‹ Collection des ouvrages sur le gouvernement représentatif et la constitution actuelle de la (volume 2)Chapitre 35 sur 53 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Des devoirs du gouvernement dans les réactions

contre les hommes.

Les devoirs du gouvernement sont très-différens dans ces deux espèces de réactidns.

Contre celles qui ont pour objet les hommes , il n'a qu'un moyen, c'est la justice. Il faut qu'il s*em«» pare des réactions pour ne pas être entraîné par elles. Xa succession des forfaits peut devenir éternelle, si l'on ne se hâte d'en arrêter le cours.

Mais en remplissant ce devoir , le gouvernement doit se garder d'un écueil dangereux ; c'est le mépris 4es formes %i l'appel des opprimée contre les oppres^

sears. Il doit coalealr les premiers en même temps qu'il les venge.

Ud gouvernement faible fait tout le contraire; il craint de sévir, et souffre qu'on massacre. Par une déplorable timidité , tout en désirant que les scélérats périssent, il veut que le danger de sa sévérité ne tombe pas sur lui. Dans l'aveuglement qui accompagne la craiole , l'exagération de son impuissance lai paraît un mojen de sûreté. Il dit à qui lui de-* mande une juste vengeance : Nous ne pouvons pu^ nir des forfaits que nous détestons ; c'est dire, vengezvous. Il dit à qui réclame contre des cruautés illégales : Nous ne pouvons vous dérober à une fureur dont nous gémissons ; c'est dire , défendcK-vous. C'est ordonner la guerre civile ; c'est forcer l'innocence au crime ; le crime à la résistance , tous les citoyens au meurlre ; c'est proclamer l'empire de la violence , et se rendre responsable de tous les délits qui se commeuent. Malheur au gouvernement qui , restant neutre entre les attentats anciens et les attentats nouveaux . ne se sert de son pouvoir que pour se maintenir dans cette neutralité honteuse , et, tandis qu'il devrait régir , ne songe qu'à exister !

Il se trompe même dans cette lâche espérance. C'est à tort qu'il croit se faire un parti ^ en accordant l'impunité à ceux auxquels il refuse la justice. Ces hommes s'irritent de ce qu'il les force à devoir au^ crime ce que les lois leur avaient promis. Souffrir l'illégalité , tolérer l'arbitraire , n'assure pas même la reconnaissance ile qai profite de celte faiblesse.

Le gouvernement réunit ainsi contre lui toutes les

haines ; celles du coupable qu'il abandonne à un cbâ«

' timenl illégitime ,• celle de l'innocent, qu'il rend coupable. Il perd le mérite de la sévérité sans en éviter l'odieux.

Lorsque la justice esl remplacée par an mouvemenl^populaîre , les plus exa^t^rés, les moins Scrupuleux, Jes'plus féroces, se rnelienl à la tête de ce mouvement. Des hommes de sdnç s'empar*enl de rindit^nalion qui s'élève conlre les hommes desang^ et après avoir a<,â contre les individus au mépris des lois, ils (ournenl leurs armes cot)tre les lois mêmes.

Impassible 9 mai^Fort, le gouvernement doit tout faire par sa propre forcée , n'appeler à son secours aucune force étrangère, tenir dans rimipobtlité le parti qu'il secourt , comme le parti qu'il frappe , eX sévir également conlre l'homme qui vent devancer la vengeance de la loi et conlre celui qui Ta méritée.

Mais il faut pour cela qu'il renonce aux flaileries enivrantes. L'impassibilité n'excite pas lenthousiasme. On ne viendra pas le féliciter comme lorsqu'il manque à ses devoirs. Les passions déchaînées ne |K>rteronl pas à ses pieds l'hommage tumultueux d'une reconnaissance effrénée. Tout le nH)iide criait : gloire à la convention , lorsque, cédant à l'entrainemeni de la réaction , elle laissait remptacer les maux qu'elle avait faits par des maux qu'elle aurait dû prévenir. Personne ne criera : gloire au directoire , si , en châ- ^ liant les crimes passés^ il n'en tolère point en sens inverse.

Il faut que ce qui est passionné , personnel et transitoire , se rattache et se soumette à ce qui est abstrait» impassible et immuable. II faut que le gouvernemeni repousse cette réminiscence révolutionnaire qui- lui

fait rechercher une aulre approbation que celle de la loi. Il doit trouver son éloge » là où èonl écrits ses devoirs, dans la constitution qui est toujours la même, et non dans les applaudissemens passagers des opinions V(;rsatiles^

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