‹ Collection des ouvrages anciens concernant MadagascarChapitre 97 sur 117 · Voir les récils originaux p. 10-11, p. 23-32 et p · texte numérisé non relu

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pirogues, armés d*arcs et de flèches; vingt-cinq d*entre eux montèrent sur le navire de Soares, qui leur donna quelques vêtements et les fit boire et manger, mais personne ne comprenait leur langage et on ne pouvait s*entendre avec eux que par signes. Ces indigènes regagnèrent leurs pirogues et les Portugais crurent quils s*en allaient contents; mais, arrivés à une petite distance du navire, ces hôtes ingrats envoyèrent à bord une nuée de flèches en guise.de remerclments; Tamiral les pourchassa à coups de canon, et, d*autres insulaires étant venus à bord du navire de Freire, celui-ci dûment averti se saisit de vingt-huit d*entre eux. Puis les Portugais continuèrent à longer la côte; mais lorsque, arrivés dans un autre endroit, ils voulurent faire de Teau, ils furent surpris traîtreusement par les indigènes et durent regagner rapidement leur vaisseau, d*où ils tirèrent sur eux; ils en blessèrent et tuèrent un grand nombre et mirent les autres en fuite.

Les Portugais virent par là qu'ils avaient affaire à un peuple sauvage. Quand ils eurent doublé le cap Sud, ils reconnurent alors seulement que c'était une ile.

Ces navires rentrèrent peu de temps après à Lisbonne. Le roi Emmanuel, ayant eu par leurs capitaines des informations sur cette Ile si grande et si riche, ordonna a quelques-uns de ses marins, notamment à Jacques Sequeira et à Tristan da Cunha, d'aller explorer l'Ile avec soin et de se renseigner sur ses productions naturelles.

Cette même année 1506, un des capitaines de Tristan da Cunha, nommé Rodrigues [Ruy] Pereira, fut obligé par une tempête de relâcher sur la côte orientale de Madagascar, dans un beau port appelé Matatana [Matitanana] , où il trouva près d'une rivière, dans un canot, dix-huit indigènes, qui portaient aux poignets des bracelets en argent et qui avaient avec eux du gingembre et des clous

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de girofle ; il en saisit deux par surprise et les amena à lamir&l Tristan da Cunha qui était à Mozambique. Celui-ci se décida surle-champ à se rendre avec toute sa flotte au port de Matatana [Matitanana] , mais, la saison étant avancée et la mer grosse, il atterrit sur la côte occidentale de Ttle, dans une baie à laquelle son flls Nuno da Cunha donna le nom de sa fiancée Dona Maria da Cunha, mais que d'autres appelèrent port de la Conception parce qu'ils y arrivèrent le 8 décembre, qui est le jour de la fête de la Conception de la Vierge Marie.

L'amiral, ayant mouillé dans ce port, fit mettre h terre un Arabe nommé Bogima, qu'il avait amené avec lui de Mozambique et qui parlait la langue des insulaires, et il fit dire aux habitants du pays qu'il venait pour nouer des relations amicales avec eux. Ceux-ci eurent tout d'abord l'air de conduire Bogima chez leur cheik, mais peu après ils tombèrent sur lui à coups de bâtons parce qu'il amenait à Madagascar des étrangers. L'amiral fit alors tirer sur ces sauvages qui furent contraints de le lâcher.

Voyant qu'il n'y avait rien à faire en cet endroit, les Portugais se dirigèrent vers le Nord, neuf milles plus loin, sur le bord d'une rivière où ils surprirent une ville populeuse dont ils firent prisonnier le cheik, qui était le maître du pays. Ce chef conduisit Tristan da Cunha dans une baie où il y avait une île très peuplée [Nosy Langany ou Manja] et où débouchait une grande rivière que les habitants appelaient Lulangane [Langany ou Longaina). Cet Ilot était habité par des Arabes qui étaient moins sauvages que les autres insulaires, mais, dès qu'ils virent arriver les navires, ils se sauvèrent à terre avec leurs pirogues: les Portugais s'emparèrent de la ville dans laquelle ils trouvèrent encore plus de 500 femmes et enfants et vingt hommes, y compris le cheik ou chef, qui était un vieillard très ftgé. Les autres habitants s'étaient enfuis; plus de deux cents d'entre eus

s*étaient noyés dans leur hftte de gagner la terre ferme. Le lendemain, Tristan da Cunha envoya le cheikvers ceux qui s'étaient enfuis et leur fit offrir la paix; ils revinrent alors chercher leurs femmes et leurs enfants et firent hommage à Tamiral de cinquante vaches, vingt chèvres et beaucoup de cerfs [!], ainsi que de riz et de fruits divers.

Les Arabes lui dirent qu'il n*y avait pas de mines d'argent sur cette c6te occidentale, mais que dans le Sud il y en avait en grande quantité. L*amiral ne les voulut pas croire et il continua sa route vers le Nord, jusqu'à une autre ville appelée Çada [Sada ou la moderne Anorontsanga] , qui comprenait beaucoup de maisons en paille et à laquelle il fit mettre le feu. Il navigua alors vers la pointe septentrionale de l'Ile, où il arriva le jour de Noël; c'est pourquoi il lui donna le nom de cap Natal. Les vents contraires, qu'il trouva dans ces parages, ne lui permirent pas de doubler ce cap et de gagner la côte orientale. Comme il désirait cependant beaucoup aller au port de Matatana [Matitanana], car il était persuadé qu'il y trouverait des clous de girofle, du gingembre et de l'argent, il revint en arrière dans l'espoir de pouvoir contourner l'tle du côté de l'Ouest; mais une tempête et un vent violent jetèrent une nuit le navire de tête, que commandait Rodrigues [Buy] Pereira, sur un haut-fond rocheux où il se perdit ; par un miracle, le mattre d'équipage, nommé Pilet, et treize matelots réussirent à se sauver. Le lendemain, lorsque l'amiral eut connaissance de ce désastre et vit quels dangers il courait, il n'eut plus envie de continuer l'exploration de Madagascar et il s'en retourna à Mozambique, sans avoir rien fait. Un de ses capitaines, nommé Johann Gemetz di Breo [Jean Gomes d'Abreu], qui avait été séparé du reste de la flotte pendant la tempête dont il vient d'être question, réussit & doubler le cap Nord et vogua vers le Sud, jusqu'au fleuve et

port de Matatana [Matitanana] , où il jeta lancre aCn d'y faire sa provision d'eau. Les habitants arrivèrent en foule dans leurs pirogues et se montrèrent très aimables à son égard, lui fais&nt toutes sortes de signes et lui offrant du poisson, des ignames et des patates, ainsi que des cannes à sucre.

Jean Gomes d'Abreu fut tout réconforté à cette vue et ordonna au maître du navire, qui connaissait beaucoup de langues, de<le>cendre dans Tun des canots des indigènes et d'essayer de parler avec eux aCn de prendre des informations. Mais, dès q\x\\ eut mis le pied dans le canot, les indigènes se dirigèrent à grands coups de rames vers la terre. Le capitaine ayant promptement perdu de vue le maître, et justement inquiet, fit mettre àTeau une chaloupe, prit quelques pierriers et vingt-quatre hommes e! se mit à leur poursuite. En arrivant près de la terre, il vit que les insulaires revenaient avec le maître d'équipage, qui lui fit signe de ne pas tirer, car les habitants s'étaient montrés trè» bons à son égard.

Lorsqu'ils se furent rejoints, le maître raconta au capitaintf que les indigènes l'avaient conduit au roi, qui l'avait reçu fort amicalement, lui avait offert une chaîne, un bracelet et des anneaux en argent et l'avait chargé de prier le capitaine de venir aussi lui faire visite. Jean Gomes d'Abreu descendit donc à terre, où il trouva le roi qui était venu à sa rencontre jusque sur le rivage et qui lui fît préparer un bon repas, le traitant avec la plus grande amabilité.

Au moment où le capitaine se disposait à regagner sod navire, un orage terrible éclata tout à coup et les vagues vinrent se briser avec tant de violence contre la côte que, pendant quatre jours, il fut dans l'impossibilité de mettre son canot i la mer. Les gens de l'équipage, qui étaient restés sur le navire au large, crurent, en ne le voyant pas revenir, qu'il

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avait péri, et, étant partis quoiqu*ils n*eussent à bord ni maître ni pilote, ils finirent par gagner Mozambique.

Jean Gomes d'Abreu chercha partout sur la c6te son navire et, ne le trouvant pas, il revint vers le roi qui Taccueillit avec beaucoup d*amitié et chercha à le consoler, mais inutilement, car il ne cessa de pleurer et de gémir et fînalement il mourut de chagrin; huit de ses compagnons moururent aussi; les autres, s*étant embarqués sur le canot à la grâce de Dieu, rencontrèrent par un heureux hasard le navire de Luca da Fonseca et purent regagner la flotte à Mozambique.

Ainsi, dès le début, les Portugais eurent peu de chance dans leurs explorations à Madagascar; aussi ne prirent-ils pas dans la suite beaucoup de peine pour étudier cette tle, de sorte qu^elle continua à rester à peu près inconnue des Européens.

Chapitre X. — Ce qu'ont fait les Hollandais dans l'Île de Saint-Laurent. — Avant de terminer la description et l'histoire de l'île de Madagascar ou de Saint-Laurent, nous dirons quelques mots des voyages qu'y ont faits, il y a quelques années, les navigateurs hollandais et de ce qui leur y est advenu K

Le 10 mars 1595, deux cent cinquante Hollandais s'embarquèrent à Amsterdam sur quatre navires appartenant à des marchands et firent route pour les Indes orientales. Le 3 septembre, ils virent à l'horizon la terre de Madagascar, ce dont ils furent très réjouis, et ils se hâtèrent d'y atterrir, car ils avaient beaucoup de malades à bord et tout le monde avait bien besoin de repos et de vivres frais. Après avoir dépassé le cap Saint- Augustin [pointe Sud-Ouest de Madagascar ou de Fenambosy], ils descendirent à plusieurs reprises à terre, mais les indigènes leur flrent un mauvais accueil.

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