SUR LOANDA
remarquer Labat, cette division avait éprouvé de grands changements. Plusieurs de ces provinces n étaient nullement soumises à la souveraineté du roi de Portugal, et ne se rangeaient sous ses lois que dans les occasions où leurs intérêts devenaient les mêmes que ceux de ce prince. Il j en avait cependant un assez grand nombre que le voisinage des forts européens tenait continuellement en respect. Les suivantes se trouvaient dans ce cas r Danda , Moseché , Bengo , les deux Illamba , Oarii , Embacca , Benguella , Scella , Gabezzo , Lubolo et Oacco(i).
Ile de Loanda , et conquête de la ville par les Hollandais.
L'île de Loanda est située devant la ville, à huit degrés quarante-huit minutes de latitude du sud. Lopez lui donne environ vingt milles de long, sur un mille au plus de largeur; et dans quelques endroits, dit-il, elle n'est large que d'un trait de flèche (2). Merolla fait monter sa longueur à dix lieues, et la place à un mille de la ville. Dapper dit que dans sa plus grande largeur elle n'a pas plus d'un mille et dfctni; et qu'en faisant voile du côté de la mer, on découvre aîséim^nt !« canal qui la sépare du contiûeat. La mer, à cent pas du rivage, n'a pas plus de vingt-sept ou vingt-huit brasses de profondeur ; mais ,
(i) CaYazzi , p. si ; Labat , t. t , p. 100. (1) Relation de Pigafetta, p. lo.
xnr. n
98 RiSUMi DES PREMIERS VOYAGEURS
une lieue plus loin, on ne trouve point de fond à cent brasses (i).
Lopez paraît persuadé que l'île de Loanda s'est formée, par degrés, du sable et du limon cpii sortent continuellement des rivières de Coanza et de Bengo (12). Merolla n'est pas d'une opinion différente , lorsqu'il dit que le port de Loanda est aussi sûr que célèbre, et que n'ayant été formé ni parla nature ni par l'art, il ne doit sa construction qu'au hasard , qui a rassemblé assez de sable pour composer, à un mille de la cote , une île longue , plate et basse, derrière laquelle les vaisseaux peuvent mouiller tranquillement (3).
Lopez observe que le nom de Loanda, qu'on a donné au pay39 signifie plat ou rasé, parce que toute la côte est sans montagnes, et si basse, qu elle s'élève à peine au-dessus de la mer. La plus étroite partie de l'île de Loanda est si près de la terre ferme, que les nègres traversent quelquefois le canal à la nage ('4)- Il a deux entrées. Tune au sud, nommée Bara de Corimba,qui avait autrefois cinq brasses d'eau, mais qui est aujourd'hui presque entièrement boudiée par le sable. Elle était gardée anciennement par deux batteries , que la force de l'eau a ruinées. L'entrée du port de Loanda, du coté du nord, est large d'un demi-mille et fort profonde (5). Du'temps de I>ûpez,
(i) Merolla, Churcbiirs Collection ^ p. 608. (a) Pigafetta, p. la.
(3) Merolla , uBi sup, , p. 608.
(4) Pigafetta, p. 10 et 11.
(5) Dapper, Afrique , p. 873. Dapper écrit toujours Tîle »* Lovando.
SUK LOANDA. 99
il était habite par des Portugais et leurs femmes, amenëes d'Espagne.
C'est de cette île qu'on tire la meilleure eau du pays , en creusant la terre à moins d'un pied de profondeur. Si cette propriété semble étrange , observe Lopez , on ne sera pas moins surpris de celle de l'eau , qui n'est jamais plus douce que dans la haute marée, ni plus salée qu'au départ des flots (i). L'île de Loanda est l'endroit de toute la cote où l'on prend le plus de crabes et d'écrevisses de mer, de sèches, et de zimbis, ou simbos, espèce de petit coquillage qui sert de monnaie. La pèche des zimbis était anciennement un droit réservé aux rois de Congo ; mais les Portugais l'ont usurpé (a). On en pèche sur toute la cote du Congo; mais les plus estimées par leur couleur brillante se pèchent près de Loanda. Lopez parle d'un excellent poisson à coquille, qui s'attache aux branches de certains arbres (3), dans quelques petites îles entre celle de Loanda et le continent , et sur les bords de la grande île , dans certains lieux bas qui font face à la terre ferme.
On trouve , dit Lopez , dans l'île de Loanda , sept ou huit villes , que les habitants appellent libattes , et dont la principale porte le nom de Spirito-Santo. C'est la résidence d*un gouverneur, nommé par le roi de Congo, pour administrer la justice et pour recueillir
(1) Pîgafetta, p. 10.
(») MeroUa, Churchill*» Co//«tf«ro«, 1. 1, p. 608 ; Pigafetla , p. lo.
(3) Ces arbres paraissent être des mangliers <m palétaviers.
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SUR LOAIVDA. ICI
rainmême acquiert une certaine fécondité lorsqu'il est arrosé soigneusement (i).
Les insulaires 9 dit Lopez, composent leurs canots de plusieurs troncs de palmiers, qu'ils ont l'art de joindre ensemble, et qui forment des barques ayant une proue et une poupe, et allant à voile et à rame (a). Autrefois les Jagas poussèrent leurs courses jusqu'à Loanda; mais ils furent repoussés, en iSyS, par les Portugais, qui les chassèrent jusqu'à Massangano, où ces derniers élevèrent un fort pour leur sûreté (3).
A trois lieues de Bara de Corimba , dans le continent , on rencontre un petit promontoire , que les Portugais ont nommé Ponta de Palmarinho y ou cap des Palmiers. Deux lieues plus au sud, on trouve la rade des Dormeurs, et les fours à chaux, oîi les Portugais brûlent des coquillages et des écailles d'huître , dont ils font une sorte de ciment. A neuf milles de la rade des Dormeurs est l'embouchure de la Coanza, où l'on voyait autrefois le fort hollandais, nommé Molls, dont on lira bientôt la description (4;.
Dapper rapporte à l'année i64i l'expédition des Hollandais contre Saint-Paul de Loanda, sous la conduite de leur amiral Pierre , surnommé le Houtebeen ,fils de Cornélius Jol. Le comte Maurice de Nassau, gouverneur du Brésil pour la Hollande (5j, ayant observé que les nègres d'Ardra, do Calabar,
(i) MeroUa, Churchill's Collection ^ t. i, p. 608. (1) Pigafetta^p. 10.
(3) Dapper, p. 3^3; PîgafeUa,p. Sg.
(4) Dapper, p. 373.
(5) C'est-à-dire pour la compagnie hollandaise.
I02 RJ^SUMi DES PREMIERS VOTAGEURS
de Rio^Real et de quelques autres lieux, ne suffisaient pas pour l'entretien des moulins à sucre , pour la culture des cannes et pour les plantations de manioc et des autres végétaux, prit la résolutioo d'enlever aux Portugais le pays d'Angola, qui lui promettait plus de ressource. Il donna le commandement de sa fiotte à Houtebeen , avec quelques troupes de débarquement sous les ordres de Jeems Hinderssoon. Cette armée navale était composée de vingt-un vaisseaux de différentes grandeurs , de deux mille soldats , de neuf cents matelots et de deux cents Brésiliens. Elle partit de Fernambouc le 3o de mai. Après avoir surmonté beaucoup d'obstacles pour gagner le sud, elle arriva, le 19 de juillet, à vingthuit degrés de latitude méridionale , où l'eau fraîche commençant à lui manquer, elle eut encore plus à souffrir jusqu'au cap Negro. Elle y prit des rafraîchissements le 5 d'août. De là, s'étant avancée jus* qu'à la baie des Mouches, elle se saisit, \e^ij d'une caravelle portugaise, chargée' de vin de Madère, qui lui servit de guide jusqu'à Loanda.
Le 2149 Hinderssoon ayant pris terre avec son corps de troupes, marcha contre la ville. Le gouverneur portugais , qui se nommait César de Menezes , s'était préparé à le recevoir, avec neuf cents Portugais bîeo. armés et une nombreuse troupe dé nègres. 11 partit de la ville en bon ordre, précédé de deux pièces d'artillerie. Mais ses nègres ayant pris la fuite au commencement de l'action, les Portugais suivirent bientôt leur exemple, et mirent leur général dans la nécessité de les imiter. La ville, abandonnée de
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ses défenseurs, fut prise sans résistance, avec les forts et toutes les batteries. Les Hollandais n'y trouvèrent qu'un soldat ivre et un vieillard. Dapper fait monter leur butin à trente vaisseaux ou chaloupes , vingt-neuf canons de fonte et soixante-neuf de fer, sans parler, dit-il , d'un grand nombre d'autres armes et de quantité de provisions. Mais la rareté de Teau fit prendre aux vainqueurs le parti de s'avancer vers la rivière de Bengo, où ils fortifièrent une maison près de ses bords. Ils y furent attaqués par les nègres; mais la victoire leur coûta peu contre des ennemis si faibles. Ils leur tuèrent quatre-vingts hommes.
Deux jours avant l'arrivée de la flotte , le gouverneur portugais avait reçu des avis certains de son approche; mais loin de pénétrer l'intention des Hollandais , il ne les avait soupçonnés que de chercher à s'enrichir par le pillage; et sa défiance ne l'avait porté qu'à faire cacher sa femme et ses enfants avec ses meilleures marchandises. Lorsqu'il fut mieux instruit par l'expérience, il écrivit à l'amiral hoUan- <]ais pour se plaindre de son injustice, et lui déclarer que les États de Hollande n'étant point en guerre avec le roi de Portugal , il demandait la restitution de sa ville. L'amiral lui répondit que s'il connaissait <{uelque traité de paix ou d'alliance entre le roi son maître et les états-généraux , il avait eu tort de ne pas s'expliquer avant la prise de la ville, et qu'on se serait bien gardé de le traiter en ennemi; mais ^ue tous les Hollandais de sa flotte ignoraient les traités qu'il faisait valoir. Cette réponse lui faisant comprendre qu'il ne devait rien espérer de l'artifice ,
I04 RisUME DES PREMIERS VOYAGEURS
et voyant d'ailleurs a^issi peu d'apparence à reprendre Loanda par la force, qu'à pouvoir s^établir dans un pays aussi malsain que Massangano, il fit proposer aux Hollandais une trêve de huit jours, en promettant, ou de partir dans cet intervalle, ou de se soumettre aux États de Hollande. Mais l'amiral , qui se dëfiait de quelque nouvel artifice, lui répondit que, pourvu qu'il se tînt à cinquante milles de Loanda , on lui accordait, au lieu de huit jours, neuf mois pour délibérer sur sa soumission ou son départ. Menezes , réduit à se taire , se retira sur la rivière de Bengo, avec les habitants de Loanda qui s'étaient attachés à sa fortune. Il y forma des plantations, et poussa le travail avec tant d'ardeur et d'industrie , qu'il se vit bientôt en état de fournir à la subsistance, non seulement de sa propre colonie, mais de la ville même de Loanda. Ses progrès excitèrent la jalousie des Hollandais. Us apprirent en même temps que, pour se fortifier, il avait pris toutes les munitions de Massangano, qu'il avait doublé sa garde, et que dans l'attente d'un renfort de deux cents hommes qui devaient lui venir du Brésil , il avait déjà fait distribuer de la poudre et des balles à ses soldats. Le commandant hollandais de Loanda conçut de quelle importance il était pour son nouvel établissement de prévenir cette jonction. Il fit partir, à la fin de mai i643, un corps de cent hommes, qui arrivèrent à l'entrée de la nuit près de la colonie portugaise. Les sentinelles ayant en vain crié le qui vwe^ firent feu sur des ennemis inconnus. Mais les Hollandais saisirent aussitôt roc-
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casion pour fondre sur la colonie. Us s'avancèrent jusqu'au marché. I^es gardes du gouverneur 6rent quelque résistance; mais ayant été renversés, la mort de vingt hommes, qu'ils perdirent par les armes .des assiégeants , et la vue d'un grand nombre de blessés, achevèrent de leur ôter le courage. Tout le reste fut fait prisonnier, et conduit à Ix>anda, pour être bientôt transporté à Fernambouc , à l'exception du gouverneur Menezes, et de quelques uns des principaux officiers que l'on retint à Angola (i).
IjCs gouverneurs des autres établissements portugais se ressentirent vivement de cette double insulte. Us publièrent , dans toutes leurs lettres, que c'était violer ouvertement la trêve de dix années, qui avait été conclue en 1641 9 et qui, suivant le premier, le second et le troisième article du traité , devait commencer hors de l'Europe aussitôt qu'on en recevrait !a première nouvelle. Ils ajoutaient que Menezes n'avait pas manqué d'en instruire les Hollandais, et ^ue, malgré ces lurïiières, ils avaient ordre d'enlever tout ce qu'ils pourraient soumettre à leurs armes.
Iioanda continua de demeurer entre leurs mains jusqu'à l'année 1648 , que les Portugais y rentrèrent par un traité (2). Ces derniers rentrèrent dans la ville le 21 d'août , et, dès le 24 du même mois , les Hollandais en sortirent. Pendant qu'ils en avaient été les maîtres, ils avaient élevé à l'embouchure de la rivière de Coanza, du côté du nord, un fort nommé
(1) Dapper, Afrique^ p. 370-1. Conférez Feo, Memorias^ p. 174- (1) Ângelo dit qu'ils en chassèrent les Hollandais arec beauconp de valeur. Chiirchiirs Collection, X. i , p. 56 1.
lo6 RÉSUMA DES PREMIERS VOYiLGEURS .
Molls, pour arrêter les desseins et les courses des Portugais. Le fort de Molls avait trente-deux pieds de long sur vingt de large. II ëtait composé de planches et de palissades garnies de terre et défendues par des ronces. Le sommet ou la plate-forme, qui avait environ quarante pieds d'épaisseur , était garni d'embrasures pour quatre pièces d'artillerie, qu'on y entretenait avec une garde de quelques soldats (i).
s IV.
Domaine des Portugais dans le royanme d'Angola.
Quoiqu'il ne soit pas aisé de déterminer l'étendue et les bornes des possessions portugaises dans cette partie de l'Afrique, durant le di^*pseptième siècle, parce qu'on n'en trouve point d'état particulier dans les relations des voyageurs, on ne craint pas d'assurer ici qu'elles sont fort éloignées de l'idée qu'on s'en forme ordinairement. En vam quelques auteurs représentent Angola et Benguella comme deux royaumes soumis au Portugal ; il y a beaucoup d'apparence, au contraire, qu'à l'exception de Massangano et de quelques autres places intérieures, cette couronne qe possède rien au-delà des côtes.
Lopez rapporte l'origine de ces acquisitions. Sous le règne de Jean ii , roi de Portugal , les Portugais , avec là permission du roi de Congo , qui tenait alors Angola dans sa dépendance , faisaieat un grand com-
(i) Dapper, Afiiqm, p. 379. Conférez Feo, Me/norias, p. i8a.
SDR ANGOLA. IO7
men^e d'esciaves à Ix)anda; mais ils ne manquaient jamais de toucher dans leur route à Hle de Saint- Tlioiiias , d'où ils paraissaient Tenir en arrivant au continent d*Afrique. La traite des esclaves n'ayant fait <|u'augmenter, ils s'accoutumèrent à dépêcher directement leurs vaisseaux de Lisbonne au port d'Angola. Ensuite ils y envoyèrent pour gouverneur Paul Dîaz de Novaes , dont les ancêtres avaient fait la découverte de cette côte. Le roi dom Sebastien hii fit présent, pour lui et pour ses héritiers , de tout ee qu'il pourrait conquérir au long de la cote, dans on espace de trente-trois lieues, au nord de la rivière de Coanza , et dans l'intérieur des terres , aussi loin cpi'il pourrait pénétrer. Le motif de cette faveur était de le dédommager des frais de son expédition. Diaz partit accompagné d'un grand nombre de vaisseaux marchands, ^qui s'ouvrirent un commerce considérable dans plusieurs parties d'Angola, dont Loanda ne cessa point d'être le principal marché. Insensiblement Diaz s'introduisit dans le pays, et s'établit dans le village d' Anzelle , dont la situation , à un mille du fleuve Coanza, est extrêmement favorable au commerce d'Angola (i).
n devint dans la suite fort aisé aux Portugais de pousser leur commerce à Cabazzo, ville ou village de la dépendance du roi d'Angola, à cent cinquante milles de la mer. Mais, en iSyS, ils y furent tous massacrés, et leurs biens confisqués par l'ordre de ce prince, qui les accusa de n'être que des espions,
(1) Pigafetta, p. 19.
Io8 HisVMÉ DES PREMIERS VOYAGEURS
venus pour chercher l'occasion de s'emparer du pays* On ne douta pas néanmoins qu'il n'eût été tenté p2ir leurs richesses, et que les voyant vêtus en marchands plutôt qu'en soldats, il n'eût cru la vengeance impossible à des ennemis si faibles (i).
Paul Diaz n'attendait qu'une occasion de cette nature pour commencer l'exécution de ses desseins. Il se hâta de rassembler tous les Portugais qui se trouvaient dans le pays; et les ayant embarques sur plusieurs vaisseaux, il entra dans la rivière de Coanza au bruit d'une nombreuse artillerie. Quan— tité de seigneurs, qui habitaient les bords de cette rivière, se soumirent volontairement aux ankies du Portugal , et devinrent tout à la fois amis et sujets du vainqueur. Mais Diaz, apprenant bientôt que le roi d'Angola se disposait à le recevoir avec une puissante armée, eut recours au roi de Congo. Il obtint de ce prince une armée de soixante mille hommes , sous la conduite de dom Sébastien , duc ou mani de Bamba. D'un autre côté, cent vingt soldats portugais , qui étaient répandus dans le royaume de Congo, se rassemblèrent promptement sous ses enseignes. Avec ces forces il gagna la rivière de Bengo; et , manquant de barques pour le passage, il fut obligé de la traverser à gué. Il vit paraître l'armée d'Angola. La fortune et la valeur mirent la victoire de son côté dans les premières rencontres; mais l'ennemi s'étant relevé de ses pertes, fit traîner la guerre
(i) Pigafetia , p. 19 II e^t plus naturel de penser qu'il fl'offeu* sait du présent que le roi de Portugal avait fait de son pa}'» sans aucun dioit.