‹ Collection des relations de voyages par mer et par terreChapitre 19 sur 80 · INTRODUCTION ET PROGRÈS · texte numérisé non relu

INTRODUCTION ET PROGRÈS

cérémonie, pour se mettre à la* tête de ses troupes; mais sa seule présence fit rentrer les rebelles dans la soumission. A son retour, le prince, son fils aîné, reçut le baptême sous le nom d'Alfonse, qui était celui de l'infant de Portugal ; et dans la première chaleur de son zèle , il brûla toutes les idoles de sa province.

Des commencements si favorables semblaient annoncer la ruine entière de l'idolâtrie; mais le second fils du roi , nommé Mani Pango , et quantité de partisans qu'il s'était faits dans la noblesse, ne marquèrent pas le même penchant pour la nouvelle religion. D'un autre coté, les femmes des seigneurs convertis, regardant comme une offense la sépara-tion dont le christianisme leur faisait un devoir, fortifièreiit le parti des mécontents par des cabales secrètes. Toutes leurs machines furent dressées contre le prince dom Alfonse, qui faisait gloire de passer pour le destructeur des idoles. Les factieux s'imaginèrent que la ruine de ce prince entraînerait celle de la religion chrétienne. Us insinuèrent dans l'esprit du roi son père , que tant de zèle n'était que le voile de son ambition , et qu'à l'appui des nouveaux dogmes , il cherchait à s'ouvrir une voie pour monter sur le trône. Le roi , trop facile à se laisser surprendre , dépouilla le prince de son gouvernement. Mais des informations plus fidèles , et les instances du mani de Sogno l'ayant engagé à pénétrer le fond de cette intrigue, il reconnut l'innocence de son fils , et le rétablit dans ses emplois. Cependant il lui recommanda de modérer les excès de son zèle ,

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176 IlfTRODUCTION ET PROGRÈS

seigneurs et des Portugais, rendit tranquillement les devoirs funèbres à son père , avec les solennités de rÉglise romaine. Mais le mani Pango(i), qui était alors employé à soumettre les Mozumbos et d'autres rebelles , n'eut pas plus tôt appris la mort du roi et l'élévation de son frère , qu'il abandonna les intérêts publics pour s'occuper des siens. Il conclut une trêve avec les ennemis de l'état, et grossissant son armée jusqu'au nombre de deux cent mille hommes, il ^ hâta de marcher vers la capitale.

Alfonse l'attendit sans s'alarmer. Ses forces ne montaient qu'à dix mille hommes, entre lesquels it ne comptait pas plus de cent chrétiens nègres , et quelques Portugais que le hasard avait amenés dans cette conjoncture. Les peuples , effrayés de sa situation, le pressèrent de chercher quelques voies d'accommodement, et d'abandonner le christianisme, pour se garantir d'un sort qui paraissait inévitable. Sa fermeté n'ayant servi qu'à les irriter, ils l'abandonnèrent honteusement; mais à peine étaient-iis sortis de la ville , qu'ils rencontrèrent le vieux comte de Sogno , alors âgé d'environ cent ans. Ce brave et fidèle chrétien leur fit honte de leur désertion ; et , jurant d'employer les restes de sa vie à la défense de son roi et de sa religion, il les ramena aux pieds d'Alfonse , dans la même disposition. Un changement si merveilleux fut regardé comme le présage de h victoire. Le roi promit au ciel de travailler constam* ment à la propagation de la foi , et fît dresser ufl^

(i) Son nom propre était PanM<juitiin« , qne Fana cbtng^ ^ Penia Aquitiroa. M«roUa écHt Pamangnitima.

I>£ LA REUGTOIf CHRlÉTIENirE AU CONGO. I77

grande croix, en mémoire de cet événement. Lopez ajoute que, pour augmenter sa confiance , le ciel fit luire à ses yeux une lumière extraordinaire , qui le fit tomber à genoux avec des larmes de joie et de reconnaissance. Tous les spectateurs, frappés du même éclat, en demeurèrent quelque temps éblouis, et se ressentirent long-temps de cette divine impression. Enfin, revenant à eux-mêmes, ils aperçurent cinq épées brillantes, qui paraissaient comme gravées sur le roi; et ce spectacle dura plus d'une heure. Il ne se trouva personne qui fut capable de l'expliquer; mais le roi, pénétré des faveurs du ciel, prit les cinq épées pour ses armes , et s'en servit à l'avenir dans toutes ses ordonnances.

Cette vision, dit l'auteur, anima singulièrement le parti royal ; et la nouvelle qui s'en répandit bientôt dans le camp des ennemis , n'y jeta pas moins de consternation. Cependant Mani Pango ne perdant rien de son audace , envoya déclarer au roi et à tous ses partisans, que s'ils tardaient à le reconnaître pour leur souverain , et s'ils ne renonçaient à la nouvelle religion, il était résolu de les passer au fil de l'épée. Mais loin de paraître effrayé de cette menace, le roi lui fit répondre que sa confiance étant au secours du ciel , il redoutait peu toutes les forces humaines; qu'en qualité de frère, il l'exhortait à briser ses impuissantes idoles , à se faire baptiser, et à reconnaître que la religion chrétienne et son royaume lui étant venus de Dieu, l'un et l'autre étaient en sûreté sous une si puissante protection. Ensuite , s'étant fait apporter ses joyaux et ses plus xrv. la

i'jd INTRODUCTION ET PHOGRis

précieux ornements, il les distribua^ de sa propre main entre les seigneurs qui avaient embrassé sa cause (i).

La nuit suivante , une grande partie de ses soldats , eédant à leur frayeur, passèrent dans le camp de Mani Pango , et lui firent entendre que le roi et le reste de son parti étaient dans une situation désespérée. Us ajoutèrent que chacun pensait à trouver qijtelque moyen de fuir, et qu*il n'y en avait pas d'autre qu'un chemin assez étroit qui conduisait vers la rivière, à mille ou douze cents pas de la ville. L'extrémité de ce chemin , entre la rivière et la montagne, avait à droite un petit marais, d'une portée de fusil de largeur, ou la vase était profonde d'environ deux pieds. Sur la gauche étaient les montagnes; et l'armée de Mani Pango serrait de si près la ville, qu'on ne pouvait en- sortir sans traverser le petit marais. Ce passage fut bouché sur-le-champ, avec quantité de pieu^ fort pointus et bien enfoncés, qui étaient seuls capables d'arrêter les troupes royales, supposé qu'elles entreprissent de fuir pendant la nuit. Mani Pango remit au lendemain l'attaque de la ville. En effet , dès la pointe du jour il commença un assaut furieux du côté du nord , dans l'endroit où la grande plaine se resserre dans un défilé fort étroit. Ici , dit l'historien , cet audacieux rebelle fut repoussé deux fois par un pouvoir invisible. Les assiégés qui s'en aperçurent , se crurent en droit d'insulter à la fureur de leurs ennemis. Ceux'-ci répondirent: «Ce n'est pas vous qui nous avez vaincus; c'est une

(i) Pigafctta, Relatîone delreame rfi Congo, p. 5o et suiv.

OE LA RELIGION GHRKTIEimE AU CONGO. I 79

femme vêtue de blanc, dont l'ëclat admirable nous a presque aveuglés, et un chevalier monté sur un palefroi, qui porte une croix rouge sur la poitrine. » Le roi, qui apprit cette heureuse nouvelle, se hâta généreusement de faire avertir son frère , qu'il s'obstinait en vain de combattre le ciel; que la femme blanche était la sainte Vierge, mère du Sauveur, dont il avait embrassé la religion ; que le chevalier était saint Jacques; et qu'ils étaient descendus tous deux in ciel pour le secourir. Mani Pango, riant de cet avis, disposa toutes ses forces à former une double attaque pendant la nuit suivante. Il se proposait de donner l'assaut tout à-la^^fois par le défilé et par le chemin qui conduisait au marais. Ayant même observé que le chemin était demeuré sans garde , depuis le premier effort qu'il avait fait au défilé , il se réserva la conduite de cette partie, dans l'espérance de pénétrer jusqu'à la ville. Mais le moment de la vengeance était marqué parle ciel. Ses troupes furent mises en fiiite au défilé ; et les assiégés s'étant aperçus du mouvement qu'il faisait de l'autre côté pour forcer l'entrée dd la montagne, fondirent sur lui, lobligèrent de tourner le dos, et le poursuivirent dans le chemin même par lequel il avait compté de les surprendre. Là, n'ayant point d'autre retraite que le petit marais , il oublia , dans l'ardeur de sa fiiite, les cruels préparatifs qu'il avait faits contre ses ennemis; ou plutôt les ténèbres ne lui permirent pas de les éviter, et la pointe d'un pieu fit l'office désarmes pour terminer sa vie (i).

(i) Pigafetta, Heiatwne del reame di Congo , p. 52.

lAo INTRODUCTION £T PROGRÈS

Cet accident rendit la paix au royaume de Congo. Doin Alfonse, tranquille sur le trône, fit publier un pardon général, qui fut accepté de tous les rebelles , à l'exception de Mani Bunda, capitaine général, sur qui la honte eut plus de force que le devoir. Cependant la justice du roi se laissa fléchir en sa faveur, à condition qu'il emploierait le travail de ses mains à la construction de l'église de Sainte-Croix ^ x )-

MeroUa raconte autrement le sort du prince et de son général. Pansaquitima, dit-il, ou Mani Pan go se retira dans les montagnes après la bataille. Il y fut arrêté et chargé de chaînes par quelques ne— grès chrétiens, qui l'amenèrent dans cet état au roi son frère. Ce pieux monarque , extrêmement afflige de le voir couvert de blessures, donna ordre qu'il fut pansé soigneusement, et s'efforça de l'y faire consentir. Mais la rage et le désespoir hii ayant fait rejeter tous les remèdes , il mourut bientôt sans avoir voulu changer de religion (a). Son général , continue le même auteur, prit des conseils plus salutaires , et ne balança point entre la mort et le baptême. Sa soumission lui fit obtenir la liberté; mais on lui imposa pour pénitence de porter pendant quelque temps de l'eau à l'église, pour le baptême des nouveaux fidèles (3).

L'église de Congo fut commencée le jour de Sainte- Croix, dont elle prit le nom. A l'exemple du roi, qui

(i) Pigafetta, p. 53.

(9) Faria dit qu'il fut oondnit au supplice, et reproche cette action à dom Alfonse.

(3) Merolla, Churchiir» Collection , 1. 1 , p. 629.

DE LA RELIGIOK CHBÉTlEirirE AL* C05G0. l8l

porta sur ses épaules le premier panier de pierres « et de la reine , qui se chai^ea aussi d'un panier de sable , tous les seigneurs et toutes les dames de la cour prêtèrent religieusement leurs mains au travail. I^e peuple ayant marqué le même zèle, on vit bientôt arriver l'édifice à sa perfection ; et le nombre de ceux qui se présentaient au baptême se multiplia tellement de jour en jour, qu^il ne se trouvait point assez de prêtres pour cet office.

Le roi prit la résolution d'envoyer un ambassadeur en Portugal, et le fit accompagner de plusieurs personnes de distinction. Ce ministre, qui, suivant Lopez , se nommait Rodrigo , et Zakuten , suivant Dapper (i), avait ordre, non seulement de remercier le roi de Portugal, et de lui demander des missionnaires, mais de laisser à Lisbonne une partie des nègres de sa suite , pour y être instruits de la religion et de la langue du pays. D'un autre côté, dom AlfoDse fit publier, sous peine de mort, dans toute l'étendue de ses états , un ordre à tous ses sujets de porter leurs idoles et leurs charmes aux gouverneurs des provinces. On rassembla de toutes parts, avec un empressement merveilleux, les ani* maux, les reptiles, les oiseaux, les arbres, les plantes , les blocs , les pierres et les figures peintes ou gravées, qui avaient fait jusqu'alors l'objet du culte public. Tous ces détestables monuments de l'idolâtrie furent brûlés dans le lieu où dom Alfonse avait vaincu son frère , et chaque nègre y porta sa charge

(i) Il y a de l'apparence que Rodrigo était sou nom chrélien»

iSa INTRODUCTION ET PROGRÈS

de bois pour cette es^écution. Dom Alfouse distribua, pour les remplacer, une infinité de crucifix et de saintes images que les Portugais lui avaient apportés. Il donna ordre à tous les seigneurs de son royaume de bâtir des églises dans le lieu de leur résidence , et d'y élever des croix. Sa capitale étant l'objet de ses propres soins , il y fit bâtir trois nouvelles églises, l'une nommée San-Salvador, à l'honneur de sa dernière victoire, et pour servir de sépulture à la maison royale de Congo; la seconde, sous le titre de Notre-Dame-du-Secours; et la troisième , sous le nom de Saint-Jacques ( i ).

On ne fut pas long-temps sans voir arriver des vaisseaux du Portugal. Ils apportèrent un grand nombre de missionnaires , qui se dispersèrent aussitôt dans les provinces. Le peuple fut instruit, et la religion cultivée avec une ardeur égale de la part des fidèles et des ministres. On prit soin d'élever quelques nègres aux ordres ecclésiastiques, pour les rendre capables d'instruire les habitants dans leur propre langue (2).

Dom Alfonse vécut peu; mais aucun historien n'a marqué le temps de sa mort. Il eut pour successeurdom Pèdre son fils, sous le règne duquel on vit faire de grands progrès à la navigation dans toutes ces mers. L'île de Saint-Thomas, qui avait été déserte jusqu'alors , ou qui n'avait pour habitants qu'un petit nombre de matelots au long du rivage , se peupla de Portugais et de colons d'autres nations. Le

(i) Pigafetta, p. 54 et suW.

(a) Ibid. , p. 55.

DE LA AfiLUUON CHUTIEITBIC AU CONGO. l83

roi de Portugal y établit un évêque pour radmini»tration ecclésiastique de cette ville et du royaume de Congo ( i ).

Dans la ferveur du zèle pour la religion naissante et du respect pour ses ministres, un évéque ne pouvait manquer d'être reçu avec des transports (le joie par le roi de Congo et par ses peuples. La route , depuis la mer jusqu'à la capitale , fut nettoyée soigneusement et couverte de nattes. Le peuple y accourut en foule de toutes les parties du royaume. A l'approche du prélat , le roi , accompagné de son clergé et de toute sa cour, alla au-devant de lui en procession solennelle. Il le conduisit à l'église de Sainte-Croix, qui fut érigée en cathédrale, avec un chapitre de vingt-huit chanoines , des chapelles , un maître de musique, des chantres, des orgues, des cloches, et tout ce qui appartient à la célébration du service divin. Dans la suite, cet évêque de Saint- Thomas et de Congo partagea fort également ses soins eotre les deux objets de sa mission. Étant mort enfin dans l'île de Saint-Thomas, le roi de Portugal lui donna pour successeur un nègre sorti du sang royal de Congo , qui avait été élevé à Rome , où il avait appris la langue latine. Mais en revenant à Lisbonne pour remercier le roi de sa nomination , il mourut dans le voyage , et le royaume de Congo demeura plusieurs années sans évéque.

Dom Pèdre étant mort aussi sans avoir laissé d'enfants, fut remplacé sur le trône par dom François ,

(i) Pigafetta^ p. 55.

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son frère , qui n'eut pas un plus long règne. Le cinquième roi , nommé dom Diego , fut le plus proche héritier de la même maison (i). Il se. distingua par son courage , sa prudence , sa libéralité , son esprit , et surtout par son zèle pour le christianisme. Eu peu d'années, ses vertus militaires lui firent augmenter ses états par la conquête. de tous les pays voisins. Il avait tant d'affection pour les Portugais , qu'il abandonna les parures de sa nation pour embrasser leurs usages. Sa magnificence éclatait non seulement dans ses habits, mais dans les meubles de son palais. Une belle étoffe ne. lui paraissait jamais trop chère : Les choses rares, disait-il, ne devaient se trouver qu'entre les mains des rois. Sa douceur et sa politesse répondaient à cette généreuse inclination. Dans l'usage auquel il s'était assujetti de ne porter qu'une fois ou deux les mêmes habits, il faisait présent de ceux qu'il quittait aux gens de sa suite. Les tapisseries, les draps d'or, les étoffes de soie, et les plus riches marchandises, commencèrent, sous son règne, à se répandre dans le royaume. Ce fut vers le même temps, que l'île de Saint- Thomas reçut son troisième évêque. La cour de Portugal fit choix d'un Portugais, dont la religion et les mœurs étaient éprouvées. Mais il paraît que la sévérité de son caractère devint une source de division dans le clergé. La plupart des ecclésiastiques,

(i) L«s historiens, c'est-â-dire les voyagenrs^ passent si légèrement sur les circonstances de ces successions , qu'on n'y trouve aucune date , ni d'autres éclaircissements que ceux qu'on recueille ici. On peut comparer ce récit ayec celui de Cayazzi , t. xiii, pi i35.

DE LA HBT.IGION CHIUÉTUENNE AU CONGO. 1 85

accoutumes depuis long -temps à l'indépendance , avaient besoin d'un supérieur plus traitable pour être ramenés doucement à la soumission. Leurs démêlés jfurent un scandale pour les fidèles. Mais le roi se déclara constamment en faveur de l'évéque , et prit même le parti de faire arrêter quelques prêtres, qu'il envoya prisonniers en Portugal et dans nie de Saint-Thomas. D'autres se retirèrent volontairement avec tout ce qu'ils possédaient. En un mot, dit l'auteur, la religion souffrit beaucoup par la mauvaise conduite du clergé (i).

Elle ne fut pas moins affaiblie par les troubles qui s'élevèrent dans l'état. La mort de dom Diego fit naître tout à-la-fois trois concurrents à la couronne. Le premier, quoique fils du roi, et destiné à la succession par le droit de sa naissance, était si généralement détesté, qu'une mort violente lui ravit aussitôt ses espérances. Les deux autres étaient du sang royal ; l'un , favorisé de la plus grande partie du peuple , l'autre , soutenu par les Portugais et par un grand nombre de seigneurs. Les chefs des deux factions ayant rejeté toutes sortes d'accommodements , ceux de la seconde se flattèrent d'en imposer au peuple par un attentat sans exemple. Us massacrèrent leur adversaire au pied de l'autel ; mais le parti opposé tua leur chef avec la même barbarie. Ainsi, tous les héritiers de la même famille ayant péri successivement, le peuple fondit sur les Portugais (a),

(i) Pigafetta, Relatione del reame di Congo ^ P* ^7* (i) Lopez ne s'exprime point sur le nombre ni sur la qualité de ceux qui périrent dans cette occasion.

l86 INTaODUCTlUH ET PROCRili

qu'il aMu»a des malheun publics, et n'éptirgna qu*ceux qui pureat tromper ta fureur. Cependant lei> prêtres furent respectés; et le massacre, d'ailleurs, ne s'étendit point hors de la capitale. Dom Henri , oncle du feu roi , fut choisi pour lui succéder. Bientôt , dans la oéressité de marcher contre les Anzicos . il laissa pour régent du royaume un jeune homme nomme dom Alvare, fils de sa femme par un autre mari. La mort l'ayant enlevé à la fin de cette guerre , et la race des anciens rois de Congo finissant avec lui , dom Alvare , alors âgé d'environ vingt-six ans , fut élevé sur le trône par le consentement tranquille et unanime de toute la nation.

La douceur et l'habileté du nouveau monarque apaisèrent enfin tous les troubles. Il rappela les Portugais dispersés, et les ayant reçus avec beaucoup de caresses , il les déchargea du blâme de tous les malheurs passés. Il écrivit au roi de Portugal , pour renouveler l'ancienne alliance de la religion et du commerce. Ensuite, s'adressant à I evêque de Saint- Thomas, qui n'avait osé paraître au Congo depuis les premières divisîons(i), il employa heureusement 1 autorité de ce prélat à rétablir la tranquillité dans le royaume , et le bon ordre dans le clergé. L'évéque retourna aussitôt dans l'île de Saint-Thomas; mais il „ t-^uva la fin d'une vie sainte et laborieuse. C'était isième fois que ces régions le voyaient sans ;. Elles s'en ressentirent bientôt par la décade la religion. Les habitants retombèrent par

igafelU, Ketatioae iltl rtamt Ji Congo, p. SI.

DE LA &£IJGIOBr CHRETIENNE AU CONGO. 187

degrés dans Tidolâtrie, surtout le roi, qui avait donné toute sa confiance à quelques jeunes gens de son âge. Dom François Bullamatare, parent du roi, déclama ouvertement contre la loi qui défend d'avoir plus d'une femme, et causa les plus pernicieux effets dans une nation qui n'avait regrette de ses anciens usages que les libertés de la polygamie. Enfin, dom François mourut dans un âge peu avancé, et fut enterré solennellement dans l'église de Sainte-Croix, quoiqu'il eût renoncé à la religion chrétienne. Lopez raconte que , pendant robscurité de la nuit , on entendit un bruit horrible ; et que le lendemain au matin on s'aperçut avec horreur que le toit avait été découvert, et le cadavre du prince arraché de sa tombe (i).

Le roi ne Ait pas converti par ce miracle. Mais quelque temps après, les Jagas, qui avaient ruiné par leurs pillages la plupart des pays voisins , en* trèrent dans le royaume de Congo par la province de Batta. L'armée qu'on fit marcher contre eux n'ayant pu soutenir leur attaque, ils s'avancèrent vers la capitale. Le roi sortit à la tête de quelques troupes ; mais se trouvant trop faible pour courir les risques d'ime bataille , il rentra d'abord dans sa ville , d'où la nécessité le força de passer, avec sa principale noblesse et le clergé portugais, dans une île de la rivière de Zaïre. Les habitants de San-Salvador se virent aussi contraints de chercher une retraite dans les montagnes; et l'ennemi trouvant la ville

(1) Pigafetta , Âeiatione del reame di Congo ^ p. 58.

l88 IMTHODtICTIOM HT CMOGH*!»

■ant réiiitance, la r^duiiit.t^n cendrei. Après c«tl4expédition, hii Jagas se divisèrent en plusieurs ar- Tni>cs, qui se répandirent dan« les province» du royaume, pour y exercer une eriielle tyrannie.

Hien n'est comparable k U misère où le royaumtde Congo demeura plongé pendant plusieurs années. I>a plus grande partie des habitants, errants dan» des lieux di^ierts, pour éviter la fureur des barbares Jagas, y périrent de faim et de maladie. Ceux qui avaient suivi le roi ne furent pas moins tourmentés par In famine et la peste. I^ prix d'un morceau de viande était un esclave. Tves pères vendaient un de leurs enfants pour se procurer ainsi la subsistance d'un seul jour, et retombaient le lendemain dans la nécesiilé d'en vendre un autre. Ces malheureuses victimes étaient achetées parles Portugais (i), qui venaient de l'Ile de Saint-Thomas avec des vaisseaux chargés de provisions. I>e nègre qui était vendu se reconnaissait volontiers pour esclave, dans la seule vue d'obtenir de quoi soulager sa faim , et confirmait le témoignage de celui qui le vendait dans la mémr vue. Lapez assure que, dans ce nombre, il se trouva des nobles du premier ordre et des princes m^ine du sang royal (a).

Le roi, qui n'avait guère moins ii souffrir du mauvais air de l'Ile et de la mauvaise qualité des aliments, y fut atteint d'une liydropisie qui lui enfla uradivieiisement les jambes, et qui l'accompagna

ce, (lit l'suipur, qui n'«taii guëjf moini de hêi- I , Brlaltont ilrl rrantr itl Cangn , \i. ïy et tio.

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