Tome IIL C« Partie
i46 cet élao de sensibilité , daui les plui dédaignées dei classes sociales, ftit une sentenceterrible, qui couvre à jamais d'infamie les tjrans qui les égaraient* Vous pérîtes alors, Essex, Sidney ^ Russel, noms dignesde la vénération de tous les siècles, dernières espérances de la liberté d'Angleterre : les historiens les plus servîtes n'ont pu vous refuser leurs hommages ; et votre mort flétrit, dans leurs écrits même , le règne dont ils ont voulu pallier les horreurs. Aux excès de Tin justice se joignirent les raifinemens de la cruauté. Des hommes furent écartelés (i), d'autres , portés mourans sur les échafaudf» , et exécutés i lagonie (a) ; et le président de ces tribunaux de sang; JefTeries, que le sort réser* vait 9 sous Jacques II , à de nouveaux crimes , fat ré* compensé par l'intimité de Charles, par des préseos et par des honneurs (3).
Ce règne de Jacques II , je ne le décrirai point: les écrivains les plus dévoués n'ont pas tenté de Tex* euser. Après l'insurrection de Monmoutb, deux monstres , Jefferies et Kirk , parcoururent l'Angleterre ; ivres toujours et furieux (4)f il* unirent partout Us supplices à la dérision (5). C'était au son de la mu-
(i) Burneiy II, 4i$, (3) Burn<ft,n, 4'M)'
(3) Buiuet, II, 4io,
(4) B«rnet,lll, 44.
(5) Le colonel Hirk 9 comme pour fe joaer de la mort , ùt cxécvicv un certain nombre de prifonuier» , pendAui au*u bu* vait à la santé du roi, de la reine^ ou du grand'iuge Jefl«iiL^ Obftervant que ces malheureux , en exoirant , f agitaieiU daii» ]ef convulsions de Ta^onic , il s'écria qu une pareiLe danee devait ^tre acconipngnc'e du munique, et il ordonna aux. lambouM de battre, et aux trompettL's de souuer. Il fit peudre un ïiumtw: trois lois y en air<!tant chaque lois son supplice, de mamêie *
«47 siqae qu'ils faisaient périr à la fois plusieurs centaines de condamnés (i). lonocens ou coupables furent livrés aux soldats (s). Le pays entier fut couvert de tètes etde membres déchirés (3 j. Chaque Tillage contempla les cadavres de quelques-uns de ses habitaus (4)» Une femme , connue par sa bienfaisance, avait donné asile à un fugitif; le malheureux la dénonça; il eut sa grâce; elle fut brûlée vive (5). Une autre de soixante-dix ans, dont le fils servait dans l'armée du roi, fut accusée du même crime. Trois fois les jurés la trouvèrent innocente ; Jefferies la renvoya trois fois avec ordre de la déclarer coupable ; et ces instrumens y à jamais infâmes , cédèrent à la terreur (6). Jacques U , pour s'excuser de n'avoir pas fait ^lâce à cette infortunée , dit qu'il avait promis à Jefferies de ne soustraire à la mort aucun de ceux qu'il con-* damnerait (7). C'est ainsi que nous avons vu le tri* bunal révolutionnaire , s'irriter de ce que les décemvirs avaient retardé le supplice de quelques victimes, et demander, pour récompense de ses homicides services y l'exécution immédiate de ses sentences ^ et la réciprocité des forfaits.
lui conserver la vie, pour prolonger ses touruiens. Il exigea d'une jeuoe fille le sacrifice de son honneur , en lui promettant U grâce de son frère , et lui fit voir de sa fenêtre ^ le lendemain, le cadavre de ce frère, exécuté pendant qu'elle était entre le* bras de ce monstre. Hume y XII, go-91 ; — • Bumet, III , 4^.j
(1) Hume, XII ,92.
(1) Hume , XII , 9a.
(3) Hume , XII , 91.
(4) Hume, MI, 9a.
(5) Hume, XII, <^ ; -^fiurnet , ÏIÏ , ffi*
(6) Hume , XII, 94 ; — Burnet , ÏH , 4».
(7) iiume, XII, 94.
Telles furent les suites de la contre révolution d'Angleterre. Spoliation des acquéreurs de biens nationaux en Irlande^ dévastations militaires en Ecosse, assassinats juridiques ent Anf^flelerre^ cette époque réunit tous les fléaux ^ que la tyrannie des gouvernemens peut verser sur Tespëce humaine.
Prévenir la contre révolution , est donc rinlérêl commun de toutes les classes des Français. Doù vient néanmoins cette indifférence universelle, ce sommeil profond , dans lequel le peuple paraît plongé au milieu des dangers qui l'environnent?
Nos guerriers soutiennent une lutte inégale; des bordes farouches s'avancent vers ce territoire sacré, dont la pensée méirte de nos ennemis aurait naguère frémi d'approcher : et cette nation victorieuse, il y a peu de mois ^ sur le Rhin , sur leTibre, sur le Danube, cette nation qu'implorait de toutes parts Tuniverssou* mis, voit , sans douleur^ tomber Télite de ses héros, et s'évanouir cette renommée, garant de sa puissance , et gage assuré de la paix !
Une telle dégradation de l'esprit public tient à des causes qu'il est important de dévoiler. Il n'est pas naturel aux hommes de se désintéresser de leur propre sort^ de se montrer indiiférens à ce qui décide de leur repos^ de leur fortune, de leur vie, de celle de leurs femmes et de leurs enfans. Le manque d'esprit public, dans les gouvernés^ est une preuve infaillible, ou d'ineptie dans lesgouvernans^ou d'imperfection dans les institutions mêmes.
Mais les institutions sont imparfaites, toutes les fois que rineplie de quelques hommes peut entraîuer l'état au bord d'un abîme.
Nos maux viennent sans doute de la dictature accordée au direcloirp. Ce n est pas que je croie à ces conspirations, découvertes tardives des partis vainqueurs contre les vaincus , fables absurdes auxquelles on rapporte les faits les plus éloignés , et dont on pense avoir besoin , pour expliquer les eflFels naturels de Tamourdu pouvoir, la passion la plus inhérente au caractère de riioinme.Gromwell, en opprimant l'Angleterre , n'était d'accord ni avec la France ni avec l'Espagne; mais il voulait dominer sur les Anglais. César , en usurpant la dictature, n'était complice ni des Gaulois ^ ni des Parthes : Il voulait être maître des Romains.
Je ne crgis donc point» je le répète, à ces conspirations prétendues^ à la faveur desquelles la haine prépare des persécutions nouvelles, au moment même de la chute des anciens persécuteurs. Je crois à l'ignorapce obstinée, à la sécurité aveugle, au mépris des lumières, à l'aversion pour le talent, signes dislinctifs etinséparablesd'un pouvoir sans bornes(i).
Mais , de cela seul que nos intitutions actuelles ont permis ou nécessité l'existence d'un pareil pouvoir » je conclus qu'elles ne sont pas complètes, qu'elles ne renferment pas toutes les garanties que demandent le salut de la république et la défense de la liberté.
Les dépositaires des autorités que la constitution a créées sont réduits sans cesse à la froisser, à l'éluder, à la violer même ouvertementdans leurs actes^ en affichant pour elle, dans leurs discours, une profonde vénéra*
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(i) Qu'on juge à présent, entre moi et les e'mvains qui iippriment que j'étais le flatteur du Directoire»
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tion : cette espèce d'hypocrisie, quelque louables qu'ea soient les motifs^ ces contradictions entre le langage et les actions^ entre les coosidérans et les lois, tendent à fausser les idées du peuple : c'est une sorte de persiflage » qui l'humilie à ses propres yeux. L'incertitude s'introduit ainsi dans les principes des gou- Teroésy ^arbitraire dans la conduite des gouvernans.
Ces derniers s'arrogent cet arbitraire, d'abord avec des intentions pures ^ mais leurs intentions se dénaturent bientôt. Ils cherchent à consolider et à étendre pour eux-mêmes, la puissance dont ils s'étaient emparés pour le bien public ; et le gouvernement, que Ton nomme encore constitutionnel, devient une suite d'usurpations , une dictature que s'arracbent les partis divers, mais qui n'en est pas moins toujours également oppressive pour le corps de la nation.
De là résulte le manque d'esprit public, dont nous nous plaignons aujourd'hui.
Ce manque d'esprit public est la suite d'une conviction générale et profonde^ que rien encore n'est stable parmi nous, parce que les pouvoirs n'ont aucune garantie , l'un contre rautre,etqne les citoyens n'ont aucune garantie contre les pouvoirs.
Ce que le peuple désire aujourd'hui , c'est le repos; ce qu'il veut, c'est que la liberté remplace enfin la révolution ; ce qui est populaire , c'est ce qui est juste et moral. Ce qui regagnera pour l'autorité le cœur de tous les Français , c'est la certitude que des institutions perfectionnées les préserveront pour jamais des ressources trompeuses de la violence y et que leur gouvernement n'aura plus besoin , dans sa
marche paisible ^ du mouvement désordonné de$ factions.
Aussi long'-lemps que des institutions incomplètes nécessiteront l'arbitraire, l'esprit public^ s'épuisant de temps à autre en convulsions inutiles , retombera toujours dans une mortelle apathie; nous en avons la preuve aujourd'hui. La nation , qui gémissait dans la servitude, ne croit point à sa délivrance. Elle refuse de lever la tête, bien que son jou^ soit brisé , et reste triste et courbée , prêle à recevoir un joug nouveau.
Cependant , des fragmens de factions ressuscilées remplissent les airs de dénonciations confuses. La calomnie, qui, depuis dix ans, parcourt en tout sens ce vaste empire, pour y moissonner les lumières, les talens, le dernier espoir d*une génénition décimée , exerce sans interruption sa destructive influence.
Une oppression commune aurait dû réconcilier tous les opprimés : un péril universel nous fait une loi de nous réunir , et déjà nous tournons contre nous-mêmes nos mains à peine libres encore. Jouets d'un petit nombre de dénonciateurs infatigables , mille voix ^ désastreusement dociles , portent partout les soupçons, les haines^ les défiances \ la calomnie ne respecte ^ ni les exploits de nos généraux , II) leurs efforts , ni leur mort glorieuse. J'ouvre ces innombrables libelles , qui semblent conspirer de nouveau contre la liberté de la presse; j'y vois inscrits au nombre des traîtres , les noms des héros , qui ont ramené vers nos frontières des armées que l'igiiorance avait dispersées, les noms des législa-
teurs qui y raioqueurs de la tyrannie » penteot qoe la nation doit être de quelque cb(He dans leuri discours^ et dan» leurs lois ; les nonia des écrivaini qui osent réclamer le» principe» dont Toubli , durant dix-huit mois» a cauf>é tous nos malheura»
Que prélendez-vous donc ^ délateurs perpétuels? n^avez'-vous pas précipité dans la tonribe assez d'hommes illustres , assez de citoyens vertueux ? Vous êtes en bien petit nombre i je le sais : mais vos voix retentissent au milieu du silence nation;^!, les échos les multiplient 9 et le peuple , étourdi Ati ce bruit inattend'* « croit qu'il existe un autre peuple invisible , qui lui dicte des lois , et lui prépare des fers.
Vous nous parlez d'esprit public ; mais si l'esprit public est mort f c'est vous seuls qui t'avez tué. Vous avez Croisse dans les âmes les derniers germes de l'estime , de ce sentiment consolateur , que i^bomme a besoin d'éprouver pour ses semblables ^ s'il veut pouvoir le conserver pour lui - même. Vous avez brivc les plus douces , les plus nobles afTectioos de la na« tnre y l'amitié ^ la confiance , renth(/usiasme« vuus nous avez tout ravi. Chacun craint de s'attacher à quiconque peut tomber votre victime. On s'éioi;^ne du talent , parce que Ton sait qu'il vous fait envie -, ou s'éloigne de la vertu ^ parce que vous menacez de U déchirer ; ou s'éloigne du courage ^ parce que seul i- TOUS airroriieietqMeron craint dctrcentrahiédan^bj perte, (Chacun se tait » cliacun s'isole , celui que %o >> attaquez baisse la tête, dansi'espoir insensé de %o-.> désarmer par son silence. Celui que vous n'attaqoc/ pas encore, vous ouvre un libre passaij^e^ se b^i-
Uût dëlre méoagé par voos. Faiblesse infructueose f inutile lâcheté!
Pour relever Tesprit publie , il faut imposer silence à la calomnie, non par des'lois prohibitives y qu'elle saura toqjours éluder', mais par des institutions répressives de l'arbitraire que la calomnie arme contre l'innocence , par une alliance de moralité entre tons les citoyens , qai 5 créant un tribunal d'opinion , dispense Tbomme indignement attaqué^ de cbericher dans des formes lentes et trompeuses , un insuiEsaut recours. U faut que la calomnie s'épuise et se rebute en efforts infructueux, que l'indignation ressuscitée la repousse , que la nation qu'elle avilit se réveille , et d'une yoix forte et unanime , couvre ses honteuses clameurs-
Cesl alors que nous formerons véritablement un peuple. Car un peuple sans opinion , n'est qu'un rassemblement confus d étrangers défians, ou d'ennemis acharnés ; sans la puissance de l'i^inion , il n'exista jamais de puissance nationale. L'opinion seule est le lien des hommes, la base de la morale , la récompense des vertus» CTest là ce que vous avez détruit , tourbe de délateurs , et ce qu'il Eaïut relever. Il faut rétablir entre tous les citoyens irréprochables une soli* darité de réputation. Vous paraîtrez alors dans ▼otre petit nombre , et les étrangers qui nous observent , reconnaîtront la nation française ^
T. m 6^ Partie. ii
quand elle sera séparée de vous ; ils apfffendronl à respecter la Fraoce , lorsque vous n'en ferez plus p^rlie , et oous jugeront dignes d'es* lime , lorsqu'ils nous verront vous accabler de mépris.
TABLE
DU TAOISIÂMB VOLUMB»
OU
COURS DE POLITIQUE CONSTlTUf lONNELlE.
GINQUiàHB PARTIE.
Des élections de 1817. .••••••• 5.
Entretien d^un électeur ai^ec lui-même. . • . 5i. Réponse de Benjamin Constant aux attaques diri*
gées contre lui durant les élections. • • • 65. Le tires et pièces relatives à Wilfrid Regnauli,
condamné à mort. 69.
Letire sur le procès de Laine y condamné à mort a o3. Exposé de la préiendue conspiration de Ljron , en
1817 ai3«
Lettres à M. Charles Durand , sur les Protesians
^de Nîmes. aSg.
SIXlàlCB PÀRTIB.
Des éleciions de i8i9 5.
Des réactions politiques 61 •
De la contre révolution d^ Angleterre en i66o. 11 7. Table analytique ^ . • « . . j«
««l«IMMMMAMII«M«IMMMAMMMMM«MMMMnWM%IM(^^
TABLE