INTRODUCTION XI
c nom! C*est que son auteur, Martin Behaim, interprétant mal c les récits de Marco Polo qui avait à tort décrit comme des c Iles ' les pays de Mogdicho (Madeigascar ou Mogelasio, suic Tant Torthographe du manuscrit original de 1298) et de Zan- « zibar, y a placé à sa fantaisie en plein océan Indien, auprès « d*an vaste promontoire qu*il fait saillir étrangement de la « cAte orientale d*Afrique, deux lies, Tune triangulaire, coupée c par le tropique du. Capricorne, qu*il a appelée Madagascar, c lautre plus au Sud et presque aussi grande^ qu'il a nommée € Zanzibar. Ces deux tle&, imaginaires comme tant d'autres c sur les anciennes mappemondes, ont chacune, par un hasard • singulier, trouvé peu après leur emploi. En effet, lorsqu*on c connut en Europe les découvertes faites par Diogo Dias d'une c grande terre située en face de la côte de Mozambique et par c Ruy Lourenço Ravasco d'une tle (Angoya) sur la côte du Zan- ( guebar, les géographes, n'y prenant garde, ont cru que cette c terre, qui était, en effet, sous le tropique du Capricorne, et c que cette île n'étaient autres que les deux tles inventées par c Martin Behaim, dont il a fallu toutefois modifier complètement c la forme, la position et la grandeur. Le nom de Madagascar, € appliqué à tort par Cantine et par Canerio en 1502 et par 4 tous les géographes qui les ont suivis à l'Ile que les Portugais € ont appelée île de Saint-Laurent, est donc une corruption du « root Mogdicho, nom du port le plus riche et le plus célèbre au c moyen âge de toute la côte orientale de l'Afrique » .
C'est en 1500 qu'a eu lieu la découverte de Madagascar parles Portugais '. Toutefois, onze ans auparavant, comme nous le
{.Les Arabes dont Marco Polo, qui n'est jamais venu en Afrique, tenait ses renseignements, emploient, en etfet, indifTéremment le même mot méùret pour lie et pour côte ou pour pays maritime.
1 Sonchu de Rennefort (Histoire des InàeSj i68S, p. 44) afiirrae, saxis en donner aucune preuve, que Tlle de Madagascar a été dépouverte par les
XII INTHODUCTION
verrons plus loin, Pierre de Covilbam, qui, parti du Portugal le 7 mai 1487, a visité successivement TÉgypte, la mer Rouge et la cdte de Malabar, puis en 1489 la côte orientale d'Afrique, a eu connaissance d*un groupe d*iles situées dans le Sud-Est de l'Afrique, que les habitants de Sofala lui ont signalé sous le nom d*!les Komr, c*est-à-dire d*tles de feu S II est probable que ce nom s*appliquait non seulement à l'archipel que nous dénommons aujourd'hui Comores, mais aussi i Madagascar.
C'est dans les ouvrages publiés au Portugal sur les voyages maritimes et les conquêtes des Portugais dans la mer des Indes pendant les xvi* et xvu* siècles, qu'on trouve les premiers renseignements sur la découverte de Madagascar. Les principaux historiens qui en ont parlé et dont nous allons donner les extraits qui y sont relatifs, sont :
Gaspar Cobbea', le secrétaire d'Alfonso d'Albuquerque, qui s'est embarqué tout jeune, en 1512, pour les Indes orientales et qui a écrit ses Ltndas da India ou Légendes de Vlnde au milieu du xvi* siècle ' ;
FcB5A5 d'Albcqcehqce, Gis naturel d'Alfonso d'Albuquerque,
Portugais en 1492» le jour de la fête de Saint- Laurent, et Lamartinière répète la même chose Dictionnaire^ 1741, é<!itîon de 1708, t. IV, p. 13). It est rraisembiabie que, voyant Ille imaginaire de lladagascar figurée dès 1492 sur le globe de Martin Behaim, ces auteurs ont cru que la décou> verte de celle à laquelle nous donnons aujourd'hui ce nom remontait à une date antmeure.
1. Le nom de Komr, que tous les auteurs ont à tort identifié avec le nom d'EI-Kamar lile de la lune;, est en réalité un mol de la langue des Makoa qui signifie £0 où -moro feu • parce qu'il j a dans l'une d*elles un Tolcan 'A. Grandidier, Hist. de la Gécjraphie de Mada^jascnr^ note 3, p. 15 .
2. Il existe à la Bibliothèque du Musée Britannique un manuscrit de 1516^ qui est le plus ancien de tous les ouvrages concernant les voyages maritimes des Portugais dans l'océan Indien, mais il ne parle pas de Madagascar.
3. On ne connaît pas la date exacte à laquelle Correa a écrit ses Ltndas,, OQ sait seulement qu*il était en train d'en faire une seconde copie lorsqu'il est mort en 1561. Ces Lendas, qui comprennent la période de 1497 à 1550, n'ont été publiées qu'en 185$.
Ouvrages ancitns concernant Madagascar, I. I, p. XII *'
JOAO DE BARROS
Historiographe des conqufies portugaises dans l'Océan Indien
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INTRODUCTION Xlll
qui a publié en 1557, sous le titre de Commentarios do Grande Alfomo d'Albuquerque^ Thistoire de son illustre père, le conquérant des Indes, d*aprës les documents originaux que celui-ci a envoyés au roi Dom Manoel pendant son gouvernement * ;
JoÂo DE Barros, qui, ayant été trésorier de la Casa da India de 1525 à 1528, s'est trouvé à même de réunir tous les documents nécessaires à Thistoire des conquêtes et dés découvertes portugaises dans la mer des Indes [Da Asia portuguesa) et qui, supérieur à tous les historiens de son temps par le style comme par la hauteur des vues, a, le premier, bien fait connaître les Indes aux Européens';
DioGO DO CouTO, qui a été nommé par le roi Dom Filippe I" Cronista da India et qui, chargé de continuer Tœuvre de Barros, a publié de 1602 à 1616 les huit décades de 1525 i 1614';
1. Né en 1500, Fernan d*Albuquerque est mort à quatre-vingts ans, ayant consacré sa vie à transmettre à la postérité les exploits de son père, dont le roi lui permit de prendre le nom. Il y a eu une seconde Aflition de ses œuvres en 1576, mais la meilleure est celle de 1774 *n 4 vol. in-8«.
t. Barros est né en 1496 et mort en 1570. Il fut d'abord gouverneur des •établissements portugais de la côte de Guinée. Il n'a publié de son vivant que les trois premières décades : la première, de 1495 à 1504, a («aruen 1552; la deuxième, de 1505 à 1514, a paru en 1553, et la troisième, de t315 à 1524, a paru en 1563; la quatrième, qui n'était pas terminée à sa mort, a été imprimée en 1613. Il y a une bonne édition du Da AsUi portuguesa de Barros, en 9 volumes, de 1778.
3. Diogo do Couto est né en 1542 et s'est embarqué en 1556 pour l'Inde, où il a guerroyé pendant huit années. Après être revenu dans son pays et T avoir passé quelque temps, il retourna à Goa, où il épousa Luisa de Mello. II était à même de bien connaître les événements dont il avait à faire le récit, puisqu*il avait visité l'Afrique et les Indes orientales. II a d'abord publié en 1602 la quatrième décade (de 1525 à 1534) et la dixième (de 1585 à VM , en 1612 la cinquième (de 1535 à 1544), en 1613 la huitième (de 1565 h 1574), en 1614 la sixième (de 1545 à 1554) et la neuvième (de 1575 à 1584), en 1616 la septième (de 1555 à 1564), et il a fini par les onzième et douzième. II y a une bonne édition du Da Asia portuguesa de Diogo do Couto en (3 roiumes, formant avec les 7 de Barros un total de 20 volumes, qui ont f^ni de 1778 à 1788.
XIV ^^'Troduction
Fernando Lopes de Castanheda, qui a publié en 1SS2 une Historia de los descobrimenlos e Conquista da India pelos Poriugueses^ très estimée, quoique inférieure i celles de Barros et de Diogo do Couto, et qui a été traduite en plusieurs langues, notamment le premier livre traduit en français par Nicolas de Grouchy en 1853';
Manoel de Faria t Socsa, qui est Fauteur d'une Asia portuguesa en trois volumes (1666)*;
Jérôme Osorio, plus généralement connu sous le nom d*Hieronymus Osorius, qui était évêque de Sylvès dans les Algarves et qui a donné une Vie du roi de Portugal Emmanuel en latin , De rébus EmmanueUs (1574), qui a été traduite en portugais en 1804 sous le titre Da vida del Rei Dom Manoel*;
Antonio GalvIo, auquel on doit un Traêado dos descobrimenlos antigos e modernos (1651)*;
Enfin Fray Antonio de San Roman, qui n*a guère fait que copier
1. Castanheda est né au commencement du xvi« siècle et est n^ort en 1559. 11 a suivi aux Indes, en (528, son père qui était premier auditeur à Goa et, pendant vingt ans qu*il y a demeuré, il s*estlivréà des recherches sur rhistoire des conquêtes portugaises, dont il a tiré parti plus tard, lorsqu^il occupait la modeste place de bedeau dans une des églises de Goïmbre.
2. Faria y Sousa est né en 1590 et est mort en 1649. Son Asia portuguesa fait partie d'un vaste ouvrage qui comprend l'histoire de Tempire portugais dans toutes les parties du monde et qui n'a été publié qu^après sa mort. UAsia portuguesa a paru en 1666, VEuropa portuguesa en 1667 et VAfUca portuguesa en 1681 ; ï America portuguesa est restée manuscrite.
3. Jérôme Osorio est né en 1506 et est mort en 1581 . — Damian de Goes, mort vers 1560, qui a été grand historiographe du Portugal et qui a eu des missions importantes du roi Jean III, a aussi écrit une Chronique du roi Emmanuel, mais il n'y parle pas de Madagascar.
4. Antonio GalvSlo est né au début du xvi« siècle et est mort en 1557; il a été gouverneur desMoluques en 1538. Son histoire des découvertes portugaises jusqu'en 1550 a été publiée pour la première fois en 1563, après sa mort, et est assez estimée; elle a été réimprimée en 1731. Hakluyt en a donné une traduction en anglais en 1601.