VOYAGES DES MISSIONNAIRES FRANÇAIS
deux confrères, MM. Belgarde et Sibire, furent attaqués, à leur tour, d'une fièvre violente et opiniâtre qui les obligea à quitter Kibota, lieu que le voisinage des marais rend très insalubre. Ils en sortirent après dix: mois de séjour , au grand regret des habit tants , pour Tinstruction desquels ils avaient fait peu de chose jusqu'alors, n'étant pas encore assez in-^ struits de leur langue. Ils se rapprochèrent des comptoirs européens qui sont sur le bord de la mer, et se fixèrent au village de Loubou. Un air plus sain et une nourriture plus appropriée à leur tempérament, qu'ils tirèrent des vaisseaux français , rétablirent leur santé ; mais ils ne trouvèrent point chez les habitants de Loubou cette docilité et cette douceur qui distinguaient les nègres de Kibota. Le commerce des habitants des côtes avec les étrangers met le plus grand obstacle à leur conversion. Cette con-^ sidération et les nouvelles atteintes de maladie que les missionnaires éprouvèrent, les déterminèrent à repasser en Europe. £n conséquence , ils s'embarque^ nsqt pour la France dans la rade de Loango (i).
§ni.
Voyage de Descourvières et Joli, missionnaires français ,
de 1768 à 1770.
Tandis que les deux missionnaires quittaient Loango pour revenir en France , deux autres partaiept de France pour aller les joindre en Afrique,
(1) Proyait, p. ao3 i i3o.
1>AHS LE LOAHGO ET LE CACOKGO (1768). 34 5
Us s'étaient embarques à Nantes* au mois de mars 1 768 , et ils arrivèrent sur les cotes d'Afrique vers la fin du mois d'août de la même année. Us prirent terre au port de Cabinde, où ils apprirent avec surprise que leurs confrères n'étaient plus dans le pays. Apvès avoir long-temps délibéré sur le parti qu'ils avaient à prendre dans ces circonstances, ils se décidèrent à se rendre dans le royaume de Cacongo , où Us arrivèrent le a 5 septembre 1768.
Les missionnaires allèrent s'établir dans un village où demeurait un nègre chrétien. Ce village n'est pas éloigné de la mer, et est seulement à trois ou <{oatre lieues des comptoirs français. Il est situé sur une éminence près de l'embouchure de la rivière de Loaogo-I^uisa ; sa position est tout-à-iait agréable à la vue; et elle le serait en toute manière, si le voisinage d'un grand marais n'attirait dans l'endroit une quantité de moucherons fort incommodes.
Après quelques mois de séjour dans ce lieu , l'un des missionnaires partit pour Ringuelé, capitale du royaume et résidence du roi. Il y arriva le 1 9 janvier 1 769. Cette ville, à peu près semblable à Loango, n'est qu'un assemblage de plusieurs milliers de cases faites de joncs et de feuilles de palmier. Elle est située dans une plaine agréable et bien découverte ; l'air y est pur; on n'y est jamais incommodé par les mou* cherons , comme dans la plupart des pays chauds , et ses environs sont plantés d'une grande quantité de palmiers, et d'autres arbres toujours verts. Lorsque le missionnaire, qui était resté près des comptoirs européens , sut que le roi de Cacongo traitait
346 vuTAGu DES MiuioairAïua kaitçau favorablement mii confrère , il t'empreua dm veair le rejoindre à ELioguelë, où il arriva le a3 fôvrier. Il le trouva logé daui la ODuvelIe mm que U mi lui avait fait bitir. Ce monarque oègre pouua In bonté {>our les miuionnmîres jusqu'à leur &ira eonstruire une chapelle. La langue, dont ili avaient été ktv«;é» de négliger l'étude au milieu dea difficnltés d'un premier établissement, était toujours un grand obstacle qui s'opposait à leur communication avec les indig&nes. Us se mirent cependant à l'ouvrage, et parvinrent à préparer quelques exhortations en langue du paya. Ce ne fut que vers la fin de septembre 1 769 qu'ils commencèrent leurs instructions publiques. Ils prononcé» rentleur premier discours en présence du roi. Si Ton en croit l'abbé Proyart, l'orateur obtint le plua grand succès ; les missionnaires ne trouvaient partout que des consolations , et ne recevaient que des traitements favorables : mais les maladies vinrent las surprendre AU milieu de leurs travaux évangéliques; l'un d'eux fut attaqué d'une fièvre violente , qui le réduisit en peu de jours à la dernière extrémité.
Dès qu'il fut rétabli, son confrère parcourut les villes et les endroits les plus peuplés du royaume. Ses efforts fiirent partout heureux : à Malimbe, villa qui passe pour une des plus anciennes , et où les rois de Caoongo bisaient autrefois leur résidence , il convertit une tante du roi, nommée Mamtéva; et k Kala, petite ville, capitale de la province du même nom, il prépara le gouverneur et tout son peuple k recevoir le baptême. Parmi les princes et les grands àounaires ont vus, ils n'en trou*
I>AHS US LOANGO XT LS CACOVGO (1770). 34?
vèrent que deux ou trois qui se plaignissest de la së'T^ëritë de la morale érangiëlique ; et cet nègres étaient de ceux qui fréquentent habitneUenMmt les Européens.
Ce foi au milieu de toutes leurs prospërités, au moment où le roi de Cacongo se disposait à fiûre bâtir une vaste église , et oii la capitale et les pro» ▼inces , eomme nous l'apprend Tabbë Proytrt, désiraient également d'être éclairées, que les missionnaires se virent forcés de repasser en France et d'a^ bandonner une terre qu'ils avaient si bien prépsrée. Celui qui était resté malade à KJngueié ne se rétablissait pas, et l'état d'épuisement auquel il était ré« doit ne lui laissait que la perspective d'une mort iné» vitable. Son confrère le pressa de s'embarquer pour l'Europe , et l'y détermina dans le mois de janvier 1770. Il quitta lui-même l'Afrique peu de temps après, et arriva heureusement en France. Le plus grand résultat de ce voyage fut la connaissance que les missionnaires acquirent du langage du pays ; ils en rédigèrent un dictionnaire et une grammaire pour leur usage particulier. On verra ci-4iprès quels secours ib en tirèrent dans leurs travaux ultérieurs (i).
s IV.
Voyage de quelques autres missionnaires français à Cacongo
et LoangOy 1778 à 1776.
Lorsque les quatre missionnaires dont on vient de lire les relations se trouvèrent réunis en France ,
(1) Proyait, p. )3oàs77.