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nistère anglais un prétexte malheureusement plausible de peindre la liberté sous des couleurs odieuses ; ce ministère n^a pas manqué , au moindre nuage qui obscurcissait Thorison , de suspendre thabeas corpus , c*est-à-dire le droit des citoyens à n*étre arrêtés que pour des causes connues , et détenus que jusqu^au moment où une instruction judiciaire démontrerait leur culpabilité ou ferait éclater leur innocence. Le ministère y gagnait d'avoir en sa puissance le sort de toqs les individus de TAngleterre. II y gagnait encore de donner au continent un exemple , dont Tautorité profitait. Je ne pf nse nas que nos gouvernements, depuis vingt-cinq ans, aient adopté une seule fois une mesure arbitraire, sans alléguer, la suspension de Phabeas corpus. Il est bisarre , mais il est vrai , de dire que la Grande-Bretagne^ dont les citoyens ont un sentiment si énergique de Timportance de la liberté individuelle, apourtantle triste honneur d'avoir
été périodiquementcitée par tousceux qui, ayant en main le pouvoir , ont voulu Texercer despotiqueraent ; et c^est surtout alors , et même seulement alors , qu'ils Font proclamée la terre classique de la liberté. Sir Samuel Romilly n*a pas à se reprocher un seul vote en faveur de ces lois illégales qui, sous le prétexte de sauver l'étal social, enlèvent aux hommes précisément les avantages pour lesquels ils sont entrés dans Tétat social.
En 8*occupant ainsi des droits les plus sacrés de ses compatriotes , le chevalier Romilly n'était point indiflérent à ceux des étrangers , et sa généreuse intervention , toutes les fois qu'il s'est agi de les soumettre k des règlements tels qu'il n'en existe dans aucune autre contrée de la terre, lui donne à la reconnaissance européenne des titres qui lui sont particuliers. Je viens de voiis dire quedans aucun pays du monde il nexiste sur les étrangers des règlements aussi rigoureux que celui qu'on a nommé ta/îen-kii/. Je dois ajouter quUI est impossible d'exécuter des lois sévères avec plus de sévérité. Les personnes sont saisies sans avertissement préalable ; les papiers emportés sans moyen de les reconnaître. L'individu est gardé à vue, souvent sans obte* nirla faculté de rentrer chez lui : il est enfermé dans une chaise de poste; il passe de cette prison mobile à bord d'un vaisseau ; il est enfin jeté sur une plage qu'il n'a pas choisie , oii il peut se trouver sans secours. Tel est )e traitement que des lois prolongées depuis vingt-cinq ans autorisent les ministres à faire peser surtout homme qui n'est pas anglais : et remarquez , Messieurs , que ces lois s'appliquent, j'emprunte ici les paroles de sir Samuel Romilly lui-même, non-seulement à des personnes qui arrivent en Angleterre , mais i vingt mille individus qui déjà y sont domiciliés , dont plusieurs y ont résidé
durant des années , y ont établi leurs familles
ko et leur industrie, y ont transporté toutes leurs propriétés , se sont mariés avec des anglaises , ont fait en un mot de FAngleterre leur résidence constante et leur patrie unique. I^ justice m*oblige de reconnaître que ces lois terribles sont rarement appliquées ; mais elles le sont quelquefois presque sans examen : elles le sont toujours sans que les ministres soient tenus d'assigner aucune cause à leur application subite. Elles le sont au risque de la vie de Tétranger, car il y a plus d'un exemple de malheureux jetés sur les rivages du continent, lorsque ces rivages étaient semés d'inévitables écueilspar une suite déplorable de nos tempêtes révolutionnaires, et de Tobéissance docile de ceux qUî aujourd'hui nous reprochent la nôtre avec amertume.
Sir Samuel Romilly combattit toujours ces mesures farouches; et, si sa voix éloquente n'empêcha pas leur adoption, ses efforts rendirent certainement leur exécution plus rare. C'est un des avantages de l'opposition dans les gouvernements représentatifs , que la circonspection qu*elle impose au pouvoir, même quand il triomphe; et, pour apprécier le bien qu'elle frit » il faut porter en ligne de compte le mal qui ne se fnil pas.
J'espère, Messieurs, ne m'être pas exprimé avec imprudence en parlant de lois étrangères dont j'ai eu soin de dire que l'application nVst
pas fréquente et dont les circonstances amèneront sans doi;ite la prochaine abrogation , et ici une pensée s* offre à moi^ qui est douce et consolante. Il y a peu d'années qu un esprit de persécution disp ut^t à 3e5 victimes tout refuge dans le monde qtii se prétend civilisé. Partout on professait avi;c un orgueil.étrange des doctrines inhospitalièies. Oq eût dit que le titre de gloire des hommes puissants était les su|>pliants re* poussés , lei» fugitifs banpis. Si quelque pays moins sauvée sembbit se rappeler que jadis le droit d*af.ile était inviolable, aussitôt des voix implacableci s'élevaient , pour l'avertir que la générosité lîtait un crime, et que le mot d'ordre était Texil ou l'extradition. Ces temps ne sont plus; les e.iilés respirent* La patrie les contemple de loin encore , mais avec intérêt , et se piait à prévK)ir Tépoqu^ où elle pourra les recueillir dans ^n ^ein. t ,
Champion zéié de la liberté individpeUe poup toos les habitants de TEurope, le chevalier Romilly ce pouvait demeurer insensible aux souffirances non ipoîns injustes et plus efiroya» blesd*une race d^hommes que les Européens ont long«te/.nps regardée comme une proie Uvrétf sans défense à leur barbarie et à leur avidité. Ces nrgres enlevés à leurs familles, entassés dans des bâtiments infects , expirant de mï^ sère dans L i traversée , ou périssant de travail et de douleur sous le fouet de leurs bourreaux, ces
nègres dont Tesolavage , dans chacun de ses détails, depuis les séductions ou les violences dont on se sert pour les enlever, jusqu'aux supplices épouvantables qu'on rafine et qu'on prolonge pour les contenir, est un crime qo^au* cun intérêt ne peut justifier, qu'aucun sophisme ne peut absoudre ; ces nègres trouvèrent dans sir Samuel Romilly un émule et un soutien du vertueux Wilberforce, et leurs deux noms se rattachent à Tabolition d*un trafic qui est peutêtre le plus grand forfait dont se soient souillées les nations modernes.
La tolérance religieuse constitue une partie essentielle , indispensable de toute liberté poli* tique. Il existe néanmoins des circonstances qui séparent ces deux grands principes. Lors-< qu^uu peuple qui veut être libre croît recon* naitredans une croyance fennemie de sa liberté ^ il est disposé à persécuter cette croyance. Il a tort : il suffirait de Tempécher d*étre dominante , et de la placer sur le pied d'égaKté sur lequel doivent être rangés tous les cuhes. En perdant sa suprématie , elle cesserait d'être dangereuse, tandis que la proscription, sou* levant en sa faveur toutes les passions géné-« reuses de notre nature, la rend plus redoutable en la rendant plus intéressante.
Un peuple a tort surtout, quand il perpétue des lots vexatoires que nexeusâit pas même aux yeux de la justice et de la raison Iç momeat
d*une crise politique. Ce tort a été celui des Anglais. La religion catholique, long-temps indignement persécutée par eux en Irlande 9 et cruellement humiliée, a trouvé quelqu'adoucissement graduel dans le progrès des lumières : mais les lois encore existantes méritent la réprobation de tout véritable ami de la tolérance , de tout homme impartial qui, non content de la réclamer pour li\i , veut que tous ses semblables qui ont des droits égaux aient à la protection de la société une part égale.
La question de l'émancipation des catholiques se reproduit sans cesse en Angleterre » parce que rien n'est définitif là où il j a injustice. Sir Samuel Romilly , depuis son entrée dans la Chambre des Communes, ne laissa passer aucun des débats que cette question excite, sans prêter tout Tappui de sou éloquence aux réclamations des opprimés.
Mais cette question de la liberté des cultes me conduit à vous parler , Messieurs y d'une obligation plus directe, je dirais volontiers plus nationale, que nous avons contractée envers cet infatigable défenseur de tous les principes sur lesquels reposent la paix et le bonheur des associations humaines. Et offrant à sa mémoire le tribut de la reconnaissance frauçaise , j,e voudrais ne point réveiller de tristes souvenirs j mai8,siles ressentiments doivent se taire , il faut au moins que les remercunents soient permis :
et il y aurait par trop d*anrogaDce dans des coupables qui, pour s'épargner le bruit qui les importune, voudraient nous interdire Télogs des hommes de bien.
Vous savez , Messieurs , que les horreurs des dragonades se renouvelèrent en 1 8 1 5 dans quel^ ques provinces du midi de France. L'incendie dévora les maisons des protestants : le meurtre atteignit leurs personnes : des femmes, des vieillards furent mis à mort avec des rafinements d*une cruauté épouvantable. Un de nos représen-^ tants (^) éleva seul la voix contre ces désordres. Je ne vous rappelerai point comment ce cri de rhumanité fut accueilli^ mais les murmures qui le couvrirent ne Tempêchèrent pas de retentir au-delà des mers. Les co-réligionnaires des victimes l'avaient entendu et y répondirent.
Des associations protestantes se formèrent ea Angleterre. Plusieurs de leurs membres se dé* vouèrent, avec quelque risque , à la vérification des faits, ].ies présidents de' ces sociétés écrivirent à un personnage illustre pour obtenir des ren* seignements et son opinion*
Trouverez -vous , Messieurs , comme on Fa prétendu , que ces associations franchissaient les bornes que la politique prescrit à Tinterven*' tion des peuples dans les intérêts les uns des autres? Il y a des esprits bien délicats sur ce
{*) M. d*Argeiison.
point quand il est question d'empéchérle mal, et bien faciles quand il &'a|;it de le faire. Messieurs y IXurope et Thistoire ont loué la reine Elisabeth d'avoir tendu en noir son palnis de Londrirs» pour recevoir l'ambassadeur de France aprè^ la Saint-Barthéleroy. Qu'ont fait les sociétés protestantes , sinon prendre de même le deuil pour le massacre de leurs frères? L'humanité, ja pitié , l'horreur du sang , ne sont-elles donc légitimes que lorsqu'elles émanent d'un trône? Ces sociétés ne s'arrogeaient aucun droit ; elles ne réclamaient aucune autorité : elles se présen- . taient comme d'humbles oignes de gémissements étouffés en France. Elles pensaient que» si leurs voii^ plus libres portaient aux pieds du prince ces gémissements, les iniquités s'arrête* raient. Leur espoir n'a pas été trompé. Le réri* table intérêt des rois est toujours d'accord avec la justice ; et les persécutions ont cessé , parce qu'elles ont été connues du monarque.
Sir Sarouel Romilly seconda plus d'une fois dans le parlement le zèle de ces sociétés protestantes. Après avoir peint avec force ce qu'avaient souffert les religionnaires du midi , il proposa qu*one adresse fût présentée au prince régent , pour le supplier de faire mettre sous les yeux da la Chambre des copies ou des extraits de toutes les communications qui avaient eu lieu entre le gouvernement de Sa Magesté britannique et <:ehii de la France, relativement aux protestants des départements méridionaux.
Un ministre , après avoir contesté, peQt*£tre avec raison , car je ne veux rien exagérer , le nombre des morts , que le chevalier Romilly avait porté à trois mille; un ministre, après avofr affirmé qu'il n'avait péri tout au plus que mille protestants, réclama l'indépendance réciproque des natiotis, invoqua le respect si connu du ministère anglais pour cette indépendance , appela les assassinats de Nîmes une matière de contro- Terse religieuse et locale, et témoigna ses craintes que de pareilles réclamations contre ces assassinats ne réveillassent en Europe Tesprit illibéral des siècles passés (9).
Alors , pour la première fois , l'éloquence du chevalier Romilly, habituellement calme et modéré , s'enflamma tout i coup d'une indigna* tion sainte , et la Chambre des Communes , accoutumée à voir en lui le philosophe ingénieux et pénétrant, le dialecticien ferme , le politique profond et imparcial , s'étonna d'entendre re* tentir dans son enceinte les accents d'un orateur passionné. Les discours de sir Samuel Romilly (car il en prononça plusieurs sur cette question) produisirent une impression générale. La majorité ministérielle ne fut point ébranlée , gr&ce au privilège qu'ont ces majorités d'être impassibles. Mais Fopinion était avertie.
L'effet salutaire des efforts du chevalier Romilly eut été plus rapide encore sans une circonstance malheureuse , que ma tâche d'hfttorien m'oblige à retracer , mais que je raconterai
snris réflexion et avec la scrupuleuse fidélité de TListoire.
Je vous ai dit. Messieurs^ que les sociétés pro* testantes avaient écrit à Fun des personuages les plus célèbres de notre époque. Il s'empressa de leur répoudre. Dans cette réponse, insérée au registre parlementaire « et que j'ai sous les yeux, il est dit que ces sociétés ont été mal-informées; et le résultat de sa lettre entière est que leurs réclamations sont superflues, et, par conséquent, déplacées (lo).
Pour vous rendre compte de l'effet de celte lettre, j'emprunterai les propres paroles de sir Samuel Romilly dans son dernier discours sur cette matière. « Une lettre, dit-il, a été écrite par le duc de Wellington , niant la vérité de$ assertions qu'on srrait présentées. L'effet tle cette lettre a été très-grand. La dénégation par les autorités britanniques des outrages faits aux protestants leur a causé beaucoup de mal. Cette lettre a été imprimée à Nîmes, et répandue avec profusion dans cette ville. Elle a rempli les protestants de consternations, ôtaut aux oppresseurs le seul frein qu'ils eussent respecté jusqu'à cette époque, et enlevant aux oppri* mes leur dernière consolation et leur^dernière espérance. •
Mais, si le bien que sir Samuel Romilly avait en vue n*a pas été opéré à l'instant même, âotre reconnaissance n'en doit pas être moins vive«
Les germes de réparations qu'il avait semés n'ont pas été stériles, et le Midi respire maintenant sous des lois équitables, et même, car il est loin de mon désir de me refuser à des éloges quand ils sont mérités , sous des administrateurs impartiaux, au moins quant aux rapports religieux.
Il me reste à vous parler , Messieurs , d'un dernier trait du caractère du chevalier Romilly , parce qu'il lui donne de nouveaux droits à votr» intérêt. Ce trait', malheureusement trop rare chez une nation sur laquelle j'ai tâché de préserver mon jugement et d'un enthousiasme hors de propos et d'un ressentiment qu'il est désirable de voir disparaître pour le bien du monde ; ce tiait, dis*je , était un attachement profond et sincère pour la France. La Fihice ne peut jamais cesser d'être chère aux hommes qui sentent du sang français dans leurs veines. L'injustice peut les éloigner de leur patrie ; elle peut, en se prolongeant, forcer l'exilé à finir ses jours siVie sol étranger; mais, à la distance même des générations qui ont cessé d'être , le sentiment français se réveille au non de la France; et, quand le des* cendant d'une famille expatriée revoit le sol qu'habitaient ses ancêtres, il n'éprouve au milieu de sa joie qu'une pensée pénible, celle de leurs souffrances , et surtout de leur exil.
Originaire de France, sir Samuel RomiUy aimait notre caractère national, notre esprit, no*
tre littérature , nos mœurs , nos habitudes socià-* les. Dès l'aurore de la révolution de 1789 jusqu'au dernier moment de sa vie , il suivit toujours avec le plus vif intérêt tous les événements qui pou vaieut contribuer à notre bien-etre et à notre liberté. Dès les premiers mois de cette anuée mémorable, où furent proclamés des principes vers lesquels 9 après trente ans, Texpérience nous a heureusement ramenés, il vint à Paris pour y voir les hommes qui se distinguaient dans ces jours de dévouement, d'espoir et de confiance. Mirabeau se lia particulièrement avec lui , et puisa dans sa conversation savante et variée des renseignements précieux sur Tétat réel, SI difficile à connaître , de la constitution britannique. Ce fut à la prière de Mirabeau que le ( hevalier Romilly rédigeli un abrégé des régle^ ments observés dans la Chambre des Communes, })Our débattre et pour voter. Mirabeau fit imprimer cet ouvrage; et, dans Tavertissemeut qui le précède , il s'exprime ainsi sur Fauteur : m Je dois ce travail, entrepris uniquement pour la France, à un anglais qui, jeune encore , a mérité unir hiute réputation, et que ceux dont il est partirtilièrement connu regardent comme une des f "^pérances de son pays. C'est un de ces philoso- {lies respectables, dont le civisme ne se borne \n linl à ta Grande-Bretagne. Ces philosophes, ciî'vens du monde, désirent sincèrement que les 1 lauçais soient aussi libres et non moins géud-
reux qa'eux'^mémes. » Leur nombre ,est très* considérable, dit sir Samuel Bpmîily dans une lettre que Mirabeau cite : « quoique sensibles à rhonneur qui résulte pour leur patrie de ce que la liberté anglaise est presque passée en proverbe, ils ne souhaitent cependant rien avec plus d'ardeur que de voir cette distinction se confondre dans la liberté générale de l'Europe. » Pourquoi, depuis trente ans, les hommes d*état n'ont-ils point partagé ces vœux? Que de biens auraient été obtenus plus rapidement, et que de maux épargnés au monde !
Je termine ici, Messieurs» (a tâche que vous nm aviez imposée. Je me suis exprimé sur tous les sujets que j'ai dû traiter a^ec une franchise extrême. J*ai cru que, devant cette assemblée, il n'y avait aucunevérit^qu'on ne pût dire, aucun jugement qu'on dût craindre de porter. Je n'ai voulu ni flatter ni blâmer trop sévèrement une nation dont je ne répugne point à reconnaître le mérite , parce que je ne redoute certes aucune cpmparaison pour la France , mais dont je ne me sens point le devoir d'atténuer les torts, et envers laquelle toute flatterie me semble interdite et par les souvenirs du passé , et par les circonstances qui durent encore. Je suis d'ailleurs convaincu par une expérience qui commence à être longue, que presque toujours la franchise est aussi de lapnidence, et qu en disant constamment sa pensée, et rien que sa pensée, Ton
échappe an plus grand danger des temps de parti, les interprétations et les réticences supposées.
Vous demeurerez persuadés^, je le pense, que la mort de sir Samuel Romill y est , non-seulement pour rAngleterre, mais pour Thumanité, une iatalité crqelle. Il réunissait deux choses, trop rarement combinées , la science pratique et la philosophie spéculative; la science pratique, qui rend la spéculation applicable, et la philosophie , qui rend la pratique juste et éclairée. 11 voulait la liberté , et , comme tous ceux qui veulent sincèrement la liberté , il ne voulait pas le désordre. Il voulait partir de ce qui etistait pour améliorer et non pour détruire; il voulait éclairer Tautorité, la restreindre dans ses bornes légitimes 9 non la renverser, la concilier avec les droits de tous , et par-là lui donner plus de durée ; préserver les gouvernements du despotisme qui perd la puissance, les peuples de Tanarchie qui perd la liberté. Sa carrière a été déplorableroent interrompue; mais ses travaux, sa gloire, son exemple nous restent. Plus d'un malheureux, épargné par des lois qu'il a adoucies , plus d*uu oppriipé, garanti par les principes qu'il a proclamés, plus d'une nation, peut être, invoquant sa mémoire illustre contre les abus de la force, les manœuvres de la perfidie, ou Tinsolence d^une victoire éphémère , serviront longtemps encore à faire chérir, à faire respecter, k faire bénir son nom.
Au reste , Messieurs , en mettant à part la cause
doubureuse et le genre déplorable de sa mort, VOU5 trouverez peut-être que ce n'est pas lui qu'il faut plaindre. La carrière des défenseurs de la liberté est rude et laborieuse. Ils rencontrent sans cesse la destinée qui trompe leur espérance, et des calamités imprévues qui dévastent le champ qu'ils cultivent. Tantôt des crimes , plus souvent des erreurs, quelquefois tout-à-coup la peur ou l'ignorance les repoustent du but dont ils approchaient. Ve sont-ils pas heureux de se reposer dans la tombe, après avoir fait quelque bien ?
Que ceux qui vivent cependafit n'oublient pas que leur devoir est tracé. Ils ont reçu du ciel une mission difficile, mais ils en sont responsables. Même en succombant , ils obtiennent l'ap* probation de tout ce qu'il y a de vertueux sur la terre. Ils plaident une noble cause en présence du monde , et secondé par tous ses voeux. Qu'ils ne se découragent donc pas : aucun siècle ne sera tellement déshérité qu'il présente le genre humain tout entier tel qu'il le faudrait pour le despotime. ][j*avenir ne trahira point l'espèce humai ne. Il restera toujours de ces hbmmes pour qui la justice est une passion, la défense du fai* ble un besoin. La nature a voulu cette succèssion : nul n^a jamais pu l'interrompre , nul ne l'interrompra jamais ; et si beaucoup meurent k la peine, beaucoup d'autres viendront après eux qui recueilleront leur mandat, et qui poursuivront leur ouvrage.
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