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tort -de plus. EUe réunit aux inconvénients de la sévérité légale Tincertitude de > Tarbitraîre ministériel. Si Ton persiste à vouloir une législation destructive de toute la liberté de la presse, il faut appliquer à tous les cas cette législation dans toute sa rigueur. Les écrivains aujourd'hui condamnés peuvent avec raison accuser de leur malheur ou de leur imprudence le spectacle de tel écrivain, non moins imprudent et cependant épargné. Une semblable pratique fait , de tous ceux qui publient leurs opinions , autant de victimes des lois et des hommes.
Avançons.
« On répondra qu'il ( M. Fiévée ) ne Fa fait , 3» ( n'a reproduit les assertions de lord Stan- » hope } que pour les réfuter. Mais il y a long* » temps (jue la jurisprudence des tribunaux a » proscrit ce vain prétexte. En thèse générale, » un individu ne doit pas^ sans mission et sans » nécessité , faire courir à Tintérét public la » chance d'une réfutation imparOaiite, qui, par ses » endroits faibles et découverts, laisse échapper n partout le poison qu'elle n'a pas su neutraliser. 3» D'ailleurs on ne balance pas toujoursi'impos- 9 ture par des raisonnements. La partie n est pas » égale entre la sagesse et l'extravagance , entre » les convenances et le scandale. On ne lit sou- » vent une réftitation qu'à défaut du texte origi* » nal. L'imagination dépravée du lecteurexplore
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)) le champ que lui ouvre un imprudent com- » mentaire , et ne se pose que sur les sommités » que forme la calomnie. »
}e ne dirai rien de cette imagination qui explore un champ ouvert par un commentaire, et qui se pose sur des sommités. Il est question des choses; oublions la bisarrerie des mots. Mais d*ahord je répète, en confirmation de ce que j*ai dit plus haut, que , puisque la jurisprudence des tribunaux a proscrit dès long-temps le vain prétexte des réfutations , le Spectateur est coupable, et qu'il y a négligence à ne le poursuivre pas. Ensuite, et considérant cette vérité comme surabondamment démontrée , je demande ce qu'il sera possible d'écrire , d'après la théorie qu'établit ici M. lavocat du Roi. Le Code pénal punit les ouvrages contre la religion. Sera-t-il permis de réfuter ces ouvrages ? On n'a pas le droit défaire courir à r intérêt public la chance dune réfutation imparfaite. Or, qui garantit à un écrivain que M. l'avocat du Roi et MM. les jugies de police correctionnelle n'accuseront pas sa réfutation d*im.perfection et d'insuffisance ? Non-seulement il faudra s'abstenir de réfuter les écrits contraires à la religion , il faudra encore , si l'on écrit soi-même sur cette matière , s'abstcnii'de proposer aucune objection pour la résoudre : car , par une conséquence exacte et inévitable du même principe , MM. les avocats du roi et les tribunaux pourront trouver qu'on
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a fait courir à Tintéret public la chance d une objection grave, qui n'aura été résolue qu imparfaitement. Ce que je dis de la religion s'applique à la politique et à la morale. M. de Marchangy met fin , d'un trait de plume , k tous les traités, à tous les livres, k toutes les recherches importantes et sérieuses. Il nous restera , noo pas les tragédies de Racine et de Corneille , ils pourraient être poursuivis pour provocations indirectes , et ceux qui auraient concouru à la publicité de ces provocations seraient punissables ; non pas les ouvrages de Voltaire assurément, ni de Rousseau, ni de Montesquieu, ni de Buffon, qui a contredit la Genèse; non pas ritinéraire de M. deChâteaabriand, car les provocations indirectes y sont évidentes ; mais Dorât, Crébillon fils, Marivaux, peui-étre,le Vaudeville, les Variétés, et, comme productions plus imposantes, la Gaule poétique; c*e&t beaucoup sans doute : mais,pour une nation qui vient d obtenir une charte constitutionnelle, c'est cependan-t trop peu.
Mais , dit M. Tavocat du Roi , la partie nVbt pas égale entre la sagesse «t l'extravagance , entre les convenances et le scandale. Hébs ! savez-vous pourquoi la partie n'est pas égale ^ c*est que lautorité se mettant d'un côté ^Fopinion se met de Tautre; c'est que la sagesse est décrédilée par Tappui de la force, affaiblie par cet auxiliaire ; cVst que l'extra vagance p3-
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r/ii du courage quand il y a persécution. Laissez la sagesse et l'extravagance se combattre. A la >:igesse appartiendra la victoire , parce que Ibomme veut vivre en repos , parce qu'il aime la sécurité , et qù!il sent bien qu'en définitif il ne trouve de sécurité et de repos que dans ce ({ui est raisonnable et juste.
Enfin , qu'il me soit permis de revenir une ilernière fois sur ce terme d'individu sans mission , pour examiner ce qu'il signifie dans le cas ]> trticulier. Lord Statihope avait proposé de faire peser indéfiniment sur nous le poids humiliant et ruineux des troupes étrangères. 11 avait proposé de partager la France. Est-ce que tout l^rançais n'a pas intérêt à ce qu'elle soit déli- Tve , à ce qu'elle ne soit pas déchirée comme It Pologne? Est-ce que tout Français' n'a pas* Mission de dire que la prolongation de nos Maux , le morcellement de notre territoire ser aent des injustices , des manques de foi , des nentats aux engagements jurés ^ des crimes en '() mot dont les conséquences retomberaient ur leurs auteurs? Malheur au pays où les fonc* ' 'nnaires publics seraient les seuls à éprouver > tels sentiments et à prononcer de telles pa- : îes !
« Il ( M. Fiévée ) n'a fait que surcharger les * sombres couleurs du tableau que cet étranger 9 ( lord Stanhope ) a exposé sur notre situation » ruorale et politique. Et d'abord , c'est un moyea
fome ly^ 7™. Partie. ji»
H peu propre à venger Thonneur national , que » 4e dire » avec le sieui* Fié vée , qu^U ny a pas » de noeiçm çji France , dan^ iç vrai sens que ê la pplUiqm qiiackç à ca mot ; et 4*9J9uUr « \ page a3 ; 4cpw^ î703 , la fnancc n^twvU du » éttre considéiw par F Europe q\ic çomfM wi » repaire d'où les barbares sç ruaient pçnur k
j} piller eâ fassen^â^, Quoi ! 1^3 seotiments
» é\fy4$j Ie9 «cieudeA , le3 talent» et Tindu^triei » qui parmi iiou3 ojbtif noent lea bQQiinage$ des )» étrangers euv-mâme», ne trouveront-îU f^^ » grice aux yeux du aieur Fiévée ? Il ne tieudu » pi^ oompte des héroïques proteslatioM , de^ » résiataoces magnanioies opposées par une uo* • table partie de la génération aux crimes de » quelque» factieux ! Il foulera sans les voir lo » tpœli^iiux des vallées vendéennes , et n'aun » pas entendu les acclaoïations de ces villes , fi- » dèles en 1793 avec tant de douleur , fidtio » en 1814 avec tant d'aWgrease ! «
Assurément je ne partage point les optnioik* de M. Fiévée; j*en ai plus d'usé fois combau» plusieurs : je crois qu au nailieu de beaucoup à^ malheurs , ef k travers des crimes auxquels !'^ * amis de la liberté fureuc toujours éUangers, (^ dont ils furent souvent victimes , les annales (1< la révolution offrent d admirables souvenirs d. courage » de désin^éressemeol , d entbpuaiasm' pour la patrie el pour rhonneur national; Uïdi^ je ne connais aucune loi qui déclare coupable
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celui qpi penserait el parlerait $up Isi révolution tout dtjQféreinnient. Bien {dans la loi du 9 novembre el|e-|fnçr)fie ne pçujt s'inlçrpréter de manière à ce qu'en fçgardai^t la pévolution comme un acte cond^mn^ji^le (jiap^ 3Qn principe ç^ dan^ toussjes délaib> QO puissç ^irç acçus^ d^fifaiblir iudireçî.enji.çnt Iç ïesp.çct dû à la personne ou à rautori^t^ dy 9.(ji , pq dç rjépandre d^cs noyvçUft alarijDaoles. La ^é vçlt^tion çpX derhistoire(,i). On peut pprter suif cette épocjue un jugemçnt trèserroAjé , très-absarde ; ina^is ce j^ugenaept absurde ou erroné ^'est ppfjxt un délit. La loji du 9 noembre ,i^'af trciçt po^nt les citoyens ^ s'attendrir m fo\il9Ut \çfi ^toinbçaux des vallées vendjéennes. Avoif é)té SQi^jri^ aux g^t^nis^seraen^s de 1793 et aux AccUnçt^on^ 4.Ç '^^4 peut être une ^n^^rniité pliysiqye 9 ou un to;rt f;Qoral, (uais n'est ,];\ul|lc* ment du rçssort de ^a police qo^rectionneye.
De p^ijis ( el je sifis fojrçé de ^•eveni^' ici à un T:\isonff j^r^^^t quç j'ai déjf enopjipyé ) , i^çus ne niancyion^ WS ^'itçpy^ii^s qv\i , depuis quatre ans, ont épuisé sur ^^ France toutes les invectives que notre Ungijç ,i(oi]f nît Us ont injuri^ la gêné*
[1)11 pi àê\eL carteux que j*ftie réclamé le m^me principe n Urn^ d'on éctiT«jn préTcnu f^wx ^élit toot opposé à «-^lui qu'pn met anjourdlitii à la charge de M. Fiévée, ci* ki!''%\(u, Tol. n, p. 4^3* M* RioQs^ A^si^ loué les premières '■néef de la ré^ôlation » et on loi en faisait un crime. Les ^rritmblet principes de la liberté ont cet avantagCi qu'ils r "otègcnt tour à. tour tons les partis.
ration en masse; ils ont calomnié nos armées; ils se sont félicités de leur destruction. Un seul d en- Ir'eux a-t-il été mis en jugement ? Un seul de leurs écrits a-t-il été l'objet d'tine saisie ? bien au contraire. Nos journaux ont annoncé ces ouvrages , ce qui est une faveur : ils les ont loués , et Ton sait que leurs louanges ont besoin d'être permises. D'où viennent donc et ce courroux tardif, et cette indignation inattendue, et cette susceptibiltté de si fraîche date ? Je me les explique d*autant moins y de la part de M. de Marchangy surtout , que je lis , précisément dans la Gaule poétique , un passage à peu près pareil à celui de M. Fiévée. « Après les années honteuses de » révolution , où la terreur , le carnage, la fa- > mine et tous les fléaux, creusaient TefirayaDt » tombeau de la France, on voit luire Taurcre » qui, dissipant tant de nuages, enfante un » astre réparateur. La patrie refleurit à son » éclat, et, sous les arcs de triomphe qui con- » sacrent mille victoires , entre dans nos rem- 9 parts étonnés l'héritage de Romie et d'Atbê » nés (i). » Voilà bien toutes les années de révolution flétries comme honteuses. Voilà la France déclarée , durant toute la révolution , le théâtre du carnage et de la terreur. Il n'y a point d'exception pour les vallées vendéennes Il n'est pas fait mention des gémissements des
(i) Gaule poétique, voL x, p. 19; Paris i8i3.
ai7 villes fidèles. L'auteur^ il est vrai, nous console, en nous' parlant dun astre réparateur et de rhéritage de Rome et d'Athènes , entrant dans nos remparts étonnés. J'ignore quel était cet astre réparateur dont Téclat brillait en 181 3. Je ne cherche point à le savoir. Si je hasardais iine conjecture , M. Tavocat du Roi me poursuivrait peut-être , comme ayant donné de la publicité à un passage repréhensible deM. de Marchangy. Mais enfin , qu'a dit M. Fiévée de plus , dans le morceau qu on lui reproche , à l'exception de l'astre réparateur, dont cette fois il n'a pas parlé ? J'ai remarqué ci-dessus avec surprise qu'il subissait un jugement pour une réfutation qui avait valu des éloges à d autres. Ceci est plus fort. M. de Marchangy poursuit M. Fiévée , pour avoir dit en d'autres termes les mêmes choses que M. de Marchangy. Ce n>st pas tout. Tandis qu'il veut punir M. Fiévée d^une faute que lui-même il a commise ^ si tant est qu'il y ait faute dans l'opinion énoncée , il lui fait un crime de n'avoir pas dit ce qnïl a au contraire dit en toutes lettres. « Les » senliments élevés j» demande M. Tavocat du Hoi , « les sciences , les talents et l'industrie > ne trouveront-ils pas grâce aux yeux du sieur » Fiévée ? » Or , je vois que M. Fiévée dit en propres termes : a Quel peuple a jamais montre " plus de calme au milieu de circonstances aussi * dilHciles? à quelle époque a-t-on vu des chai i-
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3» tés plus abondantes faites avec moins d'e£forts?.. »*Où Irouveratt-on plu^ de doiicèur dans le » commerce dé là vie, inoiiis de prétention de » personne à përsbnhè ? (Quelle nàilon témoigne » plus de disposition pour les sciences , pour les » arts , com|)te un plus j^rand noinbire d'écrivains » distinguées 9 ël plus d*homm*és sincèrement 'déjt voués à leur patrie ? » Que pëûset iinaintenant de râcciisalioi> ^ fil, de Mài^cbangy aurait- il déféré roûvràgè aux tribunaux , sans lé lire?
Je m'aperçois que, si je me livrais à to\ités les observâlions que fait naître le aiscoû'rs que j^examine , cet examen forînerait presqu^un volume. Il me tarife dé finir; ië supprime donc tout ce que j'aurais à dire sur la logi(|'ue avec laquelle M. de Marcbanjgy prétend ijuë IVk. ïlévée,en disant qu'une nouvelle révolution n*âurait pas lieu au profit de Bonaparte , n'a pas réfuté Lord Stanhope qui avait affiribé qu'iine nouvelle révolution n'aurait lieu qu'au profit de bohapârte. J'omets le calcul des trois mois et dei trois inois et dix jours, où M. dé Ma'rcbangy a vu une allusion coûpame à iVpoque dés cents jours. Je laisse encore de côte les raisonnements qui tendent à appliquer là loi du neuf noverolbre à tous les écrits contraires, noïl-seuleinent à la majesté du royaume., mais à h confiance et au credU\ de sorte que la loi du neuf novembre peut se trouver incessamment appliquée à tout essai sur les finances : car tenter de convaincre notre
sistème finaûrîér dé quèlqtiè vice tiolal>le , est une manière dé ïiiiite au crédit j mais il est uû efadt*oit que je ïiè ÀaUràU pa^er soas sileiicé, parce que la théorie des ihterprélatibns s'y déployé dans tout Son éelat.
» Ëù vingt ètidrôits de Tôuvrage saisi , le sieur FiëVëé fait présager une nouvelle révolution. Le^ habitudes ; les intérêts^ dit-il , qui dë/en-' datnt tancSèntiê mohàt^hie^ sont mâle /oi^ moins puiisùnts qu'en i'jig : d'où il faut coiiclure qufc hbui ibtàiûe^ mille fois plus exposés qu*à cette épô^tle aui bouleversements qui Font suivie. Par bonheur, cette théorie est erronée. M^ôuft àVOUs un avantage immense et qui dtéfetid tbute bompamison entré \et dèut époque^ G en que Ton donnait de hoà jours ce qu*oti désirait en 1 769. Ce qui était alors espéranbe est maintenant âatiélé. Ce qui ëiait innovation est devenu etpérienbè. On n'avait que dés 6pinibn3 , et l'on n'a que des intérêts. On était alors en contradiction par entraînement, enthousiasme et délire. On ne Test à présent que méthodiquement, par spéculation et contrariété. Gr&cè à Dieu, Ton n*èst donc plus eb tèrvë poiir les révolutions. Le volcan eit épuisé. Là la^é éteinte n'est plus qu'une vile poussière qu'il hë faut pas laisser soulever, parce qu'elle peut aveugler et flétrir: mais elle ne l[>ourra jamais détruire et ravager. » tl 7 a dans ce pâiSSage pluéiëurs choses que jt
n'entends pas. Un reproche grave qu^on peut adresser à Tun des écrivains les plus distingués de ce moment j c'est d avoir créé, malgré lui sans doute y mais par son exemple, une foule d'imitateurs. Je ne sais quelle teiute du style de René se glisse partout. Or, ce style n'est adini* rable que dans René : ailleurs» c'est une calamité. Tant qu'elle n'est que littéraire, elle est supportable, parce qu'on ne l'encourt que volontairement ; mais, lorsqu'elle pénètre dans une sphère où l'on est obligé de la subir, c'est alors une peine ultra-légale, que la loi ne devrait pas tolérer.
Ce que je comprends néanmoins très-bien « c'est que ce paragraphe est le commentaire d'une seule phrase ; et , ce qui me semble évident, c'est que le commentaire destiné à prouver que cette phrase est coupable tend directement à démontrer qu'elle est innocente.
Sil'onconnait maintenant ce qu'on désiraiten 1792, si ce qui était espérance est satiété, si ce qui était innovation est devenu expérience, si l'on n'est plus en verve pour les révolutions , il n y a nul danger à reconnaître que les habitudes et les intérêts quidéfendaient l'ancienne monarchie sont moins puissants qu'autrefois. Car la monarchie n'a pas besoin d'être si fortement défendue , puisque rien ne tend à l'attaquer. M. de Marchangy , j'en conviens , s'est trouvé dans un dilemme assez difficile. U voulait à la fois qu il
n'y ent point de danger, et que Touvrage de M. Fiévée fût dangereux. Delà cette love éteinte et cette poussière vile qui aveugle sans détruire etfiétrit sans ravages. La nécessité de prouver deux choses contraires embarrasse le style.
Hais ce ne sont pas ces contradictions que je veux relever. Je voudrais fixer Tattention de ] auteur sur cette puissance d*induction, eu rertu de laquelle, parce qu*un écrivain a remarqué un changement dans la disposition morale d'un peuple, M Favocat du Roi applique cette assertion générale, vraie. ou fausse, il n'importe , à un fait particulier; et, après avoir déduit de cette assertion une conséquence que Tatiteur n'a point exprimée, requiert son eroprisonnemenC, non pour ce qu'il a dit, mais pour la conséquence que lui , M. l'avocat du Roi , a tirée d'une thèse abstraite .-conséquence qui peut être vicieuse en logique, et qui, fût-elle exacte I est tellement éloignée du principe dont on la fait découler , que l'aiiteur peut ne l'avoir nullement prévue, ou avoir tiré de son principe des inférences tout autres.
Ainsi , M. Fiévée dit-il : que c^est par trop nièconnaitve la vérité que Dieu a émise dans chaque chose , que de croire que les hommes puissent soutenir une société organisée contre lu nature des lois sociales? Il résulte, suivant M. de Marchangy , de ces inductions , non-seunment que le gouvernement ne peut subsister ^
mais que ce serait en qûelt/Wi sirirtè ^opp&s aux décrets de Id Provùtente que de the^hJèr à soutenir une société organisée contre la wta^ ture des lois sociales. M; FiéVéè ré^ète-t-il une chose dite hiille fois ( qd'i^lié soit jùAte &ù hôii est iUdiffiSfètit ) ^ Mvbir : qtt'é depADs Fass^hkhlée constittmHi^ jusqu'au stcfihd H?/oW^ dù H&i , ii aucun gôuf^hiement h'tt pu dïtref ^ c^^it tjtit les condition ess^hHèllèi dé tordre sàckd ri existent ptus? M dé Mà^hàii^lf ricfcti6é dé dire : qiSCâ ny ù ptàs tfe sàreté potir fe gbi/iM^rnement t^tWèl^ ist ^ue itk thUte èifi dont iH/àO' lible et prtthkitH'e:
Remai^uet ijtils , siit presque tôti^ e^s btlël$ d'accusation , si M. Fiévée aVàit dit le bôiitrairè de ce qui lui est imputé à Ci*iiife, M. de Marchaugy aurait pu le ()ouituitrè avec titke égale justice , et suir des iùducliohs^totit àdàrî fondées. Je sttppd^e t|ue cet ébHyain feÀt {irétendu que îei kahitùdéi et tes intëtèti ifuidéjèndaient l*ancienne monarchie étàSèhi plus pùtistmtsqu^en 1789, au lieu de réttrémbinA; qu'estce qui empêchait M. deMarchangy d'ëncontltit*e de même que M. Fiéf^éé nous/a isaitprésà^hnne noùi^eUe révolution. Car nous ne vivons plus sous l'ancienne monarchie. Cette ancienne monarchie est détruite , une monarchie con^titutioniiëlle toute neuve la remplace. Or ddnc, si les intérêts et les habitudes qui délendaiebt cette ancienne monarchie sont plus puissants qu^ils
ne rélatent lorsqu'elle ëdt tombée, il est clair qu'ils doiveût tetidrè & fe t-dêvër. Donc iP/; fïevéenous annoncé âe no\JXfeàùâc hVùtëi*'étseihbms . Donc il eM pMsible i non ^s dé T^Hiclé B , mais (le 1 article j de ht loi da 9 no^fembre : c&r, dit M. de Marchab^, l^ùh oh f^ttrtiÛ vainement que cette hin'ïi fe/iite/icfe paViër^e'iT*ashirafices posUh^ei ; ^ht dei faits )fn^cîsj feji tùt Mbt , ijtie de naoi^etl&s kjfaYAahtes. Il est éfùèsHon ( dans 1 aitidé 9 ) d^iMè àhm vaHêftê "âk delà. Cette variété cbnsistelà pHAtiit cëibc quiaurài&nï noïriciS 1 cHùîU y landiis qt!iè rsurtiiéle Ô pttnit àéûx qui auraient I^MT cbôibà. Vortrierà crptre esï Mùîns que faire 'er&it^^ ^àiris'^'^dffir^ner'positiyefnéht^^ moins 'ifi£ articuler tiès faits, O^^t sîmpUinèiiï fournir dès élêfh^rits 'à là cfrédidltê.
La même faculté de ^onrsniirVe !le pour et le contre ne s'eiercérait pas thoins efficacement sur une autre iaissertibh déctatëe coU)(^ablë dan& M. Fîévéè. Il faut à là Wionàrchïe , ààxis sôh opinion, de^ appuis ^indépendants des ientifnerifs et de tcffectioh de's péuplks. tliëà'db pîi6 éVôqnetat que \k réfbtation dans laquelle M. dé Marchângy , k^épèûlssailil 6e quH Domine tin désolant sophisme , réclame pour le pacte k plus respectable (jui ait été trace sur les pierres fùn^ damentùles de ^a monarchie^ et veuï qu*eOè repose sur là magie de V amour , "sentiment nii-racideuàCy pltts pUissaht que le levier àÀrchi- ^èiie ^...anneau 'ddltiàhce et politique dinspi-
ration, le suis tout à fait de son avis, je lui de* mande seulement la permission de Texpriinerun peu plus simplement , et je dirai qu'il est trèsdésirable pour les peuples d'avoir de^motifs d'aimer leurs rois, et très-désirable pour les rois d'être aimés de leurs peuples.
Mais si un auteur osait écrire que l'affection des sujets est la seule base du pouvoir des rois ( et cependant si elle n'est pas la seule , il faut à ce pouvoir d'autres appuis , comme dit M. Fiévée ) , que ne pourrait pas opposer à cette assertion M. de Marchangy , d'après les principes les plus évidents de la légitimité ! Quoi! l'on fondera l'autorité monarchique sur une émotion qui peut être passagère , qui augmente ou diminue suivant les circonstances et l'esprit du temps , que les calamités affaiblissent , que les revers forcent au silence, qui s'altère par la calomnie , et qui de nos jours a été minée par d'impies et séditieuses doctrines ? N est-ce pas mettre la légitimité à la merci des jugements humains, mobiles, incertains , variables , susceptibles d'égarement et d'erreur ? Que n'ajouterait pas dans ce système un avocat du Ro i plein de zèle, si l'écrivain malheureux ou imprudent avait parlé, comme M de Marchangy dans sa plaidoirie , des prestiges de la Royauté! On a disputé sur le mot débonnaire , sur le mot bonho^ mie , sur le mot pitié ^ bien que leur acception &vorable fût consacrée par de grands exemples :
mais je pose en fait que le mot prestige sans cpithète n'a jamais été employé favorablement par aucun de nos classiques français. Que si Tauleur, sacrifiant son amour propre à sa sûreté, s^xcusait par l'entraînement de la phrase, Tarn* bitîon du style et la séduction d'une espèce dharmonie qui dicte souvent aux écrivains prétentieux des sons vides de sens et des mots sans idées , M. de Marchangy ne lui répondrait-il pas , qi/on ne peut juger 'de ses intentions que par les expressions dont il revêt sa pensée ^ et (juU est Jdcheuac qiiun homme , pour qui la langue française e^tsi docile et si souple , n^ait pas arrangé sa phrase de manière à ce qiCelle ne pût être interprétée contre lui? Car, il paraît que, dansTopinion de M. de Marchangy, la loi du 9 novembre signifie que les auteurs doivent ^i/ra/zg^er leur phrases de manière à ce qu elles ne puissent pas être interprétées contre eux. • ^
Je n'ai plus qu'une observation à faire.
c Traduire le sieur Fiévée devant les tribu*
> naux , » a dit, en finissant, M. de Marchangy, » c'est prendre le solennel engagement de pour-
> suivre avec vigilance ces écrivains populaires, » bien plus dangereu)i: encore , ces partisans in- » vétërés des innovations révolutionnaires, ces « séditieux qui épient dans Tombre l'occasion de
> porter des coups à la monarchie , soit en atta*
1» quant les autorités instituées par elle et pour » jçll^ y soit f^p ypuant ^ Tiogratitude publique^ » nu ridiqulp j^t fiu nijépris to|i| ce qui leur sem- » ble papablg 4p d^vpuement et de Su^élité ; soit »» ei^ npisanf j^ n.^e ré^afraltfQi^iCOjpp Jette, par p Veffnj^jx^p i?i90Î,Ç de l'iippiété. » J'ai h^^auoQj^jp f.éflëc]b; Sfxj: çpfte peroraipion, et j'oserai sop^ett^e ^ ^joQ ^ut,e]ar qjo^lques dputes. Le deyoif* dij n^ii^istère f^jiblic u'e^t-il pas toujours de poursuivre tout c«qui est coupable , et de ne rien poursuivre de ce qui est innocent ? Tel est rengagement que contractent , je pense , MM. les avocats du Roi, en acceptant leurs fonctions importantes. Comment le fait d'avoir traduit un auteur devant les trjbunaux péut-il ajouter à la sainteté de cet en^gement ?
Je ne sais trop pourquoi M. de JMarchangy nomme les ennemis de la monarchie des écrivajins populaires. Je suis loin d'admettre que c^ qui est opposé à la monarchie soit populaire , c'est-à-dire, agréable à la nation. Car, M. de Marchangy sait trop bien le français pour ignorer 4|u ain écrivain {lopuiaire n'est pas celui qui écrit S9Ur Je «peuple; c'est celui qui plait ai^ peuple. M jûs enfin , po]^laires ou non , si des ^cpi vJaius .tjraosgresi^nt les lois , M. de Marohangy doit poursuivre. fiHIs ne transgressant poÂnt les lois, comment seraitil obligé de diriger contr'eux des poursuites, parce qu'il en a dirigé contre M. Fié** ^^fée ? le ne croirai jamais qu'un (nagistrat projette
aa7 cloffrir àresprit du parti un procès en expiation d'un autre, et je m'afflige de voir des exprès^ sions arrangées de telle sorte , qu'elle^ suggèrent cette idée fâcheuse. Je crains qu'elles n'affaiblis* sent Tau torilé de M. de Marchangy dansTopinion, en jetant sur &OQ ^^^ un jour injustement équi-. voque. I^e premier écrivain poursuivi , coupable ou non , semblera , j'en ai peur , une réparation^ un holoc9\i9te y ua dédommagement promis d'a^ vance.
Cette péroraison, malgré ses beautés de style, me |>arait avoir en(^re un autre défaut. Sûrement, ^L Tavocat du roi n'a voulu nullement nous annoncer qu'il considérait dans les prévenus autre chose que le délit. Il repousserait avec indignation tout ce qui tendra à Tinculper d'une semblable partialité , tout ce qui ferait présuiper que l'ardeur de ses poursuites varie , non d'après le degré de culpabilité , ms^ÎA d'après des souvenirs ou 4^3 préventions aAtéfieures, et suivant l'affinité ou la di^re^ce de ses opinions et de celles det apcusés.. lïauf sommes )oin , bien loin , des temps déSfK^trçu;^ où la pfulie publique d^niand^t si un l^omnie était aristocrate pour le condamner. M* 4? Marchangy , saisit d'un livre qu'on lui ai4ra 4^sîgné cpmiqe coupable , ne s'enquerra ppJUl si l'i^^teur e^lt UU partisan invétéré des innovations révolf^tfpnnQircs. Il js^en abstiendra soigneusement^ p^rce que cette façon d'a^r serait une réminiscence révolutionnaire. Il lira
roqvrâge, seulcorps du délit; et, en digne et loyal magistrat , il poursuivra Fauteur pour le délit seul. Je suis convaincu de toutes ces vérités i mais sa péroraison ne les exprime pas d^une manière satisfaisante : tant il est difficile à Thomme pour qui la langue est la plus souple et la plus docile , d'arranger sa phrase de telle sorte quelle ne puisse être interprétée contre lui !
Je me résume. Avec la faculté d'interprétation et d'induction, dont M. de Marchangy fait usage ; avec son mode de considérer la loi du 9 novembre; avec ses combinaisons y ses rapprochements , ses distinctions entre les délits qui résultent de ce qa^ on fait croire^ et ceux qui résultent de ce que l'on donne à croire; avec la pratique qui! adopte de placer une inférence après chaque phrase , et de condamner la phrase sur Tinférence qu'il en tire, ilya, je l'affirme de nouveau, i'.u possibilité complète d'écrire avec sûreté. On peut être épargné par le magistrat ; on n'a plus la garantie de la loi. La tolérance n'est pas la liberté , un hasard heureux n'est pas une institution, un accident n'est pas une sauve-garde. Qu'il y ait encore aujourd'hui des écrivains hors de prison , et des brochures non-saisies , ne prouve point que la presse soit libre. Il y a partout des gens qui ont encore leur tête sur leurs épaules , et cependant il n'y a de sécurité que là où l'autorité ne peut pas faire couper les têtes qu'elle veut.
La question est posée bien clairement , et personne ne peut se faire illusion. C'est de la liberté de la presse toute entière qu'il s'agit. Veut-on la livrer à des subtilités jésuitiques , à (les disputes de mots , plus abstraites , plus inintelligibles, plus puériles que celles des scholastiques du quatorzième siècle? Veut-on qu'il n'y <iit pas une expression dans notre langue dont le sens ne puisse être parverti ? Véut-on charger MM. les avocats du roi de composer le Dictionnaire de Tacadémie ? Veut -* on qu'après trente ans d'efforts et de malheurs^ nous perdions tout le fruit de ces malheurs et de ces tfforts ? Je dis tout le fruit , car la liberté de la presse perdue entraînerait la perte de toutes les libertés. Non, on ne le veut pas, personne ne le ^ eut; ce n'est pas l'intention du roi; ce n'est [)as le désir des Chambres ; ce n'est pas même, fose l'affirmer, un projet réfléchi dans le ministère. Des ministres peuvent avoir des vues erronées, des intérêts personnels, des amours-pro-^ près mal entendus , des velléités d'arbitraire tort imprudentes , des préventions et des prétentions qui les égarent. Mais il ne saurait exister ^n France un seul homme assez ennemi de son pnys et de lui-même y assez ignorant de ce qui est bon^assez aveuglé sur ce qui est possible,pour vouloir ce qu'aucune force sur la terre ne pour* fait effectuer, ce que Bonaparte n'a pu accomplir , ce qui est repoussé par le bon sens , pros*