XIV
258 aiSUME DES PREMIERS VOYAGEURS
gnées de cuivre et d'autres métaux. Elles prennent le plus beau poli du monde , et sont d'un usage admirable pour la sculpture et l'architecture (i).
Agriculture, plantes cultivées, arbres et autres végétaux.
Dans ces contrées , le sol produit chaque année deux moissons régulières. On commence à semer au mois de janvier, pour recueillir au mois d'avril. L'hiver arrive ensuite, mais il ressemble' au printemps ou à l'automne d'Italie. La chaleur recommence au mois de septembre , et rend les terres propres à recevoir de nouvelles semences , qui offrent une moisson abondante au mois de décembre (2). MeroUa dit qu'on sème au mois de mars dans le comté de Sogno , et qu'avec la &veur des pluies on moissonne au mois de juin.
Le même auteur observe que , pour la culture des terres, les habitants n'emploient ni la charrue ni la bêche. Aussitôt que les nuées annoncent la moindre pluie, les femmes disposent le terrain, en arrachant d'abord les herbes et les racines, qu'elles ramassent en tas , pour les brûler dans le même lieu. Ensuite , à la première pluie , elles remuent la terre avec une espèce de truelle fort légère, nommée l2egu ou elzeju, qui est soutenue par un manche d'an pied de
(i) Pîgafetta , MelaHone del reame di Congo , p. 4i. (a) Carli, Ghiirchill'a Collection, 1. 1, p. 568.
SUR LSS yÉGÉTAJTK DU CONGO BT d' ANGOLA. :i59
long. A mesure qu'elles ouvrent le sillon d'une main, elles y répandent de l'autre leurs semences, qu'elles portent dans un sac à leur côte. Pendant cet exercice, elles sont obligées, dit l'auteur, de porter leurs enfants sur leur dos , pour les garantir d'une multitude d'insectes qui sortent de la terre, et qui seraient capables de les dévorer. Elles se servent d une espèce de hamac qu'elles ont autour des épaules, où Tenfisint est comme assis, en avançant ses petites jambes , qui embrassent la ceinture de sa mère (i).
La terre, suivant l'expression de Carli, est noire et féconde, comme les femmes qui la cultivent. Lorsque le temps de la moisson est arrivé, elles font différents tas de chaque espèce de grains. On commence par donner au macolonte ce qui est nécessaire pour sa subsistance ; ensuite on met à part ce qu'on destine pour ensemencer les terres dans la saison suivante; et le reste se divise entre les habitants , suivant le nombre qui se trouve dans chaque cabane. L'herbe est toujours verte dans ce pays. Qu'on la brûle , sans l'arracher , elle repousse aussitôt (a). U duché de Batta et les territoires voisins sont si gras et si fertiles qu'ils produisent toutes sortes de provisions. Celui de Pemba, surtout du côté de San- Salvador , est favorisé d'un air frais et serein , qui enrichit les pâturages et qui donne aux arbres un éclat admirable (3).
(i) MeroUa, Chorchill's Collection, t. i, p. 633. (i) Carli, Chorchill's Collection, t. i, p. Sjo et 57a. (3) Dapper, Afrique, p. 34$.
L<*» gmin» «ont ici d« p1ti»imir» t^ffèe^^ ^el&tt îjopex^ celui qui »e timnui^; luco rcMcmbUr ftu grsiin de moutarde ( i ); mai» il e§i un peu plu» grc^/ On k broie dan» de» moulin» k bra»; »a farine e»i fort blanche^ et fait un pain de »i bon goût^qu^oo ne 1^ croit point inférieur au pain de froment/ l^per ajoute que ce grain e»t irenu noutetletnent de» hùték du ff il irer» Tendroit oii il forme »ott second kie ^ ^ qu'il e»t aujourd'hui d^une extrême abondance an CongO/ On y iroit auMi une »orte de mil htMiie, nommé mtkMSL di Congo ou blé de Congo, ain»! qn^ du mal» qu'on appelle ma^^ manputo ou blé pottugai»i Cette céréale e»t »i commune au C<mgo, qu'elle »ert, »uivant le t^oignage de Lope^, h h nourriture de» porc». Le» habitant» n'e»timent ffn^ beaucoup plu» le rh, 11 e»t en »i grande abondance, qu'il n'a pa» même de i^aleur établie (d). MeroUa dit que le» naturel» nomment le mal» manptmni (3)/ T/e froment d'Europe »emé au Congo y tient irh bien en paille et en épi» trè» long», mai» tider». I>e$ paille» »ont »i haute», ajoute Carazzi, Vàutmtr d^ cette ob»ervation, qu'elle» cachent un homme k cher val. On a remarqué le même ré»ultat en Amériqfie(4j
Ijà plupart de» légume» du pay» »ont inconnu» em Europe, k l'exception du blé-dinde et d^une *oft^ de fève»rougeâtre», nommée» nca»»a (d)* Dapper,^(rM
(«) Vcrye/ à\*àpti'êfp. «fit.
(ft) Pi§àteiiâf ketatlotië àëlteame di Congo, p, 4ty.
(3) MetùiUf ChtittMV» Colleùtlonf p, fî3f3.
(4) C«tfl/./J, p, 3l»-3l(|j ï/«f/»f, !. I, |T. </J7. ($) Cnifntti f pi «5.
SUR IJES mtoiTAUX DU CONGO ET d' ANGOLA. ^6ï
les nomme encossa , leur donne la couleur des châtaignes, et les représente comme une excellente uourriture : cependant Texcès, dit-il , en est dangereux , et cause des tranchées douloureuses.
L'ouvando , espèce de grain qui ressemble au riz , croît sur un aii>uste , et multiplie tous les six mois sans culture. Il se conserve deux ou trois ans. Le ncanza ressemble beaucoup à la fève dinde. Il est d'une blancheur extrême. Comme il vient du Brésil , les Portugais lui ont conservé le nom de fève brésilienne. Cavazzi nous apprend que cette plante dégénère en Afrique, et qu'il s'en faut bien qu'elle y soit d'aussi bon goût qu'au Brésil (i). Selon Merolla, le cangula est une autre sorte de légume, fort recherché des nègres, mais peu estimé des Européens (a). Le mazza-mambala pousse des tiges de la hauteur du blé-d'Inde, et ne lui ressemble pas mal par la blancheur et la forme de ses épis. Sa farine est blanche et moins nuisible à l'estomac que plusieurs autres grains du pays. La semence de l'herbe nommée massango ressemble beaucoup à celle du chanvre (3). Cavazzi prétend que le massingo ressemble au mil d'Europe , mais qu'il produit des épis plus gros , mieux nourris, et un grain d'un bon goût et d'une odeur fort agréable (4). Battel lui donne le nom de blé dans le royaume de Loango. L'azeli est une. plante qui croît de la hauteur d'une pique , et dont l'épi res-
(i) MeroUa, OnxnAàWêColiection, t. i,p. 633; CaTaziî, p. 96. (1) MeroUa, Churchill, t. i, p. 633.
(3) -Cavazzi , p. ^5 ; MeroUa , loco citato.
(4) Carazzi, p. aS; Lahat^ t. i, p. ii4<
a62 RlÉSUMi DES PREMIERS VOYAGEURS
semble à celui du millet. Elle donné la colique à ceux qui en mangent pour la première fois. Un autre grain nommé luvo se conserve plusieurs années. Son ëpi est triangulaire , et son grain semblable au millet; il est rouge et d'un usage fort sain. Gavazzi nous apprend que ce grain est de couleur rouge-vif, avec une petite tache noire. Il nous parait évident que ce grain est le même dont Lopez fait mention sous le dom de luco, et dont nous avons parlé plus haut (i). Gavazzi parle de deux espèces de sarrasin qui sont cultivées avec succès par les nègres du Congo : la première est celle que les Italiens nomment sagina; les naturels d'Angola l'appellent, en leur langue , massambola ou manbella ou massa-mantiri. On en fait chaque année deux récoltes, et cette plante a l'avantage de résister à la sépberesse plus que tous les autres grains. L'autre espèce de sagina porte le nom de cangululu ; c'est de toutes les plantes potagères celle dont les nègres sèment en plus grande quantité. Les Européens préfèrent le sarrasin ordinaire. I^ fruit du cangululu est de couleur de feu (a). Mais il est évident que le cangululu et le massembola de Gavazzi sont les mêmes plantes que celles dont MeroUa fait mentioa sous les noms de cangula et de mazza-mambola. Gavazzi consid^^e aussi le massango et le luvo comme des espèces de sagina.
Entre plusieurs autres légumes, les nègres estiment les mandols, qui croissent trois ou quatre en-
(i) Voyez ci-deMus, p. 260.
(1) Cayazziy p. aS-s6; Labat, t. 1, p. ii4*ii7«
SUH LES yioiHAVX du GONGO et o' ANGOLA. a63
semble, comme les vesces, mais sous terre et de la grosseur d'une olive ordinaire. On en tire un lait , qat ressemble à celui d'une espèce d'amandes que les Italiens nomment mandole , et Merolla est per» suadé qu'elles en tirent leur nom. L'incumbe, autre sorte de légume qui croît aussi sous terre, de la forme d'une balle de mousquet, est très saine et de fort bon goût. Merolla prétend avoir trouvé parmi ces plantes de véritables muscades , qui étaient peutêtre tombées des arbres, mais dont l'usage n'est pas connu des nègres. Us en ont de sauvages, qu'ils appellent nieubanzampunis(i).
Dapper raconte que dans le royaume d'Angola le pain se feit de la racine de manioc : les habitants la nomment mandioca. Elle est fort commune aux environs de Loanda , par la double raison que le terroir lui est propre et que la vente en est considérable. On en distingue plusieurs sortes, qui se ressemblent de loin , quoique la racine , la qualité et la couleur même en soient différentes. Les feuilles de la plante sont d'un vert foncé , comme celles du diêne , avec quantité de veines et de petites pointes. La tige s'élève de dix ou douze pieds, et se divise en plusieurs branches ; mais elle est aussi faible que le saule. Ses fleurs sont fort petites, et sa semence assez semblable à celle du palma^christi , sans aucune propriété copnue. La méthode des nègres pour la cultiver ne demande pas beaucoup d'art. Après avoir préparé la .terre , en la remuant et la divisant eu
(i) Merolla, Ghurcliill's Collection, t. i , p. 633.
a64 RlisUMÉ DES PREMIERS VOYAGEURS
monticules , ils y enfoncent , à sept ou huit pouces de profondeur, de petits rejetons de la longueur d'un pied, et d'un pouce de grosseur, deux ou trois sur chaque monticule; de sorte qu'ils ne s'élèvent pas plus de quatre ou cinq pouces au-dessus de la terre. Us y prennent racine presque aussitôt, et dans l'espace de neuf ou dix mois ils deviennent hauts de douze pieds, avec un tronc de la grosseur de la cuisse, qui se charge d'un grand nombre de branches. Ensuite, pour faire grossir la racine, on nettoie fort soigneusement la terre aux environs ; et lorsqu'on croit la plante à sa maturité, on coupe le troAc, qui n'est propre qu'au feu, en réservant les petites branches pour la plantation suivante. On déterre alors la racine , et l'ayant dépouillée de son écorce j on la réduit en farine dans un moulin qui ressemble à la roue d'un fourgon. Cette opération emploie, plusieurs esclaves, les uns pour jeter la racine dans le moulin et veiller au mouvement de la i*oue ; d'autres pour tirer la farine, et d'autres poux* la faire. sécher sur le feu , dans des chaudrons ou des poêles de cuivre. On bâtit, pour ce travail, des appentis (i) longs de cent pieds, et larges de trente ou quarante, avec dix fourneaux de chaque côté , et trois mou- Uns. mobiles, qui peuvent se transporter suivant le besoin. Chacun a la liberté de cultiver autant de manioc et d'en faire autant de farine, qu'il le juge à propos. .Un appentis de vingt fourneaux demande
(i) Tous ces bâtiments sont à quelque distance de Loanda, vers la rivière ; car les environs de la ville ne produisent rien. Yo^rei çi-dessus.
SUR LES VEGETAUX DU CONGO ET d'aNGOLA. ^65
ordinairement cinquante ou soixante esclaves. Un alquer de farine, ou deux arrobes(i) , se vend quelquefois à Loanda jusqu'à deux cent cinquante ou trois cents réaux (i).
Les habitants du comté de Sogno n'emploient point la racine de manioc à faire du pain. Après l'avoir brisée en petites parties, de la grosseur du riz, ils la mangent crue, ou trempée dans l'eau chaude. MeroUa nous apprend même que les Portugais font plus d'usage du manioc que les nègres , soit pai*ce qu'ils apportent plus d'art à le planter, soit parce qu'ils en font des provisions qui durent plusieurs amiées. Une autre espèce de racine difiérente par la forme, que MeroUa nomme gnamn , et qui est probablement l'igname , sert aussi à fidre un pain fort différent du pain de manioc. Les racines de batatas ou patates , bien grillées , appirochent beaucoup du goût de la châtaigne (3).
La culture des jardins ne demande point ici plus de peine que celle des champs. On y voit des navets, des carottes, des patates, des raves, des choux, mais moins pommés qu'en Europe ; du pourpier, des épinards, de la sauge, de la lavande, du thym, de la marjolaine , de la coriandre , et quantité d'autres plantes aromatiques, sans compter plusieurs espèces qui sont inconnues en Europe. Les fruits communs sont les ananas, les anones, les bananes, les arosses,
(i) Un arrobe fait trente lÎTres. Dapper estime Talquer soixante* ^atre livres de France.
(i) Dapper, Afrique^ p. 364-365.
(3) MeroUa, ChnrchiU's Collection, t. i , p. 633.
a66 RÉSUICÉ DES PREMIERS VOYAGEURS
les courges , les melons , les concombres , etc. Entre les plantes qui s'élèvent peu, la plus estimée est Fananas. Ses feuilles ressemblent à celles de l'aloès , et son fruit à la pomme de pin (i) , dont il n'est difféi*ent que par la couleur. Elle est jaune ; et , dans sa maturité, toute sa substance se mange sans exception. Le sommet de ce fruit est couronné d'une touffe de feuilles, qui se replantent et qui produisent un nouveau fruit. L'ananas bien mûr a quelque chose de plus délicieux que le melon ; mais s'il est coupé vert, il se flétrit et sèche aussitôt (2).
L'anone est un fruit fort agréable, de couleur cendrée, aussi gros que le poing, et presque rond comme la pomme de pin ou l'ananas ; mais les inégalités de son écorce sont si petites qu'elles semblent peintes (3).
Lopez pense que les bananes au Congo sont les mêmes fruits qu'on nomme muse en Egypte et en Syrie; mais, dans ces contrées, ils parviennent à la grandeur d'un arbre, parce que l'on a soin de les couper chaque année pour rendre leur fruit plus par&it (4)-
Les arosses, espèce de petite grenade, et les ge* gos, sorte de prunes du pays, sont des fruits d'un goût très agréable (5).
(i) Le frail que les Anglais nomment pine-apple» on pomme de pîn , est nommé ananas par les Français. I/ananas du Congo, d'après Merolla , est différent de l'ananas commun.
(a) Merolla, Churchiii's Collection^ t. i, p. 633.
(3) Dapper, Afrique, p. 363.
(4) Pigafetta, Relatione di Congo , p. 4i* La figure que Cavasu donne de la banane du Congo, p. 34* pi. 5, semble contredire cette observation de Lopez.
(5) Dapper, Afrique ^ p. 363.
SUR LES VtOÉTÂVX DU COHGO BT d'aHGOLA. ^67
On doit £tre accoutume , par les relations précé* dentés , à lire sans étonnement que TAfrique produit des arbres d'une hauteur et d'une grosseur si démesurées, qu'un seul fournit à la construction d'un grand nombre de maisons et de canots. Celui qui tient le premier nmg est nommé ensada ou insanda par les habitants ; figuier indien , par Clusius ; et par les Portugais, arbor de raiz, ou l'arbre des racines. U s'en trouve plusieurs dans itle de Loauda. Ses branches, qui sortent du sommet d'un tronc fort élevé , se répandent en grand nombre. On en voit descendre de petits jets de couleur d'or, dont quelques uns, touchant à terre , y prennent racine et forment de nouvelles plantes , qui grossissent en peu de temps et produisent de leurs branches d'autres jets , qui se régénèrent de même. Quelquefois un seul arbre s'étend ainsi l'espace de mille pas, et forme par degrés un petit bois où trois mille hommes peuvent se mettre à l'abri. Les branches sont si serrées qu'elles forment des cavités impénétrables aux rayons du soleil , où la voix retentit comme dans autant d'échos. Les feuilles des jeunes branches sont laineuses, et d'un vert blanchâtre comme celles des cognassiers. Le firuit, qui est rouge au-dedans et au-dehors, croît entre les feuilles de ces jeunes branches, comme les figues ordinaires. Sous' la première superficie de Técorce on trouve une espèce de filasse, qui, étant Inttue soigneusement , nettoyée , et filée en longueur, sert à fabriquer des étoffes grossières. L'ensada croit aussi à Goa et dans les Indes , où les habitants s'en
a68 B^SUMJÉ DES PREMIERS VOYAGEURS
font des cabinets de verdure pour se rafraîchir dans la chaleur (i).
Le mirrone est un autre arbre, qui n'est pas fort différent de l'ensada. Le bois en est dur, et les feuilles semblables à celles de l'oraûger. Les branches envoient aussi quantité de jets qui prennent racine en touchant à la terre. Le mirrone se plante ordinairement près des maisons , et passe entre les idolâtres pour une espèce de divinité tutélaire. Us lui rendent un culte comme à leurs idoles; et dans plusieurs cantons ils laissent, au pied de cet arbre, des calebasses remplies de vin , pour le rafraîchir dans sa soif Ils se reprocheraient comme une profanation de marcher sur une de ses feuilles ; mais lorsqu'ils voient quelque branche brisée , ils cessent de l'adorer ; et , la dépouillant de son écorce , ils en font des pagnes pour les femmes grosses. Leurs sorciers les assurent que c'est un préservatif contre les accidents de cette situation. Merolla remarquant avec combien de soin les femmes cultivaient cet arbre dans l'étendue de sa mission , en fit abattre un , sous prétexte d'en vouloir faire des planches. On lui demanda, d'un air chagrin , pourquoi il causait ce tort au pays ; maïs personne n'osa pousser plus loin les murmures (a).
L'aliconde , que les nègres appellent aussi bondo, suivant Cavazzi, est encore un arbre d'une grosseur extraordinaire ; il est commun dans le Sogno et dans tout le Congo ; dix-sept hommes , faisant la chaîne ,
(i) Dapper, Afrique, 1686, p. 378 ; Cavazzi , p. a8. {1) Merolla, ChurchiU's Collection^ p. 6a5.
SUR USS V]£gi£tAUX du CONGO ET d'aITGOLA. 2169
ne suffisaient pas, selon Zucchelli , pour embrasser les troncs d'aliconde qui se trouvaient près de son couvent ; mais il n'est pas moins commun dans d'autres pays dont on a déjà donné la description (i). Les détails que Cavazzi nous fournit sur l'aliconde sont très intéressants. Cet arbre atteint une grosseur et une hauteur prodigieuses; mais son tronc se pourrit très aisément , et devient si fragile que le moindre vent suffit pour le faire tomber tout d'une pièce. C'est pour cela que les nègres ne bâtissent jamais leurs cases au pied de cet arbre dangereux , et qu'ils disent qu'il n'est bon qu'à tuer les hommes et les animaux. Les fruits qu'il produit sont de la grosseur des citrouilles d'Europe, et se détachent aussi au moindre choc. Son écorce macérée et battue donne de gros fil , dont les nègres font des cordes excellentes et des étoffes grossières. Ses fruits renferment une pulpe nourrissante et facile à réduire en farine ; enfin , on mange ses feuilles en temps de disette , et on tire des cendres de son bois d'excellent savon (2).
L'arbre nommé mofuma , dont on fait les canots , croit sur les bords des rivières. Son bois a quelque ressemblance avec le liège , et ne s'enfonce jamais, quoique le canot soit rempli d'eau. C'est sur cet arbre qu'on recueille la soie de coton , substance laineuse, que les gens de mer emploient au lieu de plumes, pour se faire des coussins et des oreillers. Le coton croît ici de lui-même ; s'il était aidé par la
(i) Zucchelli, p. soi. L'aliconde croit au Loaogo. Voyez cidessus, t. XIII , p. 5o5 de V Histoire générale Jet rofages. (3) CaTazzi, p. 28; Labat, t. i,p. iai-iS3.
2'JO RiSUM^ DES PAIMIERS VOTAGSURf
culture, il y serait en abondance. Ses fleurs s'ouvrent aux mois de juin et de juillet, et mûrissent au mois de décembre (i).
Les bords de la rivière de Lelunda, dans la route qui conduit à San-Salvador, sont omës d'une multitude de citronniers, qui ne servent aux habitants qu'à faire des canots ou du bois à brûler (a). Zucchelli nous apprend que dans son couvent on brûlait du bois d'ëbène , du bois de rose , et d'autres bois précieux pour le service de la cuisine.
Toutes les parties du royaume de Congo produisent beaucoup d'arbres fruitiers. Dans la province de Pemba, le plus grand nombre des habitants se nourrit de fruits. Les citrons, les limons, les ba« nanes, et surtout les oranges y sont en abondance; elles rendent beaucoup de jus, sans être aigres ni douces, et ne sont jamais nuisibles dans l'usage. Pour faire juger de la fertilité du pajrs , Lopez rend témoignage qu'ayant mis un citron en terre , il vit au bout de quatre jours une des graines produire une petite tige (3).
Merolla observe que dans le comté de Sogno les limons sont excellents , et qu'une des îles en est pa^ ticulièrement si remplie , qu'à la réserve de quelques orangers, il ne s'y trouve pas d'autres arbres. En allant à Singa, on rencontre de grands bois d'orangers, dont les fruits portent le nom d'oranges de Portugal , quoiqu'elles soient d'un goût si délicieux
(i) Dftpper, 4fi^u$, p. 365.
(9) Pigafetta, p. 40$ Dfpper, Afrique, p. 345.
(3) Pigafena, p. 41.
SUB LES viOJiTAUX DU GOHGO-KT d'aITGOLA. 271
quelles mëriterai^it celui d'oranges de la Chine (i). Le fruit d'un arbre que les habitants nomment mabocké a beaucoup de ressemblance avec les oranges de l'Europe. Sa forme est d'une rondeur admirable. U a la peau rude. On trouve au-dedans quantité de pépins qui ressemblent à ceux de la grenade, mais dispersés avec moins d'ordre. Le goût tire un peu sur l'aigre; mais il est si délicieux qu'on ne &it pas di£Bculté de donner ce fruit aux malades, dans l'ardeur même de la fièvre, pour leur rafraîchir le palais. On en distingue deux sortes ; le grand et le petit II semble que la bonté du dernier l'emporte sur celle de l'autre , à proportion qu'il lui cède en grosseur.
Le nîçefi ou nicefo , la banane et le marna! ou ma^
mao, se trouvent ici comme au Brésil; mais, entre
plusieurs autres fruits, le plus estimé est celui que
les habitants nomment cont, ou plutôt conde, ou
conte, comme écrit Cavaxzi. Il ressemble à la poire
géante, et sa forme n'a rien d'extraordinaire; mais
au^ledans il est de la blancheur du lait. Ses pépins
<^t la figure d'une fève. Le jus de conde est d'un
agrément si singulier, qu'on le donne aux malades
pour leur rappeler le goût (a). L'arbre qui produit ce
fruit est une espèce de palmier; Cavazzi en distingue
deux espèces. Merolla vit plusieurs de ces arbres ,
qui croissaient sans culture dans les montagnes de
Congo.
Le kaschiu est plus gros qu'une pomme commune.
(1) Merolla , ChorchiU , t. i , p. 635.
(1) CaiTazzî, p. 34- Cayazzi a donné une ûgme du conde , pi. 7.
Dans sa maturité, il s'embeliit par uq mélange de jaune et de cramoisi. De sa tête sort un second fruit de couleur cendrée, qui est fort chaud, quoique l'autre soit extrêmement doux et rafraîchissant; grillé ou cuit sous la cendre, il a le goût de nos châtaignes (i).
Le cola n'est pas moins gros que le fruit du pin ; il renferme sous son écorce un autre fruit qui ressemble à la châtaigne , et dont la pulpe rose ou couleur de chair se sépare en quatre divisions. Entre plusieurs qualités , on lui attribue celle de guérir les maladies hépatiques (2). Lopez raconte qu'un foie pourri, de poule ou de quelque autre oiseau, qu'on couvre de la chair de ce fruit, reprend sa fraîcheur et son état naturel. Le cola est d'un usage fort commun dans le pays , et son abondance en rend le prix très vil. Le même auteur met l'arbre qui le produit au rang des palmiers (3). Cavazzi le décrit brièvement sous le nom de collera (4). Merolla dit que la première écorce, ou plutôt la cosse du cola, renferme plusieurs fruits, et que sa couleur est d'un rouge cramoisi. Les Portugais font tant de cas de cette espèce de noix , que s'ils rencontrent une dame dans les rues, leur première civilité consiste à lui offrir du cola. Dapper a compté jusqu'à dix ou douze noix dans une même cosse. Il ajoute que ce fruit ne vient qu'une fois l'année , et que, si l'on en mange le soir, il trouble le som-
(i) Merolia, ChurcfaîU's Collection^ t. i, p. 634. (s) Pigafetta , p. 41 .
(3) Ibid.
(4) CayazEi , p. 29.
SDR LES y^ÉaÉHAVX DU GOKGO ET d'aKGOLA. 27 3
meil (i). Zucchelli dit que les Hollandais, en remontant le Zaïre, avaient découvert la noix muscade ; ce qui n'a pas été Gonfirroé par les autres voyageurs (a).
Les goyaves sont une sorte de fruit qui ressemble à la poire; il est jaune au-dehors, mais sa substance intérieure est couleur- de chair. On en ferait plus de cas si ses pépins, qui se détachent difficilement de la pulpe , avaient moins d'âcreté. Dapper dit qne le nom de guaiave ou de gojava vient des Portugais , et que les Chinois appellent ce fruit cieuco. Il c^ fort agréable; mais il a des qualités froides qui le rendent très malsain. I^es arosses, ou les prunes de grenade, ressemblent beaucoup à la goyave , avec cette différence qu'elles sont plus petites, saines, et d'une âcreté qui n'a rien de désagréable. Le zaffo est un grand arbre dont le fruit ressemble à la prune.
Le gegos croît sur de grands arbres; sa* forme est celle de la prune ; sa couleur est jaune ; il est presque rempli d'un gros noyau , qui est environné d'un peu de chair acre, mais si rafraîchissante et si saine, qu'on la donne aux malades (3). Le kikere est une sorte de prune qui ressemble à la cascavelle des Italiens, et dont le goût un peu acre est aussi très salutaire aux malades (4).
Les cantons marécageux produisent des cannes
(i) Dapper «p. 491, (3) Zucchelli, p. aoo.
(3) Dapper, Afrique , p. 363; Cavazzî, p. 34-
(4) MeroUa , ChurchiU'fl CoUection, t. i, p. 634.