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CHAPITRE IX. — Le département de la rivière douce [l'Onilahy ou

RIVIÈRE DE SaINT-AOGUSTIN] ET NAVIGATION VERS JaVA, ET CE QUI LEUR EST

ADVENU. — Considérant donc que ne pourrions recouvrer des habitants aucun rafraîchissement, ni faire avec eux aucune aniiti<^, vu que tous étaient enfuys, et que la pinasse ne pouvait trouver autre port ou rivière où nous eussions su recouvrer aucun rafraîchissement, nous avons levé les ancres et fait voile le 13 de décembre, pour avancer notre voyage vers Java.

Le 15 de cedit mois, vîmes le haut terroir derrière le Cimetière des Hollandais [Xosy Manitsa, à l'entrée de la baie d'Ampalaza], lequel nous vîmes le 16 jour encor fort haut; les vagues furent ici fort rudes et enflées. Le 18 jour, de nuit, avons soufTert une horrible tempête, laquelle journellement en icelle contrée on doit attendre; et, outre icelle, une pluie fort grande, par laquelle beaucoup d*eau est tombée ez navires par les fentes du tillac, dont, par la chaleur du soleil, les commissures étaient bien ouvertes; nous avons tourné, chacun navire élevant deux signes de feu, et, ainsi que la tempête s'augmenta, nous avons abaissé toutes les voiles. Le lendemain, avons perdu de vue le navire « Amstelredam » et la

(a) Uile de Sainte-Marie est située en réalité entre 16Hr et m' de lat. S.

résolu d'envoyer un canot de chaque vaisseau avec des gens pour visiter le pays et voir quels fruits y croissaient.

Pendant ce temps-li, il y eut un canot ou yole de Tîle qui vint i bord du vaisseau nommé le « Lion de Hollande ». Il était de grandeur à contenir trente ou quarante personnes, y ayant tout autour des bancs pour s'asseoir; il était sans couverte, bordé i quein [à clin (a)], et les bordages étaient joints avec des chevilles de bois.

Ce petit bâtiment portait cinq hommes qui avaient du riz

extrêmement beau, des cannes de sucre, des limons et une poule.

Les Hollandais leur donnèrent en échange des mouchoirs et des

grains de verroterie et rendirent grâces i Dieu de ce qu'il les

avait si heureusement adressés. Les sauvages demeurèrent à

bord du < Lion v à boire et à manger, jusqu'à ce qu'ils fussent

ivres, et ils y dansèrent à leur manière.

Cependant quelques Hollandais, ayant nagé trois canots vers

pinasse ; nous primes le cours à l'Est quart au Sud, pour la variation du compas qui était à TEst, sans appercevoir les navires égarés.

Le 21 jour de décembre, avons presque perdu de vue le navire « Hollande >' et, le 22 jour, vu deux voiles au Sud-Ouest de nous, vers lesquelles avons pris notre cours.

Le 23 après-midi, avons parlé à ceux de la pinasse, laquelle, comme ils disaient, avait été en grand danger parla tempête, car le côté à Topposite de la voile fut froissé par la force des ondes de la mer, et puis avoit eu grand peur à cause qu'elle était séparée de tous les autres navires. Le navire « Amstelredam » avait sembiablement été seul et n'avait vu la pinasse, sinon quand ils vinrent tous les deux avec vent en poupe vers nous. Poursuyvant notre voyage, fîmes pour le plus notre cours à TEst- Nord-Est, à cause qu'avions icy pour le plus le vent de Sud-Est, un rhombe plus ou à TEst ou vers le Sud, et, le 31 décembre, avions l'élévation du pôle Antarctique de 22 degrés et, le premier jour de janvier 1596, de 21 degrés, de sorte que nous llottâmes par la force des vagues de la mer plus vers le Nord que navigdmes vers l'Est; aussi le vent de Sud-Est nous fut fort rude, et, par ce que plusieurs de nos malades Arent récidive,

(a) Un navire bordé à clin est formé de bordages qui sont imbriqués, les supérieurs chevauchant sur les inférieurs.

terre, trouvèrent beaucoup d'habitants sur le rivage, qui leur apportèrent des limons et des palmites [fruit du palmier rafia]« Ce dernier fruit est comme la pomme de pin ou comme les bananes; il crott sur de grands arbres, aux branches desquels il n'est pas attaché, mais au tronc qui est tout épineux; il est fort doux, et de couleur d'or. On leur apporta aussi du lait, des bananes et des stremmelis [piments], autre sorte de fruit qui ressemble aux dattes et qui met la bouche en feu comme fait le poivre, une sorte de grosses poires grises, pâteuses par de4ans, mais rafraîchissantes et fort saines [vcavontaka^ fruit du Brehmia spinosa]^ un autre fruit froid comme des melons et dont Técorce est fort épaisse, avec diverses autres sortes de fruits, tous fort sains.

Les Hollandais nagèrent avec eux assez loin, et jusqu'à un canal qui est entre la grande île et la petite île, où ils trouvèrent un mât de hune et un mât d'artimon demi-brûlé, et ils en con^*-

nous délibérâmes le 5 jour de ce mois de retourner vers Madagascar, sous la hauteur de 17 degrés du pôle, sous Tisle de Sainte Marie, pour recouvrer aucun rafraîchissement, de manière 44e vîmes le 10 jour la terre de Sainte-Marie, étant terroir moyennement haut et tertreux et rompu. Cette nuit, nou9 fallut tenir au vent et, au quartier du jour retournant vers la terre, nous jetâmes la sonde en 17 brassées et fond de gros sablon mêlé de coquilles, étant une lieue de la terre ; nous vîmes aussi alors le haut terroir de Madagascar, s'étendant Sud-quart à l'Ouest, et Nord quart à TEst fort doublé, et gisait obscur. L'île de Sainte-Marie a au côté méridional une langue s'étendant au Sud-Est demi-lieue en mer, où la pinasse, naviguant à six brassées vers Sud-Est, approcha de si près qu'on y eusse jeté dessus une pierre. A l'Est de Tisle, gît un écueil, le trait d'un mousquet arrière de l'isle, qui de loin ressemblait à une voile. Le bout austral de Tisle est tant seulement conjoint avec deux écueils au bout septentrional, autrement seraient séparés l'un de l'autre ; c'est une belle et verte isle. Entre cette isle et l'isle de Madagascar, passe un flux bien raide du Nord- Nord-Est vers le Sud-Ouest; et l'avons sondé en 20, 18, 16 et 15 brassées^ fond sablonneux auquel avons jeté l'ancre, et vîmes en l'isle de Madagascar un grand golphe, où apparut être quelque rivière. Le jour suivant, avons conclu descendre en terre ; cependant, un canoa [pirogue] de l'isle Sainte-Marie a abordé le « Lion Hollandais », apportant fort beau riz

durent qu*il était là péri quelque caraque. Ils étaient alors trop éloignés des vaisseaux pour passer plus avant avec leurs canots, mais ils envoyèrent cinq hommes avec les sauvages pour aller visiter leurs habitations. Leur rapport fut qu*ils avaient trouv de Teau douce. Ensuite, ils nagèrent tous pour retourner à bord. et en passant ils mirent encore du monde à terre pour cueillir des fruits et virent quelques prairies où Ton avait mis pattre do bœufs, et où Therbe était fort belle.

Le lendemain, ils retournèrent à terre et allèrent à un villag«> où il y avait environ vingt maisons, et à un autre encore qui était assez proche de ce premier. Aussitôt il s'y assembla un grand nombre de sauvages, tant hommes que femmes, et, entre autres, leur souverain, qui était assis sous un arbre dont les branches entrelacées faisaient une espèce de dais sur sa tète.

roseaux h sucre [cannes à sucre j, limons, et une poule, et ont le toui changé à aucuns mouchoirs et chapelets, et sont demeurés avec le« Lion . mangeant et buvant jusques à tant qu'ils furent yvres; et étions fort réjouis, louant Dieu de la bonne fortune qu*étions arrivés h si bon port a .

{a) Entre les canots aaussi abordé lapinasse une « lavcjare » [lakafiara], ayant la façon d'une galiote, et à chaque côté huit tirant Paviron, en laquelle était leur roi, lequel ils nomment Philo [Filohany], portant en sa main semblables armes, < t velu d'un roquet de coton rayé, et en la tète comme une mitre d'évéque, ayant & chaque côté élevée une corne artificielle longue demi-aune, avec f^angc^ au bout; qui avait auprès de lui bien 25 hommes, comme semblait, ses nobles. Celui-là, étant en sa barque qu*avait la fa(;on d'une gondole vénitienne, (.*>( monté en notre navire avec un vieillard, qui ayant étendu un parement, le rf>i s'est assis et a fait une longue harangue que nous n'entendions pas. 11 nou<^ donna une partie de riz et fruits et le menâmes voir la pinasse. Il aaussi navi^ut* en un canot à Tentour de la pinasse, la regardant avec admiration. Nous lui donnâmes des anneaux à pendre à l'oreille, chapelets, petits miroirs, petites rost^ et voirres [verroteries], ce qu'il accepta volontiers.

Pourtrait sur le vif du peuple demeurant sur le grand golphe de Tangil [Ântongil], allant à la guerre, ayant un grand écu de bois auquel est en haut un trou cannelé afin de pouvoir librement voir par iceluy. C'est un peuple robust*et bien formé. Leurs armes sont telles javelines, longues deux brassées, avec un large fer émoulu. Ils craignent fort les arquebuses, qui devant notre venue n'étaient accoutumés de les voir. Leurs femmes sont tondues [c'était certainement à cause d'un deuil], ayant en celle manière leur enfant tétant. J'ai vu iri des caméléons et, combien qu'on dit en notre pays qu'ils ne mangent pas, si ai-je toutefois vu que de leur langue ils piquent les mouches, les attirent et mangent.

Les femmes se rendirent en ce lieu, marchant avec beaucoup de gravité et apportant sur leur tète diverses sortes de fruits, des poules et d*autres choses qui furent descendues par leurs domestiques, pour lesquelles on leur donna de la verroterie. Le souverain, qu on nomme le cheik, fit une grande harangue aux Hollandais sur leur arrivée en ce lieu et, en parlant, il levait souvent les yeux au ciel, mais on n*entendit point ce qu'il disait.

Le 14 du même mois de janvier (a), six ou sept hommes de Téquipage du vaisseau « La Hollande p nagèrent à terre pour porter des présents au souverain, savoir un assez beau miroir €t des grains bleus qu'ils lui pendirent autour du cou. Ce présent fut reçu sans honnêteté de la part du cbeik, qui n'était pas moins grossier que le reste de ses sujets, et il ne fit connaître par aucun mouvement qu'il eût dessein de répondre à cette civilité, ni de faire présenter rien de sa part.

Après cela, un de leurs grands canots, qu'ils nomment lacca [lakana] et qui ont la forme des gondoles de Venise, vint avec vingt-cinq personnes abord du même vaisseau « La Hollande ».

Nous envoyâmes la pinasse sonder partout, afin d'approcher pJus près de Visle, et naviguâmes avec trois barques vers l'isle, où nous avons trouvé grand nombre d'habitants sur le rivage, qui nous apportaient beaucoup de limons et palmitas (qui est un fruit semblable à pomme de pin ou bananes), croissant en très hauts arbres, non pas en les branches, mais au tronc de Tarbre qui est tout épineux, lequel fruit est très doux et

(a) Version du Verhael : Les 13, 14, 15, 16 et 17 janvier 1596, nous avons débarqué et acheté du riz, des poules, des cannes à miel [à sucre], des citrons, des limons en grande quantité et nombre d'autres fruits inconnus de nous. Nous avons aussi acheté d'excellents poissons et du gingembre vert. Nous y avons péché un poisson d'une telle grosseur que treize de nos matelots ont eu de la peine à le hissera bord. Comme Tisle était petite et que nous étions nombreux, nous sommes allés dans notre pinasse [péniche] au fond de la baie, où nous avons acheté une tonne de riz pour une cinquantaine de grains de corail [perles de verre rouges] de peu de valeur. Le roi du pays est venu visiter la pinasse; il avait la figure noire comme le diable en personne et portait attachées sur sa tête deux sortes de cornes; il était du reste nu comme ses sujets. — Vbrsion du Journael : Les 13, 14, 15, 16 et 17 janvier, nous nous sommes rendus à terre avec notre petit bateau et nous y avons acheté du riz, des poules, de<4 cannes & miel [à sucre], des citrons, des limons en grande quantité et diverses autres sortes de fruits.

S04 OUVRAGES ANUENa

Il portait' des chèvres, des moutons, des poules, du riz et divers fruits, dont on acheta la plus grande partie.

Cependant, le c Maurice > et la pinasse continuèrent leur route vers Madagascar et vinrent à Tile Sainte-Marie, dans un golfe [baie de Lokantsantsa] environné de petites montagnes et où il y avait quelques rochers avec deux petites îles, Tune semée de riz, et Tautre couverte de bois. Ils s*approchèrent, et, en rasant la côte, ils virent sur le rivage plusieurs maisons parmi les arbres, mais point d'hommes. Peu après, ils découvrirent une rivière et un canot, avec des gens dont une partie était sur le rivage.

A rinstant, ils mirent deux hommes i terre pour aller leur parler. Ceux-ci, étant arrivés au bord de la rivière, virent dans le canot cinq hommes qui ne voulurent jamais approcher du bord, quelques cris qu*on fit. Les deux hommes retournèrent i leur canot dans la pensée que les sauvages permettraient plutôt qu*on allât vers eux, et ils ne se trompèrent pas. Les

jaune comme or [fruit du palmier rallaj; aussi des bananes, du lait et pressure. Plus une autre sorte de fruit [piment], semblable à dattes, ardent à la bouche comme du poivre. Encore un autre, semblable à poires grosses et grises, par dedans visqueux, toutefois sain et réfrigérant [vouvontaka^ fruit du Brehmia spinosa]. D'avantage, un autre fruit rond comme un melon, ayant Técorce dure, et plusieurs autres bien sains. Nous naviguâmes avec iceux jusqu'à un canal, entre la grande et la petite islette, où nous trouvâmes un mât de la besane [d'artimon] avec la vergue à demi brûlée comme d'une caravelle, laquelle (comme apparut) y était périe. Nous achetâmes aussi d'eux deux petits animaux, de la grandeur d'un connin [de la taille d'un lapin], ayant la tête d'un renard et le corps du hérisson ou porc-épic \Tandraka ou Centetes spinosus]^ qu'ils prirent en l'eau; mais, comme nous étions bien loin de la flotte, nous ne voulions naviguer plus avant avec les barques, ains envoyâmes cinq hommes avec les habitants pour visiter leurs habitations, lesquels revenus disaient avoir trouvé de l'eau fraîche, et retournâmes à la flotte. Sur le chemin allant en terre, où nous trouvâmes plusieurs fruits; trou* vâmes aussi aucuns prés où les bœufs avaient été à la pâture, bien fournis d'herbe. Sur le soir, vînmes à la flotte, où aussi était le patron de la pinasse et avait partout trouvé, en 15, 18 et 20 brassées d'eau, bon fond pour ancrer; qui aussi, par le flux de l'eau, lequel, comme

Noirs s^assoihblèrent en peu de temps au nombre de vingt-deux et invitèrent les Hollandais à descendre à terre. Mais, comme il était déjà tard, on remit au lendemain, faisant néanmoins voir dès lors quelque rassade qu^on ne vendit pas, parce que les sauvages n'avaient rien apporté.

Les hommes avaient quatre longues javelines garnies de pointes d*argent. Les femmes étaient vêtues de toile rayée de petites barres, dont elles avaient un corps de jupe et une robe qui leur descendait au milieu du gras de jambe. Les hommes n*avaient qa*un vêtement fort adroitement tissu de quelques herbes [rabane] et de diverses couleurs. Us portaient chacun un roseau avec de Teau salée. C*étaient de grands hommes, puissants, tels que sont communément tous ceux de cette île.

Us sont extrêmement jaloux de leurs femmes, jusque-là que quelques Hollandais, étant venus proche d*un de leurs villages et ayant trouvé des femmes qui les reçurent bien et les menè-

dessus est dit, court du Nord-Nord-Est vers le Sud-Ouest, avait été poussé à un écueil. Le jour suivant que le fond était sondé, nous sommes approchés la terre de lieue et demy et sommes derechef descendus en terre à un petit village d'environ 20 maisons; et guère loin de là fut un autre. Illec [là] s'assembla soudainement une multitude grande d'habitants, et hommes, et femmes, entre lesquels était leur seigneur qui se présenta, séant sous un ombracle [à Tombre] dessous un arbre, où depuis vinrent les femmes en ordre avec gravité grande, apportant plusieurs fruits, poules et autres choses, qu'elles envoyèrent quérir par leurs serviteurs, et les ont changées à chapelets et autres denrées. Le seigneur, qu'ils appellent Chèque [Cheikh], nous sembla avoir une longue harangue, de ce que nous y étions venus, élevant souventefois les yeux vers le ciel. Mais, à cause que ne l'entendions pas, nous avons fait plus de diligence d'acheter limons et autres fruits. Ils y amenèrent aussi bœufs et moutons, mais demandaient en échange des brasselets. Et n'en ayant aucuns apportés, les bœufs ne furent achetés.

CHAPITRE X, — Ce qu'advint a la Pinasse, naviguant vers Madagascar, ET CE QUE DEPUIS EST ADVENU. — Le 14 jour de janvier, le matin tempre [de bonne heure], comme la pinasse avait haussé les voiles, une de leurs grandes barques, qu'ils nomment laccas [lakana], faites à la façon de la gondoline de Venise, a abordé le navire « Hollande » avec 25 hommes,

rent chez un des habitants, les hommes chassèrent les femmes du village et ne leur permirent point d*y revenir tant qu*il y eut des étrangers à terre. Les hommes et les femmes marchent pieds nus et tète nue.

Leurs maisons sont de bois et fort basses, couvertes de feuilles de bananiers et de paille de riz. Leurs armes sont de petites javelines d'un bois très dur, de la longueur de douze ou treize pieds, mais pas de plus d*un pouce d*épaisseur. Ils ont de grands boucliers de bois, dont ils se couvrent tout entiers lorsqu'ils se baissent^ en sorte qu'on ne leur peut voir qu'une partie d un de leurs pieds. L'Ile a de longueur du Nord au Sud environ un degré [soit 110 kilomètres] (a). Le paysage en est agréable. Elle est remplie de grands arbres très beaux et très verts. Le terrain est fort haut, mais, en naviguant le long de la côte, on vit qu*elle était séparée en deux lies. Sa plus grande largeur est du côté du Nord-Est. Elle est fertile en riz et en diverses sortes de vivres

beaucoup de chèvres, brebis, poules, riz et fruits, ce qui fut presque tout d'eux acheta ; et nous, poursuyvant notre cours avec la pinasse vers Madagascar, vîmes en i'isle de Sainte-Marie un golphe [baie de Lokantsantsa] environné de terres, mais il y fit trop peu profond pour ancrer la pinasse, ayant aussi aucuns écueils et deux islettes. Tune semée de riz et Tautre toute bocage, le golphe s*étendant Sud-Est. Traversant ainsi le canal, avons par diverses fois jette la sonde et trouvé la majeure profondeur entre 27 et 28 brassées et fond sablonneux, et ce au plus étroit, n'étant large le détroit pas une lieue, et courant vers le ventre, le vîmes tout clos. Naviguant ainsi le long de la terre, nous vîmes entre les arbres prt'S du rivage diverses maisons, mais nulles gens; bientôt après vîmes une rivière où était un canoa chargé de gens, desquels aussi aucuns sur le rivage; et, pour parler avec eux, nous y avons, le soleil étant Sud-Ouest, jette Tancre à six brassées d*eau, et fond sablonneux, étant le fond tout plané ; puis avec la barque navigué à la rivière; mais ainsi qu'à l'entrée est un banc, où les eaux ravassent [déferlent] merveilleusement, nous n'y sommes point entrés; par quoy avons sur une sécheresse sablonneuse (à laquelle nous nous

{a) La diiïérence de latitude entre la pointe N. et la pointe S. de Tlle Sainte- Marie n'est que de 26', et, même en tenant compte de sa direction du N.-N.-E. au S.-S.-O , sa longueur maximum ne dépasse pas 58 kilomètres environ.

propres pour les hommes. Les habitants sont Saphres [Cafres], c'est-à-dire païens, quoique circoncis, he peu de séjour qu*on y fit ne permit pas qu'on pût apprendre rien de plus touchant leur manière de vivre.

Le lendemain, on vit venir i bord du c Maurice » vingt-cinq hommes dans un canot. Ils amenèrent du riz, des poules, des œufs, des limons, des vamanes {voamanga ou citrouilles) et de petites fèves. On leur donna en échange de petits miroirs, des g'rains de verre et d'autres choses. Ensuite il vint six autres canots avec de semblables rafraîchissements.

Après midi, il vint du haut pays de Madagascar un grand lanciare [Iakafiara], en forme de galiote, dans lequel était le roi qu'ils nommaient Phulo [Filohany] (a). Il y avait huit rameurs de chaque côté du bâtiment, et les autres gens paraissaient être de la noblesse, étant vingt-cinq en tout. Le lanciare aborda avec un grand silence, et le roi, suivi d'un homme, entra dans la pinasse

tenant sur les rames) mis deux hommes, qui allèrent vers la rivière où ils trouvèrent les canoas et cinq hommes, lesquels, nonobstant que les appelâmes, ne voulurent nullement nous approcher : par quoy les nôtres revinrent à la barque, ayant soupçon (comme advint) que les habitants nous viendraient chercher; et, k cette cause, nous y sommes quelque temps demeuré, où les Mores vinrent jusques au nombre de 22, requérant que voudrions venir en terre ; mais comme il était tard, nous l'avons différé jusques au lendemain ; néanmoins, leur montrâmes quelques denrées, qu*ils désiraient grandement, mais n'avaient rien apporté pour les acheter. Ils avaient quatre piques longues, garnies d'argent. Les femmes étaient vêtues de linge rayé, comme sont les toiles dites smallehens, duquel avaient vêtues un corselet et puis un roquet [rochet, blouse] pendant jusqu'à la moitié du gros de la jambe. Les hommes sont tant seulement vêtus d'un drap [rabane] tissu de quelque plante [de flbres de rafla] ; chacun avait un grand roseau avec eau salée. C'était une contrée plaisante, pleine de grands et hauts arbres, et le haut terroir quadruplé. La rivière [l'Ântsaha] était par dedans fort large, et extérieurement presque serrée, et vint encore avec un bras à la mer, vers le Sud, séparé le trait d'un

(a) Filohany signifie celui qui est à la tète, le chef.

OÙ il s*assit sur un tapis. Il fit d*abord une grande harangue, qui fut accompagnée de présents de riz et de fruits. On lui fit visiter la pinasse, on le mena tout autour dans un petit bateau, et il parut admirer ce bâtiment. On lui donna de petits miroirs, quelques verroteries, de petites roses, des boucles d'oreilles et des grains, et après cela il s'en retourna dans sa gondole.

Il avait autour de lui, par le milieu du corps, une belle toile de coton rayée qui descendait jusqu'à terre et, sur la tète, un bonnet en forme de mitre d'évêque. A chacun des côtés de ce bonnet, il y avait une corne artificielle, avec des houppes aux bouts faites très artistement. Il était fort respecté de ses gens, dont aucun n'osait parler en sa présence. Il paraissait avoir de cinquante à soixante ans.

Les femmes se frottent le visage d'une certaine gomme blanche pour se rendre plus belles et portent pour ornements du gingembre et certaines feuilles sèches [de Ravintsara]^ qui

mousquet de Tautre. Au côté septentrional de la rivière, fut aussi vu grand peuple, mais, à cause de la pluie, retournâmes au navire.

Le lendemain bien matin, étant en doute si nous avions à partir ou uon, à cause qu'il nous sembla qu'étions trompés des Mores, nous vîmes aucuns habitants transporter leurs barquettes, parce qu'ils n'osèrent passer avec leurs petits canots le ravassement d'eaux [les lames] qui tombaient sur le banc qui est devant la rivière, et les apportèrent en mer, où, le jour passé, étions descendus en terre. Les premiers qui nous abordèrent furent trois hommes, apportant un petit du ris. qui requéraient que voudrions venir en terre, ce que nous eussions fait, n*eût été que vîmes à la bouche de la rivière un grand canoa avec 25 hommes venir vers nous, apportant du riz, poules, œufs, limons, citrons, bananes et quelques petits fasiols [haricots], tout lequel avons acheté en échange de petits miroirs, chapelets et épingles. Nous vîmes un peuple innumérable au même lieu où le précédent jour étions abordés et six autres canoas qui vinrent vers nous, apportant grande quantité des fruits susdits. Après midy, en vinrent d'autres, entre lesquels était une lanciate [lakafiara], grande à la façon d'une galiote, en laquelle était leur roi, qu'ils appellent Phulo [Filohany], ayant à chaque côté 8 rameurs; les autres représentèrent les nobles jusques à 25. Ils abordèrent en grand silence, où le roi avec un vieillard monta en la pinasse et s'assit sur un drap de parement. Lequel,

GONGERKANT MADAGASCAR 209

ont Todeur et le goût du clou de girofle. Celles de Ttle de Sainte-Marie se parent aussi de ces mêmes feuilles.

Le 18 de janvier, on alla enterrer dans cette tle de Sainte-Marie; en présence des habitants, le contre maître du vaisseau < Le Maurice », qui venait de mourir. Les Sauvages marquèrent, par les signes qu*ils faisaient, q^ie-stm âme était dans le ciel, d*où il s*ensuit qu*ils ont plus de connaissance de Dieu que ceux qui habitent le long de la rivière d'eau douce [rOnilahy ou rivière de Saint- Augustin, sur la cdte Sud-Ouest]. Ils désiraient qu*an coupât les jambes du mort aux genoux, à quoi on ne voulut point entendre, et on Tenterra tout entier.

Après cela, les Hollandais entrèrent dans la baie pour aller chercher de Teau douce, m^is ils n*en purent trouver et ne découvrirent aussi d'abord aucuns habitants. Enfin, lorsqu'ils furent tous à terre, ils découvrirent proche du rivage plusieurs

après qu'il avait fait une longue harangue, il nous fit un présent de riz et fruits. On lui montra partout la pinasse, dont était fort émerveillé, et, iui ayant fait un présent d'aucuns voirres [verroteries, perles de verre], petites roses, petits miroirs, chapelets, annelets pour pendre au tendron des oreilles, il s'est retiré en sa gondeline. Il était vêtu d'un beau roquet [rochet, blouse] fait de coton rayé, pendant dès le nombril Jusques à terre, et avait en tête un bonnet de la façon d'une mitre d'évêque, ayant à chaque côté une corne artificielle demi-aune longue, ayant franges au bout artificiellement faites (a). Il fut fort craint de ses gens, et personne n*osait parler en sa présence. II navigua en un petit canoa à l'entour de la pinasse pour la regarder; ce pendant, y aborda un autre grand canoa avec 33 hommes et beaucoup de rafraîchissements, de sorte qu'ils achetèrent toutes mes denrées; par quoy fîmes voile pour reconnaître l'autre ouverture de la rivière, mais, ainsi que sommes venus à un bas rivage où le fond est plané et que fut apparente une grande boufTée, nous retournâmes et jetâmes l'ancre au même lieu où nous avions été. Alors vinrent «ncore deux almadias [pirogues] avec beaucoup de gens, apportant un veau aie changer h une piécette de drap que Je leur avais montrée ; mais, ainsi que la chair du veau ne me plut si chère et me contentant des poules, ils sont partis avec les autres canoas en grande célérité vers la rivière, où nous vîmes encore grand nombre de bœufs, moutons et chèvres. Or, ayant

(a) Ces cornes étaient faites de cheveux et autres matières (Joumael).

tlO OUVRAGES ANGIBN».

petites . huttes Uèn .basses, i une portée de javelot Tuûe de Tautre. A Tinstant, ils virent sortir d*une de ces huttes un homme avec uile longue javeline et un grand bouclier de bois, qui criail de toute sa force. A ses cris, tous les autres sortirent aussi des buttes qui étaient li autour, et il s'assembla une grosse troupe toute en armes.

Autant que les Hollandais le purent comprendre par les signes qu'ils firent, ils avaient la guerre contre ceux de Madagascar et, afin de n'être pas surpris,. ils avaient b&ti toutes ces petites huttes au bord de la mer pour y loger les sentinelles. Il y avait aussi sur une haute montagne un grand village, tout environné de palissades et presque inaccessible, tant la montagne était escarpée partout, hormis d'un côté où il y avait un passage étroit, garni de trois rangées de pieux, et où il n'y avait d'ouverture que pour laisser passer une seule personne à la ibis. C'était là que le cheik faisait son séjour; il vint à bord des navires Hol*

vendu toute notre mercerie, le jour suivant, avons fait voile afln de mieux reconnaître la côte. Mais aussi que le vent était Sud-Est, afln que ne vînmes à tomber sur un inconnu bas-rivage où les vagues et flux nous poussèrent, nous primes notre cours vers la flotte. CHAPITRE XI. — Du retour de la pinasse a la flotte et de ce qui

EST DEPUIS ADVENU DEVANT L'ISLE DE SaINTE-MaRIE, ET LEUR NAVIGATION

VERS LE GOLPHE d*Antongil. — La piuasse naviguant vers Madagascar, trois barques armées d*hommes voguèrent vers Tisle Sainte-Marie, où le Chèque [cheik] (a) les attendait, et firent avec lui une promenade par le village; desquels aucuns allèrent jusques à l'autre côté de Tisle, où ils trouvèrent une fontaine, et, ayant changé à quelque peu de poules, riz et fruits, sont retournés au navire. Ils avaient fait présent au CKèque [cheik] d*un long chapelet bleu. Le jour suivant, les nôtres prirent de Teau douce hors d'un fossé et achetèrent aucuns fruits. 1^ 16 dudit mois, arrivèrent divers esquifs à la flotte avec rafraîchissements et nous sommes avec la pinasse revenus à la flotte. Et, ayant déclaré quel golphe nous avions vu en Tisle de Sainte-Marie, la pinasse y est le lendemain naviguée, mais, à

(a) Les chefs, dans le Nord-Est de Madagascar, n'étant pas d'origine arabe, ne doivent pas être dénommés cheikê; les indigènes les appellent, comme il est dit ailleurs dans ce récit, Filohany (litt. : qui sont à la tête).

landais avec sa femme et [dusieurs de ses geûs et il leur apporta

divers rafraîchissements, qu'ils achetèrent par reconnaissance,

Le 21 dès le matin , ils levèrent Tancre, dans le dessein de

faire voiles vers la grande baie de la |côte de Madagascar [baie

Plan de la baie (i*Antongil par Gysbert (i599) {a).

cause de la petite profondeur, n'y pouvait entrer ei a jeté Tancre tout joint l*écueil, et naviguâmes avec Tesquif au golphe» mais nous n*y trouvâmes personne pour négocier. Le lendemain, étant le 18 jour dudit mois, ainsi que notre comité [contre-maitre] était trépassé, nous l*avons porté en risle Sainte Marie pour Tenterrer en présence des habitants, lesquels nous firent signe que l'âme était es cieux, dont appert qu'ils ont plus de

{a) Ce plan, le plus anciea après celui d'Hootmaa (voir p. 170 àû), est dessiné à 1/500 000 dans un cartouche du planisphère manuscrit de Gysbert dis, daté de 1599 et conservé à la Bibliothèque Nationale.

ii2 OUVRAGES ANCIENS

d^Antongil], «t, à la fin du quart du jour ayant changé de bord, ils crurent courir le long et derrière la pointe méridionale de tette terre. Mais leurs cartes les avaient trompés. Ils ne trouvèrent ni golfe, ni baie, quoiqu*il y en eût une marquée, ni aucun abri contre les vents de Sud-Est, d*Est-Sud-Est et de Sud- Sud-Est, qui soufflent ordinairement en ces parages.

Enfin, le 23, ils trouvèrent cette grande baie que les Portugais nomment la baie d'Anton Gil et ils y mouillèrent i deux lieues de terre, par vingt-deux brasses, fond de bonne tenue. lis virent des feux à terre pendant la nuit, et, le lendemain, y étant descendus, ils y trouvèrent douze noirs en six petits canots. Us envoyèrent six hommes vers un village qui était assez proche et en face duquel il y en avait un autre encore plus grand qui était rempli d'habitants, avec qui ils firent des échanges de certains objets de peu de valeur pour quantité de poules, du riz, du miel, du manigetteou blé de paradis (a), du gingembre vert, des fèves

connaissance de Dieu que ceux de la rivière douce [rivière de Saint- Augustin], mais voulaient avoir coupé les jambes jusques aux genoux, ce que nous refusâmes de faire; ains Tensevelîmes entier. Nous achetâmes quelque lait et le mangeâmes avec feuilles de bananiers, commodément plyées, par faute de cuillères, et sommes d'illec [de là] navigué vers la pinasse, étant assez près de la terre, à la profondeur de 27 brassées. Ils n'avaient su négocier avec aucuns habitants. Nous naviguâmes au golphe. à chercher de Teau douce, mais ne la pouvions trouver; le fond était tout pierreux et peu profond, et avait & la bouche deux islettes, desquelles la première était basse et pleine d'arbres et Tautre entièrement belle et haute, semée de ris. Nous n'y pouvions trouver des habitants, mais, en sortant, tout tenant la terre, nous vîmes partout fort basses logettes sur le rivage, un trait d'arc l'une arrière de l'autre, où sortit soudainement -un homme armé d'une pique longue et d'un grand écu de bois, criant à haute voix, et lors sont sortis les autres dehors les autres logettes, s'asçemblant incontinent une bonne partie avec leurs armes. Et, ainsi que par leurs, signes pouvions entendre, ils avaient la guerre contre ceux de Madagascar et, afin de n'être, surpris à, l'impourvu, furent faites ces

' (a) Graines de paradis de Madagascar, ou graines- de Longoza (Amomum J)anielln). Le nom de Maniguet le ou Malaguetle est d'ordinaire donné aux graines de V Amomum granum-paradisi dont on 8*est souvent servi pour falsifier le poivre.

et des oranges. Les noirs firent entendre qu'ils reviendraient le lendemain et qu^ils amèneraient du bétail.

Cependant la chaloupe du vaisseau c Amsterdam » ayant nagé vers le rivage, ceux qui étaient dedans mirent pied à terre et trouvèrent un autre village aussi fort habité. Le roi avait un très beau vétement> et derrière lui on portait un bouclier à la mode indienne, qui avait une bordure d'on

Le 24, la pinasse rejoignit les autres vaisseaux au lever du soleil, apportant la nouvelle qu'ils avaient trouvé une rivière d*eau douce et une bonne rade qui s'étendait bien avant derrière une lie d'environ deux lieues de tour, dont le terrain était fort haut, et qu'au milieu de la baie gisaient encore trois ou quatre autres petites lies. Tous les vaisseaux allèrent mouiller derrière cette île et, le lendemain, quelques hommes allèrent i terré et entrèrent dans un village, où ils virent une grande maison qu'ils prirent pour un corps de garde à cause de deux tam-

logettes de sentinelles. Noas trouvâmes nn grand village sitaé sur une montagne, environné de palissades, et tout à cause du précipice inaccessible, parce que à un côté n'y avait qu'un étroit chemin muni de trois palissades, par lequel on ne pouvait passer qu'un à un, et là se tenaient le Chèque [cheik] ou seigneur, qui avec sa femme vint près de nous, et beaucoup d'habitants apportant plusieurs rafraîchissements que nous achetâmes d'eux à leur bon gré, et y sommes le lendemain retournés, où nous recouvrâmes autres fois bons rafraîchissements. Mais, ne pouvant bonnement recouvrer de l'eau douce, fut conclu de naviguer le 21 dudit mois vers le grand golphe [baie d'Antongil] en la côte de Madagascar; et trouvâmes que nie Sainte-Marie avait sa plus grande largeur au côté du Nord- Est et s'étendait Nord-Est et Sud-Ouest. Elle est très fertile de riz et de tous vivres qu'on pourrait avoir besoin pour bon rafraîchissement ; elle est bien belle et verdoyante. Les habitants sont Caphres [cafres] ou payens, toutefois circoncis, et bien proportionnés de membres ; pour la brièveté [de notre séjour], n'avons rien appris de leurs conditions et manières. Étant passés le détroit, trouvâmes que la terre de Madagascar s'étend Sud- Est quart au Sud et Nord-Ouest quart au Nord et forme un creux ou ventre» où trouvâmes sur le rivage aucuns habitants, et vîmes un grand eanoa chargé de gens; et était un terroir plaisant et verdoyant; et naviguâmes cette nuit à petites voiles & l'Est-Sud-Est^ par un vent Sud-Sud-Ouest.

iii OUVBAGES ANaENS

bours qui y étaient suspendus. Ils achetèrent aux habitants du miel et un petit bœuf (a).

Le matin du 26 du même mois de janvier 1596, on vit quinze grands canots descendre de la rivière, dont il y en eut un qui aborda le vaisseau le c Maurice », et les noirs Grent comprendre que, si Ton voulait envoyer un Hollandais avec eux, il demeurerait trois de leurs gens pour otages. On consentit i leur proposition et Ton mit quelques présents entre les mains de celui qu*on envoya, pendant que les otages étaient bien régalés et prenaient tellement goût au vin, qu'on ne pouvait le leur ôter.

Cependant on fit nager quelques canots à terre, où Ton trouva une aiguade fort commode et d*une bonne eau qui tombait du haut d*une petite montagne. L*ile est très fertile en riz, limons, citrons et bananes. Les matelots, s'étant avancés un peu plus loin, découvrirent douze ou quinze maisons habitées. En

Ayant tourné au quart du jour, naviguâmes vers Nord quart à TEst et, venant au-dessus du coin [cap], primes le cours vers Nord-Nord-Ouest, ainsi que le golphe s*étend dedans, et, cuidant naviguer derrière le coin austral, nous fûmes trompés par la carte marine, à cause que n'y avions trouvé aucun golphe, et autrement que la carte montre, ny aussi aucune défense contre les vents de Sud-Est, Est-Sud-Est et Sud-Sud-Est, qui ordinairement y soufflent. Et combien que n'étions qu'à la bouche, et à cette cause avons souventefois transporté la voile d'un côté à Tautre et navigué au vent, y fûmes néanmoins par les vagues poussés dedans; par quoy la pinasse fut mandée au sac du golphe à visiter et reconnaître s'il y avait quelque défense pour les navires, et nous avons mis la voile contre vent. Le lendemain, ainsi qu'étions entrés bien avant, se découvrit Tisle ; nous

(a) Ybrsion du Verhael: Le 25 janvier, plusieurs sauvages vinrent à notre bord et nous invitèrent par signes à venir à terre, ce que nous avons fait, et nous y avons acheté du bon riz et diverses espèces de fruits qu'on peut se procurer dans ce pays en grande quantité. A gauche de Tembouchure de la rivière, en venant de la mer, il y a une ville, et, à droite, il y en a deux; c'est là que nous avons fait le plus de commerce. Le 26, nous avons gardé quelques indigènes en otage et nous leur avons donné à boire; ils se sont enivrés comme des brutes. — ViBSiON ne Joumael : Le 26 janvier, plusieurs pirogues, étant sorties de la rivière, nous ont apporté beaucoup de poules, de citrons, de cannes à miel [à sucre] et divers autres fruits (nous devons des remerciements à M. J. D. Rutgers van der LoelT pour les renseignements qu'il nous a aimablement fournis sur le Verhael et le Joumael, ouvrages fort rares).

CONCERNANT 1IAI>À0A8CAR 21 S

y allant, ila passèrent par un endroit où il y avait quantité de bananes et où ils virent deux mains d*hommes«ntredeux morceaux de bois; c'étaient les mains d*un noir qui y avait dérobé des bananes, dont le corps gisait encore sur la terre sans sépulture.

Sur le soir, Thomme qui avait été envoyé avec les noirs s en retourna, et Ton renvoya les otages après leur avoir fait quelques présents. Le Hollandais avait été fort bien régalé de poules rôties ou bouillies avec du riz, et il apporta une guenon [maki vari] (a) qui lui avait été donnée par le souverain qui était déjà venu deux fois a bord.

Le 27, on nagea trois canots vers terre, deux du côté du village de Spakenbourg, qui est à TOuest, et le troisième vers le village de TEst, marqué par le nom de Saint^Angelo sur les cartes, qui est tout entouré d*une forte palissade [de pieux espacés d*un demi-pied]. Les deux premiers canots trafiquèrent avantageusement, d'autant plus que le souverain et ceux qui

jeltÂmcs la sonde sur le côté Sud-Ouest, en 35 brassées, fond dur, et, au côté de l*Est, en trente brassées, fond d'argile ; et, soupçonnant que nous rencontrerait la pinasse, nous sommes navigues vers une eau latérale, laquelle d*entre deux montagnes descendait du rivage septentrional; mais, à cause que la nuit survint, nous y avons jette lancre en 22 brassées, beau fond à ancrer, et, le jour suivant, sommes avec 2 barques descendus en terre, où nous avions vu la nuit aucuns feux et monter grande fumée ; et vînmes à la bouche de Teau latérale, où vtmes douze Mores en six esquifs. Nous envoyâmes six des nôtres au village, qui n'est pas loin du rivage, où, à Topposite, était un grand village, en lequel étaient bien grands édifices et multitude grande d'habitants, desquels ils reçurent pour des longs filets de margaridettes [petites perles de verre] plusieurs poules, ris, miel, graine ou malaguette [graines de Longoza {Amomum Daniellii) qui servaient à falsifier le poivre], gingembre tout vert et faseois [haricots], et bon nombre de pommes d'oranges, et firent signe que le jour suivant apporteraient du bétail. La chaloupe du navire « Amstelredam », qui était plus avant dedans, vint aussi vers notre barque, mais fut au chemin appelée, où elle s'est abordée, qui était aussi

(a) Le maki vari {Lemur varius) est un fort bel animal à pelage blanc et noir. Comme nous Tavons déjà dit, il n*y a- pas de linges à Madagascar.

216 4)UVRAGE8 .ANXIENS

l'accompagnaient ordinairement étaient ivres. Ils présentèrent aux Hollandais, dans une corne de bœuf, un certain breuvage fait de miel et de riz, dont ceux-ci burent tous avec plaisir, tant il était agréable et de bon goût.

Le village était composé d'environ deux cents maisons et bien peuplé. Il y avait vingt hommes dans un corps de garde avec des rondaches et de longues javelines, et chacun une petite marque blanche sur Testomac pour se faire reconnaître. Il y avait aussi une hôtellerie, où quelques-uns des matelots s'enivrèrent avec les noirs.

Lorsqu*on entra dans le village, le roi, suivi de la plupart des habitants, vint au devant des Hollandais ; on les reçut en chantant et en battant la caisse, qu'ils battent des deux côtés à la fois, pai -dessus avec une baguette et par-dessous du plat de la main.

Quand le pot où était leur breuvage fut vidé, ils commencèrent à s'en donner les uns aux autres des coups sur la tète et,

un grand village, riche d'habitants, et leur seigneur, qui avait ceiut un brave accoutrement, ayant un écu indien dont le bord était tout doré, qui fut porté derrière luy. Ils y trouvèrent des feuilles tombées en terre» ayant Todeur et saveur des clous de girofle [feuilles de Ravintsara], La pinasse nous aborda, et nous dit d'avoir trouvé bonne rade et derrière icelle une bonne rivière. Parquoy ayant fait voile, avons attendu nos barques qui n'attendirent guère, mais, par ce que la nuit survint, nous avons jette Tancre, une demi-lieue du rivage septentrional, en 16 brassées d'eau. Le jour suivant, étant temps calme, nous sommes derechef descendus en terre et allâmes au village, où nous vîmes une maison grande, qui était un corps de garde, car nous y vîmes pendre deux tambourins» et y achetâmes un petit bœuf et un petit de miel. Après midy, vint le vent de la mer, du Sud-Sud-Est, et sommes le soir navigues derrière Tisle où nous avons jette Tancre en 13 brassées, et fond fangeux. CHAPITRE XII. — Gomment ils sont a l'ancre au golphe d'ântongil,

ET CE QUI leur EST ADVENU PAR LES HABITANTS. — Le jOUr SUivant, quî

était le 26 de janvier, le matin, sont venus 15 grands canoas, venant de la rivière [l'Ântanambalana, nommée aussi Tsingambala] et lieux voisins pour pêcher, desquels l'un nous aborda, apportant quelque riz, faisant signe, si quelqu'un des nôtres voulait descendre en terre, eux trois demeureraient en otage ; par quoy un des nôtres navigua vers la terre

lorsqu*ils se séparèrent, il y en eut un que sa femme emmena; les autres allaient croisant le chemin et faisant des esses [des S ou zigzags] de droite et de gauche, comme un vaisseau hollandais qui louvoie sur mer. Le roi régala ses hôtes de riz bouilli, qui leur fut servi avec de certaines feuilles vertes un peu taillées pour servir de cuillères. Le riz était assez bien cuit.

En retournant à bord, on vit quelques petites maisons, qu*on prit d*abordpour des corps de garde, mais on trouva ensuite que c'étaient des espèces de caves, où il y avait apparence que les principaux du lieu étaient enterrés, car il y avait des puits auprès et de larges cornes pleines d*eau, et le tombeau était tout proche, couvert d'une petite natte. Le corps gisait dans un arbre creusé et mis dans une fosse, couvert d*un autre arbre aussi creusé, qui passait presque tout entier au-dessus de la terre. On enleva un peu la couverture par un côté et Ton y vit les ossements d*un mort. Pendant qu'on était là, le souverain

avec aucuns dons, et nous avons bien traité les otages, qui appetaient merveilleusement le vin, mais on ne le leur doit point donner. Nous naviguâmes à Tislette [Nosy Marosy, nommée aussi Nosy Mangabé], où nous trouvâmes belle eau fraîche et aisée à avoir, descendant de la haute montagne, car Tislette est fort haute selon la quantité ou grandeur, laquelle, peut avoir une lieue de circuit, fort fertile de riz et fruits, assavoir limons, citrons et bananes; et nous allâmes en haut où étaient douze maisonnettes, ou davantage, habitées de gens, d*où nous vîmes au Nord-Ouest de nous en la terre ferme une rivière fort large [l'Antanambalana], s^étendant à TOuest-Nord-Ouest dedans pays, et plusieurs villages situés sur icelle, où venait s'exonérer un bras de rivière [l'Anjahanambo] du Nord-Nord-Ouest, sur lequel étaient situés aucuns villages. En montant, passâmes les lieux où étaient les bananiers, où guère loin Tune de Tautre étaient deux mains fichées entre d^ux pièces de bois, et étaient celles d'un More qui vint dérober les bananes, le corps duquel gisait en bas sans être enterré. Sur le soir, est revenu notre homme à bord, et nous laissâmes aller les otages après leur avoir donné quelque présent; il avait été très bien traité de poules cuites et rôties avec du riz. Apporta aussi un marmot [maki vari (Lemur varius)] qui lui était donné par le seigneur, lequel aussi avait été deux fois à bord. Le lendemain, naviguâmes avec trois barques vers Tlle, les deux barques vers le rivage occidental, que

118 OUVRAGES ANQENS

du village de Saint-Angelo y vint et pria qu*on ne touchât pas i ces petites loges, parce que c*était le lieu de la sépulture de leurs Phulos [Filohany ou chefs].

Le lendemain, les Hollandais retournèrent i Saint- Aogelo, où ils négocièrent sept cents livres de beau riz et une bonne provision de poules. Ils firent boire du vin d*Espagne aux habitants, qui ont plus de passion pour le vin qu'aucun autre peuple qu*on connaisse.

Le lendemain, ils allèrent en trois troupes i tous les trois villages et firent deux tours ce jour-là^ dont ils rapportèrent douze cents livres de riz, et ils en auraient trafiqué davantage si les habitants n'eussent point été obligés de se tenir sur leurs gardes et d'être au nombre de trente au corps de garde. On leur donna pour leurs denrées des grains ou petites boules de verre, rouges et bleues, de peu de valeur. Chacun apportait dans son panier une livre de riz, pour laquelle on donnait quatre

nous appelons Spachenbourg, et Tautre vers le village oriental, nommé par la carte marine San Angelo, lequel est environné d'une bien forte palissade, où les nôtres changèrent du corail à du riz et poules [voir la planche ci «contre (a)]. Au village occidental, dit Spachenbourg, les nôtres ont fait bons échanges; où le seigneur et toute sa suite étaient yvres et

(a) Explication de la planche. — Nous mettons ici deux de leurs villages, environnés de palissades, en cette manière : ayant chacun deux entrées, dont l'une est sur le bord de l'eau. An village occidental, dit Spachenbourg, trouvâmes leur roi yvre, et nous fit boire de leur breuvage, fait de riz et de miel, en une corne de bœuf. A Spachenbourg finies le meilleur gain, donnant corals de voirre [perles de verre] en échange de grandes quantités de riz, poules, chevreaux et fruits. Semblablement, au village de San Angero, nommé en la carte San Angelo, négociâmes comme dessus. Ils sont riches d'habitants* contenant chacun 200 maisons, ayant chacun un corps de garde au milieu du village, où nous trouvâmes 20 hommes armés de leurs piques et rondelles, laquelle garde renforcent de nuit. Leurs maisons sont toutes bAties sur des étages, avec un plancher, et, sous les étages, des planchettes rondes contre le monter des bétes venimeuses. Trouvèrent aussi une taverne, où les compagnons buvaient. Je mets icy semblablement les roseaux à sucre, ainsi qu*ils croissent; lesquels on y pourrait avoir à grand foison, par Ceux qui les savent cultiver. Icy croissent aussi beaucoup d'arbres divers des nôtres : par quoi je mets ici le fruit, et comme ils croissent. Le gingembre y croit en la manière ici portraite. Le coral y est rejeté de la mer au golfe sur le rivage, lequel y avons recueilli et blanc et rouge.

CONfaiRNAllT XAt>A6ASGAR tl9

OQ cinq grains, rouges, blancs, ou bleus [valant 0 fr. liS les cinq], maïs ils aimaient mieux lesbleus.

Ils étaient de la même (igure et de la même taille que les sauvages de nie Sainte-Marie. Ils étaient vêtus de même, et avaient les mêmes manières de vivre. Leurs maisons sont posées sur des pieux, et élevées quatre ou cinq pieds au-dessus de terre. On conjectura que cet exhaussement était pour ks garantir des insectes venimeux, dont il y a grande quantité. On trouve en ce lieu-là beaucoup de cristal de roche, qui est bien plus dur que Tautre, et plusieurs autres raretés. La mer y jette aussi du corail sur le rivage, et Ton y en ramassa du rouge et du blanc.

Le 30 et le 31 du mois, on a trafiqué encore beaucoup de riz et d'autres rafraîchissements [mais toujours par toutes petites quantitéis à la fois]. Cette nouvelle nourriture- chassa si bien le scorbut que personne n*en demeura plus tourmenté, et tous les équipages se retrouvèrent sains et en bonne disposition.

apportèrent aux nôtres à boire, en une corne de bœuf, un breuvage fait de miel et riz et y trouvèrent 20 excellents bœufs, mais on ne savait d*eux aucuns acheter. Le village pouvait contenir 200 maisons et était riche d'habitants desquels vingt furent assis en un corps de garde avec leurs piques longues et rondelles, chacun marqué d*une tache blanche sur la poitrine afîn qu'on les pût reconnaître. Il y avait aussi une taverne, où aucuns de nos compagnons avaient fait bonne chère à boire avec les habitants. Quand il fut temps, nous revînmes au navire, mais, comme le ravussement [c'est-à-dire les vaguesj était grand à l'entrée de la rivière, n'osaient aventurer les deux barques et sont abordées au côté occidental, où trouvèrent quelques logettes que nous cuidions être logettes de sentinelles; -néanmoins, à la fin, vîmes que c'était un cimetière, et sembla qu'aucuns de leurs chefs y furent ensevelis; car, tout tenant, furent fossés avec cornes larges, pleines d'eau, et le sépulchre couvert d'une petite natte; le corps gisait en un tronc d'arbre encavé, ensevely en terre, et couvert d'un autre qui était la plupart hors de la terre, et vimes de côté gésir les ossements d'un homme.* Le seigneur du village San Angelo nous abordia avec deux ^anoas, qui nous dit qu'ils y enseveliirent leur seigneur, ■qu'ils appellent Phulo [Pilohany]^ noiis priant de ne vouloir endommager lesdites logettes et, nous étant fort aimable, désirait que voudrions le lendemain- venir en son village, ce que luy promettions -de fahe; et, étant

Le 1*' de février 1596, ils retournèrent faire un tour en chaque village pour y acheter du riz. Mais dans le grand village situé sur la rivière, il y eut de la part du Phulo [Filohany ou chef] défense d*en vendre. Ce Phulo était vêtu d*une belle toile et avait sur la tête un bonnet tissu d'herbes vertes. On crut que cette défense avait été faite, parce que la plupart de la moisson du riz était encore sur le champ et qu'il faisait beaucoup de pluie, ou parce qu'il ne voulait pas que le pays en demeurât dépourvu et qu'il craignait qu'il ne devint cher, ainsi qu'il était souvent arrivé. Néanmoins on en trafiqua encore assez, mais non pas tant que les jours précédents. Il y avait aussi dix ou douze beaux bœufs, du prix desquels on ne put convenir.

Le 2, on eut encore beaucoup de riz, des poules et des chèvres. Ensuite, on prit la résolution de remettre à la voile le lendemain. Sur le minuit, il s'éleva une si terrible tempête du Sud, qu'on craignit que les vaisseaux « La Hollande » et c Le

le temps devenu tranquille, nous retournâmes au navire. Le jour ensuivant, sommes descendus en terre h San Angelo, où nous recouvrâmes environ 700 livres de beau riz et bon nombre de poules, et notre barque navigua vers un autre village amont la rivière [l'Antanambalana] vers Nord-Nord-Ouest, où recouvrèrent bon rafraîchissement avec un jeune bœuf. Nous leur donnâmes à boire du vin d'Espagne, lequel ils appètent plus qu'aucune autre nation dont on a ouy parler. Le lendemain, sommes derechef descendus en terre, nous répartissant en tous les trois villages; et fîmes ce jour deux allées et venues, et recouvrâmes chacun environ douze cent livres de riz, et eussions plus troqué, s'ils n'eussent dû aller à la garde ; mais disaient que voudrions le lendemain revenir. Nous navi« guâmes alors au navire, parce que survint une grande pluie avec tonnerre, car nous ne nous fiâmes d'y demeurer la nuit. La garde pouvait être de vingt hommes avec piques longues et grandes rondelles.

Le 30 et 31 jour de janvier, recouvrâmes aussi beaucoup de riz et autre rafraîchissement, et par fois naviguâmes à l'isle où nous fîmes provision d'eau et achetâmes quelque miel et citrons.

Le premier jour de février, fûmes derechef en tous les villages pour acheter du riz, mais fut défendu au village, qui gît en allant amont la rivière, par le Phulo [Filohany] qui était ceint d'une belle toile et un bonnet tissu de quelque plante ; soupçonnant cela être fait à cause que

Maurice » ne a'incommodassent extrêmement Tun Tautre et qu*ils n'allassept échouer sur le rivage. Cependant ils furent préservés et, sur ie soir, Forage cessa. Ces deux vaisseaux per*dirent en cette occasion leurs canots, que les sauvages tirèrent a terre, ainsi qu*on le vit du bord.

Le 5, quelques Hollandais retournèrent à terre dès le matin, aOn de racheter leurs canots, si on les avait sauvés. Lorsqu'ils furent au milieu du frein [de la barre], ils trouvèrent que le courant extraordinaire de la rivière en avait rendu Tembouchure une fois aussi large qu'elle était auparavant, et que les tom* beaux qu'ils avaient vus étaient sous Teau.

Ce grand flux les empêcha de remonter la rivière en nageant [en ramant], et ils furent contraints de tirer à la cordelle, à quoi les sauvages de Spakenbourg leur rendirent beaucoup de services, et ils leur firent entendre que ceux d'Angelo avaient déjà dépecé leurs canots. Lorsqu'ils furent à Angelo, ils les deman-

beaucoup de riz était encore sur les champs pour sécher et qu'il pleuvait journellement, et aussi à cause qu'il ne voulait pas le pays tant dénuer de riz, craignant famine, comme autrefois était bien advenu. Nous recouvrâmes encore une bonne partie de riz, mais pas tant comme ces jours passés. Il y avait 10 ou i2 beaux bœufs, mais nous n'en pouvions avec eux faire aucun marché. Nous délibérâmes de faire voile le troisième jour de ce mois et fîmes aussi à ce tout appareil. Le 2 jour, étions derechef en terre et achetâmes bonne quantité de riz, poules et chèvres, et envoyâmes notre barque quérir des pierres à cause que notre navire était longuette. Sur le minuit, s'est levé si grand vent que nos ancres n'ont su soutenir la tempête et se tenir fermes, lequel descendant par dessus les montagnes du côté de la terre fit telle violence qu'avons jette la troisième ancre ; et, par ce que le vent s'augmenta et se renforça, nous y avons adjouté notre quatrième et principale ancre, tellement qu'étions, sur quatre ancres, comme aussi furent les autres navires, mais n'étaient pas suffisants à résister telle* violence, car la tempête était terrible et grande, et telle qu'étions poussés contre le ventre au côté du navire< « Âmstelredam », étions en grand danger de perdre l'un l'autre, parce- que nul des deux ne )K)uvait plus relâcher ses câbles, et perdîmes nos deux barques qui, par 'le ravassement des ondes de la sécheresse [par les vagues qui déferlaient sur les bancs de. s^ble], .furent jettées sur le rivage où soudainement

tn OUVRAGES AKaENB

dèreut aiix htl^itants, qui leur dirent qu*iIséUient venus échouer et que la houle les avait brisés* On savait bien qii*ils mentaient^ néanmoins on envoya cinq hommes le long du rivage, ^ui les trouvèrent hachés eh pièces, toute la ferrure, jusqu*au demieB clou, en ayant été ôtée.

Les sauvages voyant qu*on était surpris et indigné de trouver ces embarcations en cet état, mirent une partie de leurs hardes et leurs enfants en des canats et remontèrent la rivière^ et une autre partie, au nombre de cinquante, vinrent armés de leurs rondaches et de leurs javelines pour empêcher qu*on ne mit pied à terre; comme. on n'avait pas Tordre de faire des actes d'hostilité, on prit le parti de retourner à bord.

Lorsqu'on eut fait au conseil le rapport de ce qui s'était passé, il fut résolu qu'on enverrait la chaloupe de chaque vaisseau bien armée pour tâcher de traflquer encore avec les sauvages et que, s'ils en faisaient refus, on les attaquerait et on en

vinrent les Mores, et les ont tirées sur la terre. Nous étions en dix bra»^ sées de profondeur, guère loin de la sécheresse, roire si près qu'à deux fois on y eusse jette dessus ; et touchâmes Bouventefois Tun Tautre, en péril d'enfondrer l'un Tautre, mais, grâces à Dieu, nous n'eûmes autre dommage que la froissure de tout Tun bord de rallée de notre navire et une partie de la sienne. Nous avions tous deux en main les haches aiguës pour couper les arbres de nos navires s'il eût été besoin, mais le seigneur y a pourvu, car la tempête cessa de nuit. La pinasse, qui était tout tenant la terre, n*avait senti aucune tempête. Le 4 jour, avons levé nos ancres, par ce que le temps était tranquille et flottâmes par le flux de Teau (qui tombait de la rivière rudement) vers Tisle, lequel, se rompant sur icelle, nous poussa sur le côté septentrional de ladite isle où noua * avons derechef mouillé l'ancre en 13 brassées d'eau; et après midy, par le vent austral, haussé voile, mais nous n'avons su gagner le coin sep-i tentrional de l'isle & cause du flux fort raide, causé par l'abondante pluie tombée le précédent jour et nuit sur la terre haute avec telle violence que c'est merveille; parquoy derechef avons jeté l'ancre bien près od premièrement avions été en 14 brassées d'eau.

Le 5 jour, le matin bien tempre, sommes abordés avec quatre hommes le M Lion » afln d'aller tous ensemble en sa chaloupe vers la terre pour chercher nos barques et, en cas qu'elles fussent sauvées par les habitants, d?

userait avec eux comme ils en avaient usé i Tégard des canots.

Ainsi le 8 du même mois de février (a), on détacha trois chaloupes armées de quarante-huit hommes pour aller proposer aux sauvages de leur vendre quelques-uns de leurs lanciares [lakafiara]^ ou grands canots, afin de remplacer ceux qui étaient perdus. En approchant de terre, ils virent à TEst de la rivière environ soixante noirs armés comme il a été dit, qui sautaient fort haut et faisaient des bravades par leurs postures.

Les noirs de Spakenbourg aidaient à tirer à la cordelle, mais ceux de Saint-Angelo ayant crié contre eux, ils quittèrent et s'enfuirent. Néanmoins ils s'arrêtèrent vers les tombeaux, où Ton vit quarante beaux bœufs qui paissaient. Mais, parce que jusqu'alors ceux de Spakenbourg n'en avaient point mal usé, on ne toucha pas à ces bœufs.

Us remontèrent jusqu'à Saint-Angelo, où les habitants

les racheter. Venant au ravassement, nous trouvâmes que, par Tissue grande du flux violent, la bouche de la rivière était élarsie de la moitié et que les fossés, qui par avant furent avant dedans le pays, maintenant étaient tout près de la rivière. Nous ne pouvions aussi ramer amont la rivière, mais fallut tirer amont, en quoi les habitants du village occidental nous donnaient bonne aide jusqu'à ce qu'étions à la rivière. Ils nous montraient aussi que ceux du village San Angelo avaient rompu nos barques, et, quand nous vînmes près de San Angelo, demandant nos barques, ils flrent signe qu'elles furent au grand ravassement rompues en pièces et ainsi jetées sur le rivage; mais, ne prenant telle excusation pour satisfaction, envoyâmes cinq hommes vers le rivage où ils

(a) ViMioif DU Vej'hael : Le 8 février, nous avons remonté la rivière pour aller acheter des bœufs et des vivres; il y avait de tous côtés sur les rives des sauvages qui nous menaçaient et nous lançaient leurs sagayes. Mais nous étions sur nos gardes et, ayant jeté les grappins de nos embarcations, nous armâmes nos mousquets et fîmes feu sur eux, ce qui ne leur causa aucune frayeur, car ils ne connaissaient point encore les armes à fen et croyaient qu'elles ne portaient point au-delà de la longueur de leurs canons. Quand ils eurent vu huit ou neuf des leurs mordre la poussière, ils s'enfuirent dans les bois en criant. Nous descendîmes alors à terre et mîmes le feu à leurs maisons dont il brûla de vingt à trente. — Vehsioti du Journael : Le 8 février, trois canots allèrent à terre et, lorsque nous débarquâmes à droite de la bouche de la rivière, nous trouvâmes la plage couverte d'indigènes qui, nous montrant la pointe de leurs sagayes, les trempaient dans l'eau et en laissaient tomber quelques gouttes sur leur langue.

il» ; OUVRAGES ANCIENS

environ], ou pour uûe réale et demie. L*enfant qu ils avaient trouvé, ils le i mirent à terre en se retirant, et les noirs le revinrent aussitôt prendre, ayant encore préservé quelques-unes de Ifsurs. maisons après que le feu en eut chassé leurs ennemis. Le nombre des habitants pouvait monter à cent trente, dont on en Irouva quatre morts dans un bois où ils les avaient traînés avec une partie de leurs ustensiles qu*on y laissa. En se retirant, les Hollandais passèrent par le cimetière, où ils trouvèrent plusieurs noirs de Spakenbourg, qui leur firent des caresses et rirent de ce qui était arrivé aux autres.

. Pendant qu*on était à Texpédition de Saint-Angelo, cinq ou six noirs [de TUot], parmi lesquels était leur chef, se rendirent avec un canot à bord du « Maurice » et y portèrent des citrons. Gomme on. ouït tirer i terre, on les arrêta prisonniers, de quoi ils se plaignirent fort; mais lorsqu'on vit le feu de Tembrasement et qu'on le leur eut fait voir, le Phulo [Filohany ou chef] prit

que les nôtres y ont fait étaient deux tambourins, une rondelle [bouclier], un esquif, un bouc, aucunes petites nattes d*estrain [paille, jonc] et quelques poules, ce que tout ensemble on y eusse acheté pour la valeur d*un Téal de huit ou d'un et demi, à quoi se peut voir que cela n'est pas advenu pour avoir leurs. richesses, ains pour modérer leur arrogance; et, ramant un petit au-dessus du vent, ils ont mis le petit enfant en terre, d'où incontinent fut emporté par aucuns Mores. Ces mêmes préservèrent aucunes logettes du feu. Les habitants étaient environ 130 en nombre; on n'y trouva que quatre morts, lesquels les Mores avaient traîné au bois avec beaucoup de meubles, mais les nôtres ne les ont pas touchés. Et, ainsi qu'en venant, ils arrivèrent au cimetière; ils y trouvèrent beaucoup des habitants de Spachenbourg, leur montrant toute amitié, entre lesquels furent les deux otages qu'avions eus en le navire. Les autres, voyant que ne les avions offensés, vinrent par troupes près de nous, avec femmes et enfants, apportant quelque riz et aucuns fruits. Ils envoyèrent deux hommes au village, retenant trois hommes en otage, pour demander aucun bétail, lesquels étant de retour disaient qu'ils avaient trouvé le seigneur ou Phulo [Filohany] assis avec environ 50 Mores, qui pour jéponse leur fit signe qu'ils reviendraient le lendemain, alors il leur donnerait quelque bétail, car celui qu'avions vu était chassé autre part. Cependant que les nôtres étaient besoignants contre ceux de San

une cruche avec de Teau qu'il versa sur sa tête pour marquer qu*il était innocent de ce qui pouvait s'être passé.

Quand les gens qui avaient été à terre furent revenus à bord et qu*on sut qu*il ne leur était rien arrivé de funeste, on relâcha les prisonniers et on les remena sur le rivage. Hommes et femmes accoururent pour baiser avec un grand respect les pieds du Phulo [Filohany ou chef] qui envoya quérir quantité de citrons pour donner à ceux qui Tavaient amené, à qui il témoigna beaucoup de reconnaissance de ce qu'il avait été relâché. Peu après, il vint sur le rivage beaucoup d'habitants de Tile, qui firent des menaces de leurs lances et de leurs rondaches à l'équipage de la pinasse, mais cela n'eut point de suite.

Le 9, la chaloupe du « Lion Hollandais » nagea vers terre pour aller prendre de l'eau. Le Phulo [Filohany] vint trouver l'équipage et leur apporta encore des poules, du riz et des fruits, pour marque de reconnaissance, et ils se séparèrent les

Angelo, avons détenu prisonniers six Mores, qui venant de Tisle étaient abordés en nos navires avec aucuns fruits, entre lesquels était le seigneur dlcelle, qui en firent grande plainte. Mais quand leur montrâmes le feu [Pincendie], firent signe qu'ils en étaient ignorants, et le seigneur prit un pot plein d'eau et le versa sur sa tète, donnant par cela à connaître qu'ils étaient incoulpables. Et, ainsi que les nôtres revinrent à bord sans être blessés, nous les avons tous relâchés et les avons conduits â Tisle où vinrent hommes et femmes baisant les pieds du Phulo [Filohany] en grande révérence; luy fit incontinent apporter des poules et bonne quantité de citrons, qu'il nous donna, et par signes nous remercia grandement de ce que l'avions relâché. Peu de temps après, vinrent ceux de l'isle avec des piques et rondelles, menaçant ceux de la pinasse, mais rien en est ensuyvi.

Le 9 dudit mois, la chaloupe du « Lion Hollandais » s'en alla à l'isle pour de l'eau, où le seigneur les rencontra avec quelques poules, riz et fruits, en signe de gratitude, et se sont départis avec son amitié. Peu de temps après, sont allés à rames vers l'isle deux chaloupes et un esquif avec 46 hommes, lesquels, venant au cimetière, trouvèrent 4 ou 5 habitants de Spachenbourg qui nous requéraient de vouloir venir auprès de leur Phulo [Filohany]; par quoy y avons navigué, mais trouvâmes tout le peuple enfuy et toutes les maisonnettes serrées. L'un des otages vint h

2S8 OUVRAGEâ ANCIENS

uns d*avec les autres en bonne intelligence. Peu après, on envoya deux autres canots et une chaloupe avec quarante-six hommes. Lorsqu'ils furent aux tombeaux» cinq ou six noirs de Spakenboui^ vinrent les prier de se rendre aùplrès du Phulo [Filohany]. Sur cette invitation, on envoya trois hommes dans le village, où ils trouvèrent le Phulo [Filohany] avec environ soixante hommes armés de leurs boucliers, qui, en voyant venir les Hollandais, s'enfuirent dans les bois, si bien qu'on ne put leur parler. Il en vint pourtant quelques-uns sans armes dans le village, et Ton ti*afiqua avec eux du riz, mais ils faisaient entendre qu'ils ne voulaient pas qu'on s'approchât d'eux.

Les Hollandais, né leur ayant fait aucune insulte, nagërenC vers Saint-Angelo pour aller quérir une lanciare [lakafiara] que rincendiè les avait empêchés d'emmener, mais elle avait été enlevée et ils ne trouvèrent personne dans le village. Ils s'en allèrent vers l'autre bout qui était au Nord, sur la rivière, où il»

nous, mais, parce que ne Tentendions pas, nous envoyâmes trois liomnie» au village où ils trouvèrent le seigneur avec environ soixante liommes^ armés de piques et rondelles ; mais les Mores, apercevant les nôtres, s'enfuyrent vers le bois, de sorte que les nôtres ne les pouvaient arraisonner^ ains abandonnèrent tout le village, ce que voyant les trois nôtres nous* en vinrent avertir; par quoy dépêchâmes dix hommes pour aller vei's le bois, avec exprès mandement de n'y entrer, ains tant seulement regarder s'ils ne pourraient parler aux habitants alln de leur montrer toute amitié avec sévère inhibition de s'endommager aucun ou de bouter feu oir d'ouvrir les maisonnettes et les saccager. Mais, quand les nôtres vinrent pr<*sde boiSf les Mores firent signe, en retirant, que les nôtres ne les approcheraient. Aucuns Mores vinrent bien sans armes au village, apportant poules et riz pour changer à d'autres choses, sans que pouvions recouvrer autre chose,, parquoy sommes, sans les endommager, partis de là vers San Angelo pour une lanciate^ ou grande barque, laquelle devant le feu y avions laissée,, mais, ainsi que n'y trouvâmes personne et que la lanciate aussi était emmenée, il fut conclu de naviguer au village septentrional, lequel est situé plus amont sur cette rivière, où, venant, trouvâmes grande assemblée de Mores, tous armés à leur mode, et, comme apparut, c'était une assemblée de plusieurs villages; car nous y trouvâmes quatre seigneurs ou Phulos [Filohany] de divers villages avec leurs sujets et vassaux, et

trouvèrent un assez grand nombre de noirs, tous armés à leur manière. Ce grand bourg leur parut être une jonction de plusieurs villages, d*autant plus qu'il y avait quatre Phulos [Filohany] de difTérents quartiers, qui avaient chacun ses sujets ou vassaux. Les sauvages envoyèrent un d'entre eux vers les Hollandais pour les prier de se retirer et de s'éloigner du rivage, moyeur nant quoi ils leur enverraient des bestiaux. Sur cette prière, on alla se mettre sur le fer [jeter l'ancre] à l'autre bprd de la rivière, et les sauvages y menèrent un bœuf et un bouc, faisant entendre qu'ils n'en avaient pas davantage, parce qu'ils avaient tout déménagé et fait transporter leur bétail bien loin. Les Hollandais leur donnèrent en échange beaucoup de verroteries et quelques autres bagatelles, quoiqu'ils témoignassent qu'ils ne voulaient rien et que c'était un présent qu'ils priaient qu'on acceptât et qu'on se retirât. On présenta encore à chacun des principaux une petite «oupe de vin, de quoi ils étaient fort avides. Le Phulo [Filo-

les troupes s*augmcntèrent encore de beaucoup, tant par terre que par eau, car avec beaucoup de lanciates et barques s'étaient enfuis tous les «femmes et enfants, et leurs maisons bien serrées. Ils envoyèrent un vers nous à dire que voudrions nous retirer du rivage et qu'ils nous amèneraient du bétail ; pourquoy sommes allés à l'autre côté à Topposite et nous amenèrent un bœuf et un bouc, faisant signe de n'avoir autres, vu iiu'ils avaient tous leurs meubles et bétail emmené et sauvé. Nous leur donnâmes, pour le môme, bonne partie de corails et margaridettes [pertes de verre], encore qu'ils firent signe qu'ils ne voulaient avoir chose aucune, tiint seulement que le voudrions prendre et en aller. Nous versâmes ^assavoir à chacun des principaux un petit gobelet du vin qu'ils appètont grandement; voire le seigneur même, qu'ils appellent Philo [Filohany], -encore qu'il fût fort intimidé par ce que, ces jours passés, était advenu, vint boire un petit trait, mais, l'ayant bu, il couinit soudainement derrière les maisons. Ils firent signe qu'irions dormir et que reviendrions le lendemain, ils nous donneraient davantage, pourquoy tous ensemble retournâmes à la flotte.

Le 10 jour dudit mois sur le midy, nous est abordée une barque de Spachenbourg, requérant de vouloir descendre en terre, car leur seigneur nous voulait donner quelque bétail. Ils vinrent au navire et on leur versa du vin, lequel ils aiment fort, comme dessus est dit, et leur donnâmes

hany] lui-même, quelque terreur qu'il eût, vint pour en boire un coup, mais, dès qu'il eut bu, il se retira et alla se cacher derrière les maisons.

Le 10, un canot de Spakenbourg étant venu à bord du c Maurice », les noirs prièrent qu'on envoyât des gens à terre, parce que le Phulo [Filohany] leur voulait faire présent de quelque bétail, mais, comme il était déjà bien tard, on ne jugea pas à propos d'y aller, de peur qu'il y eût quelque embuscade.

Le H, ils allèrent aux tombeaux, pour voir si ce qu'on leur avait dit le soir précédent était vrai. Il y avait là quelques noirs en sentinelle, qui. leur firent entendre qu'ils devaient entrer dans le boui^. Gomme on ne voulut pas se fier à leur parole, on prit cinq d'entre eux en otage et on envoya dans le bourg deux hommes qui revinrent bientôt dire qu'on y pouvait aller librement. On n'y trouva qu'un petit bœuf qu'on prit, tous les habitants s'étant enfuis. Ensuite, on alla au bourg qui était le plus au Nord, dont les habitants amenèrent aussi un bœuf, pour

aucunes margaridettes et les laissâmes très contents naviguer vers Tisle, avec réponse que viendrions à Tisle; mais, par ce qu'il était jà tard, il ne nous sembla bon conseil de naviguer vers Tisle, doutant d'aucune embuscade que les habitants pourraient avoir pratiqué, mais naviguâmes vers Tislette quérir de Teau, où nous trouvâmes les habitants être tous enfuys.

Le 11 de ce mois, sommes navigues vers le cimetière pour voir si le messager du jour précédent aurait dit vrai et s'ils pourraient recouvrer quelque bétail; où aucuns Mores nous attendaient, faisant signe qu'irions vers le village; mais doutant de quelque entreprise, nous envoyâmes deux hommes vers le village, retenant cinq en otage, lesquels, étant de retour, disaient qu'irions vers le village, où nous trouvâmes un petit bceuf qu'avons emmené ; et envoyâmes deux hommes au village, lesquels, retournés, déclarèrent qu'il n'y avait aucun bétail et que tous les habitants étaient enfuys ; par quoy partîmes d'illec naviguant vers le village septentrional, où les habitants nous ont incontinent amené un petit bceuf pour lequel leur avons donné environ quatre aunes de toile et bonne quantité de corail, et sommes ainsi retournés à la flotte, et, le 12, délibérâmes de faire voile sur le soir, ce que nous fîmes, et avons pris notre

CONGERNArtT MADAGASCAR 2U

lequel on leur donna quatre aunes de toile et beaucoup de verroteries.

Le 12, tous les vaisseaux levèrent Tancre et sortirent de la baie où ils avaient demeuré ancrés sous la petite ile dont il a été parlé, qui était habitée par quatre ou cinq différents peuples qui leur apportaient presque tous les jours des bananes, du miel, des poules et d'autres rafraîchissements. Ils y avaient aussi fait deTeau, qui était fort belle et dont Taiguade était de facile abord..

Lorsqu'ils furent presque au bout de la baie qui était au Nord, à environ deux lieues de terre, deux petits canots vinrent à bord et apportèrent des cannes de sucre et du riz, et, en échange, on leur donna de la rassade [des verroteries]. Les noirs invitèrent les Hollandais à descendre à terre, mais, comme cela eût été alors incommode, on aima mieux continuer la route.

Cette grande baie d'Anton Gil est par les 16 degrés et demi de la hauteur Sud, et s*étend jusqu'à dix lieues Nord-Nord-Ouest et Sud-Sud-Ouest (a), ayant à peu près cinq lieues de large (6).

course par le côté occidental de Tisle avec le flux de Teau, car le flux de Teau était plus fort sortant au côté occidental qu*à celui de l'orient, et trouvâmes encore à Tisle un golphe sablonneux, et que le plus loin trait de Tisle était à rOuest-Nord-Ouest et TEst-Sud-Est. Derrière le même, étaient trois autres petites islettes ou plutôt écueils. Le jour suivant, après que l'exécution de justice fut faite, vîmes aborder deux esquifs du coin septentrional du golphe le navire « Amstelredam, » apportant des fruits et du riz et aussi extrêmement beaux roseaux à sucre, requérant que voudrions aussi venir à leur village,, mai s, par ce qu'étions pour cette fois bien rafraîchis, poursuivant notre cours, sommes ce même soir sortis le golphe. CHAPITRE XIII. — Comme la flotte navigua hors du golphe et la

SITUATION D'ICELLE ET DES HABITANTS D'ICELLE. — Le golfe dit d'AutOUgil

est situé sous la hauteur de seize degrés et demi du pôle antarctique (a),

(a) Le cap d'Antsiraka, qui est la pointe la plus méridionale du promontoire d*Anonibé et qui limite la baie d'Antongil à TEst, et Maroantsetra, qui est au fond de cette baie, ont pour latitudes respectives : IS^'SS' et i5''27', soit une distance de 57 à 58 kilomètres.

(6) La largeur de la baie d'Antongil est variable de 16' à 20', soit environ 28 à 36 kilomètres.

t32 ot'viuoeH AsaKS»

On y troore, ainsi qu il a été dit, une tte Irè» belle et tré* f^tUe et qoi est si hante qn an pied de la côte il n> a rien de bas P^^* deli le rivage. An bord de la côte, an Nord-Est, gisent qoelques cochers et trois petites îles et, ensuite, on entre dans une riTière sur les bords de laquelle il j a plusieurs rillages.

A mi-chemin de laiguaile à la baie, du côté du Nord, il y a trois rillages, ou bourgs, bien peuplés, et diTers rillagcs, jusqu'à une rivière qui se déconirre au Nord, et ensuite on trouve la grande rivière, le long de laquelle les Hollandais achetèrent presque tout le riz qu*ils emportèrent. Cette rivière a deux bras, Tuo qui s^étend au Nord et lautre à TOuest, et, au milieu, il y a une petite Ile. Le village de Saint-Angelo esta son côté septentrional.

A main gauche, en entrant dans laririère, est le village qu*OD nomma Spakenbourg(//), qui est composé d'environ cent quatrevingts maisons, et, plus haut sur la même rivière, est le village du Nord, qui est aussi fort peuplé et bien pourvu de vivre». A

«Vl^^ndanl NoriI-Xor«M>Uf5l el Suil-Surl-F^l, dix Uf^w-s en lontrueur el cinq lieues on environ en larireur. O^ntient une belle renJoyanle islette [No«y JiHTfrsy., bi^-n haute, de manière qii*an pied d'icelle n'y ait auln* |»laine qne le riraiee; elle e^t très fertile de Upuh fruiu d'arbres, rorome %4tnt limon<f, dtrons et omu(K%: aiJ«»M du rii, kinanes p^»ule» et de plusieurs autres choses, m;!!*» prinrip;i|#'ment pourvue de belles et commodicu»*^ ♦aux, r|ui des/:endent entre les firiftif» du haut terroir jusque» au rivage, *:*- qut est fort rommode pour ni fraîchir les navires d'eau fraîche. Il a à r'-ntn-e %ur l*» rùt/* du >ord-K-st aucuns /'cueils où on voit */>urdre l'eau, aussi trois i^^Wrttes Xosy Ravina, Nosy Haramy et \osy Milomboka , et pui«» une rivi#Te [l'Anjahanamho , sur larjuelle s^int situ^-s trois villajçes. Fins k la d^-M-ent*- de l'eau, environ la moitié du colfe. sur le rivage septentrional, s^/nt trois vîllaires fort |»euph'*s et encore divers autres le long du ri%'a<re, j usines à une autre rivière, qui s'étend vers le Nord ; alors »urr:#-de la rivière grande l'Antanarobalana , on nous avons acheta la plupart de notre riz, laquelle a deux bras, Tun tirant vers le Nord, et le plus urand vers TOu^st l'Andninofotsy , ayant une islette entre deux, el au c^Vté septentrional je jmind village San Aneelo qui est environné

■a En «ouv^nîr «tu tiourtr <lii rti^me nom ijui »e trouve dans une position an^U^'ie %>jr U *t'pU: <lti Zij\d*'rzée et qui e^^t le port de la petite ▼ille de Bon^rholen Hut^er» ran der \jM1 .

rOuest-Sud-Oue^t de l'île, est encore une rivière, sur le bord de laquelle il y a aussi un village; et c'est à cet égard tout ce qui vint alors à la connaissance des Hollandais.

Les habitants de cette île sont fort noirs, mais ils n'ont pas les cheveux si crépus que les vrais Mores, ni le nez et les lèvres de la même forme. Us sont forts et vigoureux. Ils aiment extrêmement la boisson, s'ivrant comme des pourceaux de leur breuvage composé de miel et de riz, quoiqu'il ne leur soit permis d*en boire qu'un certain temps. Les meubles qu'on trouva chez €ux étaient fort peu de chose, et de peu de valeur. Au lieu de canne ou d'autre vaisseau à boire, ils se servent d'un grand roseau [bambou] au haut duquel il y a un bouchon.

Ils ont une sorte de natte sur quoi ils s'asseoient et se cou-' chent. Elle est fort bien ouvragée et de diverses couleurs. Us ont de petits sièges assez propres, artistement travaillés, sur quoi ils posent leur tète au lieu de coussins. Us ont des mor* tiers de bois, ou des blocs, où ils pilent le riz pour le faire

et fortiHé de palissades, contenant environ 250 maisons. Et, plus avant, amont la rivière, est un autre, par nous appelé le village septentrional, qui est aussi bien peuplé et abondant de vivres. Sur le côté senestre a rentrée, est aussi un grand village, par nous appelé Spacbenbourg, contenant environ i80 maisons. Et à Ouest-Sud-Ouest de risle est une autre rivière, sur laquelle est aussi assis un village; et ceux-là sont les villages qui sont parvenus à notre connaissance (voir plus baut la plancbe, p. 218).

Touchant leur manière de ménager et policie, est telle. Ils ont peu de meubles, assavoir aucunes petites nattes sur lesquelles dorment et s*asseoient, bravement ouvrées de diverses couleurs, et petites chaires bravement taillées, desquelles ils se servent pour mettre leur tête au lieu d'un chevet ou oreiller; puis un ou deux grands moiliers à estamper (broyer, piler] leur riz pour le purger de ses pailles et un tamis pour le tamiser; pots pour le cuire, sachets pour ïy mettre et canebasses [calebasses] pour Ty dresser [servir] et le manger.

L'ornement du roi et accoutrement est semblable aux autres, assavoir une touaille [toile] colorée et rayée, tissue de quelque herbe [rabane faite avec les fibres du palmier rafia], et beaucoup de bracelets de cuivre à ses bras et des chapelets a son cou. On connaît le seigneur, qu'ils appellent

tomber de sa paille ; chacun a son tamis pour le tamiser, ses pots pour le faire cuire, des sacs pour le mettre et des calebasses pour le servir aux repas.

Le Roi ou Phulo [Filohany] a [dix ou douze] bracelets de cuivre aux bras et, si quelqu'un des Hollandais en avait eu à leur vendre, ils en auraient donné tout ce qu'on aurait voulu. Il a autour du cou et aux poignets plusieurs petites boules ou perles enfilées et il porte un grand et long hachereau [coutelas] au lieu de sceptre (voir la planche p. 202 bis). Ses sujets vont nus, hormis qu'ils ont par le milieu du corps un morceau de toile faite d'écorce d'arbre. Ils sont tous fort soumis à leur souverain.

Le vêtement des femmes est aussi tissu d'écorce d'arbre, et descend jusques aux genoux. Il y en a qui portent des corps de jupe [de robe], et ils sont de la même étoffe, mais sans manches. Leurs rets sont aussi faits de cette même écorce. Leurs ornements sont des bracelets d'étain ou du plus bas argent, de la forme des

Phulo [Filohany], à une grande et longue serpe qu*il porte au lieu d'un sceptre ; les autres sont très obéissants à ce seigneur et cultivent la terre. Leur exercice est chasser et de tirer à Varc les bêtes sauvages, qui est ce que nous avons vu, et des marmots de diverses sortes [makis mongous {Lemur mongol) et makis varis {Lemur varius)]. Ils pèchent avec les rets et s'exercent en Tart militaire, en lequel sont, selon leur mode, hardis et forts; tiennent jour et nuit bonne garde en une grande maison, laquelle garde est ordinairement de 30 hommes marqués d'une tache blanche sur la poitrine afin de les reconnaître. Leurs armes sont piques longues et grandes, rondelles de bois derrière lesquelles se savent cacher tellement qu'on ne voit autre chose d'eux qu'un petit de l'un des pieds. Ils gardent aussi leur bétail. Les femmes plantent, sèment, moissonnent tous leurs grains et autres choses, assavoir le riz, deux ou trois sortes de fasiols [haricots], verts, rouges et blancs. Aussi les fruits bananes et autres dessusdits qui sont leur principale nourriture; car rarement ils mangent de la chair et leur autre viande est poisson et lait. Elles tissent aussi les accoutrements de quelque herbe qu'elles filent sur la cuisse [fibres du palmier rafla] et aussi leurs rets à pêcher de la même herbe, qui sont très forts. Les accoutrements des femmes sont de même. Mais aimèrent mieux les margaridettes [perles de verre] et les ronds chapelets de voirres bleus [chapelets de grains de verre bleu]. Nous avons vu chez eux la

manilles de cuivre que Ton porte en Guinée. Elles ont de ces pierres qu*on nomme laguecca [cornalines?], qui viennent de Ceilon [CeylanJ.

L'occupation des hommes est de chasser, de tirer de Tare, de pécher et de nourrir du bétail. Ce sont les femmes qui plantent, qui sèment et qui moissonnent les grains, savoir : le riz et deux ou trois sortes de petites fèves, vertes, rouges ou blanches ; elles cultivent les bananes dont les fruits constituent avec les grains leur principale nourriture. Ils mangent rarement de la viande, et c*est du poisson et du lait qu*ils prennent avec ces grains et ces fruits.

Leur bétail consiste en de beaux bœufs, dont ils font beaucoup de cas, jusque-là que quelques-uns soupçonnent qu'ils les adorent, comme font dans les Indes les Canarins [habitants du pays de Canara sur la cdte 0. du Dekkan] et les Malabares. Ils ont beaucoup de cabris, ou petits boucs, mais peu de moutons. Ils ont quelques chiens. Leurs volailles sont des poules et des

pierre laguecca [cornaline?] qu'on apporte de Tisle Zeilon [Geylan] avec des rondes margaridettes dites Dallemana^ dont appert qu'aucuns navires portugais y sont arrivés et rafraîchis d'eau douce, d'autant plus parce qu avons vu àl'ile de Sa nta-Mari a l'arbre ou mat d'une besane avec le fer de la banderolle, comme dessus est dit.

Leur bétail sont de beaux bœufs, qu'ils tiennent bien chers, et soupçonne qu'ils les adorent comme font les Canarins et les Malabares aux Indes. Ils ont beaucoup de chevreaux, mais peu de moutons. Ils ont aussi des chiens.

Leurs oiseaux apprivoisés sont poules et canes et plusieurs sortes de sauvages, en notre pays jamais vus.

Leurs grains sont du riz, trois sortes de fasiols, un peu du mil. Et leurs fruits sont bananes, limons, citrons, oranges, mais non pas si abondants qu'en l'isle de Santa-Maria.

(lingembre, graine ou malegette (a) et un fruit de la grandeur d'une avelaine ou noisette, et aussi les feuilles odoriférantes, ayant l'odeur de clous de girofle {Ravintsara),

Plus, ils ont une racine assez semblable au gingembre par dehors, qui

(a) Graines de Longoza {Amomum Daniellii), qui servaient à falsiOer le poivre.

canards. Ils ont diverses espèces d^autres volatiles, mais les Hollandais ne les ont point vus.

Les limons, les citrons et les oranges y sont i foison, aussi bien que le gingembre et le blé de manigette (a)« Il y a une racine fort semblable par dehors au gingembre, mais toute jaune par dedans, qui s'appelle cunhet [kunhii] en langue malaie, habet en Arabe [habet (6)] et acafrao de las Indias [safran de l'Inde] en portugais. Elle a tant de suc qu'il empêche que tout d'abord on sente sa force en la mangeant, mais enfin on trouve qu'elle est âpre, quoique non pas tant que le gingembre. Ses fleurs sont comme de beaux lis blancs, et elle est fort médicinale. On en trouve aussi à Java et en d'autres endroits des Indes.

par dedans est fort jaune, laquelle se nomme en langue Malaique Cunh£t [kunfiU]f en arabic Habet [habet] et en portugais Saffran [açafrao] de las Indias; du commencement, on ne sent pas en le mikhdnt Sii. force pour sa trop abondante humidité, mais à la fln on sent quelque acrimonie, non pas si efficace que celle du gingembre; produit belles et blanches ileurs de lis et est très salubrc en plusieurs médicaments. On le trouve semblablement en Java et autres lieux des Indes.

CHAPITRE XlV. — La contixuelle persécittion qu'endurent les poissons VOLANTS, ET DES OISEAUX ET POISSONS DIVERS QU'ON VOIT ORDINAIRE- MENT EN NAVIGUANT AUX Indes ORIENTALES. — Considérant donc que difficilement pouvions réduire les habitants à paix et tranquillité à cause de la diffidence et grande peur qu'ils avaient de nous, nous avons, le 12 jour de février de Fan 1596, fait voile sur le soir avec un vent de Nord-Nord- Ouest et, naviguant vers le détroit de Sunda [détroit de la Sonde] autant que le vent nous concédait, encore vîmes le 14 jour dudit mois ta terre du cap d'Anlongil, flottant pour la plupart avec temps calme, étant le vent ordinairement Est-Nord-Est jusques au 24 jour dudit mois que le

vent nous vint d'Ouest, dont étions fort réjouys (c) {Pi'emier livre

de rhistoire de la navvjntion des Hollandais aux Indes orientales^ par G. M. A. W. L [W. Lodewijcksz], Amsterdam, 1598, recto p. 5 au verso p. ii).

(a) Manigette ou Maniguette, graines de Longoza {Amomum Daniellii) qui ont souvent servi à raUifler le poivre.

(b) Dans la version latine de De Bry, il y a Uabal, Le nom de hahel est celui dont se servent les Arabes vivant dans Tlnde, mais non ceux dWrabie.

(r) Cornelis de Houtman a fait un deuxième voyage aux Indes orientales en 150a; le seul récit qu'on en ail est dû au pilote Davis, qui a adressé à ce sujet un Rapport au comte d'Essex. Voir plus loin, p. 254*257.

Les Hollandais, voyant qu'ils auraient bien de la peine à ramener les habitants, & cause de la grande défiance et de la crainte que ceux-ci avaient conçue, remirent à la voile le 12 de février 1596, comme il a été dit, et naviguèrent avec un favo-rable vent d'Ouest-Nord-Ouest et de Sud-Ouest jusqu'au 23 de mars... en route pour les îles Maldives (De Constantin, Recueil des voyages qui ont servi à Rétablissement et aux progrès de la Compagnie des Indes Orientales formées dans les Provinces- Unies des Pays-Bas, 1725, t. I, p. 286-3il).

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