D'UN DES VAISSEAUX HOLLANDAIS QUI ONT ÉTÉ AUX INDES
SOUS LES ORDRES DE L'AMIRAL GEORGES SPILBERG, bu 1602.
En juillet 1602, le Bélier y Tun des trois navires de la flotte de ramiral Spilbei^, qui s^était séparé des deux autres dans les parages du cap de Bonne-Espérance, le 24 décembre 1601, et dont on n*avait plus eu de nouvelles depuis, rejoignit Tamiral en rade de Ceylan. Il s'était réfugié dans la baie de Saint- Augustin, sur la côte Sud-Ouest de Madagascar, après avoir subi une grande tempête, et il s*y était trouvé avec deux navires français de Saint-Malo, qui étaient également tout désemparés^
(De Constantin, Recueil des voyages de la Compagnie des Indes Orientales des Pays-Bas, t. IV, 1725, p. 71).
RELÂCHE DES HOLLANDAIS DANS LA BAIE D'ANTONGIL AU COMMENCEMENT DU XVII* SIÈCLE.
C*est dans la baie d*Antongil que les Hollandais ont fréquenté, y allant négocier pour acheter des esclaves et du riz. Ils y ont eu une habitation de douze Hollandais, qui, une partie, sont morts de maladie, pour le lieu qui est très mal sain ; les autres ont été massacrés pour avoir été trop insolents aux gens du pays.
1. Ces vaisseaux étaient le Croissant et le Cor6m,à bord desquels se trouvaient Fr. Martin de Vitré et Fr. Pyrard de Laval. Voir plus haut, p. 280 et 290.
Des douze, huit sont morts de maladies; les quatre restant
allèrent à la guerre pour Babecon [Rabekonana], le seigneur
du pays, qui, un jour, les mena combattre, avec 800 hommes en
oO pirogues, un Grand sur le bord de la rivière de Mananghare
[Mananara]. Ce Grand tint bon et défit les gens de Rabecon
[Rabekonana], qui fut contraint de se sauver avec tous les
siens et laissa là les Hollandais, qui furent pris par ce Grand,
lequel ne les voulut point maltraiter, d'autant qu'ils étaient
étrangers ; il leur remontra qu'il ne leur avait jamais causé de
déplaisir et il les pria de ne venir plus contre lui et qu'ils
laissassent faire ses ennemis qu'il ne craignait point. Et ainsi,
après leur avoir fait bonne chère, il les renvoya avec présents à
Rabecon [Rabekonana], mais auparavant les fit jurer qu'ils ne
viendraient plus à la guerre contre lui.
Quelques deux ou trois mois après, Rabecon [Rabekonana] s'en alla encore pour surprendre ce Grand et mena les quatre Hollandais avec lui, attaqua son village, lequel le repoussa vaillamment et le contraignit de regagner ses pirogues pour s'enfuir, ayant laissé plusieurs des siens tués, et les quatre Hollandais furent prisonniers. Ce Grand leur fit reproche de leur déloyauté et leur dit qu'il ne les voulait pas tuer, qu'il leur donnait la vie, et les fit jurer derechef de ne venir plus contre lui, d'autant qu'il craignait leurs armes, desquelles il ne se pouvait pas parer, si bien qu'après leur avoir fait promettre de ne venir plus contre lui, il les renvoya encore avec présents.
Étant arrivés à Ântongil, ils firent reproche à Rabecon [Rabekonana] de sa lâcheté de les avoir ainsi abandonnés ; il leur fît réponse qu'ils étaient bien maladroits d'avoir des mousquets et ne pouvoir pas tuer un homme, lequel s'ils avaient mis bas, ils seraient maîtres de tout et feraient un grand butin. Les
Hollandais lui dirent que, quand ce viendrait à se battre, qu'ils I. 21
leur montrassent le Grarïd et qu'ils tireraient sur lui. Si bien que pour la troisième fois ils s'assemblèrent encore et menèrent ces quatre perfides Hollandais, qui étant arrivés avec l'armée au village de Tennemi, ce Grand les repoussa comme de coutume, mais il fut tué d'un coup de mousquet. Ses gens, le voyant mort, prirent la fuite; le village fut brûlé et saccagé, et ses femmes, enfants et esclaves furent tués ou faits prisonniers.
Après quelque temps, ces Hollandais ont été tués par Rabecon [Rabekonana] à cause de leur insolence et de leur ivrognerie.
C'est ce que j'ai appris, étant en l'ile Sainte-Marie (Flacourt, Histoire de Madagascar^ 1658, p. 27 et 28).