‹ Collection des relations de voyages par mer et par terreChapitre 30 sur 80 · SUR LES JAGAS · texte numérisé non relu

SUR LES JAGAS

attributions différentes. Les hommes appelés gangas vivent auit dépens du peuple crédule^ auquel ils vendent des préservatifs, ou des amulettes qui rappellent les grisgris de la Sénégambie. Quelques uns d'entre eux ont la réputation de pouvoir faire tomber ou cesser la plnie k volonté. Le peuple attribue aussi aux prindes une grande influence sur l'atmosphère. Dans certains lieux , quand on manque d'eau , on prend le chef de la libatte , on le lie étroitement avec des eordes et on le conduit au tombeau de ses ancêtres, afin qu'il obtienne la pluie dont on a besoin (i). Les ministres de la ploie accompagnent leurs conjurations de gestes extravagants et d'imprécations contre les nuages , vers lesquels ils décochent des flèches. Us recueillent aussi avec soin les eaux des premières pluies , oux-^ quelles ils attribuent de grandes vertus , en remplissent des outres et les vendent à grand prix aux nègres dévots , qui s'empressent de les acheter an lieu d'en recueillir eux-mêmes (â).

Un des phis puissants gangas est celui qu'on appelle ganga-ya-'ita, c'estnà-dire ministre de la guerre. II distribue des ceintures et des préservatifs contre les blessures de flèches^ de haches et d'autres armes. Un autre préside aux sacrifices ; c'est encore un vendeur de ceintures des plus acc^rédités. Il en fabrique pour toutes sortes d'tfsages et pour tes superstitions les plus infâmes. Lorsqu'il se trouve à quelque sacrifice , il se couvre d'une peau de lion , de tigré , de loup ou d'autre bete féroce , et il attache à sa cein-

(i) CaTazzi, p. 9t3; Lâbat, t. n, p. 175. (1) CaTazzi, p. ai4; I^abat, t. 11, p. 177.

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très nombreuse chez les Jagas. Ce sont eux qui prédisent en public les événements à venir, les guerres , les famines, les débordements de fleuves. Leurs paroles et leurs gestes sont presque toujours menaçants. Us s'agitent comme des furieux ; ils écument et se roulent dans la poussière; ces ministres fanatiques vont même jusqu'à répandre le sang. Si l'on en croit notre auteur, dans les moments de leur plus grande inspiration , saisissant tout à coup leur poignard , ils se précipitent au milieu de la foulfs , frappent à coups redoublés les premières victimes qui se trouvent sous leur main , et se gorgent de leur sang. Les spectateurs prennent alors part au sacrifice; les cadavres des morts leur sont distribués , et tous se livrent à leur goût pour la chair humaine (i).

Outre le crédit que les singhilles ont auprès des rois, des princes et des généraux, ils exercent dans l'armée un emploi qui les rend les arbitres de tout ce qui regarde la religion, et qui leur donne une grande influence dans les conseils. Les personnes des deux sexes peuvent se faire singhilles ; il suffit aux femmes d'épouser un singhille pour jouir des mêmes prérogatives que leur mari. Ces nègres attribuent , comme les gangas, leur science de Ta venir aux révélations qu'ils reçoivent des morts. Cavazzi nous apprend qu'ils sacrifient souvent des victimes humaines , et qu'il assista lui-même à plusieurs de leurs cérémonies, où l'on immola de jeunes nègres , choisis au milieu de la multitude (a).

(i) Ca'vazzi, p. aa4'33^« Labat, t. ii, p. aaa, aa4 ^^ ^^S.. (3) Gayazzi, p. aa8; Labat, t. ir, p. aSy-aSQ.

a46 EGLAIRGISSISMENTS DE GAVAZZI

Les Jagas oat emprunté aux nègres du Congo la plus graude partie de leurs cérémonies religieuses. Us eo ont ajouté d'autres de leur invention » mais en petit nombre ; car leur législatrice Temba-n-dumba semble avoir borné toute sa religion au culte des esprits des morts. Chaque province a ses idoles et ses siflgbiUes particuliers , qu'on appelle ordinairement du nom générique de quilondo. Les Jagas d'Anr gola et du Congo adorent principalement une idole nommée ganga-n-*zumba, en langue du t>ays. C'est un grand bouc vivant, à poils très noirs, avec une barbe extrêmement longue. Dès que la nouvelle lune parait, les ministres qui président à son culte lui peignent le dos avec de l'ocre rouge , le promènent dans les chemins les plus fréquentés, l'encensent, l'adorent et lui font des sacrifices. Tout ce qui est interdit même aux hommes, est permis à l'animal sacré; on se tient pour honoré des* ravages qu'il fait dans les champs; et loin de le maltraiter, on se proatenie sur son passage , et on lui adresse des remercîments (i). Le père Cavazzi nous appremd qu'il se mettait quelquefois à genoux devant cette idole pow* se moquer des nègres, et qu'il se plaisait à lui couper la barbe avec des ciseaux , pour faire enrager le diable. Cet aveii, qui montre la simplicité de notre auteur, prouve que les Jagas prenaient bien peu de soin de protéger leurs divinités contre les insultes des étrangers , et semble indiquer dans le caractère de ce peuple un grand fonds de tolérance religieuse^

(i) CtTazzi, p. 33i; Labat^ t. ii, p. 346.

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Comnie les indigènes du Congo , les Jagas croient que les âmes des morts , qu'ils nomment zinzumines , sont errantes sur la terre, qu'elles se répandent de tous côtes pour effrayer et tourmenter les vivants ( i ). Ijessiiighilles|Mrofîtent habilement de cette crédulité; ils forment une espèce de congrégation, et sont obligés de s'assembler de temps en temps ; c'est une de leurs règles; mais leurs assemblées n'ont jamais lieu que la nuit. H &ut qu'il n'y ait ni feu ni lumière dans la case où ils se rendent tous , hommes et femmes , sans distinction. Le chef se place au milieu, devant le coffire oii l'idole qu'ils adorent est enfermée ; là , il entonne certains chants , que les assistants répètent après lui; puis il s'interrompt de temps en temps, pour adresser des prières et des conjurations aux âmes errantes, el leur faire des questions auxquelles un homm^, qu'il a eu soin de placer en dehors de ta case , fait des réponses convenues d'avance avec le singhille. Cette cérémonie conduit toujours , suivant notre auteur, au seul résultat que se proposent les singhilles, c'est-à^lire à tirer des présents des nègres crédules qui y assistent (2).

Les Jagas n'adorent, sous la figure des idoles , que des divinités inférieures ; mais ils reconnaissent audessus de ces piûssances d'autres dieux, dont le principal porte le nom de quibottdo. Ce dieu est une espèce de mauvais principe , ne se plaisant que dans le mal et dans le désordre. Les nègres lui attribuent les passions les phis brutales, et le croient

«euL les passions tes pius oruiaie:

(1) CaYazzi, p. s34; Labat, c. 11 , f>. 367. («) CaTazii, p. s35; Labat, t. if , p. aSS.

248 ECLAIRCISSEMENTS DE CAYAZZI

capable des plus grands crimes. Us prétendent même qu'on l'entend hurler pendant la nuit, et pousser des cris menaçants à la manière des bêtes féroces. Les prêtres qui président à son culte feignent quelquefois que le quibondo est entré dans leur corps: ils parcourent alors toute la ville hors d'eux-mêmes, faisant entendre des hurlements affreux ; dans leur fureur fanatique , ils insultent tous ceux qui ne sont pas de leur secte, et causent souvent des querelles sanglantes (i).

Le nègre, naturellement indolent et peu inquiet de l'avenir, ne plante et ne cultive que pour le présent; il semble que ce soit un crime pour lui de prévoir des besoins futurs : aussi les disettes sont-elles très fréquentes en Afrique. Dans le royaume de Congo y suivant Cavazzi , la famine est la cause la plus ordinaire des maladies, parce qu'elle force les habitants à se nourrir d'aliments corrompus et malsains. Les Jagas croient qu'une de leurs idoles, nommée cabango-zalla, a la puissance de remédier à ces maux affreux ; et , par un contraste bizarre , lorsqu'on appelle, au milieu de la disette générale, un singhilk auprès d'un malade , il faut, avant toute chose, qu'on prépare un bon repas au ministre, et qu'on n'épargne rien pour le bien traiter. Le malade, au contraire, est soumis à un jeûne rigoureux (a).

Pour achever de faire connaître les mœurs et le caractère des Jagas , nous allons donner quelques détails sur leurs guerres et leur discipline militaire :

(i) Gayazzi, p. a4i ; Labat, t. ii, p. aSa. (i) Gayazzi, p. a4a; Labat, t. ii, p. a84-x85..

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c'est principalement dans le cours de leurs expéditions guerrières que ces nègres se livrent avec. plus de liberté à leur goût pour la chair humaine. Si Ton en croit Cavazzi, ils se jettent avec une avidité barbare sur les cadavres des ennemis qu'ils tuent dans les combats , et dévorent leurs edtrailles comme des tigres affamés ( i )• Les Jagas observent , autant qu'ils peuvent, de ne frapper leurs ennemis que dans les endroits que chaque chef a soin d'indiquer à sa troupe. Il paraît que cette coutume a pour but de Ëûre reconnaître plus facilement , après le combat , les ennemis qui ont été tués par chaque corps de Tannée, et dont il a le droit d'enlever les cadavres pour les dévorer. Leur coutume est d'envoyer en présent aux grands personnages, dont ils recherchent la protection , les têtes , les mamelles , les pieds et les mains des femmes qu'ils ont tuées dans la bataille ; car, chez ces peuples belliqueux, les femmes accompagnent leurs maris et leurs amants à la guerre. Elles se tiennent à leurs côtés pendant le combat; elles leur fournissent des flèches et d'autres armes ; elles leur donnent à boire et à manger; elles les encouragent, et dès qu'il y a quelque mort, ami ou ennemi , elles se saisbsent du cadavre , dans la crainte que les ennemis ne s'en emparent. £nfin, ces femmes président à la préparation des festins sanglants qui suivent la victoire; elles se retirent pour cela dans l'épaisseur des forêts ou dans les cavernes , elles abattent du bois , et font rôtir des cadavres hu-

(i) Cayazzi , p. 243; Labat, t. ii, p. ago.

95o JÊCLAIRCISSEM. DE GAYAZZL SUR LES JAGAS.

mains coupés eix pièces. Après la bataille chacun s'empresse de partager ces mets d'anthropophages (i).

Les nègres jagas, naturellement sanguinaires et courageux , entreprennent les guerres sous les prétextes les plus frivoles ; la volonté de leur roi est la seule loi qu'ils connaissent , et leur obéissance est tellement active , qu'en moins de vingt-quatre heui'es tout le royaume est sur pied. Ces guerres, si légèrement entreprises, se terminent très rapidement. Les nègres ne savent ni se rallier ni se faire soutenir par des corps de réserve ; dès le premier combat, la déroute ou la victoire est complète, et les hostilités cessent jusqu'à ce que les vaincus aient assemblé de nouvelles troupes.

Les costumes militaires des Jagas sont variés et pittoresques ; les uns portent des bonnets appelés xallé , qui sont couverts de plumes de diverses cou* leurs : il n'y a que la couleur rouge qui soit exclusivement réservée au roi. Lorsqu'on voit le bonnet du monarque orné de plumes de cette couleur, c'est une marque certaine que la guerre est résolue; les plumes mêlées de blanc et de rouge sont , au contraire, un anblème de paix. Au lieu de plumes, d'autres ornent leurs bonnets ou leurs fronts de petites oomes de bêtes sauvages. Quelques uns, au lieu de cornes et de plumes^ y placent des pieds, des griffes, des queues, des becs et des têtes d'oiseaux, ou d'autres animaux. Les plus braves placent sur leur tête autant de plumes qu'ils ont tué d'cnneims;

(i) Cayasui , p. 244^ Labat, t. 11, p. »9i-a9a.

SUR LE CUMAT OU OOllOO XT d'aVGOLA. sSi

(>l&:&s elles sont nombreuses y plus ils soot respectés. Il y en a enfin qui se font tatouer tout le corps comme le& sauvages de la Louisiane, et qui y font peindre figures de couleurs diverses (i).

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