‹ Collection des relations de voyages par mer et par terreChapitre 39 sur 80 · SUR L£S REPTILES DU CONGO ET D ANGOLA · texte numérisé non relu

SUR L£S REPTILES DU CONGO ET D ANGOLA

quantité de ces serpents tout rôtis, dont ils font un admirable festin (i).

Ce récit est confirmé par Garli. Il raconte cpi'uu jour étant à se promener sous des arhres^ près de Colombo, les nègres de sa compagnie découvrirent un grand serpent, 4pà traversait la rivière de Coanza. Us s'efTorcènent de le faire retourner sur ses traces, «n poussant des cris et lui jetant des mottes de terre , car il ne se trouve point de pierre dans le pajs;«iais rien ne put rempécher de gagner le rivage et de prendre poste dans un petit bois, assez près de la maison. Il se trouve de ces serpents , dit le nâne auteur, qui ont vingt-cinq pieds de long, et qui sont de la grosseur d'un poulain. Ils ne font qu'un morceau d'une brebis. Aussitôt qu'ils l'ont avalée , ils vont fiûre leur digestion au soleil. Lies nègres, qui connaissent leurs usages, apportent beaucoup de soin à les observer, et les tucait facilement dans cet état , pour le seul plaisir d'en manger la c^ir.Us les écorohent, et ne jettent que la queue, la tête et les entrailles (%). Ce serpent paraît être le même qui porte, suivant Dapper, le nom d'em* bammadans le royaume d'Angola, et celui de mima dans le pays des Quojas. Sa gueule , ajoute cet écrivain, est d'une grandeur si extraordinaire, qu'il peut avaler un bouc , «u même un cerf entier. U s'étend dans les chemins comme .une pièce de bois mort; et d'un mouvement fort léger il se jette sur les passants, hommes ou animaux. Le même auteur

(i) PigafetUy p. 3a.

(9) Garli , Churchiirs Collection , 1. 1 , .p. 576.

SsS niivjsi des premiers vutageubs parle d'un autre serpent venimeux, dont l'épine du dos, portée autour du cou, passe dans le pays pour un remède infitillible contre les ëcrouelles (t).

MeroUa raconte, mais sur le témoignage d^autrui, que l'embamba, irrité par un passant, saute sur lui, l'enveloppe de plusieurs tours, et lui enfonce dans la poitrine un aiguillon fort pointu dont sa queue est armée. Il n'y a point d'autre remède contre l'effet de cette muteile piqûre , que de couper le monstre en deux , au moment où il perce son ennemi (a). Les voyageurs nègres sont toujours munis d'un couteau tranchant pour cet usage. Il paraît que ce serpent est le même dont l'auteur parte dans un autre lieu, qui se trouve, dit-il, dans la route de Singa. U le représente de la grosseur d'une solive; mais il ajoute, avec un peu moins de vraisemblance , que d'un seul regard il tue et consume les hommes. Cet effet du moins n'est pas toujours infaillible, puisque le même auteur continue de raconter qu'un de ces monstres ayant attaqué un nègre, trouva dans ce combat un ennemi redoutable , qui lui coupa le corps en deux parties, d'un coup de cimeterre. N'ayant pas perdu la vie par cette mutilation , sa fureur, dit Merolla , le fit demeurer dans des ronces épaisses , pour attendre l'occasion de se venger. Bientôt deux voyageurs furent amenés par leur mauvais sort. Il les saisit tous vora presque entièrement. A cette nougres du voisinage s'assemblèrent en détruire leur ennemi commun. Ils oe '

MfM, p. iS7et366.

1 tifrà, p. 637.

SUR IJBS REPTILES DU CONGO £T d'àNGOLA. Sag

purent le découvrir. Mais un capitaine portugais

s étant mis à la tête de quelques braves , armés de

fusils, entreprit la ruine du monstre, et se mit

à le chercher. Il ne le trouva pas tout d'un coup. Ses

gens marchaient devant lui pour continuer leurs

recherches, lorsque le monstre, observant qu'il était

seul, sortit de sa retraite et s'élança sur lui. La

frayeur lui fit pousser de si grands cris, qu'ils lui

attirèrent un prompt secours. Ce terrible animal fut

enfin tué à coups de fusil (i). Ce serpent parait être

le même que le bomma de Cavazzi , qui a la queue

année d'un ongle en forme de faux, d'une matière

dure comme l'acier, et aux deux côtés de l'anus une

espèce de tenailles tranchantes qui lui servent à

couper les corps les plus durs (a).

Le serpent le plus remarquable que MeroUa ait vu âe ses propres yeux se nomme copra (3). La nature amis son poison dans son écume, qu'il crache, dit 1 auteur, ou qu'il lance de fort loin dans les yeux

duu passant. Elle cause des douleurs si vives, que

s 11 ne se trouve pas bientôt quelque femme pour les apaiser avec son lait, l'aveuglement est inévitable. Ces serpents entrent dans les maisons et montent aux arbres la nuit comme le jour (4). Cavazzi parle de ces serpents , qu'il nomme suis , npisi ou n-fuis : ils sont noirs et ont de sept à huit pieds de longueur. Ces reptiles sont très gourmands d'oiseaux et de

(i) MeroUa, uèi suprà, p. 685.

(s) CaTazà, p- ^7; Labat, t. i, p. 199.

(3) C'est apparemment cobra , qui signifie serpent en portugais»

[h) MeroUa , uèi sup. , p. 687.

33o RÉSUMÉ DES PREMIERS VOYAGEURS

poules ; lorsqu'ils peuvent en surprendre , ils les enlacent et les suffoquent (i).

Zucchelli fait mention d'un serpent qui est de la longueur du bras et que les nègres mangent (ii).

Lopez décrit une autre espèce de serpent , qui a , vers Textr^tté de sa queue , une petite tumeur , de laquelle il sort un bruit éclatant , comme celui d'une sonnette. U ne peut se remuer sans se faire entendre, comme si la nature avait pris soin d'avertir les passants du danger. On prétend que le ventre et la queue de ces serpents sont un spécifique pour la fièvre et les palpitations de cœur.

Le même auteur «joute qu'il se trouve , dans le royaume de Congo , des vipères si venimeuses , que dans l'espace de vingt^quatre heures elles causent la mort ; mais que les nègres connaissent des simples dont l'application est un remède assuré lorsqu'elle est assez prompte. U dit encore que le pays produit d'autres créatures, de la grosseur du bélier, avec des ailes comme le dragon. Elles ont de longues queues et des gueules fort allongées, armées de plusieurs rangées de dents. Elles se nourrissent de i^hair crue. L'auteur ne leur donne que deux jambes. Leur couleur est bleue et verte , et leur peau paraît couverte d'écaillés. Les païens nègres leur rendent une sorte de culte. On en voyait un assez grand nombre à Congo du temps de Lopez, parce qu'étant fort rares dans les provinces, les principaux seigneurs prennent beaucoup de soin pour les conserver. Ils

(i) Gayaui, p. $7; Labat, t. i, p. 198. (a) Zucchelli, p. ao5.

SUR LES RCPTILES DU CONGO ET d'aITGOLA. 33 1

}ufïrent que le peuj^ leur rende des adorations en iveur des présents et des offrandes dont elles sont iccotnpagnëes (ï).

Gavazei parle encore de serpents à deux têtes, one à chaque extrémité. Il décrit ensuite d'autres espèces qui paraissent plus vraies. Le muamba est un serpent de la grosseur de la cuisse et d'environ trente palmes de longueur. Sa vitesse 'est extraordinaire; c'est Fennemi déclaré d'un autre serpent appelé udamba : ce dernier reptile est revêtu des couleurs les plus belles et les plus vives, et n'a guère qu'une brasse de longueur. Sa tête est large et plate comme celle de la vipère, et son venin est actif et violent. Le nbambi , autre serpent , est court et fort gros. Sa queue est armée et son venin très dangereux. Ce reptile est de la couleur de certains aitres sur lesquels il se tient à l'affôt pour surprendre sa proie. La peau de l'euta est de diverses couleurs. Cavazzi , qui trouve le moyen de donner à chacun des animaux qu'il décrit des vertus surnaturelles , prétend que l'euta corrompt tous les corps qu'il touche , ^ais que son fiel est le remède infaillible du mal qu'il produit. Le dernier serpent mentionné par Cavazzi est la biscia-del-corallo , ou serpent de corail , espèce -d'une rare beauté dont la peau est marquetée de noir, de blanc et de rouge. Notre auteur prétend H^e ce reptile se trouve aussi au Brésil (a). Les caméléons du pays font leur demeure dans

(0 Pigafetu^p. 3a et 33.

{'^) Cavazzi , p. 58 ; Labat , t. i, p. aoi à ao3.

33a RESUM3Ê DES PREMIERS VOTAGEURS

les rochers et sur les arbres. Ils ont la tête pointue et la queue en forme de scie (i).

Les côtes qui bordent le royaume de Congo et d'Angola sont extrêmement poissonneuses, surtout aux environs de Loanda. Lopez dit que les sardines et les anchois y sont en si gi*and nombre, que pendant le cours de l'hiver elles sautent sur le rivage. IjCS esturgeons , les soles , les barbeaux , les truites , les tanches et d'autres poissons excellents s'offrent aussi dans une extrême abondance (!2). Mais Lopez vante beaucoup un poisson nomme caconga, qui ressemble au saumon ; sa chair n'est pas rouge , mais elle est aussi grasse que celle du saïunon. Dapper nomme quantité d'autre» espèces , particulièrement les pergomoulatos , que les Portugais nomment pelledos , et qui ressemblent à la perche ; les esquilones , les quicousses, lescassones, les tsyopos, les dorades, les bonites, les albicores, les pergos de Morochermes, les roncadores, les vorcines et les maquereaux (3). Il faut joindre à ces poissons ceux qui sont mentionnés dans la relation de Cavazzi. Outre le requin et l'épéc , qui ont été précédemment décrits dans l'Histoire générale des Voyages, on trouve, dans les mers et les rivières du Congo , le picco ou pic, ainsi appelé de la forme de son bec, qui a beaucoup de rapport avec celui de l'oiseau du même nom. Ce poisson est long de dix à quinze pieds ; il a quatre nageoires sur le dos , trois sous le ventre

(i) Pigafetta, p. 33.

(a) Pîgafetta, p. i3.

(3) Dapper, Afrique, p. 366.

SUR LES POISSONS DU CONGO £T d'aNGOLA. 333

et une à chaque côté des ouïes; sa queue est grande et fendue.

Le corvino ou corbeau est long de cinq à six pieds

et assez gros. Les œufs de ce poisson sont excellents,

surtout lorsque le soleil les a desséchés au point de

les rendre durs comme des pierres. Le squilloné est

uo poisson d'eau douce qui n'a guère qu'une palme

de long ; le tour de sa bouche est garni d'un duvet

extrêmement fin et doux : ce poisson est gros et d'un

excellent goût. Le cheloné se trouve en abondance

à l'embouchure de la Coanza et sur les rivages de

Loanda. Les Portugais et les naturels en font des

pèches considérables et en tirent de très bonne huile

à brûler. Cavazzi parle encore d'un poisson appelé

éléphant de mer , qui n'a qu'une palme de longueur,

porte une trompe comme l'éléphant terrestre , et est un excellent manger (x).

Merolla dit qu'on ne saurait s'imaginer la quantité de poisson qui se trouve dans la mer aux environs de Loanda, et combien il est à vil prix (a). Il remarque que c'est un effet de la providence. Sans ce secours, il serait, dans ce pays, impossible de subsister, surtout dans la ville. Les nègres n'ont presque pas d'autre nourriture. Les blancs mêmes en mangent beaucoup , surtout le soir , parce qu'ils en trouvent ta digestion plus facile; mais il n'est pas de si bon goût qu'en Italie. Dans un autre endroit, l'auteur observe que le pilchard , ou la pélamide , est ici de la grosseur du hareng (3).

(i) Cayazû, p. 54; Labat, 1. 1, p. 191-193. (s) Merolla, Churchiira Coiiectton^ t. i, p. 673. (3) Und. , p. 6f I.

334 RÉSUMi DES PREMIERS VOYAGEURS

Les coquillages et les crustacés , que Ton trouve sur les rivages du Congo , et surtout aux environs de Loanda , sont les crabes , les huîtres , les moules et les zimbis , que Lopez appelle lumache ou limaçon. Il dit que ces derniers se trouvent sur toute la côte , mais que ceux de Loanda sont les meilleurs, parce qu'ils ont le coloris fort brillant. On en distingue de diverses couleurs ; mais les gris sont les plus estimés, et tiennent lieu de monnaie, comme on l'a déjà fait observer. On se repose de cette pêche sur les femmes. Elles l'exercent sur les bords de l'île de Loanda, en creusant un trou de quatre ou cinq pieds de profondeur, où elles remplissent leurs paniers de sable. Ensuite, après avoir séparé le gravier du coquillage, elles distinguent les mâles des femelles; opération que la différence du coloris rend fort aisée. Le même auteur observe qu'après la marée on trouve au pied des arbres une espèce d'huîtres, du côté de l'île qui fait face au continent. Les nègres l'appellent ambiziamatare , c'est-à-dire poisson de rocher (i). Elle est large comme la main , et fort bonne à manger. On fait d'excellente chaux de ses coquilles en les brûlant. Elles servent aussi à tanner les peaux de bœufs, dont les habitants font leurs semelles de souliers. L'auteur leur trouve je ne sais quelle ressemblance avec l'écorce de l'arbre nommé manghe ou manglier (2).

Lopez dit que les huîtres , les moules et les grands crabes se trouvent aux embouchures des rivières de

(i) C'est probablement Tbuître de rocher, (a) Pigafetta, p. 10 et 11.

SUR LES nrsBCTEs DU CONGO ET d'angola. 335

Coanza, de Lucala et de Bengo (i)- Il vit aussi une grande quantité de plusieurs sortes de coquillages curieux, de forme et de couleur variée, que l'on trouve attachés au dos des baleines. Ces grands cétacés sont innombrables aux environs de l'île de Loanda. Us se battent souvent. Us se tuent les uns les autres. Lorsque les nègres s'en aperçoivent , ils sortent dans leurs canots pour recueillir les corps flottants dont ils tirent une huile qu'ils mêlent avec de la poix pour cal&ter leurs vaisseaux. Le même auteur observe qu'on ne trouve point d'ambre gris, ni d'ambre noir ou blanc sur toute la côte , quoique les baleines y paraissent en grand nombre : d'où il conclut que l'ambre ne vient point de ces animaux (i).

Zucchelli fait mention d'un insecte très destructeur qui ronge les vêtements, le papier, les livres et même d'autres objets plus considérables ; il dit qu'il sort par troupes de terre, et marche à la file en faisant un bruit semblable à celui d'un essaim d'abeilles; tantôt il compare cet insecte à des vers qui naissent dans les fruits , tantôt à des fourmis ; il est probable que ce sont des termites (a). Le même auteur parle, dans un autre endroit, d'une espèce de fourmi dont la piqûre produit une enflure et une douleur pareilles à celles de l'abeille. Il fait aussi mention des sauterelles et des grillons , qu'on trouve en abondance au Congo. Au moyen d'un petit morceau de bois qu'ils fourrent dans les trous de ces derniers

(i) Pigafetta, p. ii.

(a) Zucchelli, p. su.

336 IBSECTES DO COHGO.

insectes, les nègres savent tes en faire sortir, et les mangent.

Dapper distingue , au Congo , deux sortes d'abeilles : l'une qui fait son miel au milieu des bois, dans les creux des arbres; l'autre qui se niche sous le toit des maisons. Le même auteur nomme aussi quatre espèces de fourmis , dont la plus grosse est armée d'un aiguillon fort piquant qui cause une enflure très douloureuse. Les trois autres sont plus petites et moins redoutables (i).

(l) Dapper, diu OgUby, p. SSi.

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