DE LA RELIGION CHR^TIENICE AU CONGO
j usqu au tombeau. Cet excès d'infortune lui inspira des sentiments de religion. Il se détermina , par le conseil des Portugais, à faire partir un ambassadeur, pour implorer la protection de dom Sebastien , qui était monté depuis peu sur le trône de Portugal. En effet , ce prince , touché des malheurs d'une nation qui avait entretenu si long-temps une étroite alliance avec ses prédécesseurs, fit partir immédiatement François de Govea , avec un corps de six cents soldats et quantité de volontaires. Il donna ordre à Govea de prendre, dans File de Saint-Thomas , des vivres, des munitions et des vaisseaux même, si ses forces ne suffisaient pas pour le succès de sa commission.
En arrivant dans la rivière de Zaïre, Govea joignit à sa troupe quelques Portugais qui n'avaient point abandonné le roi de Congo dans sa disgrâce. Ensuite , ayant rassemblé tout ce qui restait de nègres armés dans le pays, il marcha fièrement vers les Jagas , sans avoir daigné prendre la moindre information sur leur nombre. Il les défit en plusieurs batailles, moins à la vérité par la valeur des habitants qu'il avait pris sous ses enseignes, que par Teflroi même des ennemis , qui redoutaient beaucoup les armes à feu. Enfin , dans l'espace d'un an et demi , le roi de Congo fut rétabli sur son trône, et les Jagas presque détruits jusqu'au dernier. Govea passa quatre ans dans le royaume. Ensuite, laissant pour la garde du roi une partie du secours qu'il avait employé à le rétablir, il partit pour le Portugal, avec des lettres de ce prince , qui demandait un supplément de mis-
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DE JJL KBLIGIOir CHRiTIENHK àJU COKGO. I9I
mander des missionnaires. Sébastien, roi de Por* tuçal, jeune encore, fit des prcMnesses dont il négligea Texëcation. Mais Alvare, incapable de se refroidir, fit partir une seconde ambassade , dont le chef, nonmné dom Sébastien Alvare et son parent , avait ordre, non seulement de demander des missionnaires, mais encore de racheter plusieurs chrétiens nègres, qui avaient été vendus aux Portugais dans les circonstances qu'on a rapportées. De ces esclaves, plusieurs se déterminèrent volontairement à demeurer dans leur condition. D'autres, surtout ceux qui étaient distingués par la naissance, retournèrent dans leur patrie , et ne servirent pas peu à soutenir la religion chancelante. Mais quoique le roi dom Sébastien eût promis à l'ambassadeur de lui donner des missionnaires, il le laissa partir sans remplir cet engagement.
Trois ans se passèrent encore , à la fin desquels il envoya dans l'île de Saint-Thomas un évéque castillan , nommé dom Antonio de Gliova , avec la commission de visiter l'église de Congo. Ce prélat eut malheureusement quelque démêlé avec le gouverneur de l'île, et les effets en devinrent funestes à la religion. Il fit voile pour le Congo ; mais le gouverneur et ses amis l'ayant représenté au roi comme un prêtre ambitieux, et d'un caractère superbe et opiniâtre , toute la cour se trouva si prévenue contre lui , que le roi ht obligé de lui défendre l'entrée de sa capitale , et de le tenir pendant quelques mois dans cet éloignement. Cependant le temps dissipa ces nuages. Il fut enfin reçu avec beaucoup d'honneurs, et conduit
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DE LA RELIGION CHRETIENNE AU CONGO. igi
et que la chaleur du climat en fit périr deux peu de temps après leur sùTivée. Le troisième, &isant Toffice de chapelain dans l'armée de Congo , fut tué par les Jagas, qui ravageaient alors ce royaume, sous la conduite d'un fameux général nommé Zimbo. On lit dans les mêmes auteurs que ce redoutable conquérant insulta aux dépouilles de ce missionnaire , en se revêtant de ses habits, et paraissant, le calice à la main, à la tête de ses troupes (i). .
Ces premiers apôtres eurent pour successeurs douze religieux de Saint-François, que don Diego Cam conduisit dans son troisième voyage. Quelques écrivains attribuent la conversion du royaume à cette troupe de missionnaires , quoiqu'il soit probable que les ti'ois premiers avaient jeté les fondements d'une si belle entreprise. D'autres aspirèrent , dans la suite , à la même gloire , jusqu'à l'année i645, qui est célèbre dans les annales religieuses du Congo , par l'arrivée d'un grand nombre de capucins avec des lettres du pape Urbain viii. Us étaient partis dès l'année 1640; mais les troubles qui suivirent la révolution du Portugal ayant interrompu leur voyage , ils n'entrèrent que cinq ans après dans la rivière de Zaïre , sous le règne de dom Garcie 11 , successeur d'Alvare. Leur débarquement se fit dans le comté de Sogno, où ils furent reçus avec des transports de joie. I^e ocante fit plusieurs milles audevant d'eux : il assista religieusement à la messe
(i) MeroUa, CharehiiV s CoUeetion, 1. 1, p. 609. Confères Piga? fetta, p. 54.