XIV. IQ
nommes abada par les nègres. Cette espèce de licornes, dit-il , est fort différente de celle qui est vantée par les naturalistes. On l'assura qu'il n'en existe plus de cette dernière espèce (1). Un missionnaire thëatin, qui revenait de (îoa , lui raconta qu'il avait pris des soins inutiles pour en trouver aux Indes orientales , et que plusieurs astronomes du pays, surtout quelques Chinois de sa connaissance , prétendaient avoir trouvé, par leurs calculs, que toutes les licornes étaient mortes le jour de la mort du Sauveur (2). L'abada ou la licorne de Benguella , suivant le même auteur, est ordinairement de la grosseur d'un bœuf. Le mâle seulement est armé d'une corne au froot; il a les mêmes propriétés que l'ancienne licorne, lorsqu'il est pris jeune, ou qu'il ne s'est jamais accouple; mais les vieux perdent beaucoup de leur vertu dans l'accouplement (3). Cavazzi parle aussi de l'abada ou ndemba qui ne se trouve guère que dans les provinces centrales du Congo. Cet animal, que notre auteur avoue n'avoir jamais vu , n'a qu'une corne au-dessus des narines. Le même auteur parle d'un autre abada ou alicorno , de la taille d'un grand cheval, qui porte deux cornes, l'une sur le front, et l'autre au-dessus des naseaux (4). Enfin, Zucchelii confirme ce que Cavazzi rapporte de l'abada , et dit que c«t animal a une grande corne pleine, et une
(i) Il y a beaucoup d'apparence qu*il n*y a jamais eu d'autre licorne que le rhinoeéros.
(a) Nouveaa trait de la simplicité de Tautear.
(3) Merolla, Chnrchill's CoUeetion^ t. i, p. 606.
(4) Cavazzi, p. 41 ; Labat, t. i, p. 169 1
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autre, plus en arrière, beaucoup plus petite (i). Le même pays pvoduil un autre animal que les habitants nonunent impanguazza ou empacasse (a). Quelques uns, au nombre desquels est Dapper, le prennent pour le buffle. D'autres y trouvent seulement beaucoup de ressemblance. L'éditeur de la relation de Lopez dit qu'il porte le nom de dante en Allemagne , qu'il est un peu moins gros que le bœuf, mais qu'il lui ressemble par la tête et le poil ; que sa couleur est rougeâtre; qu'il a les oomes du bouc , unies , luisantes , et tirant sur le noir; que les nègres en font quantité de petits ustensiles et de parures ; que la peau de ces animaux se transporte en Portugal, et de là dans les Pays-Bas , où l'on en fait des corselets et des plastrons. Les habitants s'en servent pour leurs boucliers, mais ils n'ont pas l'art de les préparer. Cette peau est à l'épreuve des flèches. Cependant ils emploient l'arc comme le fiisil pour tuer l'animal. La chasse en est dangereuse. Un empacasse qui surprend le chasseur, le foule aux pieds, le frappe de son museau, parce qu'il ne peut se servir de ses cornes , et ne le quitte que mort ou mourant. Le même auteur ajoute que les déserts du royaume des Anzicos sont remplis de buffles et d'ânes sauvages (3). Mais Dapper assure que le buffle porte le nom d'empacasse dans le royaume de Congo ; qu^il a le poil rouge et les cornes noires , et que les habi-
(i) Zncchelli, p. 99.
(a) Lopez l'appelle empachas; Dapper, empacaaae; Carli , payasse; et McroUa, impangnaEza , ainaî qae CaTazsi. (3) Pigafetta, p. 14 et 3i.
ag^ RESUME DES PREMIERS VOYAGEURS
tants font de ses cornes divers instruments de musique. Il le représente comme un animal fort dangereux. Il ajoute, mais sur le témoignage d'autrui^ qu'une vache meurt à l'instant , si elle paît dans le même pâturage qu'un buffle : d'où il conclut que l'haleine du buffle est un poison pour les autres bestiaux. Sa chair est grossière et coriace. Cependant les esclaves en mangent volontiers, après l'avoir coupée en pièces, qu'ils font sécher au soleil (i).
Carli , dans un voyage qu'il fit à Bamba , vit un grand nombre d'empacasses , qu'il appelle pacasses. Il leur trouva la figure du buffle et le rugissement du lion. Tous ceux qui tombèrent sous ses yeux étaient blancs, avec des raies ou des taches rouges et noires. Les pacasses, dit-il encore, ont les oreilles longues d'une demi-aune, et les cornes fort droites. Ils regardent les passants d'un œil fixe , mais sans leur nuire , lorsqu'ils ne sont point attaqués. Le mâle et la femelle se tiennent toujours ensemble (2).
Au temps du voyage de Zucchelli, les bœufs étaient si communs dans les environs de Benguella, que les plus grands et les plus gras ne se vendaient pas plus d'un écu. On n'en fait aucun usage pour l'agriculture ou le charroi. On n'estime de la chair que les quartiers ; on rejette le reste , qu'on laisse avec la peau et la tête et les pattes se dessécher au soleil (3).
D'après la description que Merolla donne des va-
(1) Dapper, Afrique^ p. 346.
(a) Carli, Churchill'» Collection^ t. i,p. 564. (3) ZucchoUi, p. 99.
SDR LES MAMMIFERES DU CONGO ET d' ANGOLA. aCjS
ches sauvages , qu'il appelle impanguezzé , c est évidemment l'empacasse de Lopez et de Dapper, le pacasse de Carii. Il s'en trouve, dit-il , de rouges, de noires , et d'autres couleur de cendre ; elles sont d'une légèreté extrême à la course; leurs cornes sont d'une longueur que l'auteur appelle excessive. Lorsqu'elles se sentent blessées , elles font face au chasseur, comme les buffles, l'attaquent furieusement et le tuent, s'il ne trouve un arbre pour asile. Leur chair est nourrissante et de fort bon goût. La moelle qui se tire de leurs os est un spécifique infaillible contre les humeurs froides et les tranchées. C'est de leur peau que les nègres font leurs meilleurs boucliers ; elle résiste à la plus forte flèche; et l'on est en sûreté , dit Vauteur, sous cette espèce de mur(i). Les impanguazzë se réunissent, suivant Cavazzi, en troupeaux de deux à trois cents. Les lions et les tigres leur font sans cesse la guerre, mais quelquefois sans succès , car ces animaux se défendent à merveille.
L'empalanga est, suivant Lopez, un autre animal de la grosseur d'un bœuf. Il en a aussi la forme, excepté qu'il a le cou plus haut et qu'il porte la tête au vent. Ses cornes sont larges et tortues, divisées en plusieurs branches, dont l'extrémité est fort pointue. Leur longueur est de douze ou quinze pouces. Quoique l'empalanga n'habite que les forêts, c'est un animal fort doux. On mange sa chair. La peau de son cou est d'un fort bon usage pour les semelles des souliers. Il ne serait pas difficile de rendre cet animal
(i) MeroUa, ChurchiU's Coiiection , t. i , p. 607; et Cavazzi y P> «13. Il écrit iiQpanguazza.
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propre au labourage et à d'autres services (i). Suivant Cavazzi, l'empalanga, qu'il nomme impallancha, est de la taille du mulet ^ sa peau est tachetée de blanc et de roux, et ses cornes sont droites, tortillées ensemble et fort pointues. La loi des Jagas leur défend de manger la chair de ces animaux , et de les laisser pénétrer dans l'enceinte de leur camp (2). Dapper dit que l'empalanga ressemble au bœuf, et qu'il s'en trouve de différentes couleurs, brun, rouge et blanc (3). MeroUa lui donne la grosseur de l'impanguezza , et la couleur qu'on nomme alezan dans les chevaux. H en vit plusieurs dans le pays de Benguella. Ces animaux ont, dit-il, les cornes droites, mais entrelacées; et c'est par les différents degrés de ce mélange qu'on juge de leur âge (4). l\ leur trouva quelque ressemblance avec la mule. Leur chair est blanche, mais spongieuse et insipide. Les habitants prétendent que l'usage en est dangereux pendant que ces animaux sont en rut. Ils assurent la même chose de leurs boucs sauvages. Un jour quelques chasseurs en apportèrent un au couvent de Sogno , qu'on soupçonnait d'être dans cet état, et que les capucins ne laissèrent pas de recevoir, parce qu'ils n'en connaissaient pas le danger. Us en mangèrent une partie, et réservèrent le reste pour le jour suivant. Mais le comte de Sogno n'en fut pas plus tôt informé, qu'il se rendit au couvent avec une nombreuse suite;
(i) Pigafetta^ Seiatione di Congo, p. 3i. (a) Cavazzi, p. 4^; I.,abat, t. i, p. 161.
(3) Dapper , Afrique, p. 346.
(4) Merolla , Churchiirs Collection , t. i , p. 607.
SUR UBS MAMMIFiRES DU CONGO £T d'auGOLA. Slijj
et , marchant droit à la cuisine , il donna ordre non seulement que la chair fut jetée , mais que les vaisseaux mêmes qui la contenaient fussent brisés. Il aurait brûlé toute la maison, dit Fauteur, dans la crainte d'une infection dont il ne paraissait aucune marque, si les missionnaires né lui eussent i*eprésenté fort humblement qu'il s'alarmait mal à propos, et que personne ne s'étant ressenti de Timprudence qu'on avait commise , il y avait beaucoup d'apparence qu'elle n'était pas fort dangereuse. Tx>r8que ces animaux commencent à vieillir, on leur trouve dans le ventre certaines pierres qui ressemblent au bézoard. Celles qui se trouvent dans les miles passent pour les meilleures, et sont vantées par les nègres comme un spécifique éprouvé dans plusieurs maladies, surtout contre le poison. S\ l'on ne prend soin de les tirer aussitôt que l'animal est tué, elles disparaissent par une prompte dissolution. Quoiqu'elles soient d'abord fort molles et fort tendres (i), l'air les endurcit, et leur donne bientôt la consistance de pierre.
Dapper décrit un autre anfanal , qu'il nomme go* luQgo et goulongo. Il est fort commun, dit-il, dans t(mies ces régions* Sa couleur est brune et mêlée de quelques taches blanches. Il est armé de deux cornes ^t pointues. Le même auteur lui donne aussi le nom de chevreuil , quoiqu'il ne lui ait pas paru plus gros qu'un bouc ou un mouton , avec lequel il lui trouve autant de ressemblance pour la figure, qu a sa cliair
CO Merolla, Churchill'f Collection^ t. i» p. 607.
agô RisuMi t>£S 1>R£H1KRS VOITAGEURS
pour le goût. U ajoute que dans la plupart des pays nègres on le compte au nombre des meilleurs aliments ; mais que les habitants de Congo et les Ambondos se font scrupule d'en manger, et poussent ce scrupule si loin, qu'ils ne toucheraient point au vaisseau dans lequel il a bouilli, ni aux armes dont on s'est servi pour le tuer : en un mot , ils le mettent au rang de leurs chigillas, ou mets défendus, dans la persuasion que s'ils en avaient mangé , ils perdraient l'usage de quelque membre, et que leurs doigts ou leurs orteils tomberaient en pourriture (i). Cavazzi confirme le récit de Dapper (2); mais il compare les golungos à des cerfs ou à des chèvres sauvages ; il dit que ces animaux , qu'on nomme aussi viadi et bambi, sont sans cornes, ou que, s'ils en ont, elles ont à peine un pouce de long.
Un animal, qu'à cause de sa ressemblance avec l'élan les auteurs nomment ainsi , est assez commun dans le royaume de Congo. Les vertus qu'on sup* pose à l'un de ses pieds lui font donner par les nègres le nom de ncoco, qui signifie, dans leur langue, excellente béte (3). Comme la difficulté consiste à découvrir dans quel pied cette propriété réside, leur méthode est de le frapper d'un coup qui soit capable de l'abattre, et d'observer quel pied il lève d'abord , pour s'en faire un remède
(i) Dapper, Afrique, 1686, p. 347.
(3) Cavazzi, p. 43.
(3) Les Espagnols rappellent ]a gran bestia ou la grande béte. L'auteur en vit plusieurs dans le pays de Benguella. MeroUa, «p 606; Cavazzi, p. 4a.
SDA LES MAMMIFERES BU COUTGO ET D ANGOLA. Hg'J
contre sa blessure. Il commence par s'en gratter l'oreille; et les chasseurs, attentifs à ses mouvements, lui coupent ce précieux membre d'un coup de cimeterre. On prétend qu'il n'y a point de spécifique plus infaillible pour le mal caduc et les évanouissenients. Pedro Gobero Sebastiano raconte , dans ses voyages, qu'il a vu quantité. de ces animaux en Pologne. Ceux dont Merolla parle aussi, sur le témoignage de ses propres yeux, sont de la grosseur d'un petit âne et de couleur brunâtre, avec de Iongués et larges oreilles qui leur pendent comme aux épagneuls (i). Cette description se rapporte au macoco de Dapper. Sa grosseur, dit-il, est peu différente de celle du cheval ; mais ses jambes sont longues et menues, son cou fort long et de couleur grise, avec quantité de petites raies blanches; ses cornes sont longues, pointues et très aiguës. La fiente de cet animal ressemble à celle de la brebis et a l'odeur de musc. Ses ongles renferment un remède contre lengourdissement des nerfs (2).
Cavazzi décrit, sous le nom densessi, une petite espèce de gazelle, qui a beaucoup de rapport avec celles que nous ont précédemment fait connaître les relations de la Sénégambie , mais sur laquelle il nous fournit de nouveaux détails ; son poil est de couleur cendrée, sa taille n'excède pas celle du chat, et sa tête est ornée de deux petites cornes. Ce charmant animal est d'une timidité incroyable; quand il va boire et qu'il a pris une gorgée d'eau, il s'enfuit
(i) MeroUa, Churchiirs Collection, t. i,p. 606. (a) Dapper, Afrique ^ p. 3«t6.
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aussitôt, puis il revient, puis il s'enfuit encore, et fait ce manège à chaque gorgée. 11 ne mange pas avec plus d'assurance : dès qu'il a saisi un peu d'herbe, il prend la fuite comme s'il était poursuivi des chasseurs. Il est dans un mouvement continueL Sa chair est une nourriture délicate et excellente. Les nègres se servent de sa peau pour faire les cordes de leurs arcs , et l'estiment plus que toutes les autres pour cet usage (i).
L'envoeri est un grand animal cornu , de la hauteur et de la forme d'un cerf. Mais l'animal le plus rare et le plus remarquable par sa beauté est le zébra ou zevera, qui se trouve dans le royaume de Congo. Lopez dit, je crois à tort, qu'on le trouve souvent dans certaines provinces de la Barbarie* Cavazzi , qui appelle le zèbre zerba , nous apprend qu'on en trouve de grands troupeaux dans là province de Benguella. Lopez ajoute qu'il a la forme de la mule , sans qu'on puisse le ranger dan» cette espèce, parce qu'il a toutes les qualités nécessaires à la propagation. Sa peau n'a point de ressemblance avec celle d'aucun animal connu. Elle est ornée ^ dans toutes ses parties, de raies qui sont altei^ nativement blanches, noires et brunes, chacune d'environ trois pouces de largeur. La tête , les oreilles , les jambes , le cou et son crin , qui n'a rien de remarquable par sa grandeur, sont cha<niaifrés aussi régulièrement des mêmes bandes. Les pieds, le sabot et la queue ressemblent à ceux de la
(1) Cavazzi, p. 46; Labat , t. i, p. 171.
SUR LES MAMMIFÈRES DtT COITGO ET d'aNGOLA. agQ
mule; mais la queue est fort épaisse et d'un fort beau gris. Par toutes ses autres qualités, le zèbre tient beaucoup du cheval. On ne doute point que s'il était apprivoisé , il ne pût s^vir aux mêmes usages. Il est robuste, et il produit chaque année. Sa course est si légère et si prompte, qu'elle est passée en proverbe parmi les Espagnols et les Portugais : léger y disent-ils, comme le zèbre (i). Battel assure qu'à l'exception de la queue , des crins du cou et de cette variété de couleurs dans ses bandes, le zèbre ressemble parfaitement au cheval. Il marche ordinairement en troupe ; et quoique sauvage , non seulement il se laisse approcher à la portée de l'arc ou du fusil, mais il se laisse tirer deux ou trois fois avant que de prendre la fuite (2). Suivant Dapper, le zèbre, qu'il appelle aussi azebro, habite les forêts du royaume d'Angola, et s'y trouve en plus grand nombre que dans les autres régions. Il est si prompt à la course , qu'cm le prend difficilement en vie. On ne l'apprivoise pas plus aisément lorsqu'il est pris. Cependant les Portugais se vantaient d'en avoir envoyé, depuis quelques années, quatre à Lisbonne, où le roi les employoit à traîner son car^ rosse. Celui qui les avait transportés en Portugal c^tint pour récompense un office de notaire à Angola, qui devait subsister perpétuellement dans sa famille (3). Carli veut que le zèbre , par la taille et la force, ressemble exactement à la mule. Il p^rle avec
(i) PîgafeUa, Helatione di Congo, p. 3o.
(a) Battel, Pinkerton's Collection, t. xvi, p. 335.
(3) Dapper, Afrique, p. 34^.