Tome 111,5^. Partie
'3' j> ce n'est point pour les exécmer qu'on demande de 9 pareiHes lois ^ -que leur existence rend leur esdcu* 9 fioii inutile ; qu'armée de plus de force, Tauiorité 9 sera moins souvent dans le cas d'y recourir , et 9 qu'on a toujours vu que les gouvememens sont • d'autant plus doux , qu'ils ont plus de moyens d'être 9 arbitraires, n
Toulon^nous entendre pour la centième fois toutes ces Imites choses ? Choisissons les hommes qui nous les ont dites sans interruption depuis vingt-cinq ans. Notre espérance ne sera pas trompée* Nous pouvons è\re sûrs qu'ils notis les rediront.
Avant néanmoins de nous décider , voyons oti ces choses nous ont conduits toutes les fois qu^oo nous les a dites.
Si f depuis la révolution , la France a dû être seov/e par des lois d'exception et de circonstance, certes jamais pays ne fut sauvé plus souvent. Toutes lès lois de ce genre, qu'on a demandées i ceux qui nous re* présentaient , ont été votées. Il n'y a pas d^exemple qu'une assemblée se soit refusée aux raisonnemens , et sur«tout aux métaphores que j'ai rapportées. Une seule a résisté (i). Toutes les autres ont livré an gouvernement^ quel qu'il fût, la constitution pour la g;iraniir du dangf r d'être observée»
f^Ile qu'on a nommée de l'an 3 a été seconrne, nicme avant sa naissance , par la loi du 3 brumaire , qui suspendait plusieurs de ses articles^ et vera sa chute par ta loi des otages qui l'anéantissait. Celle qu'on a nommée de Tan 8, a eu pour appuis les mises hors
(f)L« cU9nn\fre de> représeotans cU j8i5.
de la coDStitulion, les tribunaux spéciaux ,]es sénatusconsultes organiques. Les lois de circonstance n'ont donc manqué ni h ia constitution de l'an 5 , ni à la constitution de l'an 8.
Si Perffama âextra Defendi postent , etiatn haû defensa JuUsent,
Elles ont disparu toutes les deux.
Je suis loin de penser que le même péril nous menace. Notre charte est meilleure que nos constitutions précédentes : et je ne compare point nos ministres aux gouvernans inexpérimeniés , ombrageux , maladi^oitSt divisés, que nous avons eus si long- temps.
Cependant, quand une chose essayée par beaucoup d'hommes réussit toujours mal. il devient probable que la faute en est moins à la malhabiletc des hommes qu'à la nature de la chose même.
Reproduire des idées générales sur l^s lois de circonstance , serait répéter ce que tout le monde sait par cœur. Depiuis qu'on en souffre , on a eu tout le temps de compléter ses méditations et de varier ses plaintes» Je ne pourrais trouver, à ce sujet, une phrase que je n'aie écrite vingt fois sous tous les régimes. J'aime mieux passer tout de suite aux applications particulières, et laissant de côté tout le passé jusqu'à ce jour, examiner quel effet aurait «à l'avenir la prolongation des lois de cette espèce , si les députés que nous allons nommer donnaient aux partisans de ces lois une ma-* jorité contre laquelle se briseraient les raisonnemens et les expériences.
VI. Nos lois d'exception sont au nombre de quatre : la suspension delà liberté individuelle, l'arbitraire sur
lod journ&ui , lu loi §m la preMe^ et lu er^Atton âe$ | Couri prdvoittle». Cur je place pfirnii le» loii d'exception lu loi «ur b preifie , bien qu'elle ait é\é présenicf eomme permanente ^ parce qu'il est clair» d'aprè» ce qui a'cAt paiié récemment ^ et auaii d'apréa les eipli* eation» in»ëréei preique officiellement dan» leMoni"' Uur^ que cette loi a manque aon but, et qu'elle doit être entièrement refondue. Je place auft^i dans cette catégorie l'ëtabliaiement dea Court prëvotalea , biea que permii par la Charte | parce que ce» Coura sont de» tribunaux extraordinaire» i et reposent sur le principe de» loi» d'exception.
J'ai déjà dit que je laissai» de oâté le passé i et en efl'et je ne prétend» nullement examiner si le ministère a fait ou non | 4^ les pouvoirs extraordinaires i un usage modéré.
Mon désir n^est point d'attaquer des hommes ^ et j^aime toujours à raisonner d'après la supposition la plu» favorable. Mais je demanderai , et j'en appellerai eu ministère I si toutes les fois qu'il s'est prévalu àm la prérogative inquiétante que lui conférait la aua-> pension de la liberté individttelle , ii n'a pas démâlë, dans l'opinion ^ un sentiment ,de peine et d'alarme ^ a'il n'a pas aperçu que ce sentiment ne s'apaisait point s même quand l'objet d'une sévérité non motivée était rendu k la liberté. Ce sentiment n'aurait pas existé ^ si la marche légale eût été suivie.
Quand on a'en tieet aux lois ordinaires i un détenu peut être absous | et le ministère est toujours ocd»4 avoir i^mpli son devoir. L'arrestation n'est qu^un accident inséparable de la condition sociale. Pourvvs^ t|u'uue autre eoûdition loçlale «oit remplie ^ celU el«
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laisser vêrifter les fails par les tribunaux , raûtorîtë De peut être blâmée d'avoir voulu que les faits fussent vérifiés. Mais les détentions arbitraires ont cet inconvénient pour Fautorite, que leur réparation même ressemble à un tort, parce que Te public condtit de leur cessation à leur mutilité.
Pourquoi donc blesser rôpinloo par des mesures inconstitutionnelles quand les lois suffisent ? Bien que la suspension de la liberté indîvlduelte confère aux ministres le droit dVrreslatlbn saifs causes connues , elle ne leur donne pas celui d'arrestation sans causes réelles. Or , ces causes réelles doivent être des comroéncemens de preuves. Pourquoi ne pas soumettre aux tribunaux ces commencemens de preuves ? Est-ce pour ne pas avertir les complices? Mois ils sont avemîs par rarrestatloiï , sans motifs exprimés y comme Us Ta seraient par Parrestation motivée. Est-ce pour ne pas laisser aux suspects le moyen d'achever le crime? Mais Fautorlte qui îes surveille peut les saisir, avant qu'ifs B'aient fait un pas pour l'exécution. Est-ce pour se dispenser de la surveitlarK^e ? Sans doute , on n'a plus besoin d^observer ceux qu'on enferme. Mai& Il est beau dans les ministres, de sacrifier leur repos au nôtre, et sûrement iîs ne voudraient pas nous enlever nôtres liberté, pour se reîâcber de feur vigifance.
N'est-ce pas de plus donner aux gouvernés une dangereuse idée dé la faibfesse d'un gpuvernement , que de le feur peindi^e comme en périf par la libèrie précaire d'un individu déjà suspect, suivi dans ses démarches , entouré de témoins invl5lbles, et contre lequel toute la force Sioclalë est ea armes? Croil^ock
que cet aveu de faiblesse encourage la fidélilé ? Il invlic au contraire , it sollicite la défection.
(( Je ne connais pasles faits particuliers, d dira-t-on , «c je ne puis juger du mal que celte loi d'exception a 9 empêché. C'est précisément ^on existence qui a pu Ji en rendre l'application modérée. » Où nous conduit % ce raisonnement ? à consacrer les lois d'exception dans toutes les circonstances : dans les temps calmes, parce que la crainte de ce pouvoir prévient le désordre ; dans les temps orageux 9 parce que l'exercice de ce même pouvoir rétablit le calme. Autant vaut dire que * nous ne sortirons jamais de ces lois , invoquées tourà-tour comme précaution et comme remède.
Il n'est guères besoin de parler de la loi sur la press.e. Encore une fois, le passé m'est étranger, et bien que je pusse argumenter de ce que^ les jugemens pronoiicés ne sont pas définitifs , je ne veux traiter en rien la cho6e jugée. Mais si la chambre prochaine n'apportait à la loi existante les changeraens démouiré:^ indispensables par la nature même des explications données dans les journaux , si elle n'introduisait le jury dans tout jugement sur les vécrits et les écrivains, c'en serait fait de toute possibilité d'iai-' primer. Vainement ferait-on valoir que les principes favorables à la liberté de la presse sont universellement reconnus, comme je ne sais quel personnage de comédie disait à ses créanciers, qu'il aimerait mieux :ie les payer de sa vie que de nier sa dette un seul jour. Vainement nos magistrats chercheraient, par quelques paroles adoucies, à faire illusion sur les conséquences des maximes qu'ils auraient posées. Ces
«parofes sans effet contrasteraient bizarrement avec cbacoo de leors actes: ils auraient beau reconnaître avec une candeur méritoire leur ineipérience dans ks matières que le gouvernement les a chargés de traiter , ils seraient bientôt ramenés , malgré eux y dans la route qu'ils auraient tracée, et paraîtraient seulement avoir remplacé la menace par le persiflage, . n'avoir rendu hommage à la vérité que pour la mieux méconnaître , et s'être repenti de leur repentir.
j^n moment oix fut adoptée la loi destructive de toute liberté des jotirnaux , j'avais prévu qu'on abiiserait plus souvent de cette loi que de celle qui suspendait la liberté individuelle, et que les veiations étant plus obscures et paraissant moins importantes , seraient plus nombreuses. Les chambres auront à rechercher si le gouvernement y a gagné 9 si sa dignité s'est accrue par cette censure , dont les censeurs euxmêmes gémissent tellement , qu'on ne peut leur refuser sa pitié, quand on les voit , attristés de leurs fonctions, en rejeter l'odieux sur ceux qui les emploient, et se consoler d'être les agens de l'arbitraire , en se disant meilleurs que l'autorité (1).
Je ne m'éteudrai point sur l'înéviiable puérilité de chaque mesure de ces autorités subalternes. Je n'en-
(i) Ce qne je<iis sar les înconvéniens de la censure des journaux me parait être d^aatant plus fondé , qne je me croîs , de tous les écrîvaîiis qui ont publié des articles de jonroauz dans ces derniers temps , celui que cette censure a traité avec le moins de séT«5rité. Aussi y en m^éleyant contre les fonctions , je suis loin de vouloir rien insinuer contre les personnes , parmi lesquelles je connais plusieurs littérateurs distingués. Mais j^ai fait Texpérienee des iMimes nécessaires de leur libéralité d''opinion. Le désir de con- Baiire par moi-même cette partie curieuse de notre administra-
trera! point dan» le détail de ces ordres donnes pour qn'on ne parle pas de ce dont tont le monde s'entretient i puis de ces ordres intimés ensuite pour que les preroiera ne soient pas connus^ puis de ces ordres supplémentaires défendant de publier la dcfonse faite de parler de la défense reçue. Je tairai ces efforts infructueux pour travea* tir en actes volontaires la soumission qu^on commande ^ cette proscription du moindre signe des suppressions qu'on exige ) cette terrent des points , ce dénombrement
tion Itllëralre • élë num unique motif, quand }^ me futi aifoeté k la rédaction du Mercure, Maintenant Veiférience fst faîte , «t }e déclare que tout ce que les dëfenâeurs de la liberté due jourtianx avalent prédit , dans la sessiop dernière , s^est vérifié soui toua les rflp|)ort4.
J'ajouterai cepmidant par esprit de iM^Kice, qacle ministère ac-* tnel n'a prc^rpic JAinai» f/iît de non empire sur tes journaux qu^un iisflge nég/itif. 11 n prescrit k fcn écrivains de ne pas attaquer ceu« auxquela il était interdit de se défendre ; et quand t( a cru néaesaaire de cnmmaodcr un écrit , il a enjoint la mesure et mémo Im |)olitf!Me (*) ; r'çni ce qui eat arrivé h mon égard , dans les articles puY)Iiés contre mei qucfllions aui' la législation de la prease , et j'ai été d^outant plus aena iUe â ce procédé , que j^avats vu la proliltii* tion écrite df* ne rien innérer fur cet ouvrage dana les fiiuilles quolidlenncff. Maîa il y a pourtant quelque chose 4^étrange dans une argiirnrntnifon dirigée contre un écrivain qui ne peut paa répliquer un mar. Je tiw aouvicna que dana un autre temps un homme qui aimait fort k parler aeul eu public , commençait oalvement par dire a ce tix qu'il voulait accabbr de son éloquenco » ne me répondes pttn. Puis venait le monologue le plus animé» danS lequel , 'pour compléter la bîsarrcrie y la forme favorite était rinterro^Uoo. Il fallait ^tre un courtisan bien diad^iliné pour ne pas sourire»
Ajoutons que les ménagemctis itue l'un obMTve aufourd^hut , tenant aux hommes • et pouvant être abiuréa par d'autres hommoa , il eat bon de considérer que , lorsque tes journaux sont ainai aoumk
(*) On \*%\K bien que c« paMa^esl ani/rie*iraax artides ioséfél et ai'A
des mots, cette crainte d'avouer ce qu'on fait, délaisser des traces de ce qu'on veut ; singulier spectacle d'une aatorité qui , par de bons motifs sans doute , mais entraînée par ces motifs même dans une route où elle, ne saurait que s'égarer y se condamne à combattre corps à corps quelques journalistes enchaînés, est prise au dépourvu par les plus adroits d'entre eux , ne peut réparer ses inadvertances que par des veia* lions , ne sait à quelles représentations entendre , quelles directions donner , et rappelle par cette lutte étrange les tatonnemens.du géant aveugle auxquels ses
« Vantorîté , ik peuvent devenir un instrument terrible contre les individus , et accréditer les faits les plus faux et les calomnies les plus absurdes* Nous avons vu sous d^autres régimes des femmes dis* tingnées , en batte à des assertions qu^elles ne trouvaient aucun moyen de faire démentir. Nous avons vu un littérateur célèbre , M. de Labarpe, repi*éscnté en public comme en démence , sans qu'il pût insérer dans un journal une ligne en réfutation de celte imposture. La diffamation peut ainsi aller de front avec Tarrestafion ou Texil. Je me rappelle que lorsque Ressayai dans le tribunal de combattre Je système qui a perdu la France , ou voulut ôter à mes raisonne mens le poids que la vérité pouvait leur donner^ en faisant imprimer dans les journaux que j^étais étranger , et que je' n'avais point de propriété en France. J'étais Français , et fils d^un père Français comme religionnaire. J'^avais déjà près de Paris , et à Paris 9 des propriétés. Tous les habitans de mon département m^avaient vu babitcr ces propriétés , et exercer depuis plusieurs innées des fonctions qui. constataient mes droits. Mais Passert ion des journaux ne pouvant être contredite , diminuait le poids quel* conque qu^auraient eu des paroles raisonnables , et lUntention était remplie. Ce qui s^est fait contre des individus réduits au silence pourrait se faire aujourd^bui , si le ministère le voulait ; et comme le minifitère est une cbose amovible , ceux m/^mes qui comptent les hommes pour tout , et les principes ponr rien , doiveat craiaUr« un pareil dang(;r«
optîfs échappaient ! Si ces mesures se perpétuent y qu'en résuliera-l-il ? le mépris de ce que les journaux disent, le doute sur les faits, la défaveur pour les raisonnemens, l'odieux dans les attaques^ le lidicule dans les éloges. Le public repoussera ce que lui présenteront ces journaux esclaves , pour arriver ^ s'il le peut, à ce qu'on voudra lui dérober. Son étude sera de découvrir dans chaque phrase ce qui aura éludé la sorveillance.
On médira peut-être, comme à l'occasion de la liberté individuelle y que je ne sais pas à quels excès la loi d'exception sur les journaux met obstacle , et l'on se croira fort , en combattant les faits par des hypothèses. J'admets l'assertion , parce qu'il ne m'est pas donné de la vérifier. Mais je pense encore que le bien qu'on a cru atteindre est trop chèrement acheté. Avant l'organisation régulière des répressions légales que nous demandons tous , quelques individus auraient souQert delà licence des journaux. J'aurais été probablement de ce nombre^ et si par hasard quelque homme puissant jette les yeux sur ces pages ^ il m'accusera d^ingratitude pour un bienfait que je n'ai pas demandé. Mais il vaut mieux subir ces iocouvéniens, que nuire au peuple et au gouvernement, eu restreignant la liberté de l'un et en rabaissant la dignité de l'autre.
Je m'abstiendrai de toute remarque sur les jugcmens des Cours prévotales. Les faits particuliers me sont inconnus. Je ne parle d'ailleurs que pour l'avenir. Des jurés n'ont-ils pas un intérêt pressant à la punition dés attentats qui menacent les propriétés et le
gonvernement qui les garantît? Les Ibrme^ militaires dirigées contre des coupables dispersés , sans moyens^ sans réuoioo, sans chefs, sans appui, ne sont-elles pas un luxe de sévéiité? La conscience publique ne sera-t-elie pas plus satisfaite, quand elle verra les formes conservées avec toutes leurs lenteurs protectrices? N'est-elle pas toujours froissée , quand elle aperçoit parmi les juges des hommes dont le vêlement seul annonce qu'ils sont voués à l'obéissance? Est-il bon y est-il équitable de soumettre les délits politiques à des guerriers nourris sous la tente et ignorans de la vie ci* \ile ? Enfin j si les tribunaux ordinaires apportent dans leurs sentences un peu moins de rigueur, y aura -t -il un grand mal à ce qu'ils ne condamnent les enfans de seize ans et demi qu'à la détention perpétuelle (i)?
Que le ministère ait ou n'ait pas abusé des lois d'exception, me semble importer peu, et je reconnaîtrai, si on l'exige , que je ne sais point s'il en a abusé. Ce qui m'importe ^ c'est qu'on reconnaisse désormais qu'il vaut mieux , pour la France et pour le gouver^
(i) Je ne prétends point par ces paroles juger un jugement dont je ne connais point les motils , ni inculper un tribunal dont j^ignore les procédures ; c^est contre la rigueur dé la lot et la nature des formés que je m'^élève. Si , comme je dois le supposer, les juges n'ont fait que suivre à la lettre une loi rigoureuse et rapide , il est clair qu'il faut la cbanger. A aucune époque , chez aucun peuple , un enfant de seize ans etdemi n''a mérité la mort , sur-tout quand il s^agit d^ opinions politiques ou d^actes séditieux qui tiennent à ces opinions. Un eofant de seize ans et demi n^a point d''opinions , il n'en comprend aucune-^ il ne professe que celles qu'on lui dit de répéter ; il ne commet d^actions que celles qu^on lui fait commettre. Ce qu'ail faut alors pour empêcher le mal qu'il peut faire .-> c'est le renfermer et Tinstruire , mais ce n'est pas le tuer.
Bernent , que les fois d'exception n'éxisteot pas. Uopî* mon sera plus unanime. De fâcheuses irapressions ne troubleront pas les esprits» Il n'y aura pa» uoe sorte d'impaiience contre ces lois perpétuellement detnaudëes, au nom du salut public y depuis vingt-huit ans. La malveillance ne trouvera point, dans leur proloagalion, des occasions trop faciles de rapprochemens.* défavorables. Car, enfin , que répondre k cette malveillance , quand elle compare nos lois d'eiception à des lois, qui existaient à d'autres époquts? Sous plus. d'un gouvernement, maintenant renversé^ ro0 pouq voit enchaîner la presse , supprimer les journaux , arrêter les citoyens sans les faire juger , ou les. traduire pour les faire juger devant des tribunaux extraordinaires. Ne sera*ce pas un heureux moment pour le ministère que celui oii il abdiquera ces prérogative» de triste mémoire?
Toutes nos autorités précédentes se sont mal trouvées de ces voies extra^constitutionnelles ; et no hocume dont l'opinion sur la légitimité n^est pas suspecte , M. de Yillèle, a dit à la tribune que la légitimité sur le ^r Ane ne pouvait donner eeule à nos institutions la force de résister à des causes destructives de tous lesygoupernemens. Or , les lois d'exceptiou sent des causes destructives de tous les gouvernemens. Elles les ont tous perdus jusqu'il ce jourjltie faut parles choisir pour maintenir le nôtre. La force d^une constitution est dans l'attachement du peuple. Un peuple ne s'attache k une constitution que par la jouissance. Il ne croit point à une constitution dont il ne jouit pas^
YII. En présentant , sur les* lois d'exceptiio& ^ les
tansidérations qae l'on vient de lire, je n'ai eu pour ^butdlnculper personne. Mais recherchant dans quelle nuance d'opinion les électeurs qui vont s'assembler doivent choisir nos reprësentans , j'ai dû prouver que les lois d'exception étaient un mauvais système ^ pour arriver à la conséquence qu'il faut nommer députés des hommes opposés a ce système. Si nous choisissons les partisans , nous ne sortirons pas de la route où ils sont accoutumés à marcher. Us arriveront avec leurs locutions consacrées , louant les principes, écartant leurs conséquences j admirant la règle , appuyant sa violation , éruditsdansl'apologie de l'arbitraire, apôtres doucereux de la rigueur^ et légitimes héritiers de nos légblatures successives, dans ce qu'un noble Pjiir ap{)elait y avec une vérité piquante , l'oraison funèbre de la liberté. Us seront dirigés , je veux le croire , par les meilleures intentions du monde. Ce n'est point leur moralité y ce sont leurs lumières dont je doute. Us sont convaincus qu'un état ne saurait supporter la liberté ; et quand l'état s'écroule au milieu de toutes leurs me« sures vexatoires, c'est encore le trop de liberté qu^ls en accusent (i).
{x) Dorant notre longue et triste révolution , beaucoup d^hommes ê^obstinaient k voiries causes des ëvënemeDS du jour dans les actes de la veille. Lorsque la violence , après avoir, produit une stupeur momentanée I était suivie d^une réaction qui en détruisait reffet»' ils attribuaient cette réaction à la suppression des mesures violentes, au relàcbement de Tautorité (*) i mais il est dans la nature
t*) Lu autears des ^ragonadea faisaient le même raisooiiement ton» LoQÎs XIV. Lors de rinturrection dei camizards , dit Rhulières {£clair^ eissement sur VEdit de Nantes , 1 1 , 17S ) , le parti qui avait sollicité la penecntien des religioanaircs | prétendait que la révelts des caai«
La qiieMÎon Ae rédmi donc à ce$ termes : Veot-on <|U0 le» lois d'exception soient maintenues^ que la liberté de chacun soit un bienfait des ministres, que la liberté de la presse aboutisse â la suppression des livres et h la prison des écrivains? Veut-on que les journaux ne rapportent que ce que Tautoritë désire qu'on croie f Veut-on la prolongation des tribunaux extraordinaires ? qu'on choisisse des hommes de la seconde nuance. Ce qu'ils ont fait , ils le feront toujours; ils sont en permanence contre les |>riucîpes.
Voulons^notjs^ au contraire! que Ica citoyens soient entoures degaraniies protectrices, que la presse soit libre, et les écrivains légalement responsables, que les journaux racontent les faits tels qu'ils sont, et que la France ne devienne pas une tie ou l'on ignore ce qui
de» cUcrets iniques àe tomber en désoétorie $ il est duni la n«tur« de rautorité de i^êdovieir même à son insu. Les préCMUtionf , derefitiei odieuses , se négligent ; Topinion pèse malgré §on silence ; la pufSMnce fléchit; maii comme elle fléchit de faiblesse, elle ne M concilie pas les oruri. Les haines se déreloppent ; lei innocena , rrappé« par Parbitrairo , reparaiMcnt plus forts ; les coupaMea , condamnés sani avoir eu le bénéfice des formes , semblent ionocenS) et le mal qu'on a retardé de quelques heures revient plue terrible , aggravé du mal qu'on a lait.
Article retrancha par la censure dans le Mercure du'%$ août dernier» Ce qu'il y a de bix»rre , c^est que cet article était tiré mot pour mot d'un ouvrage que j'ai publié en mars 1814 ^ qui a eu quatre éditions iucceMives , et dans lequel personne n^avait trouvé d'opinions répréhcnaiblei. Comment ce qui était innocent alors se* futiAX dffvenu coupable aujourd'hui ?
xard* n'avait pour eaoïe qa« le reltiehemcni dca mcforerde riguesr* ttî l^opprfMiofl avait conifoué , di*aient«iU, il n'y aérait point eu de ioolé« vfm^t ; •! l'oppreMfrm n*atait point commencé , difaient cens qoa k'niê'ieni eppoM* k ecf tioleoee s | il n'y aurait poiot en de mteonteni.
se passe en Eorope , et Pans une autre tie ou Ton ignore, ce qui a lieu dans les provinces? Youlons- Doos que les formes protectrices de la justice ordiuaire reprennent leur cours ? cherchons, pour exprimer ce désir, de fidèles interprètes} nommons des hommes indépendans.
YlII. C'est donc vers le troisième parti, si Ton peut appeler parti l'immense majorité des Français , et la totalité des Français raisonnables , c'est vers le troisième parti qu'il faut tourner nos regards. C'esc là qu'il faut chercher les organes de nos vœux , les appuis de nos droits.
Mais où sont-ils , me dira-t-on , ces hommes auxquels j'attribue riionneur exclusif de l'indépendance? La désignation que j'emploie est-elle moins vague que cdies que j'ai rejetées en commençant cet écrit? A quelles marques certaines, à quels signes infaillibles reconnaitra-t'on ces indépendans que jerecommande?
Une pareille question donne toujours un avantage apparent à qui la propose, parce que la réponse exige des détails qui ressemblent trop à des indications personnelles, et qu'alors, au lieu d'établir une règle, on est accusé de faire une liste.
Pour éviter ce piège , je dirai qu'on sait très-bieu au fond quels hommes sont désignés sous la dénomination d'indépendans. L'instinct des 'électeurs ne s'y trompera point, s'ils sont une fois décidés sur la nuance d'opinion qui doit fixer leur choix : et, j'ca suis convaincu , à la seule lecture de cette phrase , le nom des capitalistes , des propriétaires , des commerçans^ des écrivains, des citoyens, en un mot, qtii ^
difttîngu<59 par leur conduite y ou miliiaîre on civile > méritent d^étre considère» comme indépendant^ »VftC déji présenté à la pensée do ceux qui me lisent.
Si Ton veut, cependant) une définition plus précise^ elle n^est pat difficile a donner. Let indépendant tout ceux qui, depuit trente ans, ont voulu let mémet choses; ceux qui ont répété k tous les gouvernement les mêmes vérités , opposée toutes les vexations, même quand elles portaient sur autrui , les mêmes rétistancet ; qui n'ont adopté aucun symbole , pour offrir les principes en holocauste h ce symbole ; qui , lorsqu'ofi proclamait la souveraineté du peuple, disaient au peuple que ta souveraineté était limitée par la junicej qui , lorsqu'on passait de la tyrannie orageuse do cette tOQ-* verainetë au despotisme symétrique d'un individu , disaient â cet individu qq'il n'existait que par les loit ; que les loit qu'il prenait jpour des obstacles étaient tet tau vè-gardet , qu'en let renversant il sappait son Irûne* Les indépendans aont ceux qui^ sous la république, ne s'écriaient pas : nous aimons mieux la république que la liberté} et qui p sout la royauté , ne prétendent point qu'il faut l'asseoir sur les débris de tous les droitt et le méprit de toutet let garantiet. Let indépendans tout ceux qui aiment la monarchie constitutionnelle , parce qu'elle est constitutionnelle, et qui respectent la transmission de l'hérédité au trône , parce que cette transmittion met le repot det peuples k l'abri de lu lutte det factiont , mait qui pensent que c'est pour le peuple que le trône existe , et qu'on nuit également aux rois en foulant aux pieds les droitt det citoyent, et aux eitoyent en essayant de renverser la puissance légale
des rois. Les înd^pendans , enfin , sont cette génëratîoa îonÔQîbrable , élevée au milieu de uos troubles , et qui, froissée dès sa jeunei»se dans ses intérêts ei dans ses affections les plus chères par l'arbitraire de tous les régimes, déleste Tarbiiraire sous toutes les dénominations, ef démêle la fausseté de tous les prétextes. Les indépendans sont tous ceux qui , n'ayant ni la préieutioD d'arrêter , de dépouiller , de bannir illégalement personne, ni celle d'être payés par ceux qui arrêtent , qui dé{)Ouillent, qui bannissent, ne veulent aucune loi qui les expose à être arrêtés , dépouillés « bannis illégalement.
C'est parmi ces hommes qu'il faut choisir ceux à qui nous confierons nos destinées. Nous avons essayé assez long temps d'écarter , de fausser , d'ajourner les principes. A l'époque de l'établissement de chaque constitution, je l'ai dé]a dit, nous avons été salués des. mêmes [thrases. Les dangers de l'état,, l'urgence des circonstances , ont toiijours glacé de terreur nos législatures successives. Les constitutions suspendues ont été brisées et leurs éclats ont frappé nos têtes. Essayons une fois d'hommes moins timides, d'hommes qui croient que la liberté et que ^a justice oiit ^aussi quelque fori^e, et qui osent penser qu'on petit gouverner un peuple saps le priver de ses droits , et exécuter une constitution sans la suspendre. Certes y le résultat, quel qu'il soit, ne' sera pas plus fâcheux que l'expérience contraire. Si la tentative nous réussit mal , ellene nous réussira pas plus mal que les alitres^ et à une élection prochaine désabuses des hommes de principes, nous reviendrons aux honunes de