PREMIER VOYAGE FAIT PAR LES FRANÇAIS AUX INDES
La nation française, qui est naturellement pourvue d*un esprit vif et d*un courage redoutable, a langui longtemps dans le sommeil de Toisiveté, laissant les Espagnols et les Portugais s^enrichir des trésors des Indes Orientales. Ce sont des marchands de Saint-Malo, de Vitré et de Laval qui se sont réveillés les premiers et ont eflacé cette honte; ils ont formé une compagnie désireuse d'enrichir le public des singularités de l'Orient et, dans ce but, n'ont pas hésité à exposer leur fortune et leurs vies aux hasards des mille morts dont la mer est remplie. L'an 1601, ils équipèrent deux navires, l'un de 400 tonneaux nommé Le Croissant et lautre de 200 nommé Le Corbin; le chef était Michel Protêt (de Saint-Malo), sieur de la Bardelière, et le lieutenantgénéral était François Crout(de Saint-Malo), sieur de Clos-Neuf Connétable; le principal marchand était Cristophe Moreau (de
Vitré), sieur du Poiscant. [Pyrard de Laval était à bord du Corbin (voir p. 290)]. Les deux navires quittèrent Saint-Malo le 18 mai 1601 et, après avoir séjourné cinq mois à Sumatra, revinrent à Plymouth le 1 3 juin 1603 (Martin de Vitré, Premier Voyage fait aux Indes Orientales par les Français, en 1609 y p. 11-12).
Le 4 février 1602, étant par 2r de hauteur, nous découvrîmes nie de Madagascar, dite autrement de Saint-Laurent. Il y avait parmi nous un grand nombre de malades, ce qui nous faisait désirer de descendre à terre pour nous rafraîchir.
Le 5, étant en vue de terre, le vent du Sud-Ouest augmenta et, comme il était favorable pour aller aux islesde Comores [lies Comores], nous résolûmes de nous y rendre, espérant y trouver toutes sortes de commodités.
Le 7, la tourmente s'éleva avec une grande violence, le vent soufflant du Sud-Ouest et du Sud-Sud-Ouest, et, à cause de Tobscurite, nous perdîmes de vue Le Corbin. Quelques-uns de nos gens dirent qu'ils apercevaient la terre vers laquelle le vent nous poussait; pour éviter ce danger, nous déployâmes nos voiles basses, qui furent incontinent déchirées par la tempête, de sorte que nous demeurâmes sans voiles. L'ouragan dura jusqu'au 11, et nous dûmes couper nos matreaux [mâts] et jeter quelques-uns de DOS canons par-dessus bord pour soulager notre navire qui faisait tellement d'eau qu'il y en entrait plus qu'on n'en pouvait tirer avec les pompes,
La tempête ayant cessé, nous reprîmes la route de l'Ile de Madagascar, qui était la terre la plus proche où nous avions la possibilité de réparer notre navire.
Le 19 février, nous jetâmes l'ancre dans l'Abbaye [rade] de Saint-Augustin; étant encore à une lieue de terre, nous vîmes un navire à l'ancre que nous ne reconnûmes pas tout d'abord,
mais, nous en étant approchés, nous vimesque c*était notre compagnon Le Corbin, qui était en aussi mauvais état que nous. Ce nous fut un grand contentement de nous retrouver ainsi.
Ladite Abbaye [rade] est par 23*" de latitude Sud* et se fait remarquer par une montagne en forme de maison ou de table [montagne de la Table]; quatre lieues plus au Sud, il y a une autre petite montagne.
Le 22, après avoir reconnu Tendroit le meilleur pour y demeurer, nous construisîmes quelques huttes que nous fîmes garder par des arquebusiers, et nous descendîmes nos malades à terre; il y faisait une chaleur excessive parce que notre campement était établi dans une plaine de sable au pied d*une montagne et que nous étions sous le tropique du Capricorne.
Ce même jour, entra dans la baie un navire flamand [de la flotte de Tamiral Spilberg] qui, pendant Touragan, avait perdu ses mâts, ses voiles et ses cordages*.
Le 26, on envoya des arquebusiers dans la montagne pour se procurer du bétail. A une lieue dans Tintérieur, ils virent quelques sauvages avec des javelots, qui sont leurs armes, mais ils ne purent les approcher et s'en revinrent au fort sans rapporter autre chose que beaucoup de tamarins et quelques-uns de ces fruits appelés tambourinsy qui ressemblent à une tête de pavot et dont rintérieur est plein d*une matière rappelant la casse autant par le goût que par la couleur et également laxative ; Tarbre qui porte ce fruit a des feuilles pareilles à celles du fouteau [hêtre] et il a la taille d*un poirier.
Ce même jour, il vint sur la grève, au pied de la montagne, une vingtaine de sauvages amenant quelques bœufs, dont ils imitaient
1. La baie de Saint-Augustin est comprise entre 23«30'et 23»39' de lat. S.
2. Les Français retrouvèrent ce navire hollandais le 17 septembre 1602 à Atchin [capitale de la partie septentrionale de Tile de Sumatra] (p. 5K .
le beuglement, n*ayant d'autre moyen de se faire entendre de nous. C'était plutôt pour nous voir que pour trafiquer, car ils n'ont rien voulu nous vendre, quelque offre que nous leur ayons faite. On leur donna à chacun un couteau dont ils ne firent aucun cas, car ils en avaient; après quoi, ils s'en allèrent en nous faisant comprendre par signes qu'ils reviendraient le lendemain.
Le 3 mars, ils revinrent en effet avec beaucoup de bétail qu'ils nous vendirent en échange de cuillères de cuivre et de chapelets de verroteries, et à si bon marché que, pour une cuillère, ils nous donnèrent un mouton, et ainsi du reste.
Leurs moutons n'ont point de laine comme les nôtres, mais du poil comme les veaux, et leur queue est fort grosse et toute pleine dégraisse.
En péchant au bord de la mer avec des filets, nous primes une foule de petits poissons, qui, une fois mis hors de l'eau, s*enfiaient fort gros ; ceux qui en mangèrent eurent l'esprit troublé pendant vingt-quatre heures ; nous leur avons donné le nom de Crapauds de mer*. Us sont néanmoins fort bons à manger.
Il faisait en ce lieu une très grande chaleur et, comme nous étions près d'un bois marécageux, nous en voyions sortir tous les soirs certaines bêtes, plus grosses que des mouches, qui remplissaient l'air.
Le 18 mars, six de nos hommes s'enfuirent dans la montagne pour vivre avec les sauvages; ils y demeurèrent sept jours, mais, n'y trouvant pas de quoi se nourrir, ils se virent contraints de revenir au camp et de demander pardon à notre général.
Dans la rivière d'eau douce [l'Onilahy ou rivière de Saint-
1. Diodons et Tetrodons, Ces poissons, qui sont communs dans les mers tropicales, ont la faculté de s'enfler en avalant de Pair et ils prennent alors une forme plus ou moins sphérique. Leur chair, au moins dans certaines saisons, est vénéneuse.
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Augustin], il y a une grande quantité de crocodiles; nous en avons tué plusieurs avec nos arquebuses. Pendant notre séjour en ce lieu, nous nous sommes procuré une grande quantité de bœufs, de moutons, de volailles et d'autres vivres, le tout en échange de menus objets, cuillères de cuivre, jetons, etc.
Nous y avons été en proie à des fièvres pestilentielles, dont plusieurs de nos gens sont morts.
Le pays abonde en bétail, qui forme toute la richesse des indigènes, lesquels changent de résidence suivant les saisons de Tannée, conduisant leurs troupeaux aux meilleurs pâturages.
Ils ont une grande quantité de coton, très fin, et ils savent en faire des toiles qui leur servent à couvrir leur nudité; les hommes ne portent qu'une simple ceinture, les femmes y ajoutent sur la poitrine un morceau d'étoffe pour couvrir les seins, laissant le reste du corps nu.
Ils ont de petites maisonnettes construites avec des roseaux et des branches de palmiers. Leurs armes consistent en sagayes ou lances faites pour la plupart de bois de santal rouge.
Le 15 mai, nous avons mis à la voile, les vents d'aval [moussons du S.-O.] commençant à régner à cette époque.
Le 23 mai, nous avons aperçu les îles Gomores, qui sont par 12° 30' de lat. S. *. Ayant jeté l'ancre devant l'une d'elles, appelée Malailli [Mohély] , nous y avons rencontré plusieurs individus qui parlaient portugais ; il y a dans cette ile des gens de diverses nationalités, des Arabes, des Persans et d'autres qui, pour la plupart, portent le turban. Chacune des Comores a son roi; elles sont fertiles en riz et en fruits, tels qu'oranges, limons, noix de cocos et bananes, ainsi qu'en bœufs, en vaches et en volailles.
Les insulaires sont noirs, forts et robustes; il y a beaucoup
1. L'archipel des Comores est compris entre il<>21' et i3«0'.
de mulâtres. La plupart vont nus, ne couvrant que les parties honteuses avec un lambeau d^étoffe de coton; les femmes sont également nues, n*ayant qu*une ceinture, qui arrive à la moitié des cuisses et s^arrète au nombril, et un morceau de toile qui leur couvre les seins; on ne distingue les hommes des femmes qu'à ce morceau de toile jeté sur la poitrine, car elles ont la tête rase et nue comme les hommes.
Dans ces îles, Tair est fort salubre et nos malades v ont recouvré promptement la santé.
Leurs armes sont des alfanges (cimeterres) et des grosse à gayé [grosses sagayesj ou javelots.
Il y a trois îles qui se voient toutes à la fois. Les indigènes les nomment comme nous Gomoro, d'autant que ce nom dans leur langage signifie larrons^ comme nous l'avons appris d'eux; celle oA nous étions s'appelle Malailli [Mohély], la seconde Jouani [Anjouan] et la troisième Gouarsije [Ngazidya].
Le 7 juin 1602, nous quittâmes Mohély et, le 21, nous passâmes la ligne; le 1*' juillet, nous vîmes les îles Maldives, le 8 Geylan, et, de là, nous allâmes à Sumatra (François Martin de Vitré, Description du premier voyage que les marchands français de Saint'Malo, de Vitré et de Laval ont fait aux Indes Orientales, 1619, p. 11-12 et 34-44).
Tous les bœufs et les vaches que nous avons vus aux Indes portent une grosse bosse sur le cou, qui est de pure graisse, et principalement ceux de Madagascar la portent de beaucoup plus grosse que ceux des Indes. Ces animaux ont la graisse onctueuse et molle comme celle des porcs ; ils sont très bons à manger à Madagascar, où nous en avons eu un grand nombre en échange d'objets de peu de valeur.
Leurs moutons sont plus grands que les nôtres et n'ont point
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de laine, ayant du poil comme les veaux et la queue fort grosse, pleine de graisse; il s'en trouve quelques-unes de si grosses qu'elles pèsent jusqu'à IS livres, et les brebis sont si fertiles que quelquefois elles font cinq petits à la fois [d'une ventrée] {loc. cit., p. 118-119).
En l'Ile de Saint-Laurent, nous avons vu une grande quantité de marmots [maquesj \ qui sont comme des singes, ont la tète comme un renard et les pieds comme un singe, la queue moyenne et longue; ils ont le goût du lapin {hc. cit., p. 124).
En rUe de Madagascar, nous avons trouvé une grande quantité de perroquets, qui ne sont pas semblables à ceux que l'on apporte de la Guinée, mais qui ont un plumage gris violacé, un peu marqué de rouge ^ et sont assez bons à manger. En ce lieu,
comme aux Indes, se trouvent aussi de petits perroquets qui ne sont pas plus gros que des passereaux, semblables en» couleur à ceux qui viennent de la Guinée' {loc. cit., p. \Tl).
Entre les deux tropiques, partout où nous voulions aborder, étant encore à 25 lieues de terre, nous avons trouvé une grande quantité d'aigrettes blanches et noires [Oiseaux du Tropique et Hirondelles de merj qui nous indiquaient le voisinage des terres; elles vivent des poissons volants qu'elles prennent lorsqu'ils sortent de l'eau. Ces aigrettes ont le corps un peu plus gros qu'un pigeon, la queue longue et garnie de plumes dont on fait les panaches; elles ont des pieds comme les canards [loc. cit.,
A Madagascar, dans les rivières, il y a beaucoup de crocodiles; ce sont des animaux amphibies, c'est-à-dire qui vivent dans
1. Marmot est le nom qu'on donnait anciennement aux singes. A Madagascar, il n'y a pas de singes; ce sont des Makis ou Lémurs,
2. Vaia^ Boezay Koera, Boloky des Malgaches {Coracopsis obscura et Coracopsis nigra),
3. Karaoka ou Sarivazo des Malgaches ( Psittacula madagascariensis).
Teau comme à terre. Ils sont fort grands et dangereux; toutefois, lorsqu'ils se voient poursuivis, ils s'enfuient; ils sont dîf^ ficiles à tuer parce qu'ils sont couverts jusqu'à la queue «récailles fort dures et difficiles à percer. Ils ont le ventre mou et aisé à pénétrer; leur gueule est garnie de dents aiguës, la mâchoire de dessus se mouvant au contraire des autres animaux. Ils venaient devant notre fort manger les entrailles des bœufs et des moutons. Nous en tuâmes quelques-uns {loc. cit., p. 128-129).
Nous avons trouvé à Madagascar une grande quantité de caméléons, de la longueur d'un pied et demi; ils ont les jambes assez hautes, le dos écaillé jusqu'au bout de la queue et comme un casque sur la tète; la peau des Qancs et du ventre est Qasque et molle. Cet animal est fort craintif et, étant pris, marche fort lentement. Plusieurs disent qu'il vit de vent, ce que nous avons reconnu être faux; car ils montent sur les arbres et les plantes où ils mangent des mouches et d'autres petites bétes, qu'ils prennent fort subtilement avec leur langue qui est comme un dard. Pour en faire l'expérience, j'en ai mis un dans une cage exposée à l'air; il mourut en trois jours et, au contraire, d'autres, que j'avais attachés sur des plantes, vivaient de bestioles. Ils changent de couleur lorsqu'on approche d'eux quelque chose, à cause de la ténuité et de la transparence de leur peau, et aussi pour leur grande timidité; quand on les trouve sur l'herbe, ils sont parfaitement verts et, se voyant pris, ils deviennent blancs et noirs; ils ont les yeux fort petits, la prunelle de Tœil n'étant pas plus grosse qu'une tète d'épingle et étant au milieu d'une petite boule grosse comme un pois, laquelle se meut toujours: jamais ils ne ferment les yeux {loc. cit. y p. 130-132). A Madagascar, nous avons vu une grande quantité d'aniV, c'est-à-dire d'indigo, que les indigènes ne sont pas curieux de
cultiver; toutefois ils s'en servent pour teindre leurs étoffes {loc. cit., p. 151).
Le sandal rouge vient de Tlle de Madagascar, bien que je n^aie pas vu Tarbre. La raison est que les sauvajges, qui venaient traflquer avec nous, avaient leurs sagayes faites en cette sorte de bois; nous leur en avons acheté plusieurs (p. 148).
A Madagascar, il y a beaucoup de tamariniers; ils sont hauts comme des poiriers et ont les rameaux fort étendus et donnant un bel ombrage; leurs feuilles ressemblent à celles de la réglisse, mais sont plus longues et plus étroites, et elles sont disposées comme celles de la pimprenelle; leur écorce est ciselée comme celle de Torme; ils produisent une fleur qui, d*abord rougefttre comme celle de Tamandier, devient ensuite blanche et qui a en dedans de petits filets auxquels est attaché le fruit semblable à une gousse de fève, mais plus gros. Ces gousses sont tantôt droites, tantôt recourbées; tant qu^elles ne sont pas mûres, elles sont vertes et fort âpres (nous nous en servions pour mettre dans le potage en guise de verjus et d*autres herbes), mais, lorsqu'elles sont mûres, elles deviennent comme tannées et ont en dedans une pulpe et des noyaux, lesquels sont enveloppés dans une pellicule qui contient la pulpe environnée de filaments, lesquels serrent le dedans du fruit et empêchent qu'il n*adhère à la gousse ou silique, de façon que le fruit, étant mûr, lorsqu'on presse ladite silique entre les doigts, se rompt sans endommager l'intérieur; les fruits qui viennent d'être cueillis sont très aigres et, si l'on en goûte, on a les dents fort agacées. Ils servent à la nourriture des habitants de Madagascar. Dès que le soleil descend au-dessous de l'horizon, les feuilles se ferment et entourent les fruits, afin de les défendre contre le froid des nuits ; lorsque le soleil parait le matin, elles s'ouvrent. Les fruits poussent deux fois l'an, sans être cultivés, de sorte que
nous avons quelquefois cueilli, sur le même arbre, des gousses encore vertes et d'autres parfaitement mûres (/oc. et/., p. 155-158).
Il y a en grande quantité, i Madagascar, une petite espèce de palmier [Satrana {Hyphœne coriacea)] dont le tronc est noueux comme celui du dattier et qui produit des sortes de poires dont Técorce est fort dure et qui sont pleines d*une substance assez douce. Ce qu*on en peut tirer de meilleur, c*est le cœur ou cime [chou palmiste] qui est d*un fort bon goût {loc. cii.i p. 171).
Le bananier est un arbrisseau haut de quinze pieds, dont le tronc est moelleux et dont Técorce est formée de feuilles disposées comme des écailles ; ces feuilles, qui sont fort grandes, ont environ deux pieds de large et cinq pieds de long; elles sont d^un vert gai. Cet arbrisseau a sous terre un tronc d*où sortent des rejetons, séparés les uns des autres, lesquels croissent et deviennent comme le premier. Lorsqu*il est à sa grandeur, il jette du milieu du tronc une Qeur rougeâtre ayant la forme et la grosseur d'un artichaut, d'où sort ensuite une grappe d*une centaine de fruits, chacun d*eux ayant à peu près la longueur d'une paume. Ceux de Tlle d'Annobon [petite lie au fond du golfe de Guinée] sont plus gros que ceux des Comores et de Sumatra ; la grosseur ordinaire de ce fruit est de quatre doigts ; il y en a de deux sortes, Tun qui a plusieurs côtes et Tautre qui est tout rond et qui est le meilleur. Les plantes qui les produisent sont toutes pareilles: elles ne portent jamais de fruits qu'une seule fois, mais, avant qu'ils soient mûrs, elles poussent des rejetons qui en produisent à leur tour comme la plante mère. Le tronc de ces arbustes est plus gros que la cuisse d'un homme, lequel, étant incisé, rend une grande quantité d'eau bonne à boire. Les bananes et les noix de coco sont la principale nourriture des habitants des régions tropicales [loc, ciL,