‹ Collection des ouvrages anciens concernant MadagascarChapitre 39 sur 117 · L'ILE DE MADAGASCAR, PAR MAGINI · texte numérisé non relu

L'ILE DE MADAGASCAR, PAR MAGINI

Cette lie, nommée lie de Saint-Laurent parce qu*on Ta découverte le jour de la fête de ce saint, est appelée Madagascar par ses habitants ; Ptolémée lui a donné le nom de Menuthias et Pline celui de Cerné. C'est Tune des plus grandes et des plus riches îles du monde; elle a 4000 milles de tour et est plus longue que Tltalie, mais elle n*est pas aussi cultivée. Elle est située au Sud de TÉquateur, entre les 17' et 26* degrés ', vis à vis le cap Prasum qu'on a coutume aujourd'hui d'appeler Mozambique; vers son milieu, elle est distante environ de 470 milles de la côte Est d'Afrique. Les poissons y abondent, et elle fournit tout ce qui est nécessaire à l'existence : millet, riz, miel, cire, coton, sucre, citrons, oranges, girofle (un peu différent de celui de l'Inde), gingembre, ambre, safran, argent, santal rouge. Il y a des lions, des léopards, des cerfs, des daims, des chèvres, et beaucoup d'autres animaux, tant sauvages que domestiques; elle nourrit beaucoup d'éléphants, ce qui est la cause d'un très grand commerce d'ivoire; elle a aussi en abondance des chameaux, dont la viande est recherchée par ses habitants qui la considèrent comme très saine*. Les indigènes sont d'une couleur un peu foncée et ont les cheveux crêpés ; ils

1 . I>es latitudes entre lesquelles est comprise i'tle de Madagascar sont, en réalité, ll»5r et 25o39'. — 2. C'est le récit de Marco Polo (relatif à la côte orientale d'Afrique et non à Madagascar) qui sert de base à cette description, comme à la plupart de celles faites au xvi^ siècle.

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sont idolâtres, et leurs mœurs sont cruelles et barbares, pea différentes de celles des Cafres. Ils couvrent seulement le milieu de leur corps avec im lambeau d^étoffe de coton. Us vivent eo famille au milieu des bois.

Il y a aussi des Maures qui ont des villes en pierre. Certains individus sont blancs, qui, d'après Tavis de diverses personnes, sont venus de Chine (Descrittione delF Africa, Geografia di CL Tolomeo da Magini^ 1591, p. 147, recto).

RELÂCHE A L'ILE MAURIGE>,

À SAINTE-MARIE ET À ANTGNGIL, sn (598,

LORS ï^y: DEUXIEME VOYAGE DES HOLLANDAIS AUX INDES

sous LE COMMANDEMENT DE C. VAN NECR ET DE WARWYR»

CORNEILLE HEEMSKERK ÉTANT COMMIS DUYAISSEAU-AMIRAL.

. 1* Relation des Hollandais. — La flotte hollandaise, cornposée de huit vaisseaux, qui était partie de Texel le.l*' mai 1598, se trouva, le 24 juillet, par le travers du cap de Bonne Espérance... Le 28, après une grande tempête, on vit à Textrémité d*un mit de hune un feu Saint-Elme, qui luisait aussi clair que si c*eût été une chandelle. Le 31, Tamiral Jacques Comelis van Neck reconnut le cap de Bonne-Espérance et, le 24 août, le cap [S.-O.] de Madagascar [pointe Fenambosy?J, auprès duquel il mouilla le lendemain. C*était la première fois .qu*il laissait tomber Taiicre depuis son départ de Texel. Le 29, il. doubla ce cap et le lendemain le cap Julien [cap Sainte-Marie?]. -, ,

Le 17 septembre, -les Hollandais virent une isle que les Portu*^ gais nomment Tisle de Cerné [tie Maurice]. Cette vue causa une grande joie à tous les équipages qui, malades du scorbut, avaient

' • . • . • • > 1. La découverte de Tile Maurice est due à Diogo Fèrnandes Peteira

(en 1507 ou peut-<^tre en 1504). Quelques personnes l^attribuent à Pero

de Mascarcnhas. Les Hollandais lui ont tout d'abord doDnê le nom de

CERNÉ; ils n'y ont pas fait d*établissement avant 1640 (voirnote, p. 492).

besoin d'eau et de vivres frais. Le 18 au matin, on fît nager deux canots vers la terre, dont Tun découvrit un beau port bien fermé, pouvant contenir plus de 50 vaisseaux à Tabri de tous les vents, avec un fond de bonne tenue (voir la planche ci-contre *).

Les matelots qui avaient été à terre, revinrent à bord vers le soir, apportant huit ou neuf gros oiseaux et un grand nombre de plus petits qui s*étaient laissé prendre à la main. Ils avaient trouvé de bonne eau, venant des montagnes, de sorte que ce port est Tun des meilleurs où Ton puisse relâcher et le plus commode pour trouver des rafraîchissements.

Le 20, la plus grande partie des équipages descendit à terre ; le pasteur du vaisseau vice-amiral leur fit un sermon et adressa ensuite une prière d'action de grâces à Dieu qui les avait si heureusement conduits dans un port tel qu'ils le pouvaient souhaiter. En effet, s'ils n'eussent trouvé ce lieu de relâche, il y aurait eu certainement beaucoup d'entre, eux qui n'eussent jamais fait le récit des aventures de ce voyage.

Cette île fut nommée par l'amiral van Neck Ile Maurice pour une raison qui est si connue qu'il n'est pas besoin de la rappeler ici K Le 21 de ce mois de septembre, ils allèrent à un autre endroit de l'île pour voir si elle était habitée, mais ils ne trouvèrent aucune trace d'êtres humains. Ils y prirent une grande quantité

1. Plan de la baie de Tîle Maurice : A. Chenal par lequel on entre. — B. Palmiers plantés par les Hollandais pour servir de points de repère. — -G. Écueils et brisants. — D. Ilot avec des cocotiers. — E. Rivage le long duquel on a péché une quantité considérable de poissons. — F. Source d'eau douce, auprès de laquelle a été prise une raie longue de quatre aunes. — G. Endroit où Tamiral a fait semer des pois, des fèves, etc., afin que ceux qui viendront après nous trouvent des légumes verts. — II. Wois [Icônes quintx partis ïndix Orientalis, a fratribus De Bry, 1601, pi. 1).

2. En Thonneur de Maurice de Nassau, alors président de la République des Sept Provinces-Unies (Hollande, Zélande, Gueldre, Utrecht, Frise, Over-Yssel et Groningue), qui continua avec succès la lutte que son père Guillaume le Taciturne avait entreprise contre les Espagnols.

d oiseaux, qui ne bougeaient point lorsqu'on s'approchait d'eux, ne cherchant pas à s'envoler, si bien qu'on les saisissait facilement avec la main, ce qui acheva de les persuader que l'Ile était déserte.

Le 27, un indigène de Madagascar, qui avait été amené en Europe par les Hollandais lors de leur premier voyage dans ces mers, embrassa la religion chrétienne; on le baptisa sous le nom de Laurent (voir plus haut, p. !So et 187).

Le 29, ils allèrent visiter un autre endroit de l'île, où il y avait beaucoup de cocotiers, et ils revinrent plus que jamais assurés que l'ile n'était pas habitée.

L'tle de Cerné, ou tle Maurice, a environ quinze lieues de tour.

Elle a, ainsi qu'il a été dit, un fort beau port, à l'entrée duquel il y

a plus de 100 brasses de profondeur. Le pays est montagneux

et couvert d'arbres verdoyants, dont la plupart sont sauvages

et au milieu desquels il y a des palmiers et des palmistes ; ceux

qui sont dans les vallées sont de beaucoup les plus beaux.

Les montagnes sont si hautes qu'elles sont le plus souvent couvertes de nuages et quelquefois tellement environnées de

brouillard qu'à peine les peut-on voir. Le sol est presque partout

rocheux ; néanmoins, il est couvert d'arbres qui croissent si serrés

les uns contre les autres qu'on a de la peine à passer entre eux.

Le bois de ces arbres donne le plus bel ébène qu'on connaisse ;

il est aussi noir que du goudron et se polit comme l'ivoire;

Técorce est verte au dehors et épaisse, c'est dessous qu'est

Tébène. Il y a d'autre bois d'un rouge foncé et d'autre aussi jaune

que la cire. On a pris soin d'apporter des échantillons de ces trois

sortes de bois en Hollande, où ils ont été trouvés fort beaux.

Il y a dans l'tle une grande quantité de palmistes [aréquiers]

qui ont fourni à la flotte un aliment excellent. Ils ressemblent

assez aux cocotiers; au haut de l'arbre, il y a une grosse tète

[chou palmiste] qu'on coupe et où l'on trouve une espèce de

moelle, aussi blanche et aussi douce qu*un navet, mais cassante; on la mange crue et on en fait aussi des salades, qui sont purgatives. Les Hollandais construisirent des cabanes dans cette île et les malades du bord qu'on y porta recouvrèrent vite la santé, d*où Ton peut conclure que Tair y est fort sain.

La mer y est si poissonneuse que d*un coup de seine on prenait une demi-tonne de poisson et qu'on pouvait à peine la retirer, tant elle était chaînée. On ne voit point de semblables poissons dans les Provinces-Unies, hormis les anguilles et les perches. Entre autres, on prit une raie qui a suffi pour deux repas de tout l'équipage d'un vaisseau. On y vit aussi beaucoup de tortues, dont quelques-unes étaient si grosses que quatre matelots se mettaient dessus, ce qui ne les empêchait pas de continuer à cheminer. Les carapaces étaient si grandes que six hommes pouvaient s'asseoir dans l'une d'elles (voir la planche ci-contre').

Les oiseaux y étaient si nombreux, surtout les tourterelles *, que les matelots en tuèrent jusqu'à cent cinquante dans une seule après-dlnée, et, s'ils avaient pu en emporter davantage, ils en auraient pris autant qu'ils en auraient voulu, à la main ou à coups de bâton. Il y avait aussi beaucoup de hérons, mais il n'y eut pas moyen de les approcher ; ils s'envolèrent de suite et se perchèrent sur des arbres, et on ne les vit plus. Les

1 . Cette planche, qui est tirée des Icônes quarts partis Indiœ Orientalis (a fratribus De Bry, 1601, pi. III), porte la légende suivante : Tortues gigantesques trouvées dans Tlle Maurice par les Hollandais en 1598. Les navires hollandais qui ont été aux Indes en 1598 se sont arrêtés à Tlle Maurice, où ils ont trouvé des tortues si grandes qu'elles traînaient sans peine deux hommes assis sur leur carapace; il y en a dont le plastron peut contenir dix convives à l'aise. Les perroquets et les tourterelles y étaient en tel nombre et si familiers qu'on les tua à coups de bâton. On y a aussi trouvé des Dodos ou Walckvôgel [litt. : Oiseaux dégoûtants] dont un spécimen a été importé en Hollande. — 2. Turtur picturatus (d'un gris rosé), Aleetrœnas nitidissima (au corps bleu et à lu queue rouge) et Nesanas Mayeri (au corps et à la queue d'un rouge vineux).

oies sauvages n*y étaient qu'en petit nombre; mais il y avait *une quantité de perroquets gris [Lophopsiitacus mauritianm]. On y trouve des oiseaux aussi grands que des cygnes, qui ont une grosse tète et, sur cette tète, une peau formant capuchon; ils n*ont point d^ailes,. mais ils ont à la place trois ou quatre plumes noires, et, au lieu de queue, ils ont quatre à cinq petites plumes .grisâtres, frisées. Les Hollandais les ont nommés Walg-vOgel, c'est-à-dire oiseaux dégoûtants, autant parce que plus on les fait cuire ei plus leur chair devient coriace, hormis celle de Testomac qui est assez bonne, que parce qu'ils avaient en abondance d'excellentes ' tourterelles qui donnaient du dégoût pour ces autres oiseaux (voir la planche ci-contre) ^

1. Cette planche est la planche II des Icônes quintœ partis Indix Oricntalis [De Bry, 1601], qui est la copie de la planche II du Deuxième livre contenant la narration du Voyage de J.-C. Necq et W. Warwicq^ 1601, qui porte la légende suivante : « l^* Sont tortues qui se tiennent sur le haut pays, frustK'es d'ailes pour nager, de telle grandeur qu^elles chargent ung homme et rampent encore fort raidement; prennent aussi des escrevisses de la grandeur d'un pied, qu'elle mangent; 2« est ung oiseau, par nous nommé Oiseau de nausée, à l'instar d'un cygne, a le cul rond, couvert de deux ou trois plumettes crépues, carent [manquant] d'ailes, mais au lieu d'icelles a-t- il trois ou quatre plumettes .noires; des susdits oiseaux avons pris une certaine quantité, les avons cuits, étaient si coriaces que ne les pouvions assez bouillir, mais les avons mangés à demi-crus >». Un spécimen a été rapporté en Hollande (a). — 3. Palmier dont les feuilles sont si grandes que l'une d'elles suffit pour abriter un homme contre la pluie. £n faisant une ouverture au tronc et en y introduisant un tube ou un morceau de roseau, il en sort un vin qui a le goût de celui d'Espagne, mais qui aigrit le second jour; les Hollandais l'appellent vin de palmier, — 4. C'est la Queue fourchue [Hirondelle de mer (Stema ann'stheta)\ oiseau qui a la queue en forme de ciseau; il est noir avec la poitrine blanchâtre; il se nourrit de poisson et, lorsque, aprt'S avoir vidé ces oiseaux, nous avons jet('' leurs entrailles à la mer, leurs congénères les ont mangées. — ^ 5. C'est le Corbeau de l'Inde [Calao (Bticcros)', trois fois comme un porro([uet et de trois couleurs. — 6. Arbre de la forêt sur lequel sont clouées les armes de Zélande et d'Amsterdam en l'honneur de la Hollande. —

(a) Chisius, dans son Exoticorum liber quintus^ 1605, p. 99-101, décrit cet oiseau - sous le nom de Gallinacem Gallus peregrinus el i] en donne la flgure avçc £eUe d'une des pierres qu'il dit avoir été trouvées dans son estomac

Cette lie, où Ton ne trouva ni hommes, ni bètes à quatre pattes, est néanmoins aussi commode pour fournir des vivres frais à ceux qui vont aux Indes que Test Ttle de Sainte-Hélène pour ceux qui en viennent. On y trouva un gâteau de cire de 300 livres sur lequel étaient des lettres grecques, un pont volant de bateau, une barre de cabestan et une grande vergue, d'où Ton a conclu que quelque navire avait fait naufrage auprès de cette Ile.

L'amiral fit attacher à un arbre un écriteau sur lequel il fit graver les armes de Hollande, de Zélande et d'Amsterdam avec ces mots : Chrétiens réformés, afin que ceux qui passeraient par là, sussent qu'il y était déjà venu des Chrétiens.

Il fit entourer de pieux, en rase campagne, un espace quatre fois grand comme la place du Dam (qui est devant Thôtel de ville d'Amsterdam) et il y fît semer et planter des fruits et diverses graines, afin de voir si ces plantes y pousseraient bien. Il laissa aussi dans l'tle quelques poules, afin que les vaisseaux qui y relâcheraient y trouvassent des rafraîchissements'.

Il est nécessaire d'expliquer ici que les huit vaisseaux qui étaient partis de Hollande et qui avaient toujours navigué de concert jusqu'au delà du cap de Bonne-Espérance, ont été séparés, le 28 juillet 1598, par une grande tempête. Il y en eut cinq qui

7. Palmiste [aréquier] dont le chou (A) a fourni une nourriture très salutaire aux gens malades du scorbut [on voit perchés sur ce palmier une perruche {Palœornis) et un moineau (Ploceusl)], — 8. Chauve-souris qui a la tète d'un singe (a) et qui vole comme un oiseau; ces bêtes se perchent en quantité considérable sur un même arbre dans la position que montre la gravure. — 9. Forge. — 10. Cabanes faites de branchages et de feuilles pour dormir la nuit. — 11. Lieu des pêches qui avaient lieu deux fois par jour, avant et après midi. — 12. Pêche à la seine.

{a) Glusius, loc. cit., p. 94-93, décrit en détail et flgure une de ces chauvessouris ou roussettes, prise à Maurice en 1598 et qu'il a vue à Amsterdam en 1603.

1. W. de War^7k a rapporté de Maurice une grosse gousse de légumineuse à bords foliacés et comme tuyautés, que Clusius appelle dans son Exotica (1605) : Lobus cartilagineus ex insuld Mauritii [une Dahlbergiée (Pongamia?)] et qu'il y a figurée, p. 67.

demeurèrent ensemble, savoir VAmslerdamy la Zélande, le GueldrCy VVirecht et le grand yacht nommé Frise-, ce furent ces cinq qui relâchèrent à Ttle Maurice et qui y demeurèrent quinze jourS'. Les trois autres, savoir le Maurice^ la Hollande et le petit yacht Over-Yssely qui avaient été séparés des cinq précédents, relâchèrent à File de Sainte-Marie de Madagascar et à la baie d'Antongil et, de là, continuèrent leur route vers Bantam.

A leur arrivée à Tlle de Sainte-Marie, ces trois vaisseaux firent prisonnier le roi ou Phulo (Filohany) qui donna pour sa rançon une vache avec son veau. Dans ce pays, il n y avait point de vivres frais parce que ce n*était point la saison et que les orangej^s étaient en fleurs. Us se procurèrent cependant une assez grande quantité de cannes à sucre et de poules.

Pendant qu*ils étaient à Tancre sur celte rade, ils eurent un spectacle extraordinaire. Ils virent des indigènes qui, ayant aperçu une baleine, nagèrent vers elle dans une pirogue et lui lancèrent un harpon qui était attaché i une longue corde faite avec les fibres des écorces de certains arbres (voir la planche ci*contre *). La baleine se sentant blessée plongea et les indigènes filèrent la corde dans toute sa longueur. Lorsqu'il n'y eut plus rien à lâcher, la baleine entraîna la pirogue qui roulait et était ballottée comme si elle eût été un simple fétu de paille. Les indigènes n'en étaient nullement en peine, parce qu*au cas où elle eût chaviré, ils auraient parfaitement su la retourner tout

1. Cette planche est la planche IV des Icônes quartœ partis Indiae OrientaliSy a fratribus De Bry, 1601, qui porte la légende suivante : Les habitants de nie de Sainte-Marie recherchent les endroits que fréquentent les baleines, puis ils se mettent avec leurs pirogues à la poursuite de l'une d'elles et ils lui plantent dans le corps un fort crochet ou hameçon de fer attaché à une corde, tressée avec des fîbres d'arbres, dont ils tiennent l'autre extrémité, puis ils tirent de temps en temps sur cette corde, fatiguant l'animal qui par ses sauts et mouvements désordonnés élargit sa blessure et perd d'autant plus de sang. A la fln, la baleine meurt et ils la hâlent sur le rivage et se la partagent.

en nageant. Quand cette manœuvre eut duré un assez long temps, la baleine ayant perdu ses forces revint à fleur d*eau, et ils la hâlèrent à terre et la dépecèrent à basse mer; chacun en eut sa part. Néanmoins, ils ne prirent pas tout et les Hollandais en auraient pu avoir une partie, s*ils n*eussent vu que ce n*était que du lard, dont ils ne se souciaient pas.

De là, ils allèrent à la grande baie d*Anton Gil où ils firent de Teau. L*indigène nommé Madagascar, qu'ils avaient emmené à leur premier voyage, aurait pu rester dans son pays, s'il en avait eu Tenvie (voir plus haut, p. 185 et 187) ; mais il ne voulut pas, disant qu'il était inconnu dans la partie de Tile où Ton était et qu'il aimait mieux vivre et être vêtu à la manière des Européens que de demeurer là tout nu. Ils séjournèrent cinq jours dans cette baie, où ils ne purent pas se procurer de vivres, à cause de la guerre que se faisaient les rois du pays, dont les sujets, dépourvus de tout, étaient réduits à mourir de faim et de misère.

Ils mirent donc à la voile après ces cinq jours et, ayant eu des vents favorables, ils mouillèrent à Bantam le 26 novembre 1598 (Hettweede Boecky Journael ost Dagh-register inhou- (tende een warachtich verhael ende historische verlellinghe van de reyse^ mars 1598 [Deuxième livre du journal quotidien contenant le récit véridique et la relation historique du voyage accompli par huit vaisseaux d'Amsterdam sous le commandement de l'amiral Jacques-Corneille van Neck à bord du « Mauritius » et du vice-amiral Wybrant van Warwijck à bord de « l'Amsterdam ». Leurs souffrances sur mer et les aventures mémorables survenues pendant ce voyage. Récit historique, merveilleux et profitable à lire sur les places qu'ils ont visitées, sur la vie, les mœurs, les armures de guerre, la situation des lieux et le profit que l'on en peut tirer. Orné de 18 planches gravées, accompagnées chacune d'une légende explicative. Imprimé chez Ber-

nard Langenes, à Middieburgh, 1601], p. 4-7, avec le plan de la rade où les Hollandais ont mouillé et une gravure représentant réquipage à terre ainsi que les principaux animaux du pays; et aussi Waerahtigh Verhael van de Schip-vaertop Oost- Indien [Récit véridique de la navigation aux Indes Orientales avec huit vaisseaux commandés par Tamiral Jacob de Neck et le vice-amiral Wybrand de Warwyck partis d*Amsterdam en 1598, Amsterdam, Joost Hartgers, 1650], p. 5-6. — Bilibaldus Strobœus Silesius a traduit ce voyage en latin dans les Quarla et Quinta pars Indiœ Orienialis 1601, p. 105 et 111, et pi. III (IV pars), et p. 3-9 et pi. IV et XXI (V pars), De Bry fratres. — De Constantin en a donné un résumé en français dans son Recueil des voyages qui ont servi à réiablissemeut et aux progrès de la C* des Indes Orientales formées dans les Provinces- Unies des Pays-Bas, 1725, t. II, p. 155-164).

2* Relation d*Argensola. — La flotte hollandaise, qui arriva la première aux Moluques après les Anglais, en 1598, partit le 1" mai sous le commandement de Tamiral Jacob Neck et atterrit le 24 juillet au cap de Bonne-Espérance. Les huit navires qui la composaient en partirent le 15 août et subirent plusieurs coups de vent... Ils arrivèrent le 24 en vue de Madagascar ou lie de Saint-Laurent, et virent beaucoup de baleines. Là on commença à diminuer la ration de vin... Le 27, ils doublèrent le cap de Saint-Sébastien [cap Fenambosy] et, le 30, celui de Saint-Julien [cap Sainte-Marie]. Le 4 septembre, ils hésitèrent s'ils iraient droit à Tîle de Banda ou s'ils feraient voile pour la baie d'Anton Gil ; ils ne prirent pas de suite leur résolution Le 17, ils aperçurent au loin l'île de Cerné ou, suivant d'autres, delos Cisnes, c'est-à-dire des Cygnes, île haute et montagneuse ; tout joyeux à la pensée qu'on y allait trouver de l'eau, l'amiral fît distribuer à chaque soldat trois verres de vin.

Le vice-amiral accosta le premier avec cinq hommes un Ilot, où il trouva un beau port, bien abrité et spacieux, où se jetait une petite rivière. On y répara les navires par 14 brasses*

Il y avait quatre mois qu*ils n*avaient touché terre, et par action de grâces, aussi bien que parce que c'était Tépoque des fêtes en Hollande, ils bâtirent une église avec des troncs d*arbres et la couvrirent avec des feuilles; on y prêcha deux fois par jour.. Ils mangèrent une grande quantité d'oiseaux, qu'ils prenaient presque à la main, et ils burent beaucoup de vin. A la suite des sermons, un Malgache, qu'ils avaient amené de Madagascar en Europe à leur premier voyage, se convertit et reçut le baptême ; on lui donna le nom de Laurent. Il n'y avait dans l'Ile âme qui vive.

Le 28 et le 29 S ils remarquèrent que la mer était pure et transparente, sans qu'aucun autre indice leur indiquât qu'ils étaient proches de la terre ; ces mêmes jours, à midi, ils constatërent que le soleil était à leur zénit. Dans ces parages, une tempête sépara des autres les navires le Maurice, la Hollande et VOver-Yssel, qui, se dirigeant vers Java, s'en furent atterrir à Banda. Les cinq autres allèrent à Cerné, laissant â main droite six Ilots. Ils mouillèrent par dix brasses, par 21'' de lat. S., après avoir passé entre deux montagnes qui rétrécissent l'entrée de la rade.

Cette île a cinq lieues de tour. Son port peut contenir 50 navires à l'abri de tous les vents. Elle plut tant aux Hollandais qu'ils changèrent son ancien nom de Cerné ou de los Cisnes contre celui de Maurice, en l'honneur du comte Maurice de Nassau, bâtard du prince d'Orange, qui est si connu de notre temps pour son hérésie et sa rébellion '• Ils allèrent à la décou-

1. Ce paragraphe se rapporte à la tempête des 28 et 29 juillet et n'est pas à sa place dans le récit d*Argensola.

2. Il est à remarquer que c'est un Espagnol qui parle d'un prince protestant, prince qui a lutté avec succès contre la domination espagnole.

verte et reviarent sans avoir trouvé aucune trace d'boinines, ni aucun vestige d*habitation. Du reste, ce qui prouvait bien que nie était déserte, c'est que les oiseaux et les animaux se laissaient prendre à la main, sans la moindre méfiance, et se posaient même sur la tète des Hollandais comme sur des branches d arbres; on les eût dit apprivoisés. Cette confiance leur venait certainement de ce qu'ils n'avaient jamais vu d*étres humains.

Il y a de grandes bandes de chauves-souris, qui sont de la taille d'un lièvre; elles se réunissent pour dormir en nombre considérable sur des arbres, aux branches desquels elles se suspendent, bras et ailes étendus.

. L'air y est si sain et le pays si habitable qu'en y mettant les malades à terre ils recouvrent promptement la santé.

C'est une lie haute, montagneuse, abondante en arbres et en plantes diverses; comme elle est inculte, il n'y a ni sentiers, ni pistes par où l'on puisse passer. Il y croît d'innombrables ébéniers, dont l'écorce est raboteuse et le cœur dur et dont le bois est noir et lisse comme l'ivoire; d'autres arbres ont le tronc rouge ou bien pâle comme la cire. 11 y a de beaux cocotiers, des palmiers à l'infini, dont quelques-uns sont d'une telle venue qu'une feuille suffit à couvrir le corps entier d'un homme et à le pro léger contre la pluie.

Les Hollandais jetèrent les filets dans la baie et, dans la multitude des poissons, il se trouva des raies si grandes qu'elles purent faire deux repas pour tous les marins de la flotte. Ils y virent des tortues terrestres, de telle grandeur, qu'une d'elles portait quatre soldats assis sur sa carapace, et, sur le plastron d'une autre, dix matelots purent manger comme sur une table ronde. Ils tuèrent en peu d'instants beaucoup de tourterelles et d'autres oiseaux, blancs, plus grands que nos cygnes, mais ronds comme des boules et n'ayant que deux ou trois plumes larges

et crépies i la queue, des perroquets bleus [Lophopsitlacus mauritianuSy d^un gris bleuâtre ]|, dont on aurait pu charger des navires, et des corbeaux de Tlnde [Buceros {Calaos)\, deux fois plus gros que ceux d*Europe et au plumage tricolore. Ils établirent des forges pour construire un bateau en remplacement de VUirecht qui, avec les deux autres, avait pris la route de Madagascar.

Ils firent la reconnaissance de leur nouvelle lie Maurice et ne virent nulle part de vestiges d*êtres humains ; dans Tintérieur, ils trouvèrent 300 livres de cire, sur laquelle se lisaient des caractères grecs. Us virent des rames, des filets et des madriers, débris de naufrages. Le vice-amiral fit graver sur une planche carrée les armes de Hollande, de Zélande et d^Amsterdam, et la fit clouer au haut d*un arbre, en mémoire de son passage et du nom de Maurice qu^il avait donné à Uile, avec cette inscription mise au-dessous des armes, qui, pour être en laïque espagnole, n*en témoigne pas moins de la haine qu'ils portent à la foi de notre nation : Les chrétiens réformés. Us labourèrent un champ où ils semèrent du blé et diverses plantes d*Europe, et ils lâchèrent quelques volailles, afin de voir comment elles s*y multiplieraient. Us explorèrent à deux reprises les montagnes et les plaines, sans trouver aucune trace d^êtres humains.

Pendant que ces navires se reposaient à Cerné où ils séjournèrent quatorze jours, lès trois autres navires arrivèrent à Sainte- Marie de Madagascar, île stérile, quoiqu'il y ait quelques orangers, citronniers, cannes à sucre, et qu'on y élève des volailles. Des baleines informes nagent autour de cette ile, en vue de terre. Les Hollandais mouillèrent non sans une vive opposition de là part des indigènes, avec lesquels ils se bataillèrent et dont ils firent le roi prisonnier; ils lé relâchèrent sans faire de diffi-* cultes, après avoir regu comme rançon dç sa personne une vache et son veau. Us assistèrent à la pèche de la baleine, qui y est facile.

Les indigènes s*approchent des baleines avec leurs pirogues et ils les harponnent avec une pique qui est solidement attachée à de grosses cordes faites avec Técorce de certains arbres et qu'ils lancent avec habileté (voir la planche p. 246). Les Hollandais approvisionnèrent leurs navires de la chair et de Thuile de ces cétacés et d*oranges, puis ils passèrent à la baie d*Anton Gil, où ne voulut pas rester, comme il en avait d'abord manifesté le désir, le Malgache qu'ils avaient à bord et qui était déjà habitué aux vêtements et. aux usages des Européens.

Après avoir navigué pendant cinq jours entre plusieurs îles dépourvues de provisions et peu sûres, parce qu'elles étaient en guerre les unes avec les autres, ils partirent avec bon vent pour Java, et, le 26 décembre 1598, ils arrivèrent à Banda (Leonardo de Argensola [Bartolome], capellan de la Magestadde la Emperatriz y retor de Villahermosa, Conquista de las hlas MolucaSy Madrid, 1609, p. 235-238).

3° Traduction de Bilibaldus Strobœus Silesius. — Partis de Texel le l" mai 1598 avec huit navires, nous vîmes la terre de Madagascar le 26 août.... Le 29, nous rencontrâmes le Langerbercky venant aussi de Hollande, qui se joignit à nous; ce navire avait perdu dix matelots, et le reste de l'équipage, à l'exception de neuf hommes, était malade.... Le 7 septembre, nous atterrîmes à l'île Sainte-Marie, qui est au Sud du grand golfe de Santangil ou Antongil et où nous mouillâmes dans une belle baie. Nous ne pûmes nous y procurer pour toute provision qu'un peu de riz que nous fîmes piler par les indigènes. Forcés par la faim, nous nous emparâmes du chef delà localité qui se racheta avec une vache et un veau gras. A la bonne saison, cette île ne manque de rien, mais, au moment de notre passage, les orangers n'étaient qu'en fleurs et il ne restait plus que peu de citrons. On put cependant se procurer facilement quelques

cannes à sucre et quelques poules et divers autres objets, notamment des oranges doubles ou triples, que les indigènes avaient conservées et qu*ils nous apportèrent. Mais ce qiii surtout nous récréa, ce fut la vue de la chasse à la baleine qu*ils firent devant nous (voir la planche p. 246). Montés dans leurs pirogues, ils allaient là où apparaissait une baleine et, s*approchant tout près, ils lui lançaient un hameçon de fer attaché à une corde faite de fibres d*écorce d'arbre; puis ils Tirritaient et la fatiguaient, en imprimant à cette corde des secousses violentes et fréquentes; la bête se débattait avec vigueur et

faisait bouillonner la mer; les indigènes, cédant à ses mou-

vements, lui rendaient de la corde dont Tautre bout était fortement fixé à la pirogue. Lorsque la baleine, très affaiblie, tlottait à la surface de Teau qui était teinte de son sang, les pécheurs remmenaient facilement où ils voulaient. Ils faisaient cette pèche sans crainte, ayant la plus grande confiance dans leur habileté comme nageurs. Ils manœuvraient avec un grand art la corde du harpon, afin de bien fatiguer la baleine, de telle sorte qu'à demi morte elle n'eût plus de forces. Ils l'amenaient alors en eau peu profonde et la partageaient en morceaux dont chacun emportait ce qu'il pouvait. Nous-mêmes fûmes autorisés à prendre autant de cette viande qu'il nous convenait, mais elle était si chargée de graisse et d'huile que nous ne pouvions songer à la manger et nous n'en emportâmes pas.

Faisant ensuite voile pour le grand Océan Indien, nous mouillâmes au-dessous de l'île de Sainte-Marie où nous remplîmes nos barriques d'eau douce. Nous voulûmes débarquer en ce lieu le jeune Malgache que nous avions à bord, mais il refusa en disant qu'il ne connaissait point cette localité et qu'il préférait rester avec nous bien vêtu que de demeurer dans son pays nu et contraint 4 des travaux pénibles. Le 1 6 septembre. 1598, nous

fîmes voilé pour Java {Indim orienialis quarta pars a Bilibaldo Strobœo Silesio, De Bry, 1601 : Dernière navigation des Hollandais aux Indes orientales de 1598 à 1599% et /cernes quartœ partù, planche IV , qui figure la pèche à la baleine à Sainte-Marie, et aussi planche XXI, qui représente les plantes du Sud-Ouest).

TROISIÈME VOYAGE DES HOLLANDAIS AUX INDES, À BORD [DU NAVIRE LE MIDDULEBURG, m 1598.

Relation de John Davis, pilote a bord dxj^middlbburg *. — Le 6 décembre 1598', nous doublâmes, par dS"" de latitude Sud S le cap des Aiguilles qui est la pointe la plus méridionale de TAfrique et où Taiguille aimantée n'a pas de variation. Le 6 janvier 1599, nous vimes Madagascar aux environs du cap Saint-Roman (cap Sainte-Marie?) que nous ne réussîmes pas i doubler, de sorte que nous fîmes route vers la baie de Saint-Augustin, qui est sur la côte Sud-Ouest de cette île, par 23''50* de latitude Sud '.

Le 3 février, nous jetâmes Tancre dans cette baie. Il y avait beaucoup de gens sur la plage, mais tous s*enfuirent quand nous vînmes à terre, car, quand notre maître d*équipage y était venu à un précédent voyage, il les avait fort maltraités; il en avait

i. Cette navigation n'a pas du tout été la dernière qu*aient faite les Hollandais dans TOcéan Indien ; mais elle Tétait au moment de la publication des frères De Bry. Parti avec huit navires de Hollande en 1598, Tarairal Gornelis van Neck y est revenu le 19 juillet 1599 avec quatre seulement. — 2. John Davis est un des marins anglais les plus distingués du xvi° siècle; avant d'être pilote à bord de ce navire hollandais, il avait tenté trois expéditions dans le but de découvrir le passage du Nord- Ouest. — 3. Purchas (His PUgrimes, t. I, 1625, p. 118) et John Hamilton Moore (A new and complète Collection of Voyages and Travels, t. I, 1780, p. 342} donnent les dates consignées ci-dessus. Kerr (A gênerai History and Collection of Voyages and TravelSf t. VIII, 1813, p. 43) les avance à tort d'un mois, faisant doubler le cap des Aiguilles seulement le 6 janvier 1599, apercevoir Madagascar le 3 février et mouiller dans la baie de Saint-Augustin le 2 mars. — 4. La latitude exacte du cap des Aiguilles est 34o51'15". — 5. U latitude vraie est 23«38'58" (pointe S.-E de Nosy Vé).

appréhendé un quUI avait attaché h un poteau et sur lequel il s*était amusé à tirer des coups de mousquet jusqu'à ce qu*il fût mort (voir p. 191-192), et il s*était conduit d'une fagon ignominieuse envers beaucoup d'autres. Au bout de sept jours, nous réussîmes à en attirer quelques-uns auprès de nous et nous leur achetâmes un peu de lait et une vache, mais ils s'en allèrent presque aussitôt et ne voulurent plus entrer en relations avec nous.

Ce sont des gens forts, bien bâtis, noirs comme le charbon; ils parlent une langue douce et agréable. Leurs armes consistent en lances et en javelots, terminés par une pointe de fer qu'ils tiennent toujours bien luisante. Ils sont tout nus. Le sol paraît être très fertile ; il y a beaucoup de tamariniers et d'autres grands arbres qui produisent des fèves bonnes à manger, contenues dans des gousses longues de deux pieds; les fèves sont d'une grandeur proportionnée à la gousse. Les caméléons y abondent.

Nous avons enduré dans cette baie de grandes souffrances et Dieu, qui est le maître suprême, a été notre seul secours. Le 8 mars, nous revînmes à bord aflamés et sans vivres, et, le 14, nous mimes à la voile, donnant à cette baie le nom de Baie de la faim; nous fîmes route vers le Nord, en longeant la côte occidentale de l'île.

Le 29, nous arrivâmes aux lies Comores, qui sont situées entre le 12* et le 13' degré de latitude Sud*. Il y en a cinq : Mayotte, Anjouan, Mohély, la Grande Comore ou Saint-Christophe et le Saint-Esprit'. Le 30, nous ancrâmes à Mayotte, en face

1. La latitude de la pointe N. de la Grande Comore est llo2i' et celle de la pointe S. de Mayotte 12<»o9'35". — 2. Les géographes du xvu« et môme ceux du commencement du xviir siècle avaient des notions très erronées sur Tarchipel des Comores. Il y en avait qui comptaient six îles; John Davis en cite cinq (dont il orthographie les noms ainsi qu'il suit : Mayotta^ Anzuame^ Magliagliey San Cristophoro et Spiritu Sancto). On sait qu'en réalité il n*y en a que quatre.

d une ville dont les nombreux habitants parurent contents de nous voir. Ils vinrent à bord, nous apportant des vivres comme cadeaux. Le roi fit prier notre capitaine de descendre à terre, lui promettant un bon accueil ; notre maître y alla et fut fort bien reçu par le roi qu'entourait une foule compacte, les tambours battant à tour de bras. Le roi portait, ainsi que tous ses compagnons, de riches vêtements de soie, brodés à la mode des Turcs. A la fin de cette réception qui fut très-cordiale, il nous donna une lettre de recommandation pour la reine d*Anjouan, car dans cette dernière Ile il n*y a pas de roi.

Nous quittâmes Mayotte le 17 avril et jetâmes Tancre à Anjouan le 19 devant une ville nommée Denios (Domoni)S qui semble avoir été une place forte, mais dont les murailles tombent en ruines; les maisons y sont bâties avec du grès taillé; ce qu'il en reste est aussi grand que Plymouth. La reine nous accueillit fort bien, mais nous ne pûmes la voir.

Aux Comores, il y a du riz, des bœufs, des chèvres, des noix de coco, des bananes, des oranges, des citrons et des limons. Leurs habitants sont noirs et ont les cheveux lisses; ils sont mahométans. Leurs armes consistent en épées, en boucliers, en arcs et en flèches; ils sont très désireux de se procurer des armes et du fer et ils estiment fort le papier. Ces îles sont d'un joli aspect et fertiles. Nous y avons trouvé des marchands arabes et indiens, mais nous n'avons pu savoir quels étaient les produits du pays.

Le 28, nous mîmes à la voile et passâmes à côté des îles Mascareignes [îles Seychelles] et des bancs d'Almirante [les Amirantesj (Purchas, HisPilgrimes, t. I, 1625, English voyages to the East

i. Cette ville de Domoni a été prise et détruite en 1790 par les Betsimisaraka qui ont fait aux xyii® et xviir siècles de si terribles incursions dans les Comores et jusque sur la côte de Mozambique (Gevrey, Essai sur les Comores^ 1870, p. 187).

Indies, p. H8-H9; Histoire générale des Voyages^ t. I, 1746, p. 367-368; John Hamilton Moore, A new and complète Collection of Voyages and Travels, t. 1, 1780, p. 342; Kerrs Collection of Voyagesy t. VIII (1813), p. 47 et 48; Hakluyt Society, t. LIX, i 880, p. 65-69, et Antananarivo Annual, 1892, p. 9-10).

RELACHE sur la CÔTK E. de MADAGASCAR ET À ANTONGIL

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