‹ Collection des relations de voyages par mer et par terreChapitre 42 sur 80 · VOYAGES DES MISSIONNAIRES FRAITÇAIS · texte numérisé non relu

VOYAGES DES MISSIONNAIRES FRAITÇAIS

ils examinèrent quels seraient les moyens de doniier une suite durable à leur entreprise., et d'en assurer le. succès. Deux d'entre eux se rendirent à Paris en 1 772. Les archevêques de Paris et de Tours don*nèrent des louanges à leur zèle. Leur projet de mission fut examiné avec soin , et rendu public par un petit mémoire, imprimé à Paris chezKnapen. Le clergé de France ,. alors assemblé,, accorda des. secours, pour en faciliter l'exécution; et le pape l'aur torisa^par un rescrit. Au commencement de 17.73, six ecclésiastiques se trouvèl:'ent prêts à partir avec un pareil nombre de laïques, qui devaient travailler à cultiver la terre. .Un négociant de Nantes eut la générosité d'équiper un petit navire pour leur donner passage, et le. 7 de mars ils s'einbarquèrent à Paimbœuf , sur la Loire , que l'abbé Proyart appelle la rivière de Nantes.

Dès la première nuit, le bâtiment donna sur un banc de sable, d'où on eut. beaucoup de peine, à le dégager. Le 8 avril, on relâcha à San-Iagp, la principale, des îles du cap .Vert, possédée par les Portugais. De la ville de Praya où l'on avait mouillé, les missiojinaires se rendirent à la capitale, qui en est éloignée d'environ trois lieues. Les rois de Portugal ont fondé, dans cette ville, un couvent de religieux franciscains , qui enseignent la grammaire et la philosophie. Il paraît même que leur collège est assez fréquenté , puisqu'un grand nombre des insulaires parlent latin avec facilité. L'évéque a aussi un séminaire où l'on enseigne la théologie à ceux qui se disposent à l'état ecclésiastique. La plupart des habitants de San-Iago sont nègres. Ils pars^issent

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Uvoir à peu près les mêmes inclinations que les naturels de la côte , mais ils montrent plus de décence dans leurs mceurs*

Jue bâtiment qui portait les missionnaires sortit de la rade de la Praya dix jours après y avoir mouille ; le reste de la traversée se fit heureusement , et le a8 juin 1773 on prit terre en Afrique sur la côte de lomba ou Mayomba. Ce royaume confine à celui de Loango, et on y parle la même langue.

Les missionnaires le quittèrent pour se rendre par terre à Kinguelé, capitale du Cacodgo. Pendant la première journée ^ et après avoir traversé un village , ils côtoyèrent une vaste forêt bien plantée ^ dressèrent leur tente sur les bords d'une source d'eau douce , et passèrent la nuit dans cet endroit. Le lendemain ils rencontrèrent sur leur route des nègres occupés à fabriquer du sel, en faisant évaporer de l'eau de mer sur le feu. Dès que ces naturels aperçurent les missionnaires, ils abandonnèrent leurs travaux, et s'enfuirent à toutes jambes vers la forêt. Le lendemain dimanche , on côtoya fort long-temps une grande et belle rivière qu'on ne put passer qu'à son embou<chure. Elle y coulait avec rapidité; mais sa plus grande profondeur n'était que de trois à quatre pieds. Le lundi soir, les missionnaires se trouvèrent en présence d'une autre rivière. Des indigènes, qui étaient sur la rive opposée , les passèrent dans leurs pirogues, et les conduisirent à leur village, appelé Makanda, et le premier du royaume de I^ango.

Le lendemain au soir, on se trouva à l'embouchure, d'une grande rivière qui n'était pas guéable. Il fallut

3âo VOTACES DÈS MlSSIOi^lr\lRBS FRANÇAIS

se déterminer à passer la ouït sous la tente à coté d'un grand feu. Les missionnaires traversèrent, au jour, la rivière dans la pirogue d'un nègre, et s'écartèrent dans l'intérieur pour chercher des vivres dont ils manquaient absolument Le hasard les conduisit dans un gros village , nommé Kilongo , où ils furent très mal reçus, et où ils ne trouvèrent personne qui voulût leur donner ni leur vendre des provisions. Vers le soir, épuisés de faim et de fatigue , et résolus à passer la nuit sur les bords d'une rivière large et profonde qui leur barrait le chemin comme la veille, nos voyageurs s'approchèrent d'une for^ pour couper du bois; raab, à peine eurent-ils fait quelques pas , qu'ils aperçurent une petite cabane , sans doute consacrée aux fétiches , où ils trouvèrent du feu, une grande quantité de manioc vieux, frais, cuit et cru , et une provision de noix de palmiers. L'abbé Proyart, qui ignorait sans doute que ces cases , consacrées par les nègres k leurs dieux tutélaires , sont très communes en Afrique , surtout dans le voisinage des bois et des grandes rivières , paraît à tort surpris de la découverte des missionnaires, et donne, dans cet endroit, k son récit une conlenr mystérieuse qui a quelque chose de superstitieux et de puéril.

Le lendemain , on passa la rivière dans un canot du pays , et l'on rencontra vers le soir un nègre attaché au service d'un grand seigneur , nommé Jeao Kougni , qui conduisit la petite caravane au vîHage de son maître. Deux jours après les missionnaires rencontrèrent une rivière considérable. li y avait sur le

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bord une multitude de aègres , qui attendaient leur tour pour le passage. Dès que les missionnaires se présentèrent^ tous se retirèrent en leur disant y qu'étant voyageurs et étrangers, c'était à eux de passer les premiers. Dans l'après-midi , on aperçut la baie de Loango ; mais on ne put y arriver que le leadetnain, ii juillet

Depuis la côte de lomba ou Mayoroba jusqu'à Loango ^ nos voyageurs jouirent du spectacle le plus magnifique ; Soit qu'ils côtoyassent la mer, soit qu'ils s'écartassent dans les terres, ils apercevaient de toutes parts de vastes forêts entrecoupées de belles platues , auxquelles il ne manquait que la culture. La hauteur des herbes qui y croissent naturellement annonce la fertilité du sol.

Ijes missionnaires étant remis des fatigues de leur

voyage , se rendirent è Bouali , capitale du royaume

de I^oango» Ils demandèrent et obtinrent audience

du roi. U y avait peu dé temps que ce prince était

monté sur le trône, après un interrègne de plusieurs

années. U les reçut avec bonté, en présence de ses

ministres et de ses officiers , et il leur demanda ce

qu'ik souhaitaient de lui. Descourvières , qui parlait

la langue avec le plus de facilité , lui exposa le sujet

de leur voyage. Le monarque l'approuva , et voulut

les retenir dans ses états ; mais les missionnaires re*

fusèrent toutes ses offres pour se rendre à leur pre*

aière destination.

Les fatigues qu'ils avaient éprouvées depuis leur départ de lomba ne leur permettant pas de conti« nuer leur route à pied jusqu'au royaume de Cacongo^

Î5tf VOTAGEB DES MISSIOSKàIRCC FKAMÇAIS

ilf profitèrent, au défaut d'occasion &vorable, cTiuie petite chaloupe fort mal guipée, que leur offiit un capitaioe. Us en étaient tes seuls conducteurs, et touveot ils étaient obligés de la faire avancer à force de rames. Elle allait si lentement lorsqu'ils parurent sur ta côte de Cacongo , qu'un capitaine anglais , les prenant pour des pirates , envoya un canot pour les reconnaître; et ils ne parvinrent i entrer daos la rade que par l'influence d'un capitaine provençal qui les prit sous sa protection. Deux d'entre eux mourureat peu de temps après leur arrivée.

Le roi permît au reste de l'expëditiou de trhoîsir une résidence aux environs de la capitale, et d'y former un établissement. Les missionnaires firent choix d'une plaine découverte , située près du village de Kilonga. Ce fut le 1 8 de septembre 1 773 qu'ils commencèrent à habiter leur nouveau domicile. Cette habitation était agréablement située sur une éminence , d'où 00 découvrait d'un côté une plaine étendue , et de l'autre de beaux coteaux et des forêts toujours vertes. Ils avaient également, sur te terrain que le roi leur avait accordé, un lac d'eau douce qui aurait pu leur fournir d'excellents poissons , dit l'abbé Projart , s'ils avaient eu quelqu'un pour les pécher. Les missionnaires étaient encore dans le même lieu trois ans après leur établissement, au moment où parut la relation de leurs travaux. Le roi n'avait pas cessé de leur être favorable , et tes naturels montraient envers eux les meilleures dispositions (i).

DANS JSE IDANGO ET LE CAGONGO {l^J^i). 353

Voyage de DescoorYières et de Qoilliel d'Aobignjy chex les nègres convertis de Mangaenzo.

n y avait déjà quelque temps que les missionnaires étaient établis à Kilonga , lorsqu'ils apprirent qu'une peuplade du Sogno , vaste contrée autrefois visitée par les premiers missionnaires portugais, et en partie convertie à la foi catholique , avait passé le fleuve Zaïre, et fondé, depuis plusieurs années, une colonie dans une plaine inculte sur le territoire du roi de Congo. Cette colonie formait comme une petite province, séparée des autres par son culte et ses usages. Manguenzo était son principal village , et la population chrétienne de toute la peuplade s'élevait à environ quatre mille âmes.

Le 7 août, Descourvières et d'Aubigny partirent de Kilonga pour aller visiter cet établissement. Le lendemain ils arrivèrent à Kinguelé ; et le quatrième jour, depuis leur départ de Kilonga, ils atteignirent Guenga, après avoir éprouvé quelques retards à la cour du roi de Cacongo. On leur dit que la plupart des habitants de Guenga étaient chrétiens. Ils en-» trèrent le même jour dans Manguenzo, qui n'est qu'à douze lieues françaises de Kinguelé , et à une distance à peu près égale du fleuve Zaïre. Ce village est agréablement situé sur une éminence , d'où l'eu découvre plusieurs hameaux de sa dépendance, qu'on dît être au nombre de douze. On apprit aussi aux

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