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en longueur. Les vivres commencèrent à manquer dans l'armée de Congo. Les maladies et la mort y firent tant de ravages, que les alliés du Portugal ne pensèrent qu'à retourner dans leur patrie (i).
Ce contre-temps découragea si peu le brave Diaz, que ne poussant pas moins ses conquêtes, il s'avança jusqu'à la rivière de Luiola ou Lucala, dans le lieu de sa jonction avec la Coanza. I^a situation du lieu lui parut favorable à ses projets, non seulement par sa force naturelle, mais parce qu'étant voisin des montagnes de Cambarobé, qui sont remplies de mines d'argent, il se proposait de les conquérir. Cette entreprise devint le principal sujet des guerres suivantes avec le peuple d'Angola, qui n'épargna rien pour la faire avorter. Mais les Portugais ne cessèrent pas de ravager le pays par des courses continuelles.
Si l'on demande commeut trois cents Portugais , qui composaient l'armée de Diaz, assistés de quelques rebelles d'Angola, dont le nombre ne montait pas à plus de quinze mille, furent capables de se défendre contre un million de nègres, Lopez répond à cette question que l'armée d'Angola était nue, et sans autres armes que des arcs et des poignards; au lieu que les Portugais portaient des vestes de coton , doublées et piquées , qui leur mettaient le corps à couvert jusqu'aux genoux, et des bonnets de la même matière, qui ne leur garantissaient pas moins la tête. Leurs armes étaient des piques, de longues épées et des fusils , qui faisaient encore la
(1) Pigatetta, p. »o. Conférez Feo, Mèmorias, p. i3i.
terreur des nègres. D'ailleurs la plupart étaient à cheval ; autre sujet d'effroi pour ces barbares. En un mot , ajoute le même auteur, un seul Portugais à cheval , et le pistolet à la main , faisait partie égale contre cent nègres (i).
Merolla <listingue trois sortes de Portugais ou d'Européens, qui sont établis dans cette^ région , surtout à Saint-Paul de Loanda : i^. les ecclésiastiques, qui sont en petit nombre; 2**. les ofHciers , qui commandent, et les négociants; S*", les coupables, qui sont bannis par les cours de justice. Le nombre des derniers, quoiqu'assez grand, n'approche point de celui des seconds; mais l'auteur compte parmi eux quantité de Portugais descendus de race juive, qui portent le nom de Nouveaux Chrétiens. Ils sont envoyés en Afriqiie par les cours spirituelles. Entre plusiieurs raisons qui les excluent de l'état ecclésiastique, l'auteur en fait deviner une fort infâme, que la bienséance, dit-il, ne lui permet pas de nommer. Cependant il ajoute que cette race d'hommes profanes fréquente beaucoup les églises, et se distingue par ses libéralités pour les couvents et pour les pauvres (a).
L'exemple et la société des nègres produisent de si bizarres effets sur les femmes portugaises, qu'elles ne conservent presque rien de blanc que la peau. II semble qu'elles mettent leur gloire à pousser l'empire aussi loin que les femmes du pays portent
(i) Pigafetta, p. «3. Pigafetta écrit toujours Luiola. Voyez cidessus, p. 80.
(3) Merolla, Churchiirs Collection , 1. 1, p. 671.
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l'obéissance et la soumission. Si leurs maris veulent secouer le joug, elles n'épargnent rien pour les chasser de leurs maisons; ou du moins elles trouvent le moyen de les humilier par des mortifications si sensibles , qu'ils n'osent paraître en public. L'avarice est une autre passion qui ne les gouverne pas moins. Elles font mourir de faim leurs maris et toute leur famille. Plusieurs de ces furies se rendent maîtresses des habits mêmes de leurs époux, sous prétexte qu'ils appartiennent à la famille. La loi donne ici aux filles tout ce qui vient de la mère ( i ).
Les blancs ne sortent point de leurs maisons sans être suivis de deux esclaves , qui portent leur hamac , et d'un troisième nègre , qui tient sur la tête de son maître un grand parasol. Si deux blancs se rencontrent et continuent de marcher ensemble , leurs esclaves joignent les parasols et leur forment un ombrage continuel. lies femmes portugaises ne sortent que dans un hamac, suivant l'usage du Brésil, avec un nombreux cortège d'esclaves, qui ne parlent à leurs maîtres qu'à genoux (a). Le hamac est couvert d'un tapis, et le cortège est ordinairement composé de douze personnes ; deux nègres , qni portent la voiture ; deux qui soutiennent les parasols; et huit femmes, nomméeis^occamas, ou femmes de suite, dont quatre soutiennent les coins du tapis. Si c'est à l'église que la dame se fait conduire , le même tapis lui sert à s'agenomller devant l'autel. Le jour du jeudi saint,
(i) MeroUa, Churchill** CoUection, 1. 1, p. 671. (1) Angelo, ChurchiU's Collection, p. 56i ; et Zucchelli, Relationi del viaggio e missionedi Congo, Veûentif în*4^9 p* to8.
lia RÉSUMÉ DES PREMIERS VOYAGEURS
Tusage , pour toutes les femmes , est d'aller à pied et sans cortège. Leur passion est si forte pour la comëdie et pour les fêtes publiques , que la maladie même ne les empêche pas d*y assister.
Le nombre des mulâtres est fort grand à Loanda. Ils portent une haine mortelle aux nègres, sans excepter leur mère; et toute leur ambition consiste à se mettre dans une certaine égalité avec les blancs. Mais loin d'obtenir cette grâce , ils n'ont pas même la liberté de paraître assis devant eux (i).
Les femmes ne portent ni jupons ni chemises : l'usage ne leur accorde qu'une pièce d'étoffe, qu'elles se lient sous les bras. Cependant cette humiliation regarde uniquement celles dont le père n'est pas connu. Les hommes de la même race, qui portent des bas et des hautes chausses, peuvent devenir prêtres ou soldats; mais ils ne s'élèvent jamais audessus de ces deux degrés. Merolla confesse \[{u'il ne fut pas peu scandalisé, dans tous les lieux où il voyait des mulâtres, d'observer ou d'entendre qu'ils étaient destinés au sacerdoce; comme si l'on ignorait , dit-il , à quel commerce ils doivent la naissance, et qu'ils peuvent même être sortis d'une race juive. Un nouvel évêque entreprit de remédier à cet abus , et se procura des lettres de Rome , qui défendaient les dispenses d'irrégularité. Les mulâtres, persuadés que les capucins leur ont attiré cette disgrâce, ont conçu une mortelle aversion pour leur ojrdre. Ceux qui s'engagent au service militaire exigent des nè-
(i) Merolla., Churchill's Collection f p. 671.
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gres autant de respect que les blancs. S'ils voyagent dans le royaume , ils se font porter dans des hamacs. Lorsqu'un sova , ou un gouverneur nègre, ne se hâte point assez de leur procurer des porteurs, ou leur refuse les égards qu'ils croient mériter, ils tirent l'épée, ils se rendent redoutables par leurs menaces, ils enlèvent tout ce qui se présente dans sa maison. Sur la route, ils se croient endroit de prendre les aliments qu'ils trouvent chez les nègres, sans les honorer d'un remercîment; et s'ils entendent quelque murmure autour d'eux, ils ajoutent les coups à l'insulte et au pillage.
D'autres mulâtres , qui embrassent le métier de marchands d'esclaves, se rendent coupables de toutes sortes d'infamies. Merolla n'en apporte qu'un exemple. Ils abusent , dit-il , de toutes les jeunes filles qu'ils peiivent séduire; et retournant quelques années après dans les mêmes lieux, ils enlèvent les enfants à leurs mères, sous prétexte de leur procurer une meilleure éducation à Loanda ; mais c'est pour les vendre ou les échanger. Ainsi, remarque l'auteur, ils s'enrichissent par le trafic de leur propre sang. Une des raisons, dit-il encore , qui retardent la conversion des nègres, c'est l'impunité avec laquelle ils voient commettre tant de crimes aux mulâtres (i).
Du temps de Merolla, le gouverneur portugais réprima quelques uns de ces abus par une rigoureuse ordonnance , qui défendait aux mulâtres d'exercer le commerce des esclaves , et qui les obligeait de
(i) Merolla, Churchill*» Collection, 1. 1, p. 671.