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MADAGASCAR EST LA PLUS GRANDE ILE DU MONDE

(PYRARD DE LAVAL, 1602).

Les trois principales et plus grandes îles de rExtrème-Orient sont Sumatra, Java et Bornéo, après celle de Madagascar qu'on considère comme la plus grande de toutes {Voyage de François Pyrard de Laval aux Indes Orientales de 1601 à 1611 , W partie, 1679, p. 105; Hakluyt Society, The Voyage of François Pyrard, t. II, 1888, p. 168.)

ABORD AUX ILES DE COMORRO [ILES COMORES], SÉJOUR EN RADE ET RAFRAICHISSEMENT FORT COMMODE

(PYRARD DE LAVAL, 1602).

Le vingt-troisième du mois de mai 1602, nous avisâmes les tles de Comorro [Iles Comores], qui sont de douze degrés et demi d'élévation de la bande du sud [dans Thémisphère Sud], entre Tile de Saint-Laurent et la terre ferme d^Afrique^ éloignées environ de soixante et dix lieues de Mazembic [Mozambique] *. Il

1. L'archipel des Comores est compris entre 11° 21' et 13^0'. La distance entre la Grande Comore et Mozambique est de 51 lieues marines, c'està-dire de près de 280 kilomètres.

y en a cinq, en chacune desquelles il y a un roi : Tune, qui est au milieu des quatre autres, est appelée Malailli [Mohély] , à la rade de laquelle nous posftmes Tancre. Incontinent après y être arrivé, notre général envoya un bateau à terre pour reconnaître si on y pourrait avoir quelque rafraîchissement pour les malades qui n*avaient su recouvrer leur santé en TUe Saint-Laurent; au contraire, après qu*il en fut décédé plusieurs, les plus sains même y étaient tombés malades.

Le bateau étant abordé en cette île de Malailli [Mohély] , auprès d*un village (nous en voyions grand nombre assez près les uns des autres et de fort grands, les maisons étaient de bois, couvertes de palmes), nos gens furent assez bien reçus; plusieurs habitants les vinrent trouver avec toutes les apparences d*amitié, et de fait ils nous apportèrent quantité de fruits, en contre-échange de quoi les nôtres leur donnèrent des clinquailleries de fer de peu de valeur, et puis ils retournèrent aux navires. Le jour d*après, on envoya derechef traiter avec les insulaires, mais c^était avec toute sorte de défiance et de circonspection, parce que nous craignions d^ètre trompés comme à Ttle d'Annobon [dans le golfe de Guinée]. Nous avions deux bateaux, en Tun desquels étaient la marchandise pour traOquer et ceux qui avaient charge de ce faire, avec quelques mariniers dont il y en avait deux qui sortaient i terre sur le bord de la mer où les insulaires apportaient leurs denrées; Tautre bateau demeurait derrière, bien garni d*arquebusiers et de mousquetaires, pour empêcher qu*on fit du mal à nos gens qui étaient à terre. Ceux de Tlle avaient aussi leurs armes, qui sont des alfanges ou cimeterres, des javelots, des arcs et des flèches. Au reste, pour traiter avec eux, il ne fallait point parler par signes, comme à Tile Saint-Laurent [Madagascar], car il y en avait qui parlaient portugais. Ils nous demandèrent premièrement qui

nous étions et, ayant répondu que nous étions Français, ils nous demandèrent si nous étions amis et alliés des Portugais; un des nôtres leur ayant dit qu'oui, ils répartirent que, si cela était, nous eussions été mouiller Tancre à Mozambique. On continua à trafiquer avec eux de la sorte.

Trois ou quatre jours après, ils reprochèrent de ne pas nous être acquittés de notre devoir, la coutume étant, lorsqu'il arrive un navire étranger sur la rade de ces tles, d'aller avec un présent honnête saluer le roi, qui habite à deux lieues de là dans le pays. Notre général, qui était dans le bateau des soldats, leur fit réponse qu'on le devait tenir pour excusé, sur ce qu'il ne savait pas cette coutume, ni que le roi demeurftt en cette île, et qu'il y satisferait le lendemain. Bientôt après, le général» étant venu à bord du Corbin pour visiter notre capitaine qui était fort malade, fit par le même moyen préparer le présent pour le roi, à savoir de belle verrerie dorée façon de Venise et quelques autres petites bardes, tellement que, le jour ensui* vaut, notre général alla sur le bord près de terre avec son bateau, où les insulaires étant venus, et s'étant salués les uns les autres, furent fort aises de ce présent et s'offrirent à conduire ceux qui descendraient à terre pour porter le présent au roi. Mais notre général, disant qu'il allait y envoyer deux des nôtres, leur demanda deux des leurs pour otages. Alors ils commencèrent à consulter ensemble et, après, ils firent réponse que leurs gens ne voulaient pas entrer dans nos bateaux, parce que c'étaient des personnes qui n'avaient rien vu, mais au reste qu'il ne fallait point craindre de descendre en toute sûreté et qu'ils nous donnaient leur foi et leur parole que nous ne recevrions aucun tort ni aucune incommodité. Nous avions été une fols trompés à Annobon [sur la côte de Guinée] par trop de bonne

foi, c'est pourquoi nous ne désirions pas de Fêtre de nouveau et I. se

nous leur dîmes que nous n'enverrions personne s*ils ne baillaient des otages. Ils ajoutèreùt que, si personne des nôtres ne voulait aller saluer le roi, ni lui "porter le présent, qu'au moins on le leur baillât et qu*ils le salueraient de notre parL Le général leur dit que, sHl n*y allait pas ni quelqu'un de ses gens, il n'était pas d'avis d'envoyer le présent, qui peut-être serait perdu sans être baillé au roi. Cela ne rompit pourtant pas le traGc, que nous continuâmes comme auparavant, chacun se tenant sur ses gardes. Je ne sais pas pourquoi ils faisaient cela, ni si c'était à bonne ou â mauvaise intention, mais je sais bien qu'il n'y a point. trop d'assurance à accorder à tous ces rois et à tous ces peuples de l'Inde, soit que leur religion en soit cause, soit à cause de l'humeur du pays; tant y a que c'est autant les mahométans que les gentils. Us n'ont tous guère de foi et ils n'ont aucun respect que l'utilité, prenant à toutes mains, tantôt amis des uns, tantôt amis des autres; ils sont à qui plus leur -donne; les GhUiois même en tiennent quelque chose. Je sais aussi que, par toute l'Inde Orientale, les Portugais donnent conseil aux peuples avec lesquels ils ont alliance ou familiarité et même les prient instamment de faire et de pratiquer toutes sortes de trahisons et de surprises sur les navires français, anglais et hollandais; ils vont jusques â leur en promettre récompense. De sorte que je ne me voudrais point confier à aucune de ces nations, alliées des Portugais ou non, si je n'avais fait auparavant alliance et traité avec eux ; encore fait-il bon de ne s'y pas trop fier et de se tenir sur ses gardes avec discrétion.

Or, pour revenir aux tles de Comorro [tles Comores], les habitants observent la religion mahométane, d'atitant que, en trafiquant le jeudi, ils nous ont dit que le lendemain était le jour de leur fôte et que, ce joUr-là, ils ne pouvaient pas vaquer

à la marchandise, mais qu*on y retourûât le samedi; je Tai aussi appris depuis, étant aux Indes. Ils sont mêlés de diverses nations, tant de la côte d*Ëthiopie, Gafres et même Mulâtres, qne d*Arabes et de Persans, et ils sont fort bons amis des Portugais. Je vous laisse à penser s'ils manquent d*esprit, de conseil et d*avis. J*ai depuis appris aux Indes qu'ils pensèrent bien surprendre un navire anglais qui était à Tancre en leur rade, s'étant rendus si familiers avec les Anglais qu'ils allaient et venaient librement les uns parmi les autres, et le plus souvent ils ne bougeaient du bord du navire à boire et à manger, quelquefois ils y couchaient. Une nuit entre autres, voyant qu'on ne se défiait point d'eux, ils se voulurent rendre maîtres du navire et de fait, après avoir attendu que l'équipage fût tout endormi, ils massacrèrent en cette sorte douze ou quinze Anglais et ils fussent venus à bout de leur entreprise, si les autres, s'étant réveillés a propos, ne se fussent défendus vaillamment et n'avaient 4ué un bon nombre de ces insulaires ; les autres se sauvèrent à la nage. Voilà comment il ne fait pas bon de se fier à ces peuples-là.

Pendant que nous étions à cette rade et que le trafic des fruits se continuait en la manière accoutumée, nos mariniers voulurent aller prendre provision d'eau d'un autre côté de l'île, auprès d'un autre village que celui avec lequel nous traitions, d'autant que le lieu semblait fort commode pour en puiser quantité. Les habitants de ce village, qui ne s'étaient point ressentis de notre venue et qui n'en avaient eu aucun profit, quand nos gens furent descendus en terre, se trouvèrent là tous en armes et les empè* chèrent de prendre de l'eau, disant qu'ils ne le permettraient pas, si on ne leur baillait de l'aident, tellement que nos mariniers furent contraints de s'en retourner sans rien faire. Ayant entendu et ne désirant pas user de violence, comme aussi ce n'eût pas été le meilleur procédé, vu le petit nombre de personnes que nous

étions, notre général bailla de Targent aux mariniers pour y retourner et pour payer les habitants; on leur donna environ cinq ou six écus et, lors, ils nous laissèrent prendre de Teàu autant que nous en voulûmes.

Ces tles sont grandement fertiles en fruits, en oranges aigres fort grosses et en petites oranges douces, en citrons de deux sortes, en cocos, bananes, miel, bétel, et en riz, qui, étant cuit, est de couleur violette. Durant tous les jours que nous fûmes à Tancre, nous en achetions plein trois ou quatre bateaux pour si peu de chose et de si peu de valeur que rien plus, à savoir de la petite clinquaillerie et autres bagatelles de Flandres. La chair n*y est pas si abondante, car ils la vendaient pour de Targent aussi cher ou plus qu*elle n*est en ce pays. Il y a pourtant force bétail, comme bœufs, vaches, chèvres, moutons, qui ne sont pas semblables à ceux de Ttle de Saint-Laurent, d*autant qu'ils ont bien la queue grande et lai^e, mais non pas ronde, et ressemblent à ceux de Barbarie. Il y a aussi quantité de poules, de perdrix, de tourterelles, de pigeons et d'autres espèces d*oiseaux. Je n*ai point appris que ces îles eussent autres richesses que des fruits, dont ils chargent des barques faites toutes de Tarbre de coco, à la mode de celles des Maldives comme je dirai ci-après, et ils s'en vont les porter à Mozambique, qui n'est qu'à soixante et dix lieues de là, et, en contre-échange, ils tirent ce qui leur est propre, comme du coton, des toiles, de l'or, de l'ivoire et d'autres choses semblables. Les Portugais de Mozambique y viennent aussi traflquer en même sorte. Tellement que ces tles sont grandement commodes à Mozambique et aux Portugais qui y demeurent, pour tirer des vivres, car le pays d'alentour [sur la côte d'Afrique] est fort maigre et stérile. Aussi j'ai appris dans l'Inde de tous ceux qui y avaient été et qui y avaient séjourné, qu'il y fait fort cher vivre.

Or, tout ce qui s'achetait par les nôtres de rafraîchissements, c'était au nom de notre général et aux dépens des navires, puis on départait les fruits à tous également; il n*était permis à personne de trafîquer en particulier, si ce n*est que, sur la fln, le général donna permission à tout le monde d'acheter chacun pour soi ce que bon lui semblerait par Tespace de deux jours seulement. Au reste, je ne puis omettre une chose bien rare que nous observâmes; car, étant en un bateau à une lieue de terre, retournant à nos navires qui étaient à la rade, nous vimes paraître sur Teau près de nous un poisson fort monstrueux. Nous n*en aperçûmes que la tête, qui avait la forme et la figure d'un homme, ayant vers le menton une certaine espèce de barbe, qui paraissait comme des ailes de poisson, et la tête un peu longue allant en pointe couverte d'écaillés. Comme nous voulions en approcher, il se plongea la tête dans l'eau, ce qui fit que nous vîmes une partie de son dos qui était écaillé; il ne reparut plus depuis.

Nous demeurâmes à la rade de ces Iles l'espace de quinze jours, et il n'est pas croyable combien ce séjour nous fut utile et commode. Tous nos malades du scorbut recouvrèrent leur santé et les autres eurent allégement, tant à cause du bon air, que des bonnes eaux et aussi des bons fruits. Car j'ai remarqué qu'en cette maladie du scorbut, qui est si fréquente sur la mer, il n'y a point de meilleure médecine ni de plus certaine que les citrons et les oranges et leur jus ; après en avoir bien usé, chacun en fit provision pour s'en servir au besoin. Enfin, nous fîmes voile le septième de juin 1602... et, le 21, nous repassâmes la ligne équinoxiale vers le Nord {Discotirs du Voyage des Français aux Indes Orientales ^ par François Pirard, de Laval, 1611, p. 2S-27; Voyage de François Pyrard de Laval y par Du val, géographe du Roi, 1679, ch. iv; et Hakluyt Society, The Voyage of François Pyrard de Laval to East-IndieSy t. I, 1887, p. 29-48).

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RELACHE AUX ILES COMORES DE L'AMIRAL G. SPILBERG (VOYAGE DES HOLLANDAIS AUX INDES ORIENTALES,

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