CHAPITRE IV
Figure , caractère et mœurs des habitants de Congo.
Il y a peu de régions aussi peuplées que le royaume de Congo. Lopez a donné une description très curieuse des naturels de ce pays. Les Mosicongos , tel est le nom qu'ils se donnent eux-mêmes, sont,
(i) CaTazzi , p. 8. Il ne faut avoir aucun égard à ce que dît ici le père Labat ( t. i , p. 54 ) ; en essayant de corriger l'auteur qu*il traduit, il embrouille toute la géographie de ces contrées.
lO RÉSUMÉ DKK PHKMIERS VOYAtiEL
dit-il, commuat^ment Doirs, quoiqu'il s'en grand oombro dont la couleur tire sur l'o. ' plupart ont les clieveux noirs et fritëa ; n ' trouve aussi qui les ont roux. Leur taille est et, si l'on excepte la couleur, ils ont be» ressemblance avec les Portugais. Les uo* pruoelle des yeux noire ; d'autres d'un vert- ' fjours lèvres ne sont pas grosses et pcndaatc.celles des Nubiens et des autres nègres. 1 point les traits gros et difformes comme let' de Guintie ; mais leurs ph^rsionomies prëscns la variété et de l'agrément comme en Europe
A l'égard du caractère, quoiqu'ils soient qu' fois fiers et emportés , ils paraissent ordinairi doux et civils pour les étrangers , traitables daafTaircs , capables de se rendre & la raison , passionnés pour les liqueurs fortes, surtout poi vin d'Espagne et l'cau-de-vie. Dans la convt. tion, ils ne manquent ni de vivacité ni déjugent' Us s'expriment avec tant de justesse et d'agrémc quR les Européens les plus sensés prennent plaisi> les entendre.
Les habitants du comté de Sogno joignent la fier à beaucoup d'indolence et de mollesse , mélang<! b zarre , qui ne les empêche point d'avoir les manière fort insinuantes, avec une volubilité de langue don les habitants au nord du Ueuve Zaïre n'approchent
(l) Pigafe\to , «elalhiM Jil reame Ji Congo , p. 1 , lo «t 38. I^ t-tA..»i;n.„ .....I.;... .t. ... ..«..a».. :"»ioHint te trouve dant Barbot,
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8 RlisUHi DE GAVAZZI ET ZUGGHELU
Selon Zucchelli, le Congo se divise en six provinces, savoir : Sundi, Bamba, Pango, Sogno, Pemba et Batta. Ces provinces , par leur étendue , peuvent être considérées comme autant de royaumes; et, en effet, les gouverneurs de provinces se sont rendus tellement indépendants, qu'on peut les considérer comme autant de rois.
Les Portugais, selon le même auteur, ont établi huit couvents de missionnaires dans ces régions. Le principal , et celui où réside le préfet , est à Loandade-Saint-Paul ; les sept autres sont à Bengo , à Massangano, à Dande, à Caenda, à Ambuilla, à Sogno et à Emeus, ou Incussu (i).
Sn.
Description du royaume de Matamba et des pays voisins.
Le royamne de Matamba est éloigné de l'Océan au moins de deux cents lieues. Il est situé entre le Congo et Angola, et son territoire forme un angle entre ces deux royaumes. Il en est séparé par deux rivières, l'Icole et le Bagamidir, qui coule du levant au midi (a). La rivière Coanza sépare Matamba de la province de Lubolo, et du royaume du Buttuta, qui s'étend du levant au midi. Le sol de Matamba est fertilisé par tous les cours d'eau qui grossissent la
(i) Zucchelli, Relazione settima, cap. xyzi, p. 119 et I30.
(a) C'est le contraire sur la carte de d'Anville pour l'ouTrage de Labat. L'Icole, nommée aussi Lutato, qui reçoit la Vamba, coule du nord au sud dans la Coanza ; et la Bagamidir, du sud au nord dans le Goango.
SOR LE GOAGO. I I
ËiL Pour la valeur et la force , c'est aux nègres de ni>a qu'oi:m 3ccorde la palme (i).
'*L& ouV totJis un pencluuit presque invincible pour roi ; mais y ce qu ils se procurent par cette voie , i Teinp&oient aussitôt à boire avec leurs compa- MIS. r>an3 la joie de pouvoir se réjouir aux dé-» os d'autnû , un d'entre eux marche devant le foni&MT de IsL fête , en lui donnant le titre de roi de ^o, parce qu'ils ne connaissent rien d'égal au ^i\î de la bonne chère«
../ an (a^ nous dît que les habitants du Congo
' Il les prisonniers faits à la guerre y et les mangent.
*^ ^ ensent que l'on acquiert dans les combats d'au*
^nt plus de force et de courage , qu'on a coupé un
i^ grand nombre de membres virils à des ennemis
^cus; aussi ont-ils grand soin de recueillir et de
^^Ai^rver tous ceux qu'ils ont ainsi coupés , de les
'Uacber ensemble , au moyen d'une ficelle , et de
^p^dre à leur cou , dans de certaines occasions ,
ce singulier trophée de leurs exploits.
Entre San-Salvador et Loanda , on est exposé à
rencontrer quantité de nobles, disgraciés du roi , qui
munissent pour voler sur le grand chemin , jusqu'au
^établissement de leur faveur. Ils s'empoisonnent les
uns les autres à l'occasion des moindres démêlés;
^s si le coupable est découvert, il est puni de
iQort, sans espérance de pardon. Les recherches se
(ont avec tant de rigueur, qu'il est difficile au crime
de demeurer long-temps caché; et cette sévérité
(i) Barbot, dans Churchill, t. v, p. 4^8.
\S) BnoD, daDS De Bry, t. y, part, viii , p. 18.
ismnnmuiAiif du Usihpn de VAUUiurf h rmtdre œ crîmi? hmnconp plu» rare (f)«
IyOpi5Z raconti5 qu« ht» roi» d<5 Congo et Usât» courtisan» avMiftnt autrc^foi» pour habit» d<;» pugm?» dVftoff» d(? palfnif5r« qui l^'ur Umihaii^fit dqiui» lu ceittiWG ju»qu'âiw)ir»»^>u» d<T» g^rfioux. Il» y »u»pi«idai<rrit par'd<5Viitil (Un \mm% df? tigrir»^ âe civfrtte» ou di? fuârlri?»^ m form« d<7 t(ililiiTr»< lUâYaietit »ur 11?» /'pauli?», autour du emt^ ufiw »<;rt« du capuchon , dont il» pouvai<?nt »f? couvrir la iétc, fyif corp» ^il couviTrt d^inf5 u»pèc«T de »urpli»f qu'il» appdl<^t iukutto^ triWî^ eamme no» fili^t», d« trè» lidlir* feuille» de palmier^ et bord^ d'une frange i ee êttr^ pli» »e relevait »ur IV;paule droite^ pour lai»»er le Imi» en libert/; ; et ^ »ur la même (rpaule^ il» portaient iuui queue de zètire ^ qui flottait cirtnma no» ncmid» d'Kurope, Sur la tête, il» avaient nn petit h^mnet earr/r , mai» »i mim^e et »i étroit que , ne pouvant le» iUfc.ttilre de la pluie et du soleil , il ne »4;rvait que pour Tomement, Im plupart mareliaient pie/l» nu», h l'exception au roi et de quelque» um de» principaux »<Tigneur» , qui portaient de» »anddle» de l>oi» de palmier, mM*/A »emblable» à celle» rk;» ancien» Homain». f^e peuple n'avait qu'tme pn^tw dV^t^iffe gro»»ii?re qui c#>uvrait la partie infifTrieiire du corp»; tout le n^ntp. éiah mt, l^e» fmttwA du premier rang »'enveloppai<Tnt,depui»lac<;inture, de troi» e»pèce» de tablier», (Umi le plu» int/^riénir leur de^^/cndait ju»<pi'au)i talon», £lle» A^nUm^ nm te c/>rp»une »orte
SUR LE CONGO. l3
de casaquin , ouvert par-devant , et sur les épaules une mantille d'ëtoffe de palmier. La tête Q*était cou* verte que d'un petit bonnet de la même forme que celui des hommes. Il n'y avait point d'autre différence dans l'habillement des femmes du commun , que celle de l'étoffe, qui était plus grossière. Les femmes esclaves et celles du dernier ordre étaient nues depuis la ceinture jusqu'à la tête.
Telle était la parure de Congo avant l'arrivée des Portugais; mais, aussitôt que le roi et les principaux seigneurs du royaume eurent embrassé le christianisme, ils commencèrent bientôt à se régler sur l'exemple de leurs maîtres. Us prirent les manteaux à l'espagnole, le chapeau , la veste de soie , les mules de Yelours ou de maroquin , et les bottines à la portugaise , avec des épées aussi longues qu'on en ait jamais porté dans la Castille. La nécessité borne encore les pauvres à leurs anciens habits; mais les femmes de distinction imitent les usages des femmes de Lisbonne ; elles ont la tête couverte d'un voile , par-dessus lequel la plupart mettent un bonnet de velours , orné de joyaux précieux ; autour du cou elles portent des chaînes d'or (i).
Cependant on trouve quelque variété dans les voyageurs , sur la forme et la matière des habits de Congo. Dapper raconte que les femmes d'un rang distingué , surtout dans les grandes villes, sont richement vêtues de longues mantes du plus beau drap , sous lesquelles on voit paraître, vers le cou ,
(i) Lopez , dans Pigafetta , Relatione del reame di Congo^ ch. yii , p. s6 et sniy.
des chemises fort blanches , et , par le bas , de grands jupons de satin ou de damas brode, à franges d'or. Quelques unes portent encore des étoffes d'écorce de matomba et de feuilles de palmier, teintes en noir ou en rouge ; mais toutes ont les jambes nues, et , pour unique parure de tête, un bonnet de coton blanc. Elles s'ornent le cou et les bras de petites chaînes d'or , ou de cordons de beau corail rouge (i). Suivant Carli , les femmes de qualité ne trouvant rien de trop magnifique dans les plus belles étoffes de l'Europe, s'en font des pagnes ou des jupons qui descendent jusqu'à terre. Elles portent une mante des mêmes étoffes qui leur couvre le dos , le sein et le bras gauche; mais le bras droit demeure nu. Les femmes d'une condition inférieure emploient des étoffes de moindre valeur et de la fabrique du pays.
Les habitants de Congo ont été plus fidèles aux usages de leurs ancêtres dans tout ce qui concerne les aliments. Les grains du pays et les racines composent le principal fond de leur nourriture ; mais , quoiqu'ils aient différentes sortes de viande , celle de boucherie et la volaille sont des mets fort rares. Carli nous apprend qu'un poulet vaut une pistole dans le royaume de Congo , une pièce de huit au Brésil , et dix schellings dans le pays d'Angola ; mais il trouve qu'en gardant les proportions, c'est beaucoup moins qu'à Lisbonne, où il se vend un écu. Cette excessive cherté inquiète peu les habi-
(0 Ogilby, p. 533.
SUR LE COITGO. I 5
tants de Congo. li n'y a point de nourritures pour lesquelles ils aient du dégoût. Leur vie est extrêmement dure , et Carli en donne pour preuve Texemple de leurs voyageurs, qui se réduisent à vivre d'eau et de racines (i).
Lies mets des nègres, selon Cavazzi, ne sont pas très nombreux; le nlaïs et le manioc en forment toujours la base. Quand un habitant du Congo peut joindre à ces premiers aliments quelques petits lézards, ou quelques rats et des sauterelles, il se croit fort à l'aise : les plus riches se contentent de deux plats, soit de viande, soit de poisson. Les Portugais mêmes ne vivaient pas mieux du temps de Cavazzi. Deux espèces d'herbes, nommées missanda et bredi , bouillies dans l-eau, et ensuite bien séchées, se présentent dans les visites , comme on offre en Europe le thé , le chocolat ou le café. Les nègres mâchent aussi la feuille d'une plante appelée ncassa , qui leur sert au même usage que le bétel aux Indiens (p).
Dans les ménages des nègres du Congo, dit Cavazzi, c'est ordinairement la première femme qui a la surintendance de la maison , qui distribue les vivres, et qui en fait le partage. Les habitants de cette partie de l'Afrique mangent de la même manière que ceux de Sénégambie, et montrent la même voracité pour les viandes ,• même en état de corruption. Dès que le bruit d'un festin se répand dans un village , chacun y court, et prend place sans cérémonie. On appelle ces tables ouvertes bingare , ou vingare, mot portu-
(i) Carli, dans Churchill, t. i , p. 672 et suiv. (1) Cayazzi, p. i37-i38; Labat, t. i, p. 444'4S*
l6 R^SDMÉ DES PREMIERS VOYAGEURS
gals(i) qui est passé dans la tangue des nègres : ces fêtes minent ordioairement celui qui les. donne. Cavazzi ajoute, qu'il arrive quelquefois que les convives, mécontents de la manière dont on les traite, s'emparent du magasin des vivres, et mettent au pillage la maison de celui qui les a invités {i). Zucchelli nous apprend que, dans la principauté de Sogno, ils ont des chèvres , des porcs et des poules en abondance. Ils pourraient multiplier les brebis et les bœufs ; mais la chair de ces animaux ne leur paraît pas assez délicate, tandis qu'ils font leurs délices des souris et des sauterelles (3).
Ils n'ont aucune trace des sciences, ni la moindre inclination à tes cultiver. On ne trouve point parmi eux , dit l'auteur, d'anciennes histoires de leur pays , ni des registres d'un temps éloigné, où la mémoire et le nom de leurs rois soient conservés. Jusqu'à l'arrivée des Portugais , ils n'avaient pas connu t'art~ de l'écriture. La date des faits était la mort de quelque personne remarquable. Cela est arrivé , disaientils , avant ou depuis la mort d'un tel (4). Ils comptaient leurs années par les cossionos , ou les hivers , qui commencent pour eux au mois de mai , et finissent au mois de novembre ; leurs mois, par les pleines lunes, et les jours de la semaine parleurs marchés; mais ils ne poussaient pas plus loin la division du temps (5). De m£me, ils n'avaient pas d'autre règle
(i) C>8t le mot mauJRr défiguré.
(i) Caïazii , p. i38-i3g ; Labat, 1. 1, p. jSo.
(3) ZocchelU, p. 104.
Lopet, din* Pigtîetta, KtlatKHM dtl rawieili Congo, p. es.
Ogilby, p. 535.
pour juger de la grandeur d'un pays, que le nombre des marches ou des journées, qu'ils distinguaient seulement par le terme de voyage libre ou charge (i).
Leurs principaux amusements sont aujourd'hui le chant et la danse. Us ont quelques jeux de ha** sard , entre lesquels on est surpris de trouver des cartes (a). Us jouent pour de petites coquilles , qui leur servent de monnaie ; mais , parmi ceux que la pauvreté prive de ce plaisir , l'usage commun , lorsque les femmes sont revenues du travail avec leurs enfants, est de se retirer dans leurs huttes et d'y allumer du feu, autour duquel ils sont assis à terre. Us mangent dans cette situation ce qu'ils ont amassé pour leur souper, et s'entretiennent jusqu'à ce que le sommeil les fasse tomber sur le dos (3). Dans le pays de Sogno , dit Zucchelli , ils allument du feu en frottant un morceau de bois contre une pierre par un mouvement de rotation très rapide , jusqu'à ce qu'il soit enflammé (4)-
Selon Braun , les habitants du Congo font un fréquent usage du tabac, qu'ils nomment macay, et qui , selon eux , aide à supporter la faim. Us ont , au reste, la faculté d'endurer la privation d'aliments pendant un espace de temps à peine croyable. Zucchelli atteste aussi que la privation du tabac est pour les habitants de Sogno une des plus fortes punitions qu'on puisse infliger (5).
(i) PigafetUy p. 68.
(a) Barbot, GhurchiU's Collection, p. 489.
(3) Carli, Churchill, 1. 1, p. 57$.
(4) Zucchelli , p. iSa.
(5) Zucchelli, p. iSa.
xrv, a
l8 KÉSlS'mi DES PREMIERS VOYAGEURS
Mcrolla nous rcprësente une de leurs fêtes : ils choisissent ordinairement le temps de la nuit, et s'assemblent en fort grand nombre. Leur posture favorite est d*âtre assis en rond , comme on vient de les représenter autour du feu ; mais ils choisissent quelque arbre épais, sous lequel ils se placent sur Therbe. Le centre du cercle est occupe par un grand plat de; bois , qui contient quelque mélange de leur goût. L'ancien de la troupe, qu'ils appellent macolonte ou cocolocangi, divise les portions, et les distribue avec une égalité qui ne laisse aucun sujet de plainte. Ils n'emploient, pour boire, ni verres ni tasses. Le macolonte prend le flacon, qu'ils appellent moringo, le porte successivement à la bouche de tous les convives, laisse boire à chacun la mesure qu'il juge convenable , et le remet à sa place. Cette méthode s'observe jusqu'au dernier moment de la fête.
Mais , ce qui parut beaucoup plus surprenant h l'auteur, il ne passait personne près de l'assemblée qui ne se plaçAt sans façon dans le cercle, et qui ne reçût sa portion comme les autres , quoiqu'il fût arrivé après la distribution. Le macolonte prenait sur chaque part de quoi composer celle de l'étranger. On apprit à Merolla que cette cérémonie ne s'observe pas moins quand les passants se présentent en plus grand nombre. Us se lèvent aussitôt que le plat est vide , et continuent leur chemin , sans prendre congé de l'assemblée et sans dire un mot de remercîment. Les voyageurs profitent de ces rencontres pour ménager leurs propres provisions. II n'est pas moins étrange que l'assemblée ne fasse
pas la moindre question à ces nouveaux visages, pour savoir d'eux où ils vont et d'où ils viennent. Tout se passe avec un silence admirable. On croirait, dit l'auteur , qu'ils veulent imiter les Locriens , an* cien peuple d'Achaïe , qui , suivant le témoignage de Plutarque, punissait par une amende ceux qui se rendaient importuns par lem^s questions (i). Un jour MeroUa, traitant plusieurs nègres qui lui avaient rendu quelque service , remarqua que le nombre de ses convives était fort augmenté. Comme il ne se croyait point obligé de recevoir des inconnus, il demanda qui étaient ces étrangers. On lui répondit qu'on l'ignorait, ce Pourquoi souffrez-vous, dit-il à ses nègres , que des gens qui n'ont point eu de part à votre travail viennent partager votre nourriture?» Us lui répondirent simplement que c'était l'usage. Avec un peu de réflexion, cette charité lui parut si louable , qu'il fît doubler la portion commune (a).
Leurs fêtes ont des temps et des occasions réglées, telles que le gain d'un procès , un mariage , la naissance d'un enfant , leur éléva^on à quelque dignité. Chacun s'efforce alors de faire un présent à son protecteur ou à son maître, et ne laisse pas de contribuer aux frais des réjouissances communes (3). Lopez rapporte qu'on chante alors des vers où l'on célèbre l'amour; on joue d'un instrument dont la forme
(i) On sait qu'aux fêtes romaines Valtum sileniium était anssi en usage.
(a) Merolla, dans Ghurchill's Collection, t. i, p. 684; ^^ Barbot, ibid.y t. y, p. iSg.
(3) Merolla, Churchill'^ Collection, 1. 1, p. 63o.
m\ iiinguli(!ro : il r(»H»nnl)lr un luth parler eorp» H U* inaridu^ ma'm h? vcmlrc, (^W-fc-diro IVndroil oîi lu row*- ant pctvi^ii daim un luth , c^«t d'uiiw pc^au ioti niinc^. \A^n corde*»» «ont dcn poilu do la (ptouo d*uti iili^phant, ou dtm fiU da palmier, qui r^grl(1nt d*uti hout dit rinHtrutnmit juuqu'à Tautrcs at cpii timmmit h pluHiimri anmmux diitrihudn en diflTr^renti lii^ui^. A vm annouux sont fiUMpimdium do potitos plaquoii dit (in* v\ d arginit , do dijWrontiîii graudour» ot do diftV*rotitfi totm, Kn piiu^ant lof( cordo» , on ri*mm Iok annoaux, qui font mouvoir auiiMi hm plaquo»; ot, do loun ooH «Onu 9 il rc^snlto uno harmonio oonfu»o qui nVmt pa» Mans agrànont. Coux ({ui manient am inslrumonts les aooordont avoo hoauooup d*art ; mais , 00 qui causa beaucoup d*admiration & Tautour , cVtst quVvoc leurs doigts soûls ils expriment , dit-il , aussi claireniont leurs pens<ies qu*avoc la langue (i),
Merotia lait la description d*un instrument qu*il appelle nsambi 9 et qui paraît du xnùtm genre ; c'est mie espèce do guitare , mais qui a pour t^te cinq petits arcs do fdtr, qu'on fait entrer plus oti moins dans le corps do Tinstrument lorsqu'on veut l'accorder. Iwos cordes sont dits (ils de palmier ; on joue dessus avec les deux pouces ; le jommr tient l'instrument sur sa poitrine : le son 9 quoique fort bas, en est asse» mi^lodieux (a),
Mais le plus agr(^able et le plus ing(^nioux instrument de la musique de Congo , est celui dont Carli fait la description suivante ; On prend um* planche
(f ) FigfffDiftt , Rplathm 44 rpmm dï Congo ^ ^, ^\^ ^ <\tf. («) MfifQ\\»f CUuraUWVn Cofhcfhff , i,$,\h iVh.
SUR LE CONGO. Ul
de bois qu'on tend et qu'on bande comme un arc; on y suspend quinze calebasses , longues et sèches , de différentes tailles , percées chacune au sommet , avec un trou de moindre grandeur quatre doigts audessous. Le trou d'en bas est à demi bouché , et celui d'en haut, couvert d'une petite planche fort mince à quelque distance au-dessus. Le joueur attache aux deux bouts de l'instrument une petite corde , qu'il se passe autour du cou pour le soutenir; et de deux petites baguettes, dont le bout est couvert d'étoffe, il frappe sur la planche, dont le retentissement se communique aux calebasses, et forme une bannonic très agréable, surtout lorsque plusieui*s personnes jouent ensemble (i).
Cet instrument a quelque ressemblance avec le marimba , qui est fort en usage parmi les Abondos ou Abondas , qui habitent Angola , Matamba , et dans quelques autres contrées. Le marimba consiste en seize calebasses, de différentes grandeurs, fort bien rangées entre deux planches, qui sont aussi suspendues au cou du joueur. L'embouchure de chaque calebasse est couverte de petites tranches, d'un bois rouge et sonore, nommé tanilla ou tavilla. C'est sur ces tranches mêmes que le joueur bat avec deux petites baguettes ; et le son qui sort des calebasses a quelque ressemblance avec celui de l'orgue.
Pour former un concert, les nègres emploient cinq instruments , dont le nsambi est le principal ; ik y
(i) Carli, Churchiirs Collection, t. i, p. 563. Le traducteur anglais de Carll paraît douter si des missionnaires capucins doivent passer pour de bons juges eu musique.
aa nil:Af)MÉ dk» purmisr» voYAGRURtt
joignent quelquefois le caMUto , qui est une pièce (le bois creux d*environ trois pieds de long, couverte d'une planche taillée eu manière dVchelle , c*est-àdire avec de petites tranches dispersées par intervalles : on racle dessus avec un bAton , et cet instru* mont passe pour le ténor.
La basse du concert est le quilando, qui est composé d'une fort grande calebasse , large par le fond , et fort étroite au sommet , de la forme à peu près de nos bouteilles ; elle est percée en échelle , comme le cassuto , et Ton racle aussi dessus avec un bAton. Eu général , toute cette symphonie n'est point dësa* gréable dans l'éloignement; mais, de près, le bruit de tant de baguettes cause nécessairement beaucoup de confusion.
T^s nègres du pays se servent aussi de quantité de petits grelots, placés au long d'un fer, qu'ils agitent en mesure. Cet instrument est fort en usage dans le comté de Sogno , et marche toujours devant le comte aux jours de fûtes : mais les principaux instruments de Congo se nomment embouchi ; ce sont ceux du roi et des princes : le plus riche est la trompette d'ivoire, composée de plusieurs pièces bien percées, qui s'emboîtent l'une dans l'autre, et qui sont ensemble de la longueur du bras. L'extrémité inférieure est de la grandeur de la main : on y applique les doigts, et le son se forme par leur resserrement ou leur dilatation. L'instrument n'a point de trous latéraux comme nos flûtes et nos hautbois. Le longa est composé de deux sonnettes de fer, liées par \xt\ fil (rarcthnl, en forme d'arc ; on bat dcHsiisavec deux
SlfR LS CX)lfGO. u3
baguettes. Cet instrument royal marche devant les princes, lorsqu'ils veulent annoncer leurs volontés au peuple ( i ). C'est apparemment du longa que parle Carli, lorsqu^il représente les jeunes princes et les enÊints des premiers seigneurs avec des sonnettes de fer à la? main , sur lesquelles ils battent alternativement. Il compare ces sonnettes h celles qu'on suspend en Europe an cou des bestiaux; mais cette musique est rare , dit • il , parce que le nombre des seigneurs n'est pas grand (2).
On voit, à la cour, des flûtes et des cornemuses , dont les musiciens de Congo jouent fort bien : on en voit aussi parmi le peuple , mais d'une fonne moins dégante et d'un son plus grossier. Le peuple n'observe qu'une mesure imparfaite dans les danses, et bat des mains pour accompagner les instruments ; mais à la cour, le mouvement des pieds est plus juste et plus grave; c'est une sorte de mesure mauresque, que Lopez trouve assez majestueuse (3).
Les tambours sont composés d'un bois fort mince et d'une seule pièce , de la forme de nos grandes jarres de terre. Us sont couverts d'une peau de béte, sur laquelle on bat avec la main : le bruit l'emporte beaucoup sm* celui de nos tambours (4). Suivant Carli (5), on n'y apporte point d'autre art que de couper un tronc d'arbre long de trois quarts d'aune, de le creuser et de le couvrir des deux cotés d'une peau de tigre ,
(i) Merolla, uBi sup. , p. 63i et suW.
(2) Carli , Churchill's CoUectign , t. i , p. $64.
(3) Pigafetta, p. 6g.
(4) Merolla, Ghurdiiirs Collection, t. i , p. 645.
(5) Carli, Churchiirs Collection, t. i, p. 56$ et suiv.
2i4 ntnvmi nx» ph^mikii» votaoki^h»
ou (lo qudquc autro unimaK On bat, dit Vuuieur^
flvrc la main ouvortu ^ cf) qui produit un »on fort
di^ftagrëable<
Outro c(*>n grand» tambour» , Merolla en rrrprénento do plu» petit» ^ que le» nègre» appellent neamba* II» »ont compo»(^» du fruit de Taliconde, dont on a iU}h vu la de»rription9 ou d^ine pièce âe boi» creux f qui nV»t couverte que d^un côté. lieur tj»age e»t ordinairement pour le» partie» de débauche ^ quoiqu^il» fa»»ent a»»e^ de bruit pour être entendu» de fort loin ; au»»i te» mi»»ionnaire» ne Tentendaient jamai» »an» courir au»»it6t ver» le lieu de ra»»efn' bbie, dan» la vue d^interrompre ce» coupable» amuse* ment». Merolla regrette de n^avoir jamai» pu »ttr' prendre un coupable, pour en faire un exemple* 11 ajoute que le» Jiiga» emploient ce» tambour» , non »euletnent h leur» f^'^te» ^ mai» aux »Acririce» humain» qtt'il» font h Tlumneur de leur» anrf!tre» , et »urtout , dit'il 9 lor»<iu'il» invoquent le diable (i;.
ArtA 01 cotiUimeft de» Moiicrnigo».
On remarque peu de différence entre le» édifice» du Congo et ceux de toute la cAte occidentale d'Afrique. IjC» Mofticongo» élèvent au»»i plu»ieur» butte» ati milieu d^m enclo» 2 elle» »ont de terre ou de boi»« couverte» de paille , divisée» en plti»ieur» cbambre» rotnmode»^ mai» »an» reKde-('bau»»ée et »an» aucun
(f) M«riil|«| uhliuprfif |i. ffS».
SUB LE CONGO. a 5
étage. La plupart sont tendues de fort belles nattes y et garnies de plusieurs autres ornements. C'est la seule force de l'usage , ou quelque goût de comnioditë j qui borne les nègres de Congo à cette manière de bâtir ; car, loin de manquer de pierres, il y a peu de régions dans l'univers où les montagnes en fournissent autant et de tant d'espèces différentes. Us ont d'ailleurs du bois pour la charpente , et des bétes de charge pour le transport des maté* naux ; mais ils manquent , à la vérité , de maçons , de charpentiers , de couvreurs et d'autres ouvriers. Les murs des églises et les autres bâtiments de la même Êd>rique ont été construits par des maçons por^ tugais. Pour former leurs enclos , ils plantent des branches d'ogheghe fort près l'une de l'auto. Ces arbrisseaux deviennent si forts , en croissant, qu'ils composent moins une haie qu'un véritable mur, qui , étant couvert de nattes, forme une très belle cour, oii les nègres se promènent à l'abri du soleil (i).
Ceux qui font leur demeure dans les villes tii*ent leur subsistance du commerce ; ceux qui habitent la campagne vivent de l'agriculture et de l'entretien des bestiaux; ceux qui sont établis sur les bords du Zaïre et des autres rivières subsistent de la pèche; d'autres gagnent leur vie à recueillir le vin de Tombe ; d'autres à fabriquer les étoffes du pays. Il y a peu de Mosicongos qui ne soient experts dans quelque métier; mais ils ont tous une extrême aversion pour le travail pénible (2).
(i) Pigafetta, Relatione del reame di Congo, p. ^i. (1) Barbot, Churchill*» Collection ^ t. t, p. 4^9-
'à6 RESUME DES PREAIIERS VOYAGEURS
Les habitaùts des limites orientales da royaume et des pap voisins sont d'une habileté singulière pour la fabrique de plusieurs sortes d'étoffes , s^nblables aux plus beaux tissus de soià. Leurs fils, sont composés de feuilles de divers arbres, qu'ils empêchent de s'élever , en les coupant chaque année , et les arrosant avec beaucoup de soin, pour leur feire pousser, au printemps, des feuilles plus tendres. Ces fils sont très fins et très unis ; les plus longs servent à composer les grandes pièces : on les nomme incorimbas, du pays de leur fabrique , qui est aux environs de la rivière de Vumba. On estime ensuite les enzachas qui sont à peu près de la même grandeur , les iiifoulas, les maricas, les tangas et les engombos. Les plus légères de ces étoffes, qui sont de la £ad>rique d'Anzico, sont encore en plus grandes pièces; ellessont d'ailleurs très comnK)des pour l'usage , et assez serrées pour garantir de la pluie. Les Portugais ont commencé à les employer pour faire des tentes, et s'en trouvent bien contre la pluie et le vent (i).
Les richesses des M osicongos consistent principalement en esclaves, en ivoire et en simbos ou zimbis, qui sont de petites coquilles qui tienoent lieu de monnaie. Congo , Sogno et Bamba vendent peu d'esclaves ; et ceux qu'on tire de ces trois provinces ne passent pas pour les meilleurs, parce que, étan| aoeoutumés à vivre dans l'indolence, ils succombent bientôt aux travaux pénibles. Les plus estimés viennent d'Ambuilla, de Gingos, du pays des Jagas, de Ca$endas,
(i) Pigafetta, p. 17 et suW.
de Quilax , de Lembo , et de divers autres pays audessus de Massangano, dans le royaume d'Angola (i). Les Européens font aussi quelque commerce en zimbis; mais les principales marchandises du comté de Sogno sont les étoffes de Sambo , Thuile et les noix de palmier. Les dents d'éléphant, qu'on y apportait autrefois en grand nombre , y sont devenues plus rares. Au reste, c'est la ville de San- Salvador qui est comme le centre du commerce portugais dans ces contrées. Les habitants achètent d'eux des étoffes de cypus, des toiles peintes nommées capes de verdure , des cans bleus, des birames ou surates , des chaudrons de cuivre , des draps d'Angleterre , de grands simbas de Loanda, des besiers , des colliers, des anneaux et d'autres merceries de peu de valeur. Les poids et les mesures ne sont en usage ici qu'entre les Portugais. Congo est aussi sans monnaie d'or , d'argent et de cuivre. Tous les marchés s'y font en zimbis, petites coquilles qui passent pour monnaie courante, et qui n'ont aucun prix dans les autres régions de l'Afrique. Les Portugais mêmes sont réduits à s^en servir dans les voyages qu'ils font au travers du royaume , lorsqu'ils portent
(1) Glinrchill , t. V , pT 490 ; Dapper , p. 35d. Ces pays , qui pro« doiaent ces belles étoffes, sont, à la réserve d'Ambuilla et d» la contrée des Jagas, au sud de la Goanza, dans les proyinces de Lobolo , Cabaso et de Scella de la cai-te de d'Anville. En jetant les yeux sut la carte d'Angola de Pinheîro , on reoonnalt dans Gîngoa le district arrosé par la rivière Gango, Cassenda dans Cassonde, Qnilaxe dans Quibaxe. Lembo est, sur la carte de d'AnvîIle, une rivière qui arrose la province de Scella ; et, dans cette même province qu'il nomme Sely , la carte de Pinbeiro nous donne un lien nommé Zombaca-Lumbo.
ou curils envoient par leur» pomboios , ou leur» c^ clavosy de» inarchnndisoA & Pembo, et dans d'aulr^^» canton» d'Angola (f). Outre l'usage ordinaire (U^h /inibifl, les nègres de Congo ont une nouvelle raisorv de les rechercher ardemment , depuis qu'ils son! en commerce avec quelques peuples voisins qui ada— rent la mer, et qui étendent leur respect h tout ce? qui" sort de son sein. La passion de ces Africain» intérieurs pour les coquilles marines va jusqu'à les leur faire nommer enfants do Dieu. Us donnent en échange ce qu'ils ont de plus précieux , et ne s'estiment heureut ou riches qu'à proportion qu'ils en peuvent amasser (a). Trois mille cinq cents zimbis font la valeur d'une pistole (3).
Le royaume de Congo ne produisant point do chevaux et n'étant pas propre à les nourrir, les habitants n'ont pas d'autre commodité pour les voyages que d'être couchés dans leurs hamacs, ou assis dans une espèce de fauteuils , au-dessus desquels on soutient des parasols qui les mettent à couvert du soleil. Us sont portés sur les épatdes de leurs propres esclaves , ou par des porteurs de lotiago , ((ui se trouvent prêts h se relever sur la route. Ceux qui sont obligés de faire beaucoup de diligence prennent avec eux un grand nombre d'esclaves i qui, se relevant au moindre signe de lassitude, n'avancent pas moins que le meilleur cheval au trot (4). I^>«r traverser les rivières, ou pécher sur les côtes, ils font
(i) Dnrhot, Ghiirchfird Collection ^ t ir, p. /Jyo.
(9) Afigelo, GliiircliiirM Collection, t. l, p. 5fu.
(^) Cttrli,ibid., (. i , p. S;:].
(4) l'igafetta , p. 3o.
usage de leurs canots. Les plus grands sont composés d'un tronc d'aliconde, arbre d'une prodigieuse gros* scur. On lit avec ëtonnement, dans la relation de Pigafetta , qu'un canot peut contenir quelquefois jusqu'à deux cents hommes. Les rameurs tiennent leurs rames en main sans qu'elles soient fixées aux canots, et ils s'en servent au lieu de gouvernail pour les conduire. Lorsqu'ils sont obligés de combattre sur l'eau, ils abandonnent la rame pour mam'er leurs arcs et leurs flèches ( i ).
Cavazzi nous fournit les renseignements suivants sur la manière de voyager au Congo : On ne voyage que par caravanes. Lorsqu'on veut se mettre en route, on fait choix de deux chefs : l'un, appelé mossenga, conduit l'avant-garde; l'autre, nommé quisquinda, se tient à l'arrière-garde. L'un et l'autre sont chargés des pondîmes , d'herbes , de racines et de pierres qu'ils regardent comme des préservatifs puissants.
Le mossenga se vante de savoir enchanter les bêtes féroces. Lorsque la caravane est arrivée au lieu où elle doit passer la nuit, il assemble tous ceux qui en font partie, les exhorte, après avoir tracé un grand cercle autour d'eux, à dormir tranquillement, les assurant que les bêtes les plus affamées n'oseraient s'approcher de l'enceinte qu'il a marquée. IjC quisquinda engage ensuite les sentinelles à être sur leurs gardes, afin d'avertir la troupe en cas de danger; et chacun s'endort sur la foi de ces deux guides. Cavazzi rap-
(i) Pigafetta, p. ta.
\utri4t qu4t lorMjii'il voy«((<tttft avise dit» carttinuM^ii àét ti/;gnt»/il fii5 fHpuymi «'i^mp^riMrr dit ririt iJi^ U mur «iihiti? qui «Wripamit iUrn nniurê^U k k i;onfrrf A^un itUmt an d'un mt ïm ytw <k ee» «ni' tUHUx liriir piiriii»4iiii irurt »i tmuvm «ugiiri^f ifw? toiirn Itt ifMmvAfiii n'ttrri^lttii mituliiffiitmimt, M i|f/i#n fiit fiofivttit Toliligitr À r<fpri»iiiJri9 »« rnarettir quit k>r^ i|ii*Mri ili'vin iiv<ii( nMur/t i|iii5 li? pr/ti»iigi$ fttfu;»U$ n'uti* r«it pnn tWiiïiti,
Ht mut ami/tit iftii $iiki an irtHniUa iwn^i^ Mr m nniUt tirt li^vri), un lapin ^ unt^ i^^irnitillit ou i\n»U\\%4'. H%i\v^ ttriiffial iifitiilit, il nUm ikui \m% iliivaitiiigi? fK>ur lui ilortnitf un r/iiunigit iiitri^/pi^lit. I)^» ({W. U hruil dit citM^t (Mi^ouvitrtit mi n'fmndu d«n« lit» troufNtt^ oit itfi uiari|uii U joiit pur ditt» iti» d*A|Mgri$M»c ini fnir iit (»iut dit Um% U% \î\%\vii%nmi%i Quittipi^un priutiMI uu dit l'/it» auiiuttux ^ on lit i'itg»rilit i;mmnit un \unnm$t favori»^ Am Am\% ^ itt on m^ manipio \n%% dit lui ibu' nitr un poMit A%(mnmv pitnditnt touUt 1» i;iinip«ignit, \éf% n/tgf'it» Moni pi5r»uiid/?» ipiit rit Mint lit» gi^niit» dit litur» itnnitnii» qui litur appaniinMtnt m\tfk l« figurit dit ititi^nnitmiu» imim\!\U^i\m la pitur » W itnipari^/it d^tux^ Itt ipj^iU im Muront/ hon niari^lii^ ( i ).
Quoiipiit lit diriMiani^mit ait fait hitaui^oup dit pro- %vh% Aum lit f(tyiimm Ai^ O^ngo^ itt i\m lir« rnari«git* y ^fiitut lî/tMbriî» aviti? li** r/tri^noru'it» dit tVtgliiKt riv mainit, il a toujours M tufi dif/idlit d« fairit i^vàrp. aux habitant» lit goilit du conruhinagit, Malgr/t litn plaintit» it( lit» ritproi;hit» dit» nti»»ionnairit» Jl» prrn^
(f) (yNtdftf/if 1^ fO»| f4flmt^ l« f ^ |l/ 111f(;,
SUR LE CONGO. 3l
uent autant de maîtresses qu'ils en peuvent entretenir. L'ancien usage des nègres de Sogno était de vivre quelque temps avec leui's femmes avant que de s'engager dans le mariage , pour apprendre à se connaître mutuellement par cette épreuve (i). I^ méthode chrétienne leur paraît contraire au bien de la société , parce qu'elle ne permet point qu'on s'assure auparavant de la fécondité d'une femme, ni des autres qualités convenables à l'état conjugal. Aussi les missionnaires n'ont«ils pas peu de peine à leur faire abandonner la pratique de leurs ancêtres, qui consiste dans un traité fort simple. Les parents d'un jeune homme envoient à ceux d'une jeune fille , pour laquelle il prend de l'inclination , un présent , qui passe pour douaire , et leur font proposer leur alliance. Ce présent est accompagné d'un grand flacon de vin de palmier, qui porte dans le pays le nom de cietto a melaffo. Le vin doit être bu par les parents de la fille avant que le présent soit accepté ; condition si nécessaire , que la conduite du père et de la mère passerait autremfent pour un outrage. Ensuite, le père fait sa réponse. S'il retient le présent, il n'a pas besoin d'autre explication pour marquer son consentement. Le jeune homme et tous ses amis se rendent aussitôt à sa maison , et reçoivent sa fille de ses propres mains. Mais si quelques semaines d'éprçuve et d'observation font connaître au mari qu'il s'est trompé dans son choix , il renvoie sa femme , et
(i) Les aatenrs anglais de V Histoire générale des yojfuges BASWtttnX que cet usage régnait autrefois en Angleterre, et qu*il subsiste encore dans quelques endroits d'Irlande et d'Ecosse.
Sa RÉSUME DES PREMIERS VOYAGEURS
se fait restituer son présent. Si les sujets de mécontentement viennent de lui , il perd son droit à la restitution. Mais de quelque côté qu'il puisse venir, la jeune femme n'est pas regardée avec plus de mépris, et ne trouve pas moins l'occasion de subir bientôt une nouvelle épreuve.
Observez , avec l'auteur , que le père de la fille ne doit jamais se plaindre de la médiocrité du présent , s'il ne veut être accusé d'avoir vendu sa fille. Cependant, pour éviter jusqu'aux plaintes secrètes, la loi règle ce qu'un mari doit donner, suivant son rang et sa fortune. Le père de la fille regarde ces présents nuptiaux comme une partie de ses richesses , du moins jusqu'au terme de l'épreuve , où le sort d'une femme est fixé sans retour. Ainsi les plus riches sont ordinairement ceux qui se trouvent pères d'un plus grand nombre de filles.
Il arrive quelquefois , entre les nègres du commun , qu'un mari mécontent de sa femme , mais peu disposé à perdre ses présents « la cède au même prix à quelque jeune homme die sa famille. Les lois du pays n'opposent rien à cette pratique ; mais le zèle des missionnaires y supplée. Dans un cas si scandaleux, ils emploient tout leur crédit pour faire donner la bastonnade au coupable. Un nègre de quelque distinction , ayant fait un jour ce marché pour la femme de son cousin, fut amené devant les missionnaires , qui s'efforcèrent d'abord de lui inspirer d'autres sentiments par leurs exhortations. Ils passèrent ensuite aux menaces ; mais apprenant qu'elles n'avaient produit aucun effet , et qu'au lieu de quitter
sa femme, le coupable avait fait un nouveau présent à son père , pour persuader au public qu'il avait rempli la loi , ils s'emportèrent si vivement contre son crime , qu'une partie du peuple , échauffé par leurs discours , se saisit du mari et de la femme , les fouetta sans pitié, et priva le mari d'un emploi fort lucratif dont il était revêtu ( i ).
Les femmes ont droit aussi de mettre leurs maris à l'essai , et l'on reconnaît tous les jours qu'elles sont plus inconstantes et plus opiniâtres que les hommes; car on les voit profiter plus souvent de la liberté qu'elles ont de se retirer avant la célébration du mariage, quoique leurs maris n'épargnent rien pour les retenir. MeroUa raconte qu'ayant été appelé pour confesser une mère dont la fille était dans l'état d'épreuve, il lui déclara qu'il ne pouvait lui donner l'absolution si elle n'obligeait sa fille de se marier. £Ue répondit : a Mon père , je ne donnerai point à ma fille un juste sujet de me maudire après ma mort, en la forçant de prendre un mari pour lequel elle n'ait pas d'inclination. Vous craignez donc moins, répliqua le missionnaire , les malédictions de Dieu que celles de votre fille? » Cette menace fit tant d'impression sur la jeune femme , que s'étant mise à pleurer , elle appela immédiatement son mari , pour lui promettre de consentir à la célébration. Dès le len^ demain, ils allèrent ensemble à la pêche, et le sort ayant répondu à leurs espérances , ils reçurent la bénédiction nuptiale. MeroUa ne fit plus difficulté de
(i) MeroUa, Churchill' s CoUeethn, 1. 1, p. 624.