‹ Collection des relations de voyages par mer et par terreChapitre 37 sur 80 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

3o6 RisUM&^DES PREMlJilRS VOYAGEURS

Le même auteur parle, dans un autre endroit, d'uu grand nombre de sangliers qui se trouvent dans toutes les forêts du pays. Ce sont apparemment les mêmes animaux, qu'il nomme ailleurs engallas.

La province de Pemba produit des civettes , que les Portugais nomment algazia. Les habitants du pays n'avaient point attendu l'arrivée des Européens pour apprivoiser ce farouche animal, et lui faire rendre son musc, dont l'odeur leur plaisait beaucoup (i).

Il y a, dit Zucchelli, dans le pays de Sogno, deux très jolis quadrqpèdes, petits comn^e les chats, et tachetés comme la panthère : ils se nomment bonghi et senghis. Us ne diffèrent que par la couleur; car ils ont tous deux la bourse odorante de l'algazia ou de la civette. Ces petits animaux sont très sauvages, et à moins qu'on ne les prenne très jeunes, on ne peut les conserver en vie. Les nègres en tuent beaucoup, parce que leur pelage a de l'éclat, et qu'ils ont coutume d'attacher une peau de ces animaux pardessus le libonghi ou la petite pièce d'étoffe qui recouvre leurs parties naturelles , de telle sorte que la peau de la tête du quadrupède s'applique contre leur ventre, et que sa queue tombe eatr« leurs cuisses jusqu'à terre (a). Cette parure est réservée exclusivement au prince et aux nobles (3).

La province de Batta offre une infinité de belles

(i) Pijgafetta, Relatione di Congo, p. 39.

(a) Dans le voyage de M. de Grandpré , il y a plusieurs figures de nègres dessinées avec cçt ornement.

(3) Zucchelli, p. 209.

SUR LES MAMMIFiRBS DU CONGO ET d' ANGOLA. 3o7

zibelines blanches et à pelage très fin , qui portent le nom d'incirë. Les nègres en font tant de cas , qu'il est défendu de faire usage de leur peau sans la permission du roi. Chaque zibeline vaut un esclave. On prend aussi des martres vers le pays des Anzicos^ et les nègres se font des habits de leurs peaux (i).

Zucchelli parle aussi plusieurs fois de macaques, qui, parmi les quadrupèdes, sont les animaux qu'on apprivoise le plus fréquemment et le plus facilement , de même que les perroquets parmi les oiseaux (a).

L'animal du Congo , que Dapper nomme entiengie, paraît évidemment le même que celui que nous venons de décrire, d'après Zucchelli, sous le nom de singhi. Sa peau, selon Dapper, est marquetée de noir et de gris : son corps, fort petit et fort mince, est rayé très curieusement. Il a les jambes et la queue belles. Son séjour continuel est le sommet des arbres. On prétend même que la terre lui est mortelle. Il est toujours accompagné de vingt autres petits animaux à poil noir, nommés embis, dont la moitié le précède, et l'autre le suit. Lorsque la première partie de cette escorte est tombée dans le piège, le reste prend aussitôt la fuite; et l'entiengie,. privé de ses gardes, se laisse aisément arrêter. La peau de ce petit animal est en si grande estime , que le roi se réserve le droit d'en porter, ou ne l'accorde qu'aux personnes du premier rang. De ce nombre sont les rois de Loango, de Cacongo et d'Angoy (3).

(i) Pigafetta, p. Sa.

(a) Zaochelli , p< 908.

(3 Dapper, Jfiique, p. 347*

3o8 RÉSUME DES PREMiHRS VOYAGEURS

Zucchelli témoigne qu'une des chasses que les nègres font avec le plus de plaisir, est celle des souris. Elle a lieu pendant les mois les moins chs^uds de Tannée. On prend alors une quantité considérable de ces petits quadrupèdes, on les mange rôtis, à la broche et avec la peau, ce qui les rend plus délicats, de la même manière que nous mangeons en Europe Ijes becfigues et les ortolans (i).

Les singes et les chats sauvages se rendent fort incommodes par leur nombre , surtout dans le comté de Sogno, vers la rivière de Zaïre (a). MeroUa distingue trois sortes de singes : les magots ou les babouins qui sont les plus grands; une autre espèce, de la grandeur d'un chat et de plusieurs couleurs; une troisième, qui est encore plus petite. Les troi^ espèces ont la queue plus longue que le corps f3). Les nègres de qualité en nourrissent plusieurs , pour se faire un amusement de leurs tours de souplesse (4)-

On trouve dans le royaume de Congo quantité de ces grands animaux , qu'on nomme orang-outang aux Indes orientales , et qui tiennent comme le milieu entre l'espèce humaine et les babouins. Battel raconte que dans les forêts de Mayomba, au royaume de Loango, on voit deux sortes de monstres, dont les plus grands se nomment poQgos, et les autres enjccos. Les premiers ont une ressemblance exacte avec l'homme; mais ils sont beaucoup plus gros et de fort haute

(i) Zucchelli, p. ao4.

(i) Pîgafetta, p. 3a.

(3) MeroUa, Churchill'» Collection, t. i, p. 637.

(4) Pigaf<etta, p. 33.

Ifi^

SUR LES Bf AMMIFÈBES DV CONGO ET d'aNGOLA. SoQ

taille ; leurs mains , leurs joues et leurs oreilles sont sans poil y à lexception des sourcils qu'ils ont fort longs. Quoiqu*ils aient le reste du corps assez velu 9 le poil n'en est pas fort épais , et sa couleur est brune. Enfin, la seule partie qui les distingue des hommes, est la jambe qu'ils ont sans mollet. Us marchent droit, en se tenant de la main le poil du cou. Leur retraite est dans les bois. Us dorment sur les arbres, et s'y font une espèce de toit qui les met à couvert de la pluie. Leurs aliments sont des fruits ou des noix sauvages; jamais ils ne mangent de chair. L'usage des nègres , qui traversent les forêts, est d'y allumer des feux pendant la nuit. Us remarquent que le matin, à leur départ, les pongos prennent leur place autour du feu, et ne se retirent pas qu'il ne soit éteint ; car, avec beaucoup d'adresse, ils n'ont point assez de sens pour l'entretenir en y apportant du bois (i). Us marchent quelquefois en troupes , et tuent les nègres qui traversent les forêts. Us tombent même sur les éléphants qui viennent paître dans les lieux qu'ils habitent , et les incommodent si fort à coups de poing ou de bâton, qu'ils les forcent de prendre la fuite en poussant des cris. On ne prend jamais de pongos en vie , parce qu'ils sont si robustes , que dix hommes ne suffiraient pas pour les arrêter. Mais les nègres en prennent quantité de jeunes, après avoir tué la mère , au corps de laquelle ses petits s'attachent fortement. Lorsqu'un de ces animaux meurt, les au-

(i) BaUel, Pinkertou's Collection ^ t. xvi, p. 33a -333.

3lO RÉSVIti DES PREMIEBS VOYAGEUKS

très couvrent sod corps d'un amas de branches et de feuillages. Purchasajouteà ces observations de Battel, que, dans les conversations qu'il avait eues avec ce voyageur, qui était son voisio de campagae, il avait appris de lui-même qu'un poago lui enleva un petit nègre, qui passa un mois entier dans la Bocîétë de ces animaux; car ils ne font aucun mal aux hommes qu'ils surprennent, du moins lorsque ceux-ci ne les regardent point, comme le petit nègre l'avait observé. A son retour, dont l'auteur ne rapporte pas es circonstances, il raconta que les pongos sont de | a hauteur de l'homme; mais que, dans leur niasse, ' Is ont le double de sa grandeur. Battel n'a point lécrit la seconde espèce de monstre; et Purchas, intre les mains duquel ses papiers ne tombèrent [u'après sa mort , ne put se procurer là-dessus les iciaircissements qu'il désirait; mais il s'imagine que' •■e peut être le pongo pygmëe(i), dont ou parle dans m autre endroit. !

Dappcr confirme que le royaume de Congo est >lein de ces animaux, qui portent aux Indes le nom l'orang-outang, c'est-à-dire habitants des bois, et [ue les Africains nomment quojas-morrous (a). Cette tête, dit-il, est si semblable à l'homme, qu'il e^ ombé dans l'esprit de quelques voyageurs qu'elle louvalt être sortie d'une femme et d'un singe; cliinère que les nègres mêmes rejettent. Un de ces aoi-

(i) Purch**'* PUgrimag», I. n , p. 98». H puait que c'Mt ■■'>* utra espace de babouin.

(>) Il paraît que ce oom n'eit en uuge que dau* le payi <)' hioja, tut la cAte rfe Malagtiette et dan* le* cootréei voliinef.

SUA LES MAMMipiRES DU CONGO ET d'aNGOLà. 3i I

maux fiit transporte de Congo en Hollande, et présenté au prince d'Orange, Frédéric-Henri (i). U était de la hauteur d'un enfant de trois ans et d'un embonpoint médiocre, mais carré et bien porportionné, fort agile et fort vif, les jambes charnues et robustes, tout le devant du corps nu, mais le derrière coayert de poil noir. A la première vue, son visage ressemblait à celui d'un homme ; mais il avait le nez plat et recourbé. Ses oreilles étaient aussi celles de lespèce humaine. Son sein, car c'était une femelle, était potelé, son nombril enfoncé, ses épaules fort bien jointes , ses mains divisées en doigts et en pouce, ses mollets (2) et ses talons gras et charnus. U marchait souvent droit sur ses jambes. U était capable de lever et de porter des fardeaux assez lourds. Lorsqu'il voulait boire, il levait d'une main le couvercle du pot , et tenait le fond de l'autre ; ensuite il s^essuyait fort gracieusement les lèvres ; il se couchait potur dormir, la tête sur un coussin , et % couvrait avec tant d'adresse qu'on l'aurait pris pour un homme au lit. Les nègres font d'étranges i^itsde cet animal; ils assurent non seulement qu'il viole les femmes et les filles, mais qu'il ose attaquer des hommes armés. En un mot, il y a beaucoup d apparence que c'est le satyre des anciens (3). Me-

(0 Voyeï la description d'an snige de cette espèce, d'après Smith (t. X, p. 1 35) y sous le nom de boggo ou mandrill. Voyez awBit. IV, p. 371.

(3) Ceci diffère du récit de Battel.

P) Dapper, Afrique ^ p. 365-366. Voyez la figure qu'il en a

donnée.

3l4 HiSUIli DES PREMIERS VOT&GBnRS

vière de Zaïre, plusieurs petites maisons élevées sur des piliers, à neuf ou dix pieds de terre, avec une échelle mobile à la porte; il apprit que la forme de ces bâtiments devait sou origine à la crainte commune d'être insulté par les hippopotames qui venaient paître dans l'île. On bâtit de même dans le voisinage des forâts, pour se garantir du ravage des lions et des tigres (i).

Battel dit qu'après les éléphants, les chevaux de rivière sont les plus gros animaux du pays ; ils ont, à chaque pied , quatre divisions comme le bœuf, et l'on prétend que chacune a de grandes vertus. L'auteur ajoute que les Portugais en font des bagues , dont l'effet est merveilleux contre le flux de sang (a).

Les rivières de Congo et d'Angola abondent en

célacées herbivores de différentes espèces. Celle de

Zaïre en produit un fort remarquable, qui se nomme

ambisi-^ngulo (3), porc, parce qu'il n'est pas moins

gras que cetanimal , et qu'il fournit du lard ; la nature

lui a donné deux mains, et lui a formé le dos comme

""" ' '' 1 • . . ^ mais elle n'a pas

essemble à celle du

li croît sur les bords

r sur la rive. Quel-

ent imbiiiangulo et pcel le* «Qtret Europe! • l«« nègres le nomment Portugaia, peiie-malhei

SITR LES M AMMIFÉBE8 DU CONGO ET o'aKGOLA. 3i 5

ques uns de ces cétacëes pèsent jusqu'à cinq cents livres. Les pécheurs ayant remarque dans leurs petites barques les lieux qu'ils choisissent pour paître , les prennent avec des hameçons, ou les percent avec des fourches ; ils les coupent en pièces , et la loi les oblige ensuite , sous peine de mort , de les porter au roi. Suivant Dapper ces animaux se trouvent dans les lacs , surtout dans ceux de Quihaite et d'Angolone , qui appartiennent à la province de Massangano, et dans la Goanza (i). Ils ont pleinement huit pieds de longueur, et deux bras fort courts, avec des mains, qui peuvent se courber un peu, mais qui ne se ferment point comme celles de l'homme. Leurs doigts, qui ont une certaine longueur, sont joints par la chair qui croît entre eux, à peu près comme les pattes des canards. La forme de leur tète est ovale ; ils ont les yeux petits , le nez plat , la bouche grande , sans aucune apparence d'oreilles et de menton. Cavazzi , qui a décrit le même animal sous le nom nègre de ngullu-à-masa , et qui le nomme aussi poisson-dame, dit au contraire qu'il a les yeux gros et saillants , et les oreilles grandes et relevées (a). Cet animal dont les voyageurs anciens ont donné des descriptions fabuleuses, est sans doute une espèce de cétacée , le même , peut-être , ^t la manatée de la Sénégambie. Les parties natu-

(0 ^ carte de Plnheiro boos donne plnsienrt lacs dans la province de Massanganoy dont trois qui ne sont pas nommés, et Âeax antres nommés Isanga et Qnîzanga. On a vu ci -dessus qne > on trouye aussi ces cétacées dans le lac d'où sort le Zaïre.

(>) Cavazzi , p. 5i ; Labat , t. i, p. 187.

3l6 RÉSUMÉ DES PREMIERS VOYAGEURS

relies du mâle ressemblent à celles du cheval. La femelle a deux mamelles bien formées, mais qui ne paraissent pas distinguées Tune de Tautre tandis qu'elle est dans l'eau , parce que leur couleur est gris foncé. Ces animaux ne causent aucun mal et ne paraissent jamais sur la rive ; la partie supérieure de leur corps a le goût du porc : vers le bas, la chair- est un peu plus maigre; mais elle n'est pas moins agréable aux nègres, surtout lorsqu'elle est bouillie à l'eau. Ils prennent aussi l'ambisi-angulo avec des filets, et le tuent ensuite avec des lances et des crocs de fer. Dans la tête de ce monstre on trouve un certain os, qui, réduit en poudre et pris dans du vin, soulage beaucoup les douleurs de la gravelle dans la vessie ou dans les reins. L'os du mâle passe pour le meilleur. Les Portugais portent un autre os qui est vers l'oreille de j'animai , et le regardent comme un préservatif excellent contre l'infection du mauvais air. Mais les nègres d'Angola se font des bracelets avec les côtes de cet animal , et leur croient la vertu d'étancher le sang, surtout à ceux qui sont composés de la côte gauche, qui est la plus proche du cœur. On prend les mêmes animaux vers Sofala, sur la côte orientale d'Afrique. On les sale pour les provisions de mer, et l'on se trouve fort bien de cette nourriture, lorsqu'elle n'a point eu le temps de vieillir ; mais conservée trop long-temps , elle s'altère et devient dangereuse pour ceux qui sont incommodés de quelque maladie vénérienne (i).

(i) Dapper, Afrique y p. 366.

SUR LES MAMMIFÈRES DU CONGO ET D^AITGOLA. 3iy

Pendant le séjour que Carli fit à Colombo , les pêcheurs prirent un grand cétacée , de formé ronde , comme une roue de carrosse. II a deux dents au mi* lieu du corps , et plusieurs trous par lesquels il voit, il entend , il mange. Sa gueule , qui est une de ces ouvertures y n'a pas moins d'un empan de long. Sa chair est délicieuse et ressemble au veau par sa blancheur. On fait de ses cotes des colliers pour arrêter le sang; mais l'auteur n'en ressentit aucun effet. Il est clair que cette description regarde la sirène, quoique le missionnaire n'y joigne pas le nom. Zucchelli parle aussi de la sirène comme d'un poisson qu'on nomme donna ou la dame. Il est, selon lui, çlus grand et plus gros qu'un cheval ; sa face a quelque ressemblance avec l'homme et avec le bœuf; il a des bras et des mains avec cinq doigts ; des mamelles légèrement bombées, et le sexe femelle. Le dessus au corps a la forme d'un poisson sans écaille. Il est aussi gras que le porc, et a quatre bons doigts de larcl(i). Zucchelli en prit un, dont il fit faire l'anatomie.

MeroUa dit que la sirène se trouve dans toutes parties de la rivière de Zaïre; qu'elle a quelque ressemblance avec les femmes par le sein , les mains et les bras ; mais qu'elle se termine par une longue queue fourchue, comme un véritable poisson. Sa tête est ronde, et sa face semblable à celle d'un veau; sa gueule grande et fort laide ; ses yeux ronds et pleins ; 1 son dos couvert d'un large cuir, percé en plusieurs

(i) Zucchelli , p. io6 et 960.

endroits, et formé par la nature pour lui servir comme de manteau, par la facilité qu'il a, soit à se fermer, soit à s'ouvrir. Ses côtes ont la propriété d'arrêter le sang ; mais sa plus grande vertu consiste dans deux petits os qu'elle a dans les oreilles. L'auteur mangeait souvent de sa chair, qu'il trouvait de fort bon goût, et tirant sur celle de porc. Ses entrailles ont la même ressemblance avec celles de cet animal, et c'est de là que les nègres l'ont nommée ngullu-à-masa, qui signifie truie de mer; mais les Portugais lui donnent le nom de peixe mulher, c'est-àdire poisson femme. En paissant l'herbe sur le bord de la rivière, elle n'avance pas sa tête hors de l'eau, et ne se hasarde jamais plus loin sur la rive. On ne la prend guère que dans les temps de pluies, lorsque l'épaisseur de l'eau ne lui laisse pas découvrir aisément l'approche des pêcheurs. Us s'avancent doucement dans une petite barque, qui est faite exprès pour cette pêche ; et reconnaissant, au. mouvement de l'eau, dans quel endroit le poisson s'est arrêté , ils lui lancent un dard de toute leur force. S'ils ne la tuent point de ce coup, ils lui laissent la liberté de fuir , parce que le dard ou la lance , qui est d'une longueur extraordinaire, et qu^elle emporte dans sa blessure, ne cesse pas d'indiquer sa retraite. Ces lances sont d'un bois fort dur, et garnies de pointes serrées entre elles : cette forêt de dards a six ou sept empans de circonférence (i).

(i) Merolla, ChiirchiU's CoUeetion, t,iyp. 6ioet6ii.

SDR LES OISEAUX DU CONGO ET d'aITGOLA.. 'il 9

S IV

Oiseaux.

Outre les oiseaux qui sont propres aux royaumes de Congo et d'Angola , l'Europe en a peu qui ne se trouvent dans Tune ou l'autre de ces deux régions. Lopez observe que les étangs y sont remplis de hérons et de butors gris, qui portent le nom d'oiseau royal. On y voit une sorte de grue qui a les pieds et le bec rouge , de la grosseur d'une cigogne : la plus grande partie de son plumage est rouge et blanc , avec un mélange de quelques plumes grises. C'est un fort bel oiseau , dont la chair est d'un très bon goût. Les habitants l'appellent (lamingo ou flamand , parce qu'il a beaucoup de ressemblance avec cet animal.

Les coqs-d'Inde, les poules, les oies et les canards sauvages et privés sont ici en fort grand nombre. Les perdrix y sont si communes que les enfants les prennent au trébuchet. Les faisans, que les nègres appellent gallignoles , les pigeons, les tourterelles et les becfigues sont innombrables. Le pays ne manque pas ûon plus d'aigles , de faucons , de gerfaults , de milans et d'autres oiseaux de proie; mais les nègres n ont point l'art de les dresser pour la chasse.

Les perroquets de Congo et d'Angola sont gris ou verts ; les premiers sont fort gros et grands parleurs ; les autres petits et moins babillards (i).

(i) Pigafetta, p. 33 et 34-

330 RSSDICÉ DES PBEMIEBS VOTAGCURS

Dapper y joint les pies, les serins et les chouettes, qui portent dans le pays le nom de cariampemba , c'est-à-dire diables , parce qu'ils sont regardés comme des oiseaux de mauvais augure. Le même auteur distingue au Congo deux sortes de perdrix et de faisans, les sauvages et les domestiques. Les faisans de la première espèce ont sur la tête un toupet de plumes ; les autres ont la tête chauve ; mais leur plumage est bleu et noir, avec un mélange de quelques plumes blanches (i).

Merolla prétend que les poules sauvages sont ici plus belles et de meilleur goût que les poules domestiques. Il juge de même des perdrix, qui ressembledt beaucoup d'ailleurs à celles de l'Europe; mais les nègres estiment peu ces deux sortes d'oiseaux (a).

On voit des autruches dans les contrées de Sundi et de Batta , du côté du pays des Muzombos. Leurs plumes mêlées avec celles du paon , et rangées en forme de parasol, servent d'enseignes dans les guerres. Sur les confins d'Angola, on trouve un bois, environné de murs, où l'on élève des paons pour les parasols et les enseignes du roi (3).

Les grands pélicans blancs sont ici fort communs. Ils plongent dans l'eau, et dévorent les poissons entiers; leur estomac est si chaud, qu'ils les digèrent facilement. Leur peau n'a pas moins de chaleur; elle

(i) Dapper, Afrique, /p, 347.

(9) Merolla, Churchiirs Collection, t. i, p. 636.

(3) Pigafetta, p. 33.

SUR LES OISEAUX DU CONGO ET d'aNGOLA. 3^ f

sert aux nègres à se couvrir la poitrine (i). Merolla dit, au contraire, que ces oiseaux, dont on voit un grand nombre sur la route de Singa (ot) , sont tout-àfait noirs, à l'exception de la poitrine, qui est couleur de chair, à peu près , dit-il , comme le cou du coqd'Inde ; mais il ajoute qu'il n'a pu s'assurer si c'est le vrai pélican , et il affirme , suivant l'erreur de son temps, que cet oiseau nourrit ses jeunes de son propre sang (3).

Le même auteur, après avoir observé que ces régions offrent une variété surprenante de toutes sortes d'oiseaux, fait une remarque singulière sur les moineaux. Ils sont , dit-il , de la même fonne que ceux de l'Europe , aussi-bien que les tourterelles ; mais dans la saison des pluies , leur plumage devient rouge, et reprend ensuite sa première couleur. Letonnement diminue, s'il ne faut pas dire qu'il augmente , lorsqu'on voit arriver la même chose aux autres oiseaux. L'auteur ajoute que les aigles ne sont pas si grands que ce qu'il en a vu dans d'autres pays; que les diverses espèces de perroquets différent beaucoup de celles du Brésil ; que les corbeaux sont blancs sur la poitrine et au sommet des ailes , mais noirs dans toutes les autres parties du corps. Le père François de Pavie lui raconta qu'en allant ^ Sîiiga, il avait observé certains grands oiseaux Wancs, qui ont le bec, le cou et les jambes fort

(0 Pîgafetta,p. 33.

(>) M*Singa se trouTC , sur la carte de Proyart, sur la rive mérl- <)ionale de la rWière de Loango.

i?) Merolla, Ghurchill*s Collection, t. i, p. 635-636.

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