‹ Collection des relations de voyages par mer et par terreChapitre 36 sur 80 · I -K"'! jïr'-î 'f»tM 1^4 m^fw» I*Tm«-, f^t/rnv ir»«rtr3it · texte numérisé non relu

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»UR LES MAJffMIfiRES DU CONGO ET d'aICGOLA. 3oI

ouve le plus de lions , d'une grandeur démesurée ; ais ces animaux n'y portent pas de crinière comme s lions des autres contrées. Leurs ravages sont texprimables ; il suffit de dire qu'ils dépeuplent des rovinces entières. Près du village où demeurait Avazzi , ils dévorèrent , en très peu de temps , plus e cinquante personnes. Ces animaux redoutables mt cependant susceptibles d'éprouver des sentileats de pitié. Cavazzi rapporte que des nègres , urpris par un lion , se jetèrent sur leurs genoux et «mirent à le supplier, en battant des mains comme lis ont coutume de faire devant leurs maîtres, et que\e lion passa sans leur faire du mal. Les naturels du Loango recherchent les dents et les ongles des lions pour s'en parer : ils paient ces ornements des prix considérables (i).

On trouve des lions dans le pays des Anzicos; mais ils se montrent rarement dans la province de Bamba, quoique les tigres y soient fort communs (a). Ces derniers portent le nom d'engoi. Ces furieux animaux font la guerre aux nègres , et respectent les Wancs. On a remarqué plusieurs fois qu'ayant attaqué pendant la nuit un blanc et un nègre , ils tuaient le nègre et laissaient le blanc sans lui nuire. Us sont aussi féroces que le lion ; ils rugissent comme lui. La méthode des nègres, pour les tuer, est d'employer des flèches empoisonnées. D'autres attachent

(i) Cavazzi, p. 44-45; Labat, t. i, p. 166.

(>) Nons avons bien des fois remarqué que les tigres des voyageors en Afrique sont les panthères et tes léopards des natura- "«tes y qui iiç connaissent jusqu'ici de vrais tigres qu'en Asie.

3oa R^SUMJÈ DES PREMIERS VOYAGEURS

UQ chevreau au pied d'un arbre, et tendent un piège par*devant. Lopez en ayant acheté un jeune, prit plaisir à l'élever avec du lait de chèvre , et s'en faisait suivre comme d'un chien ; mais tout autre que lui ne l'aurait pas touché sans danger. Il poussait quelquefois des rugissements furieux, et, dans ces accès de colère , il avait le regard terrible. Un jour il dévora le chien de son maître. Dans une autre occasion, il tua un zèbre que I^ez avait fait élever avec soin. Enfin , la crainte de quelque accident plus funeste lui fit prendre le parti de le tuer d'un coup de mousquet. Le poil des lèvres d'un tigre passe entre les nègres pour un mortel poison ; ils prétendent que , mêlé dans les aliments, il cause une espèce de fureur qui se termine par la nK>rt* Anssi le roi de Congo punit-il sévèrement ceux qui lui apportent une peau de tigre sans la moustache (i). Le mani de Tubii , dans le comté de Sogno , tua un tigre dont il donna la peau à Zucchelli ; il était, dit le voyageur, semblable aux tigres de Barbarie , que j'ai vus vivants en Italie, de la grandeur d'un gros chien de boucher, mais plus mince et plus allongé à la partie inférieure du corps.

L'espèce de loups, que les nègres du Congo appellent quambengos ou quinbungi, suivant Cavazzi , sont id en fort grand nombre. Us cmt la tête et le coa fort gros, la forme du corps presque semblable à celle des loups de l'Europe, mais la tête grise, et des taches noires comme le léopard , dont ils n'approchent

(a) Pigafetu, p. s9-3o; et Zucchelli , p. io5.

SUR LES MAHMIPiRBS DU CONGO ET D ANGOLA. 3o3

pas d'ailleurs |>our la beauté (i). Ces animaux ont im goût fort ardent pour l'huile de palmier. Ils la découvrent à Todeur, et l'enlèvent dans les huttes des nègres. Lopez ne fait pas di£BcuIté d'assurer qu'ils chargent un flacon sur leurs épaules , comme une brebis, et qu'ils prennent ainsi la fuite avec leur proie (2).

Merolla leur attribue des qualités beaucoup plus dangereuses. Quelquefois, dit-il , ils infestent le pays en fort grand nombre; et se faisant pendant la nuit un passage au travers des murs de terre ou de branches de palmier, ils arrivent jusqu'aux habitants et les dévorent. Cependant le même auteur raconte, comme une histoire avérée , qu'un loup ayant pénétré dans une cabane où la femme d'un nègre avait laissé un de ses en&nts endormi, il se reposa près de l'en&nt sans lui causer aucun mal. Au retour de la mère , qui le surprit dans cette posture , il prit la fuite avec la même innocence (3).

Dans le pays de Sogno , qui fut le théâtre de cette aventure, Merolla nous assure qu'on voit peu de lions, de tigres et de loups, quoiqu'ils soient fort communs dans les pays voisins. S'il entre un de ces iîirieux animaux dans les terres du comte , le premier nègre qui le découvre est obligé, sous de rigoureuses panes, d'en avertir le mani ou le gouverneur du canton. On donne aussitôt l'alarme pour rassembler tous les habitans , qui s'efforcent , par leurs cris et par le bruit de leurs tambours , de pousser le monstre dans

(i) Dapper, Afrique, p. 347.

(1) Pîgafetta, p. 3i.

(3) Merolla, Churchill'» CoUection, t. i, p. 637.

3o4 RiSUMi DES PREMIERS VOYAGEURS

quelque endroit ouvert. Là , quelque btave nègre , le sabre dans une main et la targette dans l'autre, affronte seul lemoDstre, reçoit ses attaques avec son bouclier, et prend son temps pour lui couper une ou deux jambes, dont la perte le &ît tomber sans défense, et le livre à l'assemblée. I^ même auteur distingue une espèce de lion qu'on appelle royal, et qui mérite ce nom , dit-il , par sa générosité. Sa contenance est Rère, sa démarche majestueuse; mais il ne nuit à personne s'il n'est forcé de se défendre (i).

Dans la même province, on voit une espèce de chiens sauvages , qui marchent toujours en troupe , pour faire ta guerre aux lions, aux tigres, aux éléphants et aux autres bétes farouches. Ils leur donnent, la chasse avec une intelligence rare, et ils les attaquent avec une furie qui leur 5iit manquer rarement la victoire , quoiqu'il leur en coûte toujours beaucoup de sang. Mais ces belliqueux animaux ne se font pas redouter des hommes, à moins qu'ils ne soient aflkmés , et ils passent près des villes et des cabanes sans y causer le moindre désordre. Leur poil est roux , leur corps maigre et allongé. Cavazzi dit que leurpelage est moucheté sur le dos comme celui du tigre. Ils n'aboient pas, mais font entendre souvent de concert des hurlements terribles. Zucchelli en parle avec. plus de détails, et nous apprend qu'on nomme cet animal la mebbie chasseresse , parce tous les animaux.(3)C'est, ise peu différent du loup,

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mais qui se rapproche davantage du chien braque <]ue du mâtin : ce sont, ajoute- t-il, des braques sauvages; tandis qu'on peut considérer les loups comme des mâtins sauvages. Les mebbies vont en troupes de trente et quarante , et chassent ainsi en commun les plus redoutables animaux. On aime à les rencontrer dans les bois et dans les déserts lorsqu'on voyage, parce qu'alors on est certain de ne point être attaqué par les lions et par les tigres.

Dapper raconte qu'il se trouve au Congo un grand nombre d'ours et de sangliers. Les nègres donnent au sanglier le nom d'emgalo ou engalla. Ces animaux ont de monstrueuses défenses, qui déchirent tout ce qu'elles attaquent. Il n'y a point de bêtes farouches . qui causent tant d'épouvante auxnègres. Ils tremblent à leur approche. On prétend que la limure de leurs défenses ,' avalée dans quelque liqueur, est un antidote infaillible. Les Portugais en font cet usage, et prétendent même qu'une pierre frottée contre leurs dents communique à l'eau une vertu admirable contre la fièvre. Ils ajoutent que le sanglier rétablit lui-même sa santé en frottant sa langue ou ses dents contre une pierre (i). Les engallas, dit Merolla , qui se trouvent en grand nombre dans les forêts de Benguella , ressemblent beaucoup au sanglier. Leurs dents , réduites en poudre , chassent la fièvre par les sueurs, et si cette poudre est mêlée avec le suc ou le jus de l'espèce de palmier qui se nomme matamba , elle devient un puissant antidote.

(i) Dapper, Afrique, p. 347; MeroUa, Chnrchîll's Collection, 1. 1 , p. 606.

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