‹ Collection des relations de voyages par mer et par terreChapitre 28 sur 80 · SUR LES JAGAS. HUQ · texte numérisé non relu

SUR LES JAGAS. HUQ

curer sur ces peuples. La nation ou la secte des Jagas est venue des contrées lointaines , et s*est établie, par la conquête, dans les royaumes de Congo et de Matamba. Il parait que les excursions de ces barbares eurent lieu dans le seizième siècle, quelques années après que les nègres du Congo, convertis en i^gi (i) à la religion catholique , furent tombés de nouveau dans leur première idolâtrie. On est partagé sur l'origine de ces hordes d'anthropophages, qui ne durent pas éprouver une longue résistance de la part des indigènes, peuples de mœurs pacifiques, qui furent sans doute épouvantés des usages sanguinaires de leurs vainqueurs. Suivant Cavazzi , quelques auteurs les font venir de l'empire de Monoemugi et des environs des sources du Nil et du Zaïre. Les partisans de cette opinion s'appuient principalement sur le nom de Giakasi ou Ëngangiaghi, que ces peuples portaient primitivement, et qui désigne dans leur langue les habitants riverains des sources de ces deux fleuves. D'autres auteurs les croient sortis des montagnes de Sierra* Ijcona, confondues à tort par Cavazzi avec celles qui sont à dix degrés au nord de Féquateur. Les Jagas étaient encore autrefois désignés sous les noms d'Aiacki, de Nsidi, de Ngindi ou de Chiambangali, qui ont tous la même signification.

Leur premier chef portait le nom de Zimbo. Ce nègre, avide de gloire et de butin , se mit à la tête d'une troupe de Muzimbos (2), ses sujets, qu'il engagea

(i) Cavazzi, p. 181 ; Labat, t. 11, p. 89.

()) Cavazzi , p. i83. Cavazzi écrit Mazimbi et Mumbi.

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à abandonner leurs foyers domestiques pour s'attacher à sa fortune et seconder ses projets ambitieux. Zimbo, accompagné de sa femme Temba-n-dumba , commença ses conquêtes par le royaume de Congo , qu'il réduisit en peu de temps au dernier état de désolation. La terreur que répandait au loin le succès de ses armes grossissait son armée d'une foule de malheureux nègres qui se joignaient à lui dans l'espérance de conserver leur vie , et d'éviter les horreurs de la famine. Zimbo ne mit plus alors de bornes à ses conquêtes; ses forces, divisées en corps nombreux, furent envoyées sur tous les points, et s'avancèrent jusque dans l'Ethiopie. Ceux qui pénétrèrent du côté du Zaïre et du Zambèze s'unirent avec les Mumbos , qui abandonnèrent leurs troupeaux et les douceurs de la vie pastorale poiu* suivre l'exemple des Jagas leurs nouveaux alliés (i). Uempire de Monoemugi fut ravagé; le féroce Quizzura, chef donné aux Mumbos par Zimbo, fit parer le devant de sa case des crânes de ses ennemis, après avoir mangé leurs corps , et orna le temple de ses idoles des mêmes trophées. Mais peu de temps après il fut tué avec un grand nombre des siens dans uo combat qu'il osa livrer aux Portugais. Zimbo ne tarda pas à venger sa mort sur les Portugais , qui furent défaits à leur tour. Dans ces différents combats , les Jagas se firent toujours remarquer par leurs cruautés et les supplices affreux qu'ils firent souffrir à leurs prisonniers (a).

(i) CaTazzi, p. t84; Labat, t. ii» p. 9$. (3} Cayasùf p. 184; Labati t. 11 , p. 96.

sua LES JkGÂH. a3i

Les bandes da Zimbo ravagèrent des provinces et des royaumes entiers , et pénétrèrent vers TOrient jusqu'à l'île de Quiloa, habitée par des Maures mahométans. Trois mille de ces insulaires furent passés au fil de l'épée ; le reste de la population fut réduit en esclavage , et des victimes humaines furent immolées en grand nombre aux idoles de Zimbo. Ce chef ne s arrêta pas k cette conquête; il s'empara de Tîle de Mombaça, que ne put secourir la flotte portugaise y battue dans le même temps par une furieuse tempête, et s'avança jusqu'aux frontières du royaume de Melinde. Mais cette dernière expédition devait être le terme des exploits de Zimbo : le roi de Melinde le combattit en personne a la tête de ses sujets ; l'armée des Jagas fut entièrement défaite, et l'on eu fit un carnage prodigieux. La retraite était deve^nue difficile pour une année qui avait tout détruit sur son passage; il ne lui restait plus que la triste alternative de mourir de £iim ou de s'ouvrir une route nouvelle. Zimbo s'arrêta à ce dernier parti ; il sépara sa troupe en nombreux pelotons ; afin qu'elle trouvât plus facilement de quoi vivre, et prit la route des déserts. Il erra iMgotemps au milieu de ces solitudes , et fit, suivant Cavazzi, te tour de l'Afrique par le cap de Bonne- Espérance. Puis, remontant vers l'équateur, il arriva enfin jusqu'au fleuve de Cunené , qui prend sa source dans k province de Scella et dans le haut Bembé ^ et se p^ dans la mer vers le dix^-septième degré de latitude méridionale (i).

(i) Carauî « p. i85-t86s Ltànif t. u » p* loi.

^3a ÉCLAIRCISSEMENTS DE CAVAZZI

Ce fut dans ces parages que les Muzimbos coininencèrent à bâtir quelques cabanes et à former un camp, ou un village, qu'ils nommèrent dans leur langue chilombo. Zimbo partagea, dans cet endroit ^ son armée en plusieurs corps auxquels il donna des chefs, se réservant le commandement général. Un de ces chefs , nommé Dongii , s'empara de la Grande- Ganghella , province dépendante du Matamba , ci lui donna son nom, qu'elle portait encore du temps de Cavazzi. Deux autres chefs qui s'étaient form^ aussi , par la force des armes , chacun un petit état , prirent les noms de leurs conquêtes, et se firent appelerDomba et Candogna. Zembo lui-même n'avait rien perdu de son caractère guerrier : il assemblait depuis longotemps des forces considérables , et iJ était sur le point d'entrer de nouveau en campagne, lorsqu'il mourut , ainsi que sa femme Temba-n-dumba. Tels furent l'origine et les premiers succès des Muzimbos , qu'on a appelés depuis Giagues ou Jagas ( i ).

Dongii, chef de la Grande-Ganghella , mourut et laissa pour successeurs sa femme Mussassa et une fille, à laquelle il avait donné le nom de Temba-n-durnba , par respect pour l'épouse de Zimbo. Ces femmes , élevées au milieu du carnage, habituées de bonne heure à partager avec leurs maris les fatigues de la guerre, et appelées, par la naissance, à conduire un peuple féroce et guerrier, eu prirent promptement le caractère et les mœurs brutales. La jeune Temban-dumba fut placée par sa mère à la tête d'une partie de ses troupes. Son courage la rendit bientôt

(i) Cavazzi, p. i86{ Labat, t. ii, p. loa.

SUR LES JAGAS. a 33

fcélèbre dans toute Tannée ; mais les plus grands excès suivirent ses premiers triomphes. Elle se révolta contre. sa mère, se livra aux dernières débauches, sans rien perdre de sa valeur, et régna en despote sur ses sujets, pour lesquels elle était à la fois un objet d'admiration et de terreur. Temba-n-dumba ne se contenta pas de marcher sur les traces de ses prédécesseurs, Zimbo et Dongii;elle voulut les sur» passer en cruauté , et profita de sa puissance pour rétablir les anciennes lois des Jagas, que les travaux de la conquête avaient fait tomber en désuétude.

Pour donner elle-même l'exemple de la soumission à leurs dispositions les plus atroces, elle assembla ses sujets sur la place publique , se présenta devant eux, tenant dans ses bras son fils unique encore à la mamelle; et là , cette mère furieuse le saisissant avec rage, le jeta dans un mortier et l'écrasa de ses propres mains, en présence de tout son peuple; puis, mêlant ses restes sanglants avec des poudres, des racines et de l'huile, et les plaçant sur le feu, elle en fit un onguent qui devait rendre invulnérables tous ceux qui s'en frotteraient le corps. Dès ce moment , l'usage révoltant de faire du magiia-samba avec de jeunes enfants devint général chez les Jagas. Une loi ordonna de s'oindre de cet onguent avant de rien entreprendre de considérable ; et la reine elle-^nême se soumit publiquement à cette injonction (i).

Les lois de la reine Temba-n-dumba furent appelées quixilles ; on les distingua en lois domestiques,

(i) GaTazzi, p. 187-188; Labat, t. ii, p. io5-io6.Voy ex aussi Battel ci-dessus, p. asS.

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sacerdotales et suprêmes. Les premières défendaient , par exemple , de manger de la chair de cochon , d'éléphant et de serpent; les lois sacerdotales prescrivaient une multitude de pratiques superstitieuses , qui s'accrurent beaucoup dans la suite par la fourberie des prêtres ; mais les dispositions les plus barbares se trouvaient dans les lois suprêmes, La première défendait d'élever des enfants mâles dans le chilotnbo , ou le camp, et dans l'enceinte des villages habités par des Jagas. Les femmes grosses devaient sortir du chilombo avant d'accoucher ; et celles qui ne se conformaient pas à cette loi étaient forcées d'égorger leur enfant, ou de le jeter à la rivière, ou de l'exposer dans les bois aux bêtes féroce$. Iïoti*e auteur ajoute même que dans la suite la reine contraignit les mères coupables à manger leurs ea&ots, ou à être elles-mêmes dévorées. Les enfants nés en secret dans le chilombo , que la tendresse ou l'adresse de leur mère avait su préserver de la mort, étaient declai«8 infâmes, et privés de l'héritage de leurs parents et des autres droits de famille (i)«

Dtt temps de Cavazzi, cette loi barbare était depuis trente ans tombée eu désuétude parmi les Jagas du royamne d'Angola,* Cette amélioration était an partie due à dom Salvador Correa de Sa, gouverneur portugais , qui reprit , en 1 64S, la ville de I^anda sur les Hollandais , qui la possédaient depuis sept ans.

Temba-induniba s'aperçut elle*^ême que la mort de tant d'en£ànts mâles affaiblirait à la longue sa puis-

(i) Gayazzi, p. 189-190; Labat, t. 11, p. iio.

. SUR LES JAGAS. a 35

sance , et sentit le besoin d'apporter à ses lois quel* que adoucissement pour la conservation du sexe masculin. Elle ordonna donc que les enfants mâles pris à la guerre seraient conservés, si on les trouvait bien faits , robustes et propres au service. Mais elle exigea toujours qu'aucune femme n'accouchât dans le chilombo , et que tous les enfants mâles nés des mères Jagas fussent mis à mort. L'usage de faire du magiia*samba fîit également conservé , et les enfiuats jumeaux furent condamnés à la mort dès leur nai^ sanoe. Quant à ceux qui naissaient difformes et contrefaits, on les regardait avec horreur , et ils étaient à jamais exclus du chilombo (i).

Ainsi les quixilles qui ordonnaient la destruction de tous les enfants mâles de sang Jagas , permettaient de conserver les mieux fiiits parmi les enfants pris à la guerre. Plus tard , la reine Temba-n*dumba fut encore forcée de modifier ses lois à cet égard. Il fut permis aux mères Jagas de substituer à leur enfant, au moment de l'accouchement , l'enfant de leur esclave, et de sauver ainsi leur propre fils, en faisant égorger celui d'autrui (a). Ces êtres , qu'on avait eu tant de peine à soustraire à l'exigence de la loi , n'étaient introduits dans le chilombo qu'avec les plus grandes précautions. On devait observer d'abord avec soin si leurs dents de la mâchoire supérieure étaient sorties avant celles de la mâchoire inférieure; dans ce cas , ils étaient égorgés sans rémission ; la reine sachant , par une sorte de révélation divine ^

(i) Cavauif p. 191; Labat, t. 11 « p. tiy et 191. (3) CaTatBÎ 9 p. 19a ; Labat^ t. il, p. 116.

a36 ^GLAIRCISS£MENTS DE GAVAZZI

que ces sortes d'enfants devaient causer la ruine d( la race des Jagas , lorsqu'ils seraient parvenus à Tagc viril (i). Le jour de la réception de ceux qu'on admettait dans le chilombo , les coffres et les paniers dans lesquels sont renfermés les ossements des principaux de la nation étaient portés sur la place publique. Le chef du chilombo s'y rendait , accompagné de ses femmes; des musiciens et des danseurs s'y trouvaient en grand nombre ; et l'on déployait dans ces fêtes toute la magnificence possible. Lorsque les principaux seigneurs, qui arrivaient toujours les derniers , s'étaient assis sur leurs sièges de gazon , l'armée des Jagas, divisée en différents corps, commençait un combat simulé , où chacun s'efforçait de montrer son adresse et sa vigueur. Après ce premier exercice, les mères, qui étaient restées derrière les buissons avec leurs enfants, sortaient en chantant et en dansant, et venaient au-devant de leurs maris , ,en leur montrant l'endroit où leurs fils étaient cachés. Ceux-ci y couraient l'arc tendu; et dès qu'ils apercevaient leurs enfants , ils les touchaient légèrement de la pointe de leurs flèches, comme pour faire croire que c'étaient des enfants pris à la guerre, et non pas élevés contre la défense des anciennes lois. Les nouveaux Jagas étaient ensuite oints du magiia-samba, et dès ce moment faisaient partie du chilombo (2). On voit qu'on n'était parvenu que par une fiction à changer, à l'égard de ces en&nts , la barbarie primitive de la loi. Cavazzi a été

(1) Cayazzi, p. 193^ Labat, t.ir, p. ii5.

(3) Cavazzi y p. 193-193; Labat, t. 11, p. 118 à lao.

SUR LES JAGAS. tkZ'J

plus d'une fois tëmoixi de cette bizarre cérëmonie. Une des plus singulières injonctions des quixilles était celle qui forçait, sans exception, tous les officiers de l'état à se livrer, au milieu de la place publicfue, aux plaisirs de l'amour avec la plus chérie de leurs épouses , avant de partir pour une expédition importante, ou avant d'offrir un sacrifice à leurs idoles (i). ^

Les quixilles permettaient aussi aux Jagas de se nourrir de chair humaine; mais la chair de femme était absolument défendue. On ne connaît pas le motif de cette distinction : notre auteur nous apprend qu'elle n'était pas toujours exactement observée, et que le Jaga Cassangé , homme puissant et passionné pour la chair des femmes, en faisait tuer tous les jours, dont il se régalait lui et ses amis. D'ailleurs, dans ces contrées barbares, la condition des femmes n'est pas moins à plaindre que celle des hommes ; elles sont immolées dans les sacrifices que l'on fait aux morts. T^es nègres croient que dans l'autre monde on en use avec le sexe comme dans celui-ci ; et cette idée fait courir les jeunes négresses à. la mort avec des mouvements de joie et une sorte d'impatience (2).

Les premiers indices de la fécondité d'une jeune fille causent une joie générale parmi les Jagas, et doivent être rendus publics. Les femmes, au contraire , qui cessent de donner des marques d'une fécondité future, sont mises à mort comme inutiles

(i) CaTazzi, p. 197; Labat, t. 11, p. i3o. (a) CaTazzi, p. 194; Labat, t. u, p. i33-ia3.

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au monde , et indigne^ de jouir d'une vie qu'elles ne peuvent plus communiquer aux autre». Du reste, comme chez tous les autres peuples de l'Afrique, la loi condamne les femmes Jagas, pendant leurs infirmités mensuelles, à vivre dans la retraite, et à sortir du chilombo (i).

Selon Zucchelli (2) , dans les états de Gassangé, habités par les Jagas, dès qu'une femme est accouchée , elle doit se lever et aller soigner son mari qui se met aussitôt au lit. Zucchelli a été témoin de cet usage singulier, qui , selon les auteurs , existait chez quelques peuples anciens , et qu'on a retrouvé aussi chez les sauvages d'Amérique et en Tartane, sans qu'on ait pu encore assigner une cause bien plausible à une si étrange coutume (3).

La reine T^nba*n-dumba avait aussi réglé , dans ses quixilles , les cérémonies des funérailles. Les personnes illustrées par de grandes actions , ou par de hauts emplois, étaient déposées, après leur mort, dans des coffres de bois que l'on couvrait de peaux de bêtes sauvages , de drap , et quelquefois de lames d'argent. Les Jagas conservent avec respect ces coffres , appelés mussetti ; ils en font même les objets de leur culte, les exposent de temps en temps à la vénération publique , les encensent et leur rendent tous les honneurs de l'idolâtrie la plus marquée.

(i) Gayazzi, p. 19$; Labut, t. u, p. is5 etsuiv.

(a) Zucchelli, Relazioni, p. ii8.

(3) Diodore de Sicile dît q[ue cette continue existait en Corse; Apollonius de Rhode et Valerius Flaccus, chez des peuples delà mer Noire ; Strabon , chez les Cantabres et en Espagne ; ce qui peut-être a donné lieu de dire qu*elle existait encore en Béim.

SUR LE9 JAOAS. aSg

G^est ordinairement à la nouvelle lune que le»

lagas commencent ou terminent leurs entreprises,

pourvu cependant qu'il ne pleuve pas ce jour*là ;

ar s'il tombe de Teau , on remet la partie à une

lutre fois. Pendant ces jours, on fait des sacrifices à

l'entrée des cavernes où les corps des morts illustres

le la nation sont déposes ; on leur porte en cërëmo-

nie des viandes et des boissons , que Ton place du

coté de leur tête , afin qu'ils aient moins de peine k

s'en saisir; car ces nègres croient que Ton éprouve,

iprès la mort, tous les besoins et toutes les passions

de la rie terrestre. Les chants et les danses aocom<>

jMigneQt ces cérémonies funèbres et ces sacrifices , oik

les hommes et les animaux ne sont pas épargnés (i).

lies lagas s'imaginent encore apporter un grand sou»

lagement aux lones des morts, en plaçant les vie*

ânes qu'ils leur sacrifient la tête renversée , afin que

tes morts puissent apaiser dans le sang leur soif

vdente. Ceux qui ofirent le sacrifice boivent aussi

>Tecavi£té le sang qu'ils font couler, et se gorgent

^ la diair des corps qu'ils ont immolés (a). Telles

^t les lois cruelles appelées quixilles. Temba-n«^

donba en a confié l'interprétation, dans les cas

^ciles, aux singhilles, qui sont à la fois les prêtres,

l^médecms et les enchanteurs des Jagas. Ces nègres

croient qu'ils peuvent évoquer à leur volonté les

^^^ et connaître leurs désirs et leurs besoins (3).

U mort de Temba-n-dumba fut précédée d'évé-

(0 Cavazzi, p. 198; Labat, t. 11, p. i33-i34. W CsTazzi, p. 300; Labat, t. 11, p. 187. ^'^) Cayaizi, p. 199; Labat, I. fi, p. i36.

a4o ]£glairgissements de gavazzi

nements romanesques. Cette reine, aussi déréglée dans ses passions que cruelle dans ses vengeances , avait une rafultitude d'amants qu'elle épuisait etqu'ellc faisait ensuite mettre à mort pour se nourrir de leur chair. Elle devint amoureuse d'un guerrier nommé Culembé ou Culemba , qui rachetait ce qui lui manquait du côté de la naissance par une grande bravoure, une beauté de corps peu commune et une force extraordinaire. Temba-n-dumba le prit pour époux, et célébra cette union par des fêtes sanglantes et des festins de chair humaine; mais elle se lassa bientôt de ce nouvel amant, et Culemba se vit menacé du sort de ses prédécesseurs. Il résolut alors de prévenir les intentions de la reine. Il l'invita à un repas qu'il fit préparer chez lui , et lui servit une boisson appelée quilunda, dans laquelle il avait mêlé un poison très violent. Temba-n-dumba nioùrut aussitôt qu'elle l'eut prise (i).

Des funérailles magnifiques furent préparées pour honorer la mémoire de la grande reine des Jagas. Culemba affecta le plus profond chagrin de la perte de son épouse', et fiit choisi par le peuple pour lui succéder. Ce roi fut suivi de plus de trente autres qui se firent toujours remarquer par leur caractère guerrier et entreprenant, et par leur attachement barbare aux quixilles de leurs ancêtres. Notre auteur nous apprend cependant que les coutumes des Jagas étaient en grande partie oubliées à l'époque de son voyage dans ces contrées. Il paraît que le dernier

(i) CaTazzi, p. loa; Labat, t. u, p. 14a.

SUR LES JAGAS. ^4 t

roi qui régna sur. ces nègres avant l'avènement de la fameuse. reine Zingha, dont on a lu l'histoire dans le récit de la mission de Cavazzi, se nommait Cassangé Canguingurii. Ce prince fut instruit dans la foi catholique et baptisé, en iGSy, sous le nom de dom Pasquale ; mais il ne put renoncer à ses premières habitudes, ni oubliei' ses goûts d'anthropophage : il mourut apostat, et idolâtre • après avoir coosidériad)Iement agrandi ses états par la force des armes (i).. . . >

Le père Cavazzi a joint à ces détails sur l'origine et les lois des Muzirobos ou Jagas quelques observations sur le gouvernement, les mœurs et les superstitions de cette nation , que nous allons succinctement faire connaître. »

Les Jagas menant . une vie active et en quelque sorte errante, ne peuvent élever que des habitations peu durables et faciles à construire. Ils appellent leurs villages libattes ou chilombos , et ils leur donnent la forme d'un camp , à la manière des Romains: Tous ces villages sont divisés en sept quartiers, qui sont confiés au commandement de sept des principaux officiers de l'état. On élève au centre les cases réservées au chef et à sa famille. Outre les sept administrateurs qui président aux : sept divisions des libattes , et qui portent tous des noms différents , il y en a encore d'autres chargés de la surveillance des vivres et attachés au service du roi et de sa cour (2). Les Jagas ne combattent qu'à pied , soit qu'il n'y

(1) CaTazziy p. 3o5; Labat, t. 11, p. i49'

(3) CaTazzi, p. 306; Labat» t. 11 , p. i5o et suiy.

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