mores de Tisle de Saint- Laurent se soulevèrent contre les Portugais, aussi bien que ceux de Mozambique, etc
L'île de Saint-Laurens est située vis-à-vis de l'Ethiopie orientale; elle est longue de 300 lieues et large de 80; un bras de mer, de 60 lieues de largeur dans les endroits les plus étroits,
1. Cette île est imaginaire; voir la carte donnée plus haut, p. 132.
plaisir de leur offrir tout ce qui dépendait d eux, mais encore de les recevoir comme des alliés et de ])ons amis des Mores. L*espérance d*une telle réception plut extrêmement aux Portugais, qui toutefois ne se reposaient point assez sur de si belles promesses pour se confier à des gens dont ils soupçonnaient la sincérité et la conduite, ce qu*ils firent fort à propos, ainsi qu'ils le connurent par le succès; car ils surent par un jeune homme du pays, qui pendant la nuit avait passé à la nage jusqucs au bord des Portugais, que, peu de temps après le départ des envoyés, le Roi avait donné ordre que, dès que les Portugais seraient descendus à terre, on fit main basse sur eux et on se rendit mattre de leur vaisseau, afin d'empêcher que dans la suite des Chrétiens fissent de pareilles entreprises.
A cette nouvelle, les Portugais se partagèrent entre les ofTres du Roi et Tavis de cet homme, qu'ils regardaient comme un espion et qu'ils retinrent dans leur bord, et, pour se tirer de cette incertitude, ils envoyèrent à Tîlot une felouque [petit bâtiment léger], qui y fut reçue de la plus sanglante manière du monde, car une partie de ceux qui y étaient allés furent égorgés, et Tautre se jeta à la mer. Les Portugais eussent bien voulu que ce même homme qui leur avait donné un si salutaire avis fût retourné dans la ville comme il en était venu, pour continuer d'apprendre par son moyen ce qui s'y tramait contre eux, mais, outre que cet homme ne voulait plus s'exposer à de tels dangers, c'est qu'il leur témoigna avoir autant d'aversion pour ses perfides compatriotes qu'il se sentait d'inclination pour les Chrétiens, dont il augmenta bientôt le nombre aussi bien que celui des Pères de Saint-Dominique, dans l'ordre duquel il vêquitfort exemplairement pendant plusieurs années (Joào dos Santos, Histoire de VEthiopie orientale, traduction de Gaétan Charpy, 1684, liv. II, chap. vi, p. 157-163).
3* Relation de George Cardoso. Fête du 27 juin. — Le Père Jean de Saint-Thomas, né à Cintra, moine dominicain de Lisbonne, que «on amour de Dieu et son zèle pour la propagation de révangile menèrent en Orient, est mort dans l'île de Saint- Laurent, qui est située à TEst de TAfrique.
Après avoir demeuré quelques années à Mozambique et à Quirimba, où il remplit avec une grande ardeur les devoirs de son ministère et convertit beaucoup d'indigènes i la foi catholique» il passa à l'tle de Saint-Laurent sans vouloir se reposer ni ménager ses forces et il y séjourna près d'une année à prêcher la parole du Christ.
Sur ces entrefaites, quelques Arabes de la Mekke vinrent et, trouvant qu'il ne pouvait que nuire à leurs intérêts, ils résolurent de s'en débarrasser en l'empoisonnant, pensant ainsi qu'on n'en saurait rien à Mozambique et qu'ils n'encourraient pas par conséquent le châtiment qu'un semblable crime méritait. Ils mirent de suite ce projet à exécution, versant le poison dans Teau que devait boire le missionnaire qui sentit promptement de grandes angoisses et des palpitations de cœur.
Comprenant que sa vie arrivait à son terme, le Père réunit quelques indigènes de ses amis qui étaient chrétiens et auxquels il recommanda de donner à sa dépouille mortelle la sépulture suivant les rites de l'Église romaine, puis il se prépara à la mort, offrant sa vie à Dieu en sacrifice et lui recommandant son âme; lorsqu'il eut rendu le dernier soupir, les indigènes l'enterrèrent conformément à ses prescriptions et le pleurèrent, maudissant ceux qui avaient causé sa mort (George Cardoso, Agiologio lusitanOj t. III, 1666, p. 842, § c).
RELÂCHE DE J. LANCASTER À LA GRANDE COMORE (PREMIER VOYAGE DES ANGLAIS AUX INDES), bn 1591 <.
l"* Relation pab Edmond Barker. — Après avoir dépassé le cap Corrientes, à Tentrée du canal de Mozambique, nous fûmes surpris par une tempête terrible et exposés au choc de vents furieux. Le navire amiral, la Pénélope^ sous les ordres de George Raymond, disparut pendant cet ouragan et jamais plus nous n*en avons entendu parler, malgré toutes nos recherches et nos croisières; c'est en vain que J. Lancaster, le capitaine de VÉdouard-Bonaventure, avec Tautre navire, Tattendit pendant quelques jours à la Grande Comore où ils étaient convenus de se rallier. Entre temps, quatre jours après cette séparation, à 10 heures du matin, la foudre frappa notre navire, renversant quatre de nos hommes qui tombèrent raides morts; des 94 autres personnes de Téquipage, pas une seule fut indemne ; les uns furent aveuglés, d*autres eurent des brûlures en diverses parties du corps et vomirent du sang, d*autres furent tout meurtris comme s'ils avaient été roués de coups, mais tous ces derniers finirent par se rétablir. Le grand mât fut fendu de haut en bas et la chaleur fit fondre les clous. De là, nous courûmes au Nord-Est, et peu après, sans nous en douter, nous atteignîmes la pointe Nord- Ouest de rtle de Madagascar que, grftce à Dieu, Tun de nos hommes aperçut au clair de la lune. Voyant en avant une ligne blanche qui lui parut extraordinaire, il appela des matelots pour leur demander ce que cela pouvait bien être; ils lui dirent que
1. Ce voyage, qui avait pour but la piraterie, a été exécuté sous les ordres du capitaine George Raymond avec trois grands navires : la Pénélope (vaisseau amiral), le Merchant Royal (vaisseau vice-amiral) et V Edouard Bonavcnturc (vaisseau contre-amiral). Lorsque le vaisseau amiral, que commandait George Raymond, eut disparu corps et biens dans la tourmente qui les assaillit à l'entrée du canal de Mozambique, ce fut James Lancaster qui prit le commandement.
CONCERNANT MADAGASCAU 161
c était la mer qui brisait sur des rochers, de sorte que nous changeâmes notre route à temps et évitâmes un grand danger^ Dans cette mer encore inconnue des Anglais, nous avons passé de même près de Mozambique sans nous en apercevoir et nous avons atterri deux lieues plus Nord, dans la baie de Quitangone baie de Conducia?], où nous nous sommes emparé de trois ou quatre canots chargés de mil, de poules et de canards; les nègres avaient avec eux un jeune Portugais qui conduisait ces provisions à Mozambique. Lancaster profita de cette heureuse rencontre et remit de suite à la voile. Il ne tarda pas à gagner Ttle Comore qui est à cent lieues de cette baie, dans le Nord-Est, et qui lui parut très peuplée. Il y vit un grand nombre d'Arabes basanés; seize hommes qu'il envoya à terre dans sa chaloupe, eurent toute liberté de faire de Teau. Le roi de Ttle, ayant demandé et obtenu Tautorisation de visiter le navire, y vint accompagné de plusieurs Arabes de belle prestance et vêtu d'une robe de soie cramoisie qui lui arrivait aux genoux et était â la mode orientale; les Anglais le traitèrent fort bien et, le jeune Portugais dont ils s'étaient emparés à Quitangone leur servant d'interprète, ils eurent avec lui une longue conversation sur l'état de son pays et la nature de ses productions. Mais, sous des apparences d'amitié, ces Arabes cachaient de noirs desseins. Le maître d'équipage, William Mace, voulant, quoiqu'on eût déjà une bonne provision d'eau, retourner à l'aiguade et se fiant aux paroles du roi, descendit & terre avec seize hommes, contrairement à l'avis de Lancaster; il y en avait déjà dix-neuf sur le rivage occupés à laver du linge; à peine eurent-ils fait cent pas sur la plage qu'une foule de sauvages se ruèrent sur eux avec toutes sortes d'armes et les tuèrent sous les yeux même du roi et à la vue de l'équipage resté à bord, impuissant à leur
porter secours, puisqu'il n'y avait plus d'embarcation.
104 • OUVRAGES JVNCIEN8 . .
rés.olurent de quitter'la rade de San-Bras [Port Elizalieth, sur la côte Sud du. cap de Bonne^ÇspératiceJ, car les matelots étàieat très affaiblis par le travail qu'ils faisaient jouraelleitient pour aller quérir de Teau douce. II fut donc conclu qu'on ferait voile ce soir-là, ce qui eut lieu.
Depuis ce. soir-là jusqu'au 2 de septembre, ils firent diverses rouleSy étant' poussés par des vents différents et battus de «diverses tempêtes qui les faisaient écarter les uns des autres. €e péme joui', 2 de septembre, voyant que la plupart des équi- -pages demeuraient couchés sur les tillacs et étaient cruellement tourmentés du scorbut, ils résolurent de retâcher à Tile de Saint-Laurent, autrement Madagascar, qu'ils découvrirent le lendemain matin à la pointe du jour. C'est une terre basse et
quérir de l^eau douce, tant à cause de Tûpre rivage, étant toujours mouillés, qu'à cause que les rafraîchissements chassèrent les mauvaises humeurs es jambes et pieds, dont plusieurs revinrent malades, et en outre les grands flots du Sud nous menaçant, desquels n'étions assurés, fut conclu de faire voile sur le soir, comme aussi fut fait; et faisant notre course avec vents variables et plusieurs tempêtes (par quoy aucune fois nous perdîmes Tun Tautre de vue) vers TEst-Nord-Est jusques au deuxième jour de septembre; auquel jour fut conclu, à cause de la faiblesse de tous les nôtres desquels la plupart couchaient tout plat du mal dit le scorbuic, de naviguer vers Tlle de Saint-Laurent ou Madagascar, ainsi qu'aussi, poursuivant notre course vers Nord-Nord-Esl, la vîmes le lendemain à Taube du jour, étant un pays plané et uni, réservé le cap Saint-
■de Bonne Espérance en le ilécouvrant; s^màlablement de la rade cPAgua Sam BraSj du promontoire S, Jueto, du Cap Augusla, et aucunes apparences de S. Laurens, Sumatra et Java : ensemble la carte avec la de^fcription de la royale lie de Baly. Plu» un dictionnaire de ceux de Madagascar et Java, et explications des dictions mcUeysines^ le tout donné en lumière par Cornille (Us de Girard de Zudlande, chez Bernard Langenes à Middelbourg (1598) [traduclion exacle du Joumael]; •— 5° D^Eerste Boeck, Histoire van Indien, waer inné verhaelt is de avon- 'iueren die de Hollandtsche Schepen bejeghent zijn (1598), Cornelis Claesz. Deux éditions postérieures ont paru en 1609 et (par Michel Colijn) en 1617; — 6* Prima pars descriplionia itineris navalis in Indiam orientalem earumque rerum qur navibus Battavis occurrerunt (1598) [traduction du Eerste Boeck]. Il y a eu une réimpression en 16U; — 7* Premier livre de VIHstoire-de la Navigation aux Indes Orientales par les Hollandais et des choses à eux advenues^ ensemble les conditionSf les meurs et manières de vivre dex nations par eux abordées. Plus^ les TnonnoyeSj espices, drog\ies et tnarchandises, et le prix d*icelles* Davantage^, les
|Éj||Mfi^^
CONCERNANT MADAGASCAR l6$
unie, hormis la pointe orientale nommée le cap de Saint-Boman [cap (rAndavakaJ (a) où le pays est montueux^ )e cap même s*élevaDt fort haut et ayant une double montagne. •
Us coururent plusieurs bordées et louvoyèrent longtemps pour doubler cette pointe, mais comme les courants et les vents forcés les en empêchaient, ils gouvernèrent sur là pointe occidentale. Le vaisseau < Amsterdam. » en étant proche mit sa chabupe à la mer avec six matelots qui nagèrent vers Icccap de Sainte-Marie [la pojnte extrême Sud de Madagascar], oii i\ê aperçurent six hommes, qui, voyant la chaloupe vênif ver» eux, s'enfuirent sur lès hauteurs. '
Quand la chaloupe fut proche du cap, qui est une pointe fort^ haute et tout à fait escarpée, on y trouva trois bateaux de*
Romain [cap d*Andavaka] (a), qui est pays montueux, s'élevant très haut, ^t se doublant. Le jour suivant, trouvâmes ici proTondejur de vingt brassées et fond de pur sablon, étant une lieue de la terre, mais jettant la sondef après-midi, cinq lieues arrière du rivage, nous trouvâmes profondeur de^ 52 brassées et fond sablonneux mêlé de coquilles; et ainsi courant, allant et reculant, pour doubler Tangle du cap, et voyant nous rien avancer par la résistance des Ilots violents et vents du Sud-Est, le sixième jour, finalement, avons ôté le sein du voile et navigué vers le coin de TOcci* dent, cherchant aucuns ports où nous pourrions sauver nos navires et avoir des rafraîchissements, et, à celte Qn, le navire Amstelredam a mis sa barque en mer, en laquelle six hommes ont navigué vers le cap Santa Maria [cap Sainte-Marie] ; et lieue et demie de terre ont jette la sonde et
découvrements et apparences, èituations et castes maritimes des contrées; aved le vrajf pourtraict au vif des habitants; «V tout par plusieurs figures illustré : très récréatif à lire à tous navigans et amateurs de navigations lointaines es teiTCS étrangères, par G. M. A. W. L. (W. Lodewijcksz, commissaire à bord du Mauritius), à Amsterdam chez Cornille Nicolas (1598). C*est de celle édition (en très mauvais français) qu*cst tiré le récit ci-joint, qui diffère notablement de celui du Joumael publié chez Langenes. 11 y a eu une réimpression textuelle en f609; — 8« Indica Uistoria gua hollandicarum navium cursus, successus- et acta, par B. Sir. Silesius (Tertia parslndix orientalis des frères de Bry, 1601, p. 60-7G et pi. VIII, IX, X, XI et XII, copiées d'après celles de l'édition hollandaise); — T Indica Amstelodamenstum Savigatio pnmOf par Joh. Isacius'Pohtanus^(Hondios, i611); — iO* De eerste Schipvaerd der HoUandsche Satie naer Oost Indien f par Joost Hartgers (1648).
(a) Le Cap d^Andavaka est & rexlrémilé- Sud-Est de Madagascar, à côté et dans lX)uest de la baie d'Andrahomana.-
pécheurs, qui se nomment lacca [lakana]. On nagea vers eux et, en ayant pris deux hommes dont on ne pouvait entendre le langage, on leur donna quelques grains de verre et d'autres merceries pour des poissons, et on les quitta. Lorsqu'on fut à terre, on y vit encore cinq hommes, qui ne voulurent point attendre, si bien que ne trouvant rien que des huttres, on prit le parti de s*en retourner à bord.
Le 9, on arma encore une chaloupe qui, rasant la côte tout à terre, découvrit de nouveau deux bateaux pêcheurs, sous deux rochers gisant loin de terre à la portée d'un petit canon (a). On en prit un où il y avait trois hommes, qu'on amena à bord du yacht et qui vendirent environ soixante brèmes, pour lesquelles on leur donna des grains et de l'argent. On leur présenta aussi à boire et à manger, mais ils marquèrent ne s'en soucier pas. Il n'en fut pas de même de quelques bonnets rouges et d'autres merceries qu'on leur donna et qu'ils reçurent avec plaisir.
trouvé la profondeur de 24 brassées et le fond sablonneux mêlé de coquilles; mais, aune lieue près de terre, la profondeur de 18 brassées et fond de grossablon; et, le trait d'un mousquet arrière de terre, la profondeur de 8 brassées et fond de sablon jaunâtre et gros. Ils aperçurent six hommes sur le rivage, lesquels, voyant que la barque venait vers eux, eurent leur recours sur le haut terroir. Arrivant au cap de Santa Maria, qui est un haut coin rompu, les nôtres voient trois nacelles de pécheurs, lesquelles ils appellent lacca [lakana], péchant du poisson, vers lesquelles ils naviguèrent, dont ils ont aconsuyvi les deux; mais, ainsi qu'ils ne les surent entendre, ils leur donnaient aucuns chapelets et autre mercerie, et eux aux nôtres en récompense aucuns poissons, et ainsi se sont départis les uns des autres. Les nôtres descendirent en terre et trouvèrent cinq hommes habitants, mais ne voulurent les nôtres attendre; et, ne pouvant obtenir autre que quelques huitres, se sont embarqués et revenus vers les navires, où unanimement fut conclu que la pinasse naviguerait le lendemain si près de la terre qu'il serait possible, afln de secourir à toute
(a) Vebbior dd Verhael : Le 9 septembre, Jean Schellenger, le maître d'équipage, mit à l*eau le canot et alla & terre, où il trouva trois pécheurs qui lui donnèrent une masse de poissons en échange de deux ou trois couteaux. — Version du Joumael : le 8 septembre, Jean Schellenger.... trou'va deux pirogues montées chacune par deux hommes qui lui firent signe de se diriger vers le N.-O.
IhtjBnuffir cuuiieêis eonoeméutt ^ada^astutn, t.l,p. 166^}*
€omor«
l?Gloneu»eft
njouAn
May e tu
[jAupoin >^ , ,
£chaU«Ldu lo^Saooo?
» '^ ' il
• t«e iDO «••
PreiDier vova^e des Hollandais^ à Madacfascar sous le oommandeineni de
voyagi
rAmîral Comelis de Ifeulmaii 159Irl596
Routa> mtivi» pat* leu^^toUmi f2Sèpt.IS95'J2fikiriarJ59e)
.___ Huane^ d'^xplow^aiioiv fikit parlai /nMUL»se/ fnamre^ olU^uU èL ntirvas et au ooUbaJ
Dès qu'ils furent descendus dans leur bateau, ils nagèrent vite vers terre, témoignant par leurs manières et par leurs cris combien ils avaient de joie d*étre échappés. Un d*entre eux, lorsqu'il avait vu que la chaloupe allait à eux, s'était jeté de frayeur à la mer, comme s'il eût voulu l'éviter et se sauver à la nage ; mais à force de signes, pour lui faire entendre qu'il n'aurait point de mal, on le fit retourner dans son bateau. Us avaient si peu d'expérience et d'entendement que, quand on les voulut faire monter à bord du yacht, ils ne savaient comment s'y prendre, et ils paraissaient n'avoir pas le sens commun.
Ils étaient fort bien proportionnés de corps, et plus hauts que les habitants d'Aguada San-Bras [baie de Mossel, sur la côte Sud du cap de Bonne-Espérance]. Us n'avaient rien autour du corps qu'une ligature, ou bandelette, avec quoi ils couvraient ce que la pudeur veut qu'on cache et qui n'était que très mal couvert. Us avaient de longs cheveux noirs, séparés en trois pour
heure la barque s'il était besoin. Ils virent deux nacelles péchantes, tenant deux écueils le trait d*une pièce de fonte aiTière du rivage, desquelles nous avons pris Tune et amenée à la pinasse : c'étaient hommes bien dispos et proportionnés; nous avons changé avec eux, pour aucuns chapelets et deniers, environ 60 brasmes [brèmes] et leur donnâmes bien à boire et h manger, des bonnets rouges et autre mercerie, et sont bien aises ramé vers le rivage. Les autres étant sur le rivage, voyant que nous les avions menés quant et nous, démenaient grand deuil et faisaient grande fumée* comme avaient fait en tous endroits sur les côtes, nous apercevant. Le 12 dudit mois, à moi fut accordé d'aborder avec les barques la pinasse et puis de courir le long du rivage et monter en terre. Ce jour ne fut exécuté autre chose. Le terroir avait plusieurs dunes sablonneuses. Le lendemain, vînmes derrière quelques écueils avec la barque où était un golphe. Ces écueils s'étendent demi-lieue en mer, et au Nord-Ouest d'iceux était une islette [Nosy Manitsa], située environ une lieue du rivage. Les autres navires nous suivirent, et sommes retournés au navire « Maurice », afln d'avoir nouvelle ordonnance; et fut conclu que, moi troisième, reconnaîtrions la terre, et sommes arrivés à terre par derrière, tout tenant lesdits écueils, où il y avait moins de gué. Entrant dans le pays, nous allâmes si avant, que vînmes à une eau où nous ne pouvions passer [bras de mer, en dedans de la presqu'île Gaga] ; par quoi sommes retournés,
168 OUVRAOflS ANCIENS
en faire trois tresses. Us avaient aux oreilles de petits bois, ou des ossements d*un pouce d*épais. Us paraissent être circoncis et, pour le faire voir, ils retiraient un peu leur ligature.
Les autres qui étaient & terre, ayant yu que les équipages étaient en commerce avec ces trois» ici, firent de grands vacarmes, et allumèrent un grand feu, ainsi qu*ils avaient fait partout ailleurs en découvrant les vaisseaux sur leur côte.
Le 13 de septembre, au matin, on vit un banc étroit et long qui s'avançait environ d'une lieue en mer. Le yacfit étant allé le reconnaître, Molenaar, qui n'avait point été averti, courut aussi de ce côté-là et y laissa tomber l'ancre. Schellinger fit la même manœuvre, et il fallut que le vaisseau « La Hollande » la fit aussi, quoique le pilote et tout l'équipage en fussent fort fâchés, parce qu'ils n'y étaient à l'abri d'aucun des vents de mer.
A une lieue de Saint-Laurent ou environ, il y a une Ile qui
leur demeura au Nord-Ouest quart à l'Ouest. Ils la nommèrent
trouvant plusieurs traces d'hommes et enfants, mais nulles maisonnettes, ains bien les lieux où ils avaient fait du feu, et sommes retournés vers les navires. Nous vîmes une entrée pour naviguer avec la barque en Teau intérieure [baie d'Ampalaza], mais ne fut fuit pour cette heure-là. Le jour suivant courûmes derrière l'ile [Nosy Manitsa], à cause que la violence des ondes nous lit quitter notre rade, et y avons jeté l'ancre en la profondeur de 9 brassées. En cette isle n'avons trouvé aucun peuple, ni eau douce, ni fruits, ni bi'^tail, ni oiseaux, qu'aucuns hérons, et le jour suivant avons navigué avec la chaloupe et la pinasse [péniche, bâtiment léger allant à la voile et à l'aviron] vers Ouest; mais, à cause des sablons et écueils et gués, n'avons su passer outre; et en voulant sortir, il nous fallut sortir par la même bouche où nous étions entrés : par quoy sommes demeurés joint la pinasse jusqu'au lendemain qui était le seizième jour dudit mois. Nous avions vu plusieurs habitants sur la terre, mais nous ne les pouvions approcher à cause des gués. Le lendemain bien matin, sommes courus vers l'Est et autrefois montés en terre derrière les rochers où nous étions premièrement descendus en terre, et sommes allés dedans pays vers un bocage où s'éleva une fumée grande, espérant y trouver aucune quantité d'habitants; mais y approchant, vîmes deux hommes portant leurs rets; néanmoins, nous allumes vers la fumée, où ne trouvâmes autre qu'une vieille et une fillette, brûlant la bruyère, mais, ainsi
dans la suite le Cimetière des Hollandais [Nosy Manitsa] (a), parce qu'il leur y mourut beaucoup de gens [28] qui y furent enterrés. Le même jour, on envoya des matelots à terre [à la baie d'Ampalaza] (6) pour voir s'il n'y aurait point de fruits qu'on pût apporter aux malades, mais ils ne trouvèrent rien qu'un rivage aride, séparé par une eau interne [lagune] qui était salée, sans pouvoir remarquer par où elle venait ni par où elle sortait. Comme ils ne purent passer en cet endroit-là, ils retournèrent sur leurs pas, et virent des vestiges d'hommes et d'enfants et des endroits où ils avaient fait du feu, mais il ne parut point de maisons.
Le lendemain, ils passèrent derrière la même tle,le brisement de la mer les chassant de l'autre rade et les poussant de ce côté-là. Ils y mirent encore à terre des gens qui n'y trouvèrent ni eau douce, ni bétail, ni oiseaux, hormis des hérons. Ils avaient pourtant vu quelques hommes sur le rivage, mais la
que ne les pouvions entendre, elles nous envoient vers les hommes qu avions vu; et, ayant à elles donné quelques chapelets, nous les avons suyvi et, les appelant, ils s'arrêtent en nous attendant; mais finalement prirent la fuite, déposant leurs rets, de manière que bientôt les perdîmes en un bocage; et nous, suivant leurs traces, vînmes joignant une eau où nous trouvâmes un homme péchant avec trois enfants, qui étaient à Fautre rive de l'eau. H envoya Tun d'iceux quérir plus de gens, qui tôt revint avec un vieillard; nous fîmes Fessai de passer Teau en Tun de. leurs esquifs, que nous y trouvâmes, mais, parce que n'étions expérimentés de naviguer avec tels esquifs, il s'est avec nous versé, et nous nous sommes sauvés en nageant. Donc, voyant que nous ne pouvions passer, les deux hommes sont venus en nageant auprès de nous, allant nus et ayant en leurs mains trois lancettes ou asagaies; nous leur donnâmes aucuns margaridettes [petites perles de verre]. Mais, ne les pouvant entendre, ni eux nous, nous en sommes départis, et aussi. sages qu'étions par avant. Venus à la chaloupe, avons navigué vers les navires, parce qu'il était jà tard, où nous avons trouvé les navires ancrés à deux
(a) Nosy Manitsa est un Ilot situé & Textrémité Sud-Ouest de Madagascar, âi rentrée de la baie d'Âmpalaza.
{b) La baie d'Âmpalaza est à la pointe Sud-Ouest de Madagascar.
mer brisait si fort en cet endroit qu'ils n'avaient pu s'en approcher.
Le 17 de septembre au matin, ils coururent la bande de l'Est, et allèrent remouiller derrière les rochers où ils avaient été d'abord. Ils virent alors une grande fumée qui sortait d'un bois, et, étant allés, ils aperçurent deux hommes qui portaient leurs filets, mais, en s'approchant du lieu d'où venait la fumée, ils n'y rencontrèrent qu'une vieille femme et une jeune fille qui brûlaient des bruyères [camarîgnes] et qui, par signes, les renvoyèrent aux hommes qu'ils avaient vus marcher. Ces deux hommes, voyant qu'on les appelait et qu'on leur faisait des signes, s'arrêtèrent et attendirent pendant quelques instants, mais enfin ils jetèrent leurs filets à terre et prirent la fuite.
ancres, à cause de la tempête jù passée, ayant le navire Amstelredam rompu le câble et à cette cause flottant : mais, dévalant la principale ancre et Tordinaire, il fut sauvé. Aussi à grand peine pouvions-nous aborder aucun des navires, à cause du rude temps.
CHAPITRE IV. — Ce qui leur est en outre advenu, sous le Cimetière DES Hollandais. — Ainsi que le 17 jour fut envoyée la barque vers terro» et que trois hommes avaient pris le chemin en pays, d'un côté, et deux
Explication de la carte ci-jointe : Pourtrait et courses de l'ile grande de Madagascar, autrement dite de Saint-Laurent, ainsi que Tavons navigué, avec les lieux secs, bancs, écueils, profondeurs et isles : ensemble le pourtrait du Cimetière des Hollandais, de la Rivière douce, autrement dite le Port de Saint- Augustin, du grand golphe et isie de Sainte-Marie, signés par TAIphabet, à Tinstruction des amateurs curieux. — A. Où nous étions pour la première fois ancrés [devant la presqu'île Gaga]. — B. L*isle appelée le Cimetière hollandais [HoUansche Kerckhof, Nosy Manitsa ou ile Leven]. — C. Le Golphe d^eau douce [baie d*Ampalaza]. — D. La Rivière d'eau douce [l'Onllahy ou rivière de Saint-Augustin].
— Ë. Le Fort [hollandais]. — F. L'Angle septentrional [Pointe Nord ou d'Anosy].
— G. Les islettes australes [Nosy Vé]. — H. L*ile Sainte-Marie. — L Le golphe à icelle [Port deLokantsantsa ou de Sainte-Marie]. — K. Le principal village. — L. L'un des bras du fleuve [Soamianina], en l'ile de Saint-Laurent. — M. L'autre bras du fleuve [Marimbony]. — N. La séparation de l'ile Sainte-Marie [détroit de Nosinanto]. — 0. L'écueil du côté d'Ouest. — P. L'isie située au grand golphe (Nosy Marosy ou Nosy Mangabé], où nous allâmes quérir Teau douce. — Q. La rivière [l'AntanambalanaJ. — R. Le village Saint-Angelo. ^ S. Le village Spachenbourg. — T. Le village septentrional. — V. Le village où premièrement étions h. l'ancre. — X. Le village où nous avons négocié. — Y. Le sixième village. — Z. Le village où ils nous requéraient que nous y voudrions arriver en sortant.
Les matelots, les ayant bientôt perdus de vue, les suivirent à la trace, et vinrent enfîn sur le bord d'une eau, d'où ils virent sur Tautre bord à Topposite un homme qui péchait et trois enfants. Le pécheur envoya un des enfants pour appeler d'autres gens. L'enfant revint aussitôt avec un vieillard et passa du côté des matelots, qui voulurent éprouver s'ils pourraient traverser Teau avec une des petites pirogues qui étaient là, mais, comme ils n'étaient pas accoutumés à naviguer dans des bateaux aussi petits, ils tombèrent dans l'eau et ne s'en sauvèrent qu'à la nage. Les deux hommes, voyant cela, traversèrent l'eau et vinrent tout nus, avec leurs sagaies ou petites lances à la main, vers les matelots qui leur firent quelques petits présents et retournèrent à leur chaloupe.
autres de l'autre côté, qui ne trouvèrent autre qu*un homme et une femme, et à cette cause sur le soir retournèrent à la barque. Or les trois allaient par le bocage avec' un Compas [boussole], afm de ne fourvoyer, à Tentour d*un grand golpfae d*eau salée, jusques sur le soir qu'ils trouvèrent un jeune homme more, qui les conduisit à un vieillard qui semblait être son père; celui-ci leur donna à manger quelques écrevisses (a) et de Teau à boire. Or, les nôtres désirant d'être menés plus avant pour trouver aucuns rafraîchissements, eux firent signe qu'il leur fallait dormir un petit; les nôtres leur firent un présent d'un rouge et d'un bonnet de nuit blanc, ce qui leur rendait volontaires à mener les nôtres plus avant. Ayant che-. miné quelque espace au clair de la lune, le vieillard s'est parti d'eux, mais est bientôt revenu, et, faisant quelque peu de feu, se sont assis h reposer un petit; mais, n'osant longtemps s'arrêter en un lieu, se sont derechef mis à cheminer. Alors est parti d'eux le jeune homme, qui revint avec six autres, et, à cause que souventefois consultèrent entre eux, les nôtres prirent mauvais soupçon et, leur donnant aucuns chapelets par eux demandés, ils ont les deux empoignés; mais le tiers, échappant de leurs mains, a délivré ses deux compagnons de leura mains. Alors y est entre eux commencée la bataille de cailloux, par laquelle les nôtres devinrent si las qu'ils se rendirent, et furent entièrement dépouillés et dévalisés de leurs armes. Les nôtres poursuivirent leur chemin le long de ladite eau intérieure jusques le soir ensuivant, et qu'ils vinrent de
{a) Palœmons ou crevettes. 11 n*y a pas d'éc revisses dans le Sud-Ouest de Madagascar.
il^ OUVRAGES ANCIENS
Le 18, on^ renvoya un canot à' terre, et trois hommes de 1 équipage dont il était armé s'avancèrent d*un côté dans lé pays pour chercher s*il y. avait des fruits, pendant <}ue' deux «utres allaient aussi d*un autre côté. Ceux-ci, n'ayant rencontré qu'un homme et une femme et n'ayant pas Tordre de passer la nuit à terre, i^etournèrent à bord de la chaloupe. Mais les trois premiers traversèrent un bois et, se servant de la boussole de peur de s'égarer, tournèrent autour d'une espèce de .golfe d'eau salée (a). Sur le soir, ils trouvèrent un jeûne nègre qui les conduisit. à un vieillard qui paraissait être son père, et qui leur présenta des écrevisses (b) et de l'eau. Comme ils avaient le dessein d'aller plus loin, afin de voir s'ils trouveraient des rafraîchissements, et comme, d'autre part, les deux noirs leur faisaient entendre qu'ils voulaient dormir, ils leur firent présent de deux bonnets de nuit et, par reconnaissance, les noirs leur promirent de leur servir de guides.
nuit à Tautre côti' de Teau où la barque leur vint quérir, venant ainsi très las, hdlés et défaillis à la barque (a).
Le 20 jour dudit mois, sommes autresfois navigues vers terre, naviguant en Teau intérieure, laquelle avait ouverture devant laquelle est un grand banc, et, y entrant, trouvâmes à la main droite aucunes logcttes et habitations de pécheurs, où trouvâmes tant seulement deux hommes et quatre femmes qui nous montrèrent le lieu où ils allaient quérir Teau, parce qu'avions grand faute d'eau ; car, allant, un homme avec deux Seaux faits d'écorces d'arbres quérir de Teau, nous envoyâmes avec lui quatre hommes, lesquels vinrent en une autre- habitation 6ù ils ne virent autres que femmes. Nous trouvâmes que cette eau était salée, pourquoi l'avons laissée, et avons navigué vers une u almadia » ou nacelle, où nous avons changé quelque poisson à des corails; et, ramant vers une autre, ne la pouvions atteindre à cause des gués. Puis avons vu sortir d'entre les arbres trois bandes de Mores (c), entre lesquels était leur Prince, qu'ils nom*
(a) 11 y â, en eiïet, à Ampalaza un bras de mer qui pénètre loin dans les terre», en dedarls de la presqu'île Gaga. C'e^t ce bras que, plus loin, ils appellent « l'eau interne ».
(6) 11 n'y a pas d*écrevisses dans le Sud de Madagascar. C'étaient de grandes crevettes ou plutôt des ;>a/iemon«: i
(c) C'est & tort que les Hollandais appellent Mores ou Maures les habitante
Quand ils eurent marché quelque temps à là faveur du clair de lune, le plus vieux des deux hommes se sépara d'eux, mais il ne tarda guère à revenir, et alors ils firent du feu et s'assirent pour se reposer. Les matelots, qui n'osaient pas demeurer longtemps en un endroit, se remirent bientôt en chemin. En marchant, le jeune homme disparut aussi et, un momeht après, il revint accompagné de six autres hommes, qui approchaient souvent leurs têtes les uns des autres et paraissaient tenir conseil ensemble.
Sur cela, les matelots entrèrent en de grands soupçons, et ce n'était pas sans raison, car, pendant qu'ils leur donnaient de la verroterie qu'ils avaient demandée, les noirs en saisirent deux, mais le troisième, s'étant dégagé, délivra les deux autres. Ils commencèrent alors un combat à coups de pierres, dont les matelots furent si fatigués, qu'il leur fallut se rendre. Ils furent dépouillés, mis nus, et on leur ôta tout, jusqu'à leurs armes.
ment Andréa [Andriana], lequel nous fit signe de naviguer vers un lieu qui notait guère profond et, avec marée basse, tout sec : qui nous Ht soupçonner que de nuit, y étant au sec, il nous voulait avec les siens opprimer; par quoy, sur le soir, nous sommes mis au profond, où, de nuit, nous vinrent visiter deux « almadias », nous apportant écrevisses à manger et nous h eux donnant part de notre viande, et chantèrent très mélodieusement. Toutefois, nous ne confiant à eux et doutant qulls nous vinssent épier, les fîmes faire la retraite, faisant bonne garde afin de n'être surpris. Étant la nuit passée, avons navigué jusques au bout du golphe et, voyant qu'il n'y avait aucune eau douce, nous retournâmes au lieu d'où étions partis. Alors les habitants nous sont abordés avec onze barques, requérant de vouloir naviguer avec eux vers leur habitation et lieu; ils voulaient trafiquer avec nous, ce que nous fîmes; mais requérant que nous voudrions descendre en terre, nous l'avons refusé, ayant en fraîche mémoire ce qu'ils firent ces jours passés à nos compagnons, puis que nous vîmes beaucoup de gens qui se tenaient cachés derrière Tarbrissage ; aussi leur chef n'osa nous approcher que finalement en un
du Sud de Madagascar. Les Maures sont des Arabes musulmans, tandis que la masse des indigènes du Sud de Madagascar n'est nullement de race arabe et n'appartient pas à la religion du Mahomet.
J74 OUV-RAQEfl ANCIENS *
Ensuite ils continuèrent à marcher lé long de cette ëaû interne [lagune], jusques au lendemain au soir, et ce ne fut qu*à la nuit qu*ils arrivèrent de Tautre côté. Le canot alla les prendre, et ils se rendirent à bord en fort mauvais état et épuisés de fatigue.
Le 20, on voulut encore tenter fortune et faire une nouvelle descente. On trouva le long de Teau interne, à la droite, quel-» ques petites huttes où habitaient des pécheurs. Il n*y avait dedans que deux hommes ;et quatre femmes, qui leur marquèrent un endroit où ils pourraient faire de Teau. Un des hommes alla même avec eux et, portant delix écorces d*arbre pour y puiser de Teau, il les mena dans une autre habitation où ils ne rencontrèrent que deux femmes. Pour Teau, Tayant trouvée saumàtre, ils n en prirent point.
grand canoa [pirogue], et prit des auti^es Mores quasi tout leur poisson, lequel il troqua avec nous à des chapelets. Il était vêtu d'un drap de coton jusques au genou,'mélé de rayons [raies] comme lescoutilset todiers [couvertures] d'Espagne; et ayant reçu d'eux beaucoup de poisson, nous sommes navigues vers Tentréc de Teau, afin de nous récréer. Et ainsi que nous les avançâmes trop en naviguant, ils retournèrent vers terre, où ils ont fait une embuscade. Nous, arrivant à terre, avons ordonné nos sentinelles
Explication de la planche ci-jointe : Pourtrait sur le vif des habitants de Madagascar, autrement dit de Saint-Laurent, sous la hauteur de 23 degrés, au port (lit de Saint-Augustin et par nous appelé la Rivière douce : ensemble leurs femmes, vêtements, armes, habitations, pêcherie, bétail, oiseaux, chasse, fruits et herbes de cette terre, pour autant qu'avons su entendre. Us n'ont ni religion ni lois, que celles que la nature donne. Ne savent ausdl discerner l'un jour de l'autre, ni compter, por jours, semaines, mois et ans, leur âge. Us ont la guerre contre leurs voisins, prennent l'un l'autre et vendent, et les rançonnent avec bétail ou azagaies, qu'ils nomment leffo [lefona] avec lesquels savent jeter si adroit que sur un petit denier jetteront six fois de route avec telle violence qu'ils perceront tout ce que d'une arquebuse ne peut être percé; les savent aussi jeter et détourner. — A. Ce sont oiseaux grands comme Cigognes, mais ont le bec courbe [Tantales ibis]. — B. Cette sorte d'animal [Maki mococo ou Lemur catla] y abonde, il a la tête d'un renard, le corps et la queue d'un Marmot fsinge], courant isnellement [promptement], sautant d'arbre en arbre. — C. Ces esquifs sont faits d'une pièce seule de bois, ayant des bâtons à deux cOtés, afln qu'en tournant ne renversent; pèchent en cette manière. — D. Cettes leurs maisonnettes ne servent à autre chose qu'à se cacher du soleil et sont si basses qu'ils y entrent tout en traînant, et dorment sur le sablon. — E. Les moutons ont Iti queue si grande qu'elle vaut mieux que l'un des quatre quarts. Les bœufs ont des bosses et cornes grandes et la chair fort bonne. — F. Ces fruits [calebasses] y sont abondants et bons à manger. '
Ils nagèrent ensuite vers une « almadie », ou pirogue, et firent échange de verroterie contre du poisson; mais voulant encore nager vers une autre almadie qu*ils voyaient, ils ne la purent aborder, parce que Teau n^'avait pas assez de profondeur. Après cela, ils montèrent sur des arbres, d'où ils découvrirent trois troupes de noirs, dont le commandant, qui se nommait André [Andriana], leur fit signe d'aller vers un endroit où il y avait très peu de profondeur et qui, de basse eau, demeurait à sec. On craignit que cet avis ne fût pas trop charitable, et Ton crut que les sauvages avaient envie d'attirer les gens en ce lieu-là pour aller de nuit les y attaquer, lorsque l'eau aurait baissé. Aussi, au lieu de cela, allèrent-ils se mettre sur le fer [jeter l'ancre] dans un endroit profond, où deux almadies vinrent à leur bord pendant
afin de n'être surpris, et puis cinq hommes descendant en terre pour la reconnaître, venant à un coin, sont tombés en une embuscade d'environ cinquante Mores, qui les ont de tous côtés environnés et agilement assaillis d'asagaies; par quoi furent contraints à se défendre, tirant trois coups d'arquebuse, dont un More, frappé à la tête, tomba tout raide mort, qui donna aux habitants grand épouvantement, de sorte que n'osèrent attendre la seconde charge, mais prirent la fuyte; et nous retournAmes vers les nôtres pour nous fortifier de ce qu'ils avaient préparé, étant bien ayses que sans dommage avions découvert l'intention des Mores. C'est un pays plein de bocages arides, sans y trouver aucune eau douce ou rafraîchissement : par quoy, sur le soir, sommes retournés vers la flotte. CHAPITRE V. — Ce qu'est advenu a la pinasse en naviguant et
TROUVANT LA RIVIERE D'EAU DOUCE [l'OnILAHY OU RIVIERE DE SaINT-AUGUS- TIN] et ce que ce pendant est ADVENU EN LA FLOTTE. — Le 21 jOUr de
septembre, abordant sans avoir trouvé aucun rafraîchissement ny eau douce et, notre eau journellement se consumant, fut conclu que la pinasse et une chaloupe pourvue d'hommes navigueraient vers Nord-Nord- Ouest, pour chercher rafraîchissement et aucune rivière pour faire nouvelle provision d*eau douce; avec laquelle intention sont sortis la même bouche qu'étions entrés, le 22 jour le matin bien tempre [de bonne heure], et, entrés en mer, faisant leur course vers Nord-Nord-Ouest, lesquels vinrent le troisième jour près de deux islettes arides [Nosy Vé], où ne fut chose aucune de valeur, sinon qu'aucuns pécheurs s'y tenaient de nuit. A l'Est-Sud-Est d'icelles était un grand golphe d'eau salée et, ù TEst-Nord-Est, était le golphe dit la baie de S. Augustin, sous la hauteur
la nuit et leur donnèrent des écrevisses (a), régal qui fut accompagné des chants de ceux qui étaient dans le bateau. On crut que c*étaient des espions, et, après les avoir fait retirer, on fit bon quart durant toute la nuit.
Le lendemain, les sauvages vinrent h la chaloupe avec onze petits bateaux, et prièrent Téquipage d*aller voir leurs habitations qu'ils nommaient longenau [trano] (6), et que là ils traOqueraient ensemble. Les Hollandais s'approchèrent de ce côté-là, mais ils ne voulurent pas aller à terre, après ce qui était arrivé à leurs compagnons le jour précédent, d'autant plus qu'ils voyaient beaucoup de gens qui se tenaient cachés derrière les arbres et que le commandant André [Andriana] n'osait ou ne voulait pas s'approcher d'eux. Il y vint pourtant enfln dans un grand canot,
de 23 degrrs et demi, directement sous le Tropique du Capricorne, où ils trouvèrent une belle rivière, tombant entre la terre haute, avec deux bras en mer; où ils sont entrés avec la chaloupe. Les habitants vinrent franchement vers eux, grandement émerveillés de voir en leur contrée des gens blancs et encore plus du mouvement de la pinasse sans voir ramer aucun. Ils traflquèrent ensemble, changeant aucuns moutons extrêmement beaux et gras à merceries, comme sont petits miroirs, bonnets rouges, chapelets, etc. II y avait un entre autres, qui montra une cuillère d'étain, laquelle incontinent fut désirée, en offrant pour icelle le plus brave bœuf qui était à la troupe, et, comme il s^enfuyt et qu'autres vinrent offrir leurs bœufs pour la même, ils prirent débat Tun contre l'autre et s'eussent entrebattus, si on n'eût au premier promis la cuillère, pour laquelle il engagea ses asagaies et un homme jusqu'à ce qu'il aurait amené le bœuf, lequel étant amené, et montrant d'autres cuillères, furent très désirant de les changer à leurs bœufs. Les nôtres considérant que la contrée était plaisante et décorée de belles vallées verdoyantes, où furent plusieurs et diverses sortes d'oiseaux excellents, qui de leur chant plaisant firent mélodie grande; où semblablement se tenaient les marmottes [maques](c) sur les arbres Tamarindes [tamariniers], qui y sont à grande abondance, dont les fruits rafraîchissent le foye et
(a) Il n'y a pas, comme nous ravons dit, d'écrevisses dans le Sud de Madagascar; ce sont (le gros palœmonê ou crevettes qu'on a apportés aux Hollandais.
(6) Maison se dit en malgache Irano, dont « longenau • est une corruption.
(c) Makis mococos {Lemur caUà). A Madagascar, il n'y a pas de marmottes; probablement, du reste, marmotte est mis ici pour marmots ou singes dont il n'y existe pas non plus de représentants.
et, ayant pris presque tout le poisson des noirs, il le traflqua pour de la rassade ; il était couvert jusqu'aux genoux d'une toile de coton, rayée comme du coutil ou des couvertures d'Espagne. Les Hollandais, ayant eu beaucoup de poisson, descendirent vers l'entrée de l'eau, et, comme ils naviguaient beaucoup plus vite que les sauvages, ceux-ci s'en retournèrent à terre, où ils dressèrent une embuscade. Etant descendus de leur chaloupe, ils mirent des sentinelles devant eux pour n'être pas surpris; ensuite, ils envoyèrent reconnaître le pays par cinq hommes, qui, étant venus à un certain coin, tombèrent dans une embuscade de cinquante noirs, qui les environnèrent et leur lancèrent des flèches, tant qu'ils furent contraints de se défendre. Ils tirèrent trois coups dont l'un ayant donné dans la tète d'un des sauvages, celui-ci tomba mort. Cet accident épouvanta tellement les autres que, n'osant attendre une seconde décharge, ils s'enfuirent, et les Hollandais, en étant délivrés, visitèrent
les reins et consument les viscosités de Testomac, et, à cette raison, très profitables contre le scuirbuic [scorbut], par lequel les nôtres furent fort affligés, et presque sans force pour pouvoir entre eux tous» tant boiteux que bien disposés, lever et tirer à mont les voiles du navire. Donc, considérant que les nôtres non seulement désiraient grandement notre retour, mais qu'aussi la nécessité requérait de rien plus différer pour les consoler d'une si bonne fortune et les animer à pouvoir parfaire notre voyage et recouvrer leur santé, de laquelle on avait grandement douté; car en toute la flotte n'y avait presque vingt hommes debout, et ceux-ci bien faibles, où nous arrivâmes le premier jour d'octobre. Ce pendant que la pinasse et la chaloupe étaient en voie [en route], furent deux gallans insolents jugés d'être mis à terre, à cause de leur mauvais gouvernement et rébellion, qui mettraient peine à recouvrer aucun rafraîchissement et pommes d'oranges, en dedans le cinquième jour, et lors revenant, s'ils apportent ce qui est dit, on les recevrait en grâce, autrement seraient à l'arbitre des juges.
Le 30 de septembre trépassa le patron du navire, Jean Dignums, et fut enseveli en l'islette dite le Cimetière des Hollandais [Nosy Manitsa, à l'entrée de la baie d'Amp^Iaza], à cause que beaucoup de nos gens [28] y avons enterré, qui journellemenl moururent, à notre grand crèvecœur. Et parce que de jour à autre, le temps ayant été très rude, n'avions su naviguer et
divers endroits, où, n ayant trouvé qu*un pays fort sec et plein de bois, ils retournèrent sur le soir à bord.
Le 22 du même mois de septembre, dès le matin, la pinasse [péniche, bâtiment rapide allant à la voile et à Taviron] prit le large avec une chaloupe bien armée, pour aller voir s*il n*y aurait point d^endroit d*oii Ion pût tirer des rafraîchissements. Le troisième jour après le départ, ces bâtiments prirent terre â deux îles arides [Nosy Vé] (a), où ils ne trouvèrent rien de particulier, sinon quMl y avait des pécheurs qui y venaient passer la nuit. A TEst-Nord-Est de ces îles est une baie qu*on appelle de Saint-Augustin, par la hauteur des 23° (6), droit sous le tropique du Capricorne, où ils trouvèrent une belle rivière [rivière d*Onilahy ou de Saint-Augustin], qui se jette dans la mer par deux canaux qui descendent du haut pays.
Lorsque les Hollandais furent entrés dans cette rivière, les habitants du lieu vinrent librement à eux et furent fort surpris
descendre en terre, étant maintenant tranquilles, sommes arrivés. Le 29 jour dudit mois, afin de voir si pourrions appercevoir les dits deux gallans et trouver aucune eau douce, vu qu*en avions grand besoin et en étions mal pourvus, et n'en sûmes trouver : nous ne vîmes aucuns Mores, mais bien aperçûmes s'élever aucune fumée. Le soir survenant, nous nous mimes au profond, où sommes demeurés toute la nuit, et, à Taube du jour, allâmes en terre pour pécher. Finalement, quand nous étions pour partir, nous sont approchés onze Mores, y étant le seigneur qui ces jours passés nous pensait surprendre, auxquels s'en allèrent cinq des nôtres et ont renouvelé Tamitié avec iceux, et nous fit un présent de cinq asagaies et son accoutrement de coton ; d'autre cAté, nous lui fîmes un présent d'aucuns petits miroirs et autres chapelets, à condition que le lendemain nous apportassent aucuns rafraîchissements. Par quoy y revînmes le jour suivant, et apportèrent, en échange de cuillères d'étain, du poisson. Nous leur donnâmes à boire du vin d'Espagne dont devinrent
(a) Il n'y a plus aujourd'hui qu'une seule île à rextrémité Sud de la baie de Saint-Âugustin, mais, au xvi* siècle, il y avait à côlé de Nosy Vé un Îlot ou banc de sable qui a été depuis emporté par la mer.
{b) La pointe Sud de la baie de Saint-Âugustin (Nosy Vé) est en réalité par '2VW de latitude Sud.
de Toir des hommes blancs, et plus encore de voir la pinasse naviguer sans rames et sans rameurs. On acheta d'eux des moutons d'une grandeur excessive, extrêmement gras, pour lesquels on leur donna de la verroterie, de petits miroirs, des grains de chapelet, etc. Un matelot ayant montré une cuillère d'étain, Tun des indigènes promit pour Tavoir un des plus beaux bœufs du troupeau, mais, ce bœuf s'étant échappé, les autres vinrent offrir chacun un des leurs pour cette cuillère et, ayant commencé à se quereller là-dessus, ils se seraient battus, si Ton n*eût accordé la cuillère au premier, qui laissa en gage sa zagaie et un homme, jusqu'à ce qu'il eût ramené le bœuf.
Lep ays que virent les Hollandais était fort beau : on y trouva des vallées couvertes de verdure et une multitude d'oiseaux de diverses espèces, qui chantaient mélodieusement. Il y avait aussi quantité de guenons [maques] (a) sur les palmiers sauvages où croissent les tamarindes [tamarins] ou dattes des Indes, qui
yvres, ce que, nous voyant, délibérAmes de les menei prisonniers à la flotte pour essayer si, en contre-échange d'aucuns d'eux, pourrions recevoir quelque rafraîchissement; mais voyant venir la pinasse avec ses banderolles, il nous semblait n'être chose advisée de nous faire leurs ennemis; ains étant prêts, sommes retournés à la flotte, où nous avons entendu le bon succès de la pinasse. Nos malades, qu'avions mis sur le Cimotière des Hollandais [Nosy Manitsa] pour purger les navires de la puanteur et les nettoyer, prirent quelques écrevisses, poissons et caracolles, par lesquels se rafraîchirent, et estuvaient aucunes herbes, et, s'exerçant journellement en promenades, devinrent peu à peu plus robustes; néanmoins, entendant le bon rafraîchissement que ceux de la pinasse avaient trouvé, un chacun désira de s'embarquer; par quoy le lendemain les envoyâmes quérir et, attendant le vent favorable, sommes ici arrêtt's jusquos au 7 jour d'octobre. Cependant fut élu un autre patron du navire, au lieu de Jean Dignums, dont survint en la flotte dissension grande entre les chefs, à grand dommage et confusion de la compagnie générale.
Le 7 jour d'octobre, avons fait voile et sommes sortis par la môme bouche qu'étions entrés, naviguant vers l'Est-Sud-Est; car autrement
(a) Ce ne sont pas des singes, mais des lémuriens ou maques qu'on trouve à Madagascar. Sur la côte S.-O., c'est le Lemur colla que les Hollandais ont vu.
rafraîchissent le foie et les reins, consument la pituite qui est dans Testomac et, par conséquent, sont bonnes contre le scorbut. Les équipages étaient alors si tourmentés de cette maladie qu*à peine ceux qui étaient encore sains et ceux qui n^étaient que chancelants et un peu malades, pouvaient-ils tous ensemble suffire à manœuvrer les voiles, de sorte qu'ils furent ravis de trouver ce fruit.
L'équipage de la pinasse considérant que leurs camarades les attendaient avec impatience, et qu'il ne fallait absolument pas demeurer plus longtemps sans les aller rejoindre, puisqu'à peine y avait-il en toute la flotte encore vingt hommes sur pied et qu'il y en avait déjà plus de soixante-dix de morts, remit à la voile, et se rendit auprès d'eux le premier d'octobre. Leur rapport fut qu'ils avaient trouvé une bonne baie, avec une rivière, et qu'on pouvait y avoir de la viande et d'autres rafraîchissements; cette nouvelle fut fort agréablement reçue.
étions environnés d'écueils et vîmes là la mer bruire, que chacun qui le vit en avait horreur, encore que nous fûmes loin hors du péril. Nous vîmes semblablement la mer fort ravissante [rejaillissante, brisante] au Sud-Sud-Est de nous, quatre lieues de la terre, dont est à soupçonner qu'il y a là des sécheresses [hauts-fonds] cachées. Puis avons navigué à Ouest-Nord-Ouest et, lendemain, vers Nord-Nord-Est pour reconnaître la terre où la pinasse avait été, où nous vînmes le 9 jour de ce mois, sur le soir, et avons jeté Tancre en bonne profondeur, et fond d'argile.
Le 10 dudit mois, avons à rames navigué à la rivière, où nous conduisirent aucuns habitants, qui avaient abordé la flotte, et nous fait présent d'aucuns moutons, requérant que voudrions descendre en terre, disant qu'il y avait du bétail à foison; où, venant, nous fîmes des présents aux principaux d'aucun ambre, et avons acheté autant de bœufs et moutons que pouvions charger, pour cuillères d'étain, à savoir un bœuf pour une cuillère d'étain et 3 ou 4 moutons pour le même prix; et veinant hors de la rivière, parce que le vent venait de la mer, nous ne pouvions, tant chargés, ramer contre vent amont; par quoi nous nous sommes mis tenant à une vallée très belle, plaisante et verdoyante, où se tenaient beaucoup de marmots [makis mococos ou Lemur catta] et papegaux [perroquets noirs ou Coracopsis obscura et C. nigra]. Ici, vinrent à notre aide deux barques, qui se sont chargées d'une partie de notre charge, par quoy
CONCERNANT MADAGASCAR 19i
Pendant que la pinasse et la chaloupe faisaient leur traversée, il y avait eu deux matelots [Top Pietersz et Keesgen], Tun du vaisseau c la Hollande » et Tautre de c rAmsterdam », qui, en vertu d'une sentence donnée contre eux en qualité de mutins, avaient été mis à terre, sous promesse néanmoins que, ^i dans cinq jours ils pouvaient revenir avec des oranges ou quelques autres rafraîchissements, on leur ferait grâce, mais qu'autrement il n'y avait rien à espérer pour eux. Depuis ce temps-là, on n'entendit plus parler d'eux.
Le 30 fut marqué par la mort de Jean Dignumsz, maître sur le vaisseau < la Hollande », qui fut enterré dans la petite tle nommée le Cimetière des Hollandais [Nosy Manitsa a l'entrée de la baie d'Ampalaza]. Le 5 d'octobre, la lettre fermée, qui était signée des neuf directeurs, fut ouverte et lue devant l'équipage, qui entendit que Pierre Dirkcz Keiser, ou l'empereur, y était nommé pour Maître. Sur cette déclaration, tout le monde promit de lui obéir comme ils avaient fait au défunt«
viomes sur le soir à la flotte. Le jour suivant, beaucoup de Mores nous soDt abordés avec des moutons que nous achetâmes, et trois de nos chefs sont descendus en terre pour épier un lieu commode, verdoyant, où nous pourrions mettre nos malades, étant menés à terre pour se récréer; et, rayant trouvé, nous avons, le 12 de ce mois, nos malades conduit à terre et logé en un lieu commode, sous les arbres verdoyants, mais les malades du navire « Hollande » furent mis séparés quelque peu des autres. Le jour suivant, nous étant en chemin vers la rivière douce [rOnilahyJ, pour avoir de Teau douce, nous avons ouï trois ou quatre arquebusades et soudainement vu le rivage chargé de Mores, courant vers le grand fort ; mais comme ceux du fort vaillamment se défendirent, et les habitants apperçurent qu'aucuns de ceux des navires vinrent vers la terre et aussi aucuns de leurs gens blessés d'arquebusades, se mirent en fuyte, lesquels avons poursuivis à force de rames, étant 25 canoas [pirogues] qui, par la légèreté d'icelles, se sont sauvées : le reste s'était retiré sur les montagnes. Ils avaient dévalisé les malades du navire u Hollande » et aucuns d'iceux dépouillé; et cuidant faire de même aux autres, il leur fallut, par la brave résistance des nôtres, prendre la fuyte; et alors avons, à Tayde de tous ensemble, muni le fort d'arbres abattus et garni d'artillerie et braves hommes contre un semblable assaut des habitants.
i82 OUVRAGES ANCIENS
Le 7 d'octobre, ils mirent à la voile et, le 9 sur le soir, ils vinrent dans le parage et sur la côte où la pinasse avait été, et ils y mouillèrent par trente brasses, fond d*argile [baie de Saint- Augustin, sur la côte Sud-Ouest de Madagascar]. Le iO, ils naviguèrent avec une chaloupé vers la rivière [rOnilahy ou rivière de Saint-Augustin], ayant pour guides quelques habitants du pays, qui, étant venus à leur bord, leur avaient fait présent de moutons et les avaient invités à descendre à terre, où ils les assuraient qu'ils trouveraient assez de bétail.
En effet, lorsqu'ils furent débarqués, ils eurent pour des cuillères d*étain des bœufs et des moutons autant qu'ils en purent charger. On leur donnait pour une cuillère un bœuf ou bien trois ou quatre moutons, car rien ne leur plaisait tant que des cuillères d'étain ou d'autres ustensiles de ménage de ce même métal. Ils étaient même si passionnés pour cette sorte de rareté qu'on oflrit à un nommé François van der Does une jeune fille
Nonobstant ce malentendu entre nous et ceux du pays, ils vinrent encore aucuns jours franchement vendre leurs moutons en la flotte, encore (\\xe nous y vîmes aucuns qui avaient les marques encore sanglant(»s à lour corps des grains d'arquebuze. Et nous achetâmes librement à la rivière les bœufs de ceux qui avaient des dépouilles des nôtres pendant à leur cou, comme s'ils n'eussent été ceux qui eussent eu le dt'*bat contre les nôtres.
Le 2*2 dudit mois, comme on avait vu s'assembler beaucoup de gens sauvam?s, nous avions soupçon qu'ils avaient l'intention d'invader notre fort, par quoy y avons sur le soir envoyé deux barques pleines de gens à leur renfort, desquelles l'une, venant à la proue de la pinasse, s'est par la force du vent renversée. Ceux qui étaient à la pinasse, oyant le bruit et t'tant épouvantés, étaient jà pr^ts à décharger l'artillerie, ne sachant autre sinon (jue c'étaient les insulaires qui venaient en leurs laccas [lakaïKt surprendre la pinasse; néanmoins tous furent sauvés, ayant perdu tous leurs armes. Et ayant le navire « Maurice » déchargé une pièce d'artillerie pour signe que leur chaloupe naviguait vers la terre, ceux du navire <« Hollande » ont fait de même, et, arrivant près de terre, ils ont trouvé ceux du Fort très épouvantés sur le rivage, qui, rien sachant ce que voulait signifier ce tirer de nuit, ne voulurent aucun recevoir en terre, voire, qui plus est, ils ont tiré aucuns coups d'arquebusades par dessus la
de dix ans pour une cuillère et, l'ayant acceptée, il la relâcha par compassion, en la voyant amèrement pleurer.
Le 11, on vit beaucoup de noirs venir à bord avec des moutons, du poisson frais, du poisson sec, du lait et d'autres rafraîchissements, dont on fit prix avec eux. On fit choix alors de trois officiers pour aller à terre chercher un lieu propre, où Ton pût porter les malades qui avaient besoin de se rafraîchir et de prendre Tair. Ils exécutèrent leur commission, et le lendemain les malades débarquèrent et allèrent jouir d'un soulagement qu'ils désiraient depuis longtemps (a).
Mais ils ne trouvèrent pas tout le repos qu'ils avaient espéré, car, le 13 du mois, des sauvages, s'étant rendus auprès d'eux sous prétexte de leur vouloir vendre quelques choses, remarquèrent l'état de faiblesse où ils étaient et s'en retournèrent pour délibérer sur ce qu'ils avaient à faire et pour assembler plus de gens. En effet, ils revinrent au nombre de plus
barque, commandant de se retirer, par quoi ils sont retournés vers la flotte, sans rien effectuer. Sembtablement les insulaires, entendant ce bruit, n^ont été moins épouvantés et par aventure, ce qu'ils avaient délibéré de faire, ne Tout osé exécuter.
CHAPITRE VI. — Comme ils ont pris aucuns insulaires, et ce qui en EST ENSUYVi. — Le 26 d'octobre au matin, aucuns sont sortis du Fort pour chasser, comme faisaient journellement : aucuns tirant, autres prenant avec pièges plusieurs marmots [makis mococos], papegaux [perroquets noirs], poules d'Inde [poules sultanes?] et toute autre sorte d'oiseaux, lesquels, avec leur chant mélodieux et belles plumes, ornaient les bocages et déserts, desquels nos compagnons faisaient bonne chère. Ceux-là sont parvenus jusques à quelques maisonnettes, où aucuns pêcheurs Mores et autres demeuraient, lesquels les apercevant s'enfuyrent, réservé un homme tisserand assis à son ouvrage, tissant un drap de coton, lequel ils amenèrent prisonnier dedans le fort. Peu de temps après, sont arrivés au fort sept canoas ou nacelles, apportant du poisson à vendre, en lesquelles les nôtres virent plusieurs choses qui leur avaient été dérobées
(a) Version do Verhael : Le H octobre, nous avons mené à terre une chaloupe pleine de malades. — Vkrsion du Journael : Le 12 octobre, tous nos malades ont été débarqués.
de cent, pillèrent ces pauvres infirmes et les meurtrirent de coups de pierres. Ensuite ils allèrent à une autre troupe qui était éloignée de la première de la portée du mousquet. Ceux-ci, ayant un peu plus de force et étant munis de quatre ou cinq fusils, se mirent en défense et tuèrent deux ou trois sauvages (a).
Le reste des équipages qui étaient à bord, ayant entendu le bruit des armes à feu, nagea promptement vers terre et, à leur venue, les sauvages prirent la fuite. On voulut les poursuivre, mais la légèreté de leurs canots, qui étaient au nombre de vingt-cinq, les sauva, puis, étant retournés à terre, ils se retirèrent sur les montagnes.
Cette aventure obligea les Hollandais à faire autour de leurs malades des retranchements, qu*ils environnèrent d'arbres, et ils y mirent trois ou quatre pierriers avec quatre ou cinq hommes de chaque vaisseau pour une plus grande défense. Nonobstant cette infidélité, les sauvages, quelques jours après,
au saccagement du Fort hollandais, mais, ainsi que leur était accordé de saisir les mêmes, et les habitants le voulurent empêcher, un des Mores y fut tué d'arquebusade et autres blessés, et pris prisonniers un homme, deux femmes et quatre enfants, en quatre canoas. Nous voyant ez navires que les nôtres avaient combattu les habitants, qui prirent la fuyte en trois canoas^ nous les avons poursuivis ; lesquels voyant nous à force de rames les avancer, ils se sont mis au rivage et fuy dedans le bois, et Tautre canoa est échappé. Les deux femmes et les deux plus petits garçons avons laissé en aller, et les deux hommes, avec les deux autres jouvenceaux, avons conduit à la flotte; et, le 30 jour dudit mois, sommes avec un des prisonniers venus en la rivière pour essayer si, en échange de lui, pourrions obtenir aucun bétail, tel qu'ils nous avaient ces jours passés montré; où, étant arrivés, les habitants lui vinrent baiser les mains, sans prendre égard au danger qu'on les pourrait prendre prisonniers, et nous donnaient en échange de lui un bœuf et deux brebis, laissant le prisonnier franc et libre et leur payant ainsi le bétail, lequel
(a) Ybbsion du Verhael : Le 15 octobre, les indigènes vinrent de nouveau vers nous; Tun d'eux fut fait prisonnier et un autre fut tué» — Vbrsion ou Joumael :Le 25 octobre, nos Hollandais ont fait prisonniers quelques sauvages; Tun d'eux, ne voulant pas se rendre, fut tué.
retournèrent fort librement à bord pour trafiquer leurs moutons. On en voyait parmi eux qui avaient encore dans leur chair les cicatrices sanglantes que le plomb y avait faites, et Ton acheta sur la rivière des bœufs de quelques-uns au cou de qui pendait ce qu'ils avaient pillé, portant ces choses comme si Ton n'eût pas dû s'en apercevoir et agissant comme si ce n'eût pas été eux qui eussent fait le pillage.
Le matin du 26, quelques-uns de ceux qui étaient dans les retranchements sortirent pour aller à la chasse, ainsi qu'ils faisaient tous les jours, tirant ou prenant au lacet des guenons [maques ou Lemur catia] bonnes à manger rôties, des perroquets, des poules de Barbarie [poules sultanes] et divers oiseaux qui, par leur chant et par leur beau plumage, faisaient le divertissement de ce désert. Us rencontrèrent un tisserand à son métier, qui faisait un vêtement de coton, et ils l'emmenèrent prisonnier dans leur retranchement. Peu de temps après, on vit
avons amené à la flotte, avec Teau douce. La nuit ensuivant, ainsi que Tautre prisonnier n'avait qu'un cep [menotte] à la main, et les jouvenceaux allèrent librement, ils sont tout coyement par une des portes descendus en Teau et en nageant s'achemine vers la terre. Mais Thomme ayant Tune main empêchée parle cep, fut noyé, ce que voyant les jouvenceaux nagèrent à la barque de la pinasse, laquelle ils ont déliée et sont allés à rame vers la terre, mais, à cause qu'ils ne savaient ramer, ils n'y pouvaient parvenir et furent par le flux de la rivière chassés vers la mer, où nous les trouvâmes le matin, les amenant à bord ou ils furent enferrés de nuit. Le lendemain, sommes navigues avec l'un des jouvenceaux à la rivière, pour le changer à quelque bétail, mais les sauvages ne voulurent pour le racheter donner une seule brebis; voire, ces jours passés, avaient présenté une flllette pour une cuillère d'étain [on les a emmenés en Hollande, nommant l'un Laurent et l'autre Madagascar, voir plus loin p. 242 et 247]. Nous fîmes diverses excursions vers le coin septentrional [pointe d'Ânosy], où nous trouvâmes beaucoup de bétail, aussi du poisson et des tamarindes, dont fîmes provision, et dès la rivière jusques au coin septentrional étaient aucuns bancs et écueils, si peu profonds qu'avec la basse marée étaient tout à découvert, l'espace de trois lieues en mer : où les habitants prirent beaucoup de poisson, qu'ils percèrent avec piques sur le fond et les séchèrent, ce qui est leur principale viande, semblablement
i86 OUVRAGES ANCIENS
venir sept caaots proche du retranchement, qui apportaient du poisson à vendre. Les Hollandais» voyant que les sauvages qui étaient dedans avaient diverses choses qu*ils avaient pillées, voulurent les reprendre, et il y eut une grande querelle sur ce sujet, jusque-là qu'on tua deux sauvages, on en blessa quelques autres et Ton fit prisonniers deux hommes, deux femmes et quatre enfants. On relâcha les deux plus petits enfants et les deux femmes, et on envoya les hommes à bord avec les deux autres enfants. Le 30 d*Octobre, on monta dans la rivière, où Ton mena un des prisonniers, afin de voir si Ton pourrait l'échanger pour du bétail, ainsi que les sauvages avaient fait entendre qu'ils étaient prêts à le faire. Quand on fut proche du rivage, les compagnons du prisonnier vinrent lui baiser les mains, sans avoir égard au risque qu'ils couraient d'être aussi arrêtés. Ensuite, ils amenèrent un bœuf et deux moutons pour sa rançon, et l'on retourna ensuite à bord.
plusieurs coquilles d'huîtres, desquelles font quelques gentillesses pour leur orner. Ici limes revue de nos marchandises, lesquelles, comme les fardeaux ne furent poissés [comme le pont ne fut pas goudronné], furent fort endommagées par l'eau, qui était descendue par les fentes des tables, fendues par la chaleur du soleil. Et comme nous navigAmes journellement h la rivière et vers le coin septentrional, nous recouvrâmes encore quelque bétail pour Tentretenement de nos malades. Comme aussi par le collège fut ordonné qu'on naviguerait avec la pinasse pour chercher si sur cette côte se pourrait trouver quelque ville marchande, ou autres ports, à cause que malaisément pouvions recouvrer aucun bétail et que les habitants étaient pour la plupart enfuys, et le reste ne voulait parler & nous; et aussi pour voir quels vents soufflaient en la mer, car près de la terre, après minuit, le vent est régional [de teiTc] et, étant le soleil quasi à l'Est Nord-Est, il vient de la mer : à cette cause je fus mandé de retourner de la terre, où j'avais le gouvernement, à la flotte, pour l'administration de cette afl'aire; mais pendant que j'étais en cette expédition, les nôtres n'ont exécuté chose aucune d'importance, autre que faire quelque provision d'eau douce et d'aucuns rafraîchissements. Entre autres, ainsi que six hommes allaient dedans le pays, le 24 jour de novembre, pour tirer quelque biHe sauvage, ils ont trouvé six grands moutons, lesquels ont amenés dedans le Fort, dont les deux avaient les queues grosses de 22 ou
La nuit suivante, Tautre prisonnier, qui n'avait que des menottes, et les jeunes garçons, qui n*avaient aucuns fers, sortirent doucement par Tun des sabords, et nagèrent pour aller à terre. Le plus vieux que ses menottes empêchaient de nager se noya, de quoi les jeunes s'étant aperçus, ils nagèrent vers le canot de la pinasse pour se sauver dedans. Mais le courant de la rivière les ayant portés à la mer, les Hollandais les retrouvèrent au matin et en menèrent un vers le rivage, afin de Téchanger pour quelque bétail, ce qui fut rejeté par les sauvages, qui ne voulurent pas seulement donner une brebis pour sa rançon. On les ramena donc à bord et ils vinrent en Hollande, Tun ayant été nommé Laurent et Tautre Madagascar (voir plus loin p. 242 et 247) .
Le 17 de novembre, on détacha encore la pinasse pour aller plus avant vers le Nord et chercher s'il n'y aurait point quelque endroit où l'on pût trouver des rafraîchissements de fruits, comme d'oranges ou de limons. Le 25, elle revint joindre le
23 pouces, pesantes environ 11 livres, poids de Hollande, n'étant que pure graisse, et, combien que plusieurs fois allèrent à la même place, Jamais n'ont rencontré si bonne adventure.
CHAPITRE VII. — Ce qu'est advenu a la pinasse en naviguant. — Le 17 jour de novembre, étant pourvus d'aucune denrée, nous avons de bon matin fait voile, et institué notre cours par un vent de Sud-Est, lequel journellement y vente jusques environ que le soleil était Nord-Nord- Ouest, pour doubler le banc septentrional [pointe d'Anosy], lequel nous avons délaissé au Nord et Nord quart à TEst de nous; mais, l'ayant doublé, nous sommes navigues vers Nord-Nord-Ouest et Nord, par un vent de Sud-Ouest venant assez rudement de la mer, de manière qu'avons le soir abaissé toutes les voiles, excepté celle de devant, posant la même au milieu du mdt. Le terroir était encore haut et, au premier quart, avons pris le cours vei-s la terre. Le pays s'étendait ici au Nord et Nord quart à l'Est. Devant cette terre était un banc, et avons pris notre cours vers Nord-Nord-Est et aussi vers le Nord, avec un souflement convenable. Le soleil étant presque Nord-Est, nous vînmes à un coin, derrière lequel apparut un grand golphe [baie de Fanemotra,par 22<^12' lat.] et nous sommes navigues vers le Nord-Est pour voir plus à plein et, y approchant, vîmes aucuns habitants qui étaient sur le rivage ; par quoy avons mis la barque en leau pour sonder le fond et voir si nous y pourrions entrer par là ; et
i88 OUVRAGES ANCIENS
gros, ayant été jusque par la hauteur de 20"", sans rien découvrir que de pauvres sauvages qui étaient nus, à la réserve de leurs parties naturelles qu'ils couvraient d'écorces d*arbre.
La querelle qu'on avait eue avec les sauvages au retranchement leur ayant fait perdre la confiance qu'ils avaient auparavant, il n'y avait plus moyen de trafiquer avec eux, ni d'en recevoir des bestiaux, car, dès qu'ils voyaient de loin les Hollandais paraître, ils s'enfuyaient et refusaient de venir leur parler. Il fut donc résolu de prendre un autre parti, pour tâcher d'avoir les choses qui étaient nécessaires. Le 28 de novembre, seize hommes s'avancèrent dans le pays et allèrent jusqu'à de certains puits où le bétail avait coutume de venir boire. Il y vint des noirs avec leurs calebasses pour prendre de l'eau. Les Hollandais les suivirent jusqu'à leurs habitations, mais ils se dérobèrent et s'enfuirent.
Comme ils étaient à ces habitations, ils se virent incontinent
trouvâmes avec basse marée la profondeur de trois brassées et vîmes devant nous un canoa traverser le golphe, qui était d*eau salée. Nous vîmes plusieurs fumées exciter dedans le pays, avertissant ainsi Tun l'autre qu'il y avait quelque danger sur la côte. Mais revenant de ce coin, nous sommes autrefois navigues vers le Nord et trouvâmes une islette, environ une lieue de la terre, grand demi-lieue. Lieue et demi d'icelle ^tait une autre isle aride, de môme grandeur, fort basse, et, deux lieues de cette isle aride, trouvâmes une autre belle isle verdoyante, pleine d*arbres, de laquelle descendait une pointe au Sud-Est vers la terre, environ une lieue de la terre ferme, et s'étendait avec une bosse vers le Nord-Est. Sur le soir vîmes deux autres islettes, Tune plus avant en mer que l'autre, dont le ravassement s'étendait en mer [où les lames déferlaient loin en mer] si avant qu'on pouvait voir h l'œil (a); par quoy, avons abaissé toutes les voiles, réservé la voile de devant, et pris la route de la mer : et, lendemain au premier quart du jour, sommes retournés vers la terre, allant & TEst quart au Sud, auquel cours avons trouvé une isle aride [Nosy Ratafany?], à une lieue de la terre, et quatre grands écueils, séparés le quart d'une lieue d'un coin, duquel sortit un banc bien
(a) Ces divers Ilots sont probablement ceux qui sont le long de la côte du Fiherenana (Nosy Hao, Nosy Andrahombava, Nosy Andriambala, etc.).
environnés de plus de trois cents sauvages^ qui les menaçaient de lancer leurs flèches, quoiqu*on tâchât de les apaiser en leur montrant les marchandises qu*on leur apportait et en leur demandant s'ils voulaient donner des bestiaux en échange. Ils témoignèrent qu'ils n*y voulaient point entendre et pressèrent fort les Hollandais. Dans ces entrefaites, il y eut un coup de mousquet lâché inopinément qui causa tant de frayeur à toute la troupe qu ils s'enfuirent presque tous. On les arrêta néanmoins encore, et ils donnèrent deux bœufs et trois moutons pour des cuillères d'étain, priant qu'on se retirât, parce qu'hommes, femmes et enfants avaient pris la fuite avec le bétail.
Sur le midi, quelques noirs se rapprochèrent du retranchement, faisant entendre par des signes et par leurs cris qu'ils avaient apporté du lait. Cependant ce n'était que pour attirer quelqu'un en dehors du retranchement; car, étant revenus
lieue et demi avant en mer; et avons sondé le fond 15 brassées, étant lieue et demi de la terre, et le fond d*argile ; mais décrut soudainement à dix, sept et six brassées. Entre ce coin et un autre au Nord-Est quart à FEst d*iceluy situé, est un grand golphe où nous entrâmes et primes la hauteur du pôle antarctique de 20® et un tiers [baie de Befotaka (au Sud de Mororabé)? (a)] et où nous vîmes une entrée comme d*une rivière, [ancienne bouche du Mangoka] derrière ce coin austral, lequel nous étions passé; néanmoins encore que fimes toute diligence pour en approcher, le vent et le gué Tout empêché; par quoy avons pris de rechef la route de la mer pour naviguer vers les autres navires, et navigâmes cette nuit au plus près, vers Sud- Ouest quart à TOuest, et avons le matin navigué vers le rivage : mais comme le vent fut directement contraire, nous Tavons perdu de vue et premièrement aperçu la terre, le soleil étant Nord-Est, par un cours de TEst-Sud-Est; étant la mesure dont étions le jour précédent partis; où nous avons jette Tancre en la profondeur de six brassées, et fond sablonneux, parce qu'il fut jà tard ; et le lendemain sommes navigué avec notre barque derrière le coin au golphe, qui de
(a) Le cap Tsingilofllo, qui est la pointe S.-O. de cette baie, est, en réalité, par 21*52'. Ces erreurs considérables en latitude ne sont pas rares dans les temps anciens; pour l'Ile Sainte-Marie (voir p. 199), elle est également de 1*1/2 [18*30' au lieu de 17*]. Cette excursion de la pinasse au Nord de Saint-Augustin a duré. du 17 au 25 novembre.
i90 OUVRAGES ANCIENS
raprès-midi et, Nicolas Janssen, pilote du vaisseau c Maurice», étant allé à eux avec deux volontaires, ils Tattirèrent à Técart des deux autres, hors de la portée des armes; ils les attaquèrent tous trois avec leurs couteaux et leurs petites haches et percèrent la'gorge du pilote d'une flèche qui le fît tomber mort. Ils blessèrent aussi les deux volontaires et les. auraient tués, s*ils n'avaient pas eu de bonnes armés pour se défendre (a).
Au bruit que fit ce combat, on vit paraître une grande quantité de noirs, qui sortirent du bois en dansant, pour témoigner la joie qu'ils avaientde s'être vengés. Les Hollandais retirèrent leur mort et l'enterrèrent avec les cérémonies qui se pratiquent
loin semblait une rivière, mais Tavons trouvé être eau salée, plant^'e toute d'arbres, où étaient un grand nombre de papegaux, petits comme pinsons [perruches vertes à tête grise, Psittacula rriadagascariensis]. Mais, après longue navigation, voyant que nous ne pouvions trouver personne aucune, sommes retournés pour naviguer vers la pinasse. En sortant, nous avons rencontré deux canoas, avec quatre hommes, lesquels avons arrai-
Explicaiion de la figure ci-jointe : Etant en terre, nous avons vu ainsi danser une vingtaine ou plus, avec les armes en la main, faisant sauts fort rares, avec grand bruit, regimbant comme les chevaux. Les femmes leur servent dtt ménestriers, frappent avec les mains et chantent, retenant le ton et marchant doucement. Nous n'avons trouvé en Tile de Saint-Laurent plus pauvre peuple que celui-là, ayant une petite natte faite d'écoroes intérieures à Tenlour du milieu de leur corps. Ici ne trouvâmes aucun bétail; et est situé sous la hauteur du pôle antarctique de 20 degrés et un tiers. — A. Cette sorte d'arbres [baobabs ou Adansonia Grandidierï] y croissent à foison, ayant aucunes [quelques] petites branches; ils en font des canots ou barques de moyenne grandeur, d'une seule pièce. — B. Cette herbe [Crassula micans?]s'y trouve en abondance, et Tavons appelée bladeloose, c'est-à-dire sans feuilles, ayant semence comme paille; les jeunes et tendres branchettes avons usé contre le scorbut. — C. C'est l'herbe que les Portugais nomment camarin/ta^ [Ëricinella ou Pfnlippia, en malgache Anjavilt/]; elle a feuilles de bruyère, mais plus brunes; produit des grains ronds, blancs comme la perle et ont un goût aigre. — D. Ces b&tons arides et épineux [Songo ou Didierea madagascariensis] croissent ici ordinairement de la groëseur d'un poing et longueur d'une pique, vêtus d'une noire et épaisse écorce et de beaucoup fort poignantes épines; le bois est dur, ayant le bout comme une massue; c'est merveille de voir croître un arbre sans feuilles.
(a) Le iO novembre, le pilote Claes Jansz fut surpris et massacré par les indigènes, quoique nous l'avions vaillamment défendu, mais ces sauvages n'avaient aucune peur des armes à feu {VerhaH ei Journnel). — Vebsion du Verhael : Dix à onze jours après, nous avons pris l'un d'eux et l'avons tué par représaille. — Version du Journael : Le 27 novembre au matin, nous sommes descendus à terre au nombre de 48 afin de surprendre les sauvages et d'user de représaille.
à la guerre, espérant de venger bientôt cet outrage. Dans ce dessein, ils s'en allèrent le lendemain, au nombre de quarantehuit, vers les habitations des noirs, qui avaient pris la fuite avec leurs femmes, leur ménage et leur bétail. Ainsi ils furent obligés de s'en revenir sans rien faire.
Le lendemain, on vit venir proche du retranchement un canot où il y avait deux sauvages. L'un d'entre eux étant descendu à terre pour aller quérir des paquets de coton, l'autre fut poursuivi à force de rames et joint. Il se jeta dans l'eau où il fît ce qu'il put pour se défendre, mais enfin il fut pris. Les deux volontaires l'ayant reconnu pour avoir assisté au meurtre du
sonné, qui nous firent signe qu'ils avaient abordé la pinasse et qu'apporteraient rafraîchissements; à quelle fin envoyèrent un jeune homme, mais ce n'était que tromperie, car il revint avec environ vingt personnes, suivis de femmes, qui commencèrent à danser séparément : les hommes avec leurs armes d*un côté, faisant des sauts bien rares et faisant des pieds si grand bruit, comme si une troupe de chevaux ensemble y eussent couru, tellement qu'on n'était pas libre du sablon qu'ils rejetaient par derrière avec les pieds. Les femmes chantaient, et frappaient des mains l'une contre l'autre, tenant le ton, marchant doucement, et m'eussent soudainement oppressé pour les chapelets que je leur avais montré, si je ne me fusse levé de la natte sur laquelle m'avaient fait seoir et allé à notre barque; et par ce qu'ils n'apportaient aucun rafraîchissement, je m'en voulus partir, ce qu'eux voyant, cuidèrent retenir la barque à force et m'empoigner; mais, me défendant, nous avons poussé la barque en l'eau et y sommes tous entrés, naviguant vers la pinasse, et, étant en chemin, nous y vîmes venir plus de secours, lequel ils avaient attendu. Ceux-ci sont bien les plus pauvres qu'avons oncques trouvé en l'isle de Madagascar; avaient tant seulement la partie honteuse couverte d'écorce d'arbre et tout le reste nu, et n'y avons aperçu aucuns fruits, ni bétail. Voyant qu'il n'y avait aucune chose à récupérer, nous sommes le lendemain navigué vers la Hotte, prenant la route de la mer, afin de considérer quels vents y soufflent, jusques au 25 jour de novembre que naviguâmes à l'Est-Nord-Est vers la terre, par un vent régional [de terre], et avons connu la terre. Après midi abordant la flotte, fut le même soir conclu que le lendemain 2 heures devant le jour se ferait une course avant dedans le pays, pour recouvrer quelque bétail ; par quoy nous seize sommes allés avant dedans le pays, vers aucuns puits où ordinairement le bétail vient abreuver, mais rien trouvâmes; ains allant plus avant, nous sont ren-
pilote, il fut condamné à être attaché à un pieu dans la place où le meurtre s'était fait et à y être passé par les armes. Il paraissait avoir Tâge de quarante à cinquante ans.
La mort de ce sauvage rompit tout commerce entre les autres et les Hollandais, si bien que ceux-ci, qui ne voyaient plus aucune apparence d'obtenir des rafraîchissements, ramenèrent le i^' de décembre leurs malades à bord. Après cela, ils brûlèrent leurs retranchements, où les noirs vinrent pourtant encore chercher ce qu'on pouvait y avoir laissé (a).
Le 3 de Décembre, ils remontèrent la rivière [FOnilaby ou rivière de Saint-Augustin] avec un canot et une chaloupe, afîn de voir s'ils ne découvriraient rien déplus. Mais ils retournèrent à bord dès le lendemain, parce qu'ils ne purent remonter plus de trois lieues, à cause de la rapidité du courant. D'ailleurs ils ne virent qu'un pays désert, qu'il n'y avait pas moyen de traverser, et personne ne voulait plus leur parler. Tout fuyait devant
contrés aucuns Mores, portant leurs callebasses en allant quérir de Teau, avec lesquels nous sommes allés vers leur habitation, mais les Mores s'enfuyrent. Or venant près de leur habitation, nous fûmes environnés d^environ trois cents habitants, nous menaçant de jeter avec leurs dards ou azagaies, nonobstant que les cherchions apaiser, leur montrant les merceries qu'avions apportées, leur disant que voudraient faire échange pour aucun bétail, ce qu'ils refusèrent tout à plat, et vinrent pour se jeter sur nous : par quoy nous mettant en ordre pour nous attaquer à Tennemi, un mousquet s*est déchargé à Timproviste, dont aucuns des nôtres furent en danger, car & moi le cou fut échaudé; ce qui donna une telle terreur aux habitants que la plupart s'enfuyt. Néanmoins furent de rechef retenus et nous amenèrent deux bœufs et trois moutons pour nos cuillères d*étain, nous priant de vouloir en aller, cependant furent les
(a) Version du Verhael : Le 2 /décembre, nous mîmes le feu h nos barraquemenis et quatorze d*entre nous allèrent en courant dans Tin teneur du pays, d'où ils ramenèrent plusieurs prisonniers qui furent employés à bord à diverses besognes. — Version du Journael : Le 2 décembre, nous avons embarqué le reste de nos hommes et tous les bagages et nous avons incendié notre fort. Le 6, nos hommes se sont rendus dans un « bock » [sorte de bateau] à une pointe de terre située à deux lieues de la rade [presqu'île de Sarondrano?] afin de surprendre les indigènes. Arrivés là, ils débarquèrent et ramenèrent quelques prisonniers.
eux, en sorte qull paraissait que dans tout le pays on était averti de s en garder; ainsi ils ne trouvèrent rien qui pût les accommoder, que de bonne eau dont ils ne manquèrent pas de faire provision.
Le 6, ils se mirent dans une chaloupe et, s*étant éloignés jusqu'à deux lieues de la flotte, ils descendirent à terre pour chercher de la venaison. Ils en trouvèrent et tuèrent une béte d'un coup de fusil, ce qui mit tout le reste en fuite. Il y en eut une qui, ayant fui vers la mer, fut prise et amenée à bord. Us avaient alors le soleil sur leur zénith et souffraient une chaleur extrême.
Les gens qui habitent le long de cette rivière et dans les lieux voisins, sont noirs, vigoureux, bien proportionnés de corps, tant les hommes que les femmes. Les hommes n'ont pour tout vote* ment qu'une toile de coton sur les parties que la pudeur fait tenir couvertes; les femmes en ont en outre sur le sein une autre qui descend et couvre le reste du corps, mais il n'y a point de
femmes, enfants et le bétail sauvés. Nous laissâmes courir les bœufs, car à cause quMls n*étaient accoutumés de nous voir, ils rendaient un gi-and beuglement de manière que ne les savions conduire. Sur le midy, revinrent quelques Mores auprès du Fort, criant comme s^ils eussent apporté du lait, mais cela fut fait tant seulement pour attirer les nôtres hors du Fort; car ils revinrent après midy, vers lesquels s'en allèrent deux doubles paies et un pilote et, les ayant menés un petit arrière des autres hors le trait de Tarquebuze, les ont soudainement assaillis, et frappé le pilote d'une lancette à la gorge et d'une hachette coupé les deux osselets jugulaires; et furent les deux doubles paies blessés, lesquels ils eussent aussi meurtri, s'ils n'eussent eu leurs armes. A ce bruit, la multitude des Mores est sortie hors du bois, tout dansant de joie qu'avaient vengé leur déplaisir. Nous primes notre homme meurtri et lavons enterré avec grand crèvecœur, à la manière militaire, espérant de nous revenger; avec laquelle intention sommes le lendemain allés, 48 hommes ensemble, vers leur habitation, trouvant sur le chemin vingt bœufs très excellents, qui vinrent vers les puits pour abreuver, lesquels avons, avec huit hommes, envoyés vers le Fort, où venant, par ce qu'ils Détaient accoutumés de nous voir, sont enfuys, nonobstant que sept arquebusades furent déchargées sur eux. Le reste des nôtres, venant à /eur habitation, trouvèrent que les Mores étaient enfuys avec tous leurs
dance de très bon fer et de cuivre rouge. Us estiment tanlTétain que, leur ayant été présentée exprès une cuillère d*ai^ent pour une de cet autre métal, ils mordirent dedans et, la trouvant plus dure que Tétain, ils la refusèrent.
Le coton croit abondamment sur de petits arbres qui sont dans les campagnes.
Le négoce qui se fait n^est que de poisson qu on fait sécher ou rôtir, et on le porte plus avant dans le pays, où il y a une grande place habitée qu*on nomme Rango. On y porte aussi du sel et des dattes qu^on échange pour des zagaies et pour de grands couteaux. Ils nomment les zagaies leffo [/e/bna], et les couteaux viei [uy, mot qui veut dire fer].
Les hommes s'occupent à la chasse et les femmes à filer et à tisser de la toile de coton. Leurs aliments ordinaires sont du poisson, des dattes [tamarins], des fèves, du lait et quelquefois de la viande. Quand quelqu'un d'entre eux a tué un chef [une
d'un drapeau de coton, à Tentour de la partie honteuse ; aussi sont les femmes, qui néanmoins ont encore pour couvrir les mammelles un corselet sans manches. Elles ont si grands trous aux tendrons de Toreille qu'on y pourrait passer un pouce, lesquels portent piécettes de bois. Leur religion est qu'ils savent qu'il y a un Créateur, qui a créé toutes choses, et sont circoncis, mais ne savent ce que c'est de prier ou de célébrer aucun jour de fête, leur étant l'un jour comme l'autre, et ne savent distinguer par nom l'un jour de l'autre, ny aussi compter par semaines, mois et ans. Ne comptent aussi par nombre plus haut que dix, à savoir : issa [wa], rove [roa], tello [telo]^ effad [efalra]^ lime [limy], enning [entna], fruto [fito], woullo [valo], siday [sivy], foulo [folo]. Ils craignent fort le diable, lequel ils appellent Taiwaddey [Taivady ou Taimbody% qui les tourmente souventefois, principalement les hommes. Leur principal exercice est pêcher, tant par les rets que sur les sécheresses, percer de lancettes [les poissons], lesquels ils sèchent et rôtissent, et les portent, comme aussi le sel et les tamarindes [tamarins], dedans le pays où il y a un lieu bien grand habité, appelé Rango, et les changent à lancettes ou azagaies, qu'ils appellent leffo [lefona], [et à grands couteaux, dits wiei[vy], etc. Ils n'épousent qu'une seule femme (a), l'homme Agé de douze ans et la femme de dix ans.
{a) Cette assertion, si elle est exacte, ne se rapporte en tout cas qu'aux habitante de i'ile Sainte-Marie et de la côte voisine.
tétej de bétail» chacun en va quérir une pièce avec promesse d*en rendre autant.
Les bœufs sont fort grands et ont sur le dos une grosse bosse qui n est que dégraisse. Pour les faire pattre, aussi bien que les moutons, les boucs et les chèvres, ils les conduisent d^un lieu dans un autre, selon les différentes saisons de Tannée, ainsi que faisaient autrefois ces peuples d'Afrique qu*on appelait nomades. Les moutons sont d*une grandeur excessive et extraordinairement gras ; leur queue a vingt-trois pouces d*épaisseur et pèse près de onze livres, poids de Hollande, si bien qu'elle suffit pour le repas de huit ou neuf hommes.
Les hommes ont chacun leur femme. Us se marient à onze ou douze ans et les femmes à dix. Les adultères (a) et les larrons sont punis de mort. On n*a pu remarquer qu'ils eussent aucune religion, mais les Hollandais apprirent, dans la suite, par les jeunes garçons qu'ils enmenèrent, qu'ils observaient la
L*adultère (a) y est puni par la mort, comme aussi le larcin. Les hommes vont aussi à la chasse, et les femmes filent et tissent drap de coton et font l'œuvre de ménage.
Leur principale viande est poisson, tamarindes, fèves et du lait, aucunefois aussi de la chair. Quand quelqu'un d'entre eux a tué quelque bétail, chacun en prend quelque pièce à condition de rendre pareille portion.
Les bœufs sont braves et bien dispos comme ceux d'Espagne, ayant une bosse haute sur le dos, de pure graisse. Les moutons sont beaux et grands, aucuns ayant la queue grosse de 22 ou 23 pouces. Les boucs et chèvres sont fort corpulents. Ces gens-là mènent une vie, comme les Patriarches au Vieil Testament ou comme les Nomades d'Afrique et les Tartaresde l'Asie, menant leur bétail de l'un lieu à l'autre, selon la saison et selon que les prés sont riches d'herbe ; parquoy ont fait basses logettes, couvertes tant seulement de branches d'arbres, bâties en divers lieux.
Leurs fruits sont tamarindes [tamarins], qui est un fruit croissant en arbres très hauts, ayant la façon de notre fève grande, étant vert; mais, étant mûr, devient gris, ayant l'écorce dure et dedans la moelle brune et la saveur de prunes de Damas, et dedans icelle trois ou quatre petites
(a) Cest seulement chez les Zafy Boraha de Tlle Sainte-Marie que Tadultère est coosidéré comme un crime grave. Flacourt, p. 457, et Dellon, p. 29, disent la même chose.
loi de Mahomet, et ceux-ci firent même voir quHIs avaient été circoncis en leur jeunesse et dirent que ceux qui circoncisent sont obligés d*avaler le prépuce qu*ils ôtent et cela sans le mftcher*
Ils tiennent qu'il y a un créateur qui a créé toutes choses ; mais ils ne lui adressent point de prières et ne lui consacrent aucun jour particulier. Tous les jours leur sont égaux Jusque-là qu'ils ne leur donnent point de noms particuliers, et ils ne comptent ni par années, ni par mois, ni par semaines. Leurs nombres ne se montent que jusqu'à dix, et ils les expriment en ces termes : Issa [Isa], Rove [Roa], Tello [Telo], Effat [Efaira], Lime \Limy]y Enning [Enina], Fruto [Fit6\y Woulo [Valo], Sidai [Sivy]f Soulo [Folo] (a), c'est-à-dire un, deux, trois, etc. Ils appréhendent fort le Diable, qu'ils nomment Taiwaddei [Tahivady ou Taimbodyl] parce qu'il prend plaisir à les tourmenter souvent, particulièrement les hommes
fèves; rafraîchit fort le foie et les reins. Ce fruit, macéré en Teau dès le soir jusqu'au matin et alors bu, fait douce taxation de ventre. Ils ont aussi deux ou trois sortes de fasiols [haricots], aussi pepons [melons ou pastèques] et calebasses. En leurs bocages, tirent du miel hors d'arbres, et le pays est abondant de plusieurs sortes d'oiseaux. D'avantage, ils ont Therbe de laquelle se fait Tanil [indigo], et croit sans cultiver. Quand ils veulent teindre leur fil de coton, ils cueillent et estampent [écrasent] de cette herbe, autant que leur est nécessaire. Ils ne préparent aucun en balles ou en des pots pour vendre : car ils ne trafiquent pas en terre étrangère et l'appellent enger [engitra]. Les feuilles sont semblables au romarin, mais Therbe est plus basse et près de terre, comme le thym. Ils ont aussi diverses sortes de bois, avec lesquels teignent rouge, jaune et couleur bay.
Ils ont en abondance de très bon fer et cuivre rouge ; et combien que leur donnâmes, en lieu d'une cuillère d'étain, une d'argent, eux la touchant avec les dents et sentant qu'elle était dure, la refusèrent, ce qui est signe que chaque chose n'est d'autre valeur qu'on l'estime.
(a) Dans la version latine donnée par les frères De Bry {Tertio pars Indis Orientalii, 4601, p. 67), ces noms sont écrits ainsi qu'il suit : Issa, Tone, Tello, Effaty Fruto, Wouulla, Sidai, Fonlo (les nombres Lime et Enning sont omis).
Les Hollandais, voyant qu'ils ne pouvaient plus avoir de rafraîchissements, ni de commerce avec les habitants, levèrent Tancre le 14 de décembre 4595 et mirent à la voile pour continuer leur route vers Java. Ils furent battus de diverses tempêtes jusques au 4 de janvier 1596, qu'ils remarquèrent que la force des courants et les vents forcés du Sud-Est les poussaient plus au Nord qu'à TEst. Il y eut aussi un grand nombre de leurs malades qui eurent des rechutes. Ces accidents leur firent prendre la résolution, le 5 de janvier 1596, de retourner vers Madagascar, par la hauteur des 17% et de relâcher sur la côte de Tîle de Sainte-Marie, dans l'espérance d'y trouver des rafraîchissements.
Le 10, ils eurent la vue de l'île de Sainte-Marie, qui est un pays assez haut et entrecoupé de diverses éminences, gisant à l'Est de Madagascar, par les IS^'dO' {a). Le 11, ils mouillèrent l'ancre au Sud de cette île sur 15 brasses, et, le lendemain, il fut
Ils ont en abondance le cotton, qui croît en petits arbres.