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Obierrations rar In mteun, Im uugM et let diTcrtiHemeau det nègre* du Looogo.
Il aérait injuste, tuivant l'abbé Projart, déjuger les nègres du Loaogo d'après les enclaves qu'oo envoie dans tes colonies d'Am^ique, ou d'après les habitaatB des côtes. Les premiers sont ou des pnsonniers de guerre étrangers au Loango, ou des individus condamnés pour leurs crimes ; et les demiera, des indigènes déshonorés, corrompus par le commerce des Européens et par le mélange des autres races nègres. Mais lorsqu'on pénètre dans l'intérieur des terres on trouve une nation, à la vérité sans énergie morale et physique, mais douce, bienveillante, docile et intelligente.
Les missionnaires ont eu plus d'une fois l'occasion de remarquer que .ces nègres sont doués d'une heureuse mémoire et d'un esprit juste et pénétrant. La politesse et l'hospitalité . sont aussi.au nombre de leurs qualités : un voyageur qui passe par un village à l'heure du repas, entre sans iaçon dans la première case, et il y est bien venu. Le maître du logis le traite de son mieux ; et lorsqu'il s'est reposé , il le conduit dans son chemin. Les missionnaires se mettaient souvent en route sans vivres et sans marchandises pour s'en procurer, et ils étaient partout reçus humainement. Pendant une des guerres o . . ^^^^ l'Angleterre, un vaisseau
DANS LE LOAJTGO ET LE GAGOKGO (l'J^'i)' 357
français ayant échoué dans la rade de Loango, deux ou trois matelots se sauvèrent à la nage, et se retirèrent dans un village voisin nommé Loubou. Les habitants de Tendroit les reçurent avec bonté et pourvurent à leurs besoins. Us les logèrent , les nourrirent et les habillèrent sans exiger d'eux aucun travail jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé l'occasion favorable de repasser en France.
Au Loango, la polygamie est autorisée par les lois , et il est permis à un homme d'épouser autant de femmes qu'il le juge à propos ; mais cette liberté qu'accorde la loi , la nature la restreint : le nombre des femmes parmi eux ne parait pas surpasser, suivant l'abbé Proyart, celui des hommes; peut-être même ne l'égale-t-il pas, en sorte qu'un grand du pays ne saurait épouser vingt femmes sans mettre dix-neuf de ses concitoyens dans la nécessité de garder le célibat. Ceux qui ont plusieurs femmes mettent entre elles quelque distinction. Les unes sont épouses du premier ordre , et les autres du second ordre. Il y en a même dans cette dernière classe qm sont véritablement esclaves. La condition des femmes du commun forme le contraste le plus 'frappant avec celle des princesses. Tandis que celles-ci traitent leurs maris en maîtresses impérieuses, celleslà sont auprès des leurs dans une dépendance qui tient de la servitude. Le nègre dont une princesse a fait choix pour son époux, commence par se frotter le corps d'huile de palmier et par se peindre en rouge ; c est là le premier .exercice d'une retraite d'un mois qu'il passe tout entier sans mettre le pied hors
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de sa case. Pendant tout ce temps , il ne se nourrit que des mets les plus communs, et il ne boit que de Teau. Au bout du mois il se lave , et il épouse la princesse avec beaucoup d'appareil. Mais le jour de ses noces est le dernier de sa liberté. Le mari d'une princesse est moins son époux que son esclave et son prisonnier. Il s'engage , en l'épousant , à ne plus regarder aucune femme tout le temps qu'il habitera avec elle. Jamais il ne sort sans être accompagné d'une nombreuse escorte. Une partie de ses gardes prennent les devants pour écarter toutes les femmes du chemin par où il doit passer. Si nialgi*é ces précautions une femme se rencontrait sur son passage, et s'il a le malheur de jeter les yeux sur elle, la princesse , sur la déposition de ses espions , peut lui &ire trancher la tête; et ordinairement elle use de son droit. Cette sorte de libertinage, soutenu par la puissance, porte souvent ces femmes altières aux derniers excès; la cruauté semble leur être naturelle, et leur colère est ordinairement suivie des plus atroces exécutions (i). Les femmes du commun sont bien loin d'exercer le même empire sur leurs maris. Quand elles leur parlent, ce n'est jamais qu'à genoux. Elles sont seules chargées de la culture des terres et de tous les travaux domestiques; c'est à elles à pourvoir à leur subsistance et à celle de toute la famille. Le mari se charge , pour l'ordinaire , de donner des vêtements et d'entretenir la case; il va à la chasse et à la pêche.
( I ) Proyart , HUt. élu Loango ^ p. 9 1 .
DAlfS i;^ LOANGO ET LE CAGONGO (l773). 359
Les successions sont soumises à des règles particulières qui semblent &ites pour assurer leur transmission à l'héritier te plus certain , et dont il est le moins Êicile de contester les titres. Les enfants n'héritent pas de leur père, mais seulement de leur mère. Les biens du père sont réversibles après sa mort à sou frère utérin , s'il en a un ; au défaut de frère, au fils aîné de sa sœur aînée utérine, ou enfin au fils aine de son plus proche parent maternel (i). Ces lois de succession sont observées dans la plus grande partie des contrées d'Afrique habitées par des peuples nègres.
La servitude qui pèse sur les femmes mariées s étend aussi à leurs filles. Dès leur enfance, les garçons ne veulent prendre aucune part aux travaux dont leur mère et leurs sœurs sont accablées. Un missionnaire entendait un jour une mère qui donnait une commission à son fils ; l'enfant , qui n'était âgé que d'environ huit ans , lui répondit gravement : « Pensez donc que je suis garçon. »
IjCs nègres du Loango se livrent avec passion au plaisir de la conversation, de la musique, et surtout de la danse. Quoique cet exercice soit très fatigant dans les pays chauds, il y est fort en usage. Au Loango la danse est quelquefois un divertissement , et plus souvent une cérémonie religieuse. Les nègres dansent quand ils sont dans la tristesse , comme lorsqu'ils sont dans la joie. Aux funérailles de leur père, comme au jour de leurs noces, le chaut ac-
(i) Proyart, Hist. du Loango, p. y5.
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compagne toujours la danse. Le plus qualifié de la troupe, ou celui qui sait le mieux chanter, commence seul, et les autres répètent en dansant, comme font encore les. paysans dans nos. provinces. Ils n'ont pas de chansons composées , ils les font sur-le-champ , et ils en tirent le sujet des circonstances du moment. Les missionnaires entendaient un jour une femme qui déplorait en dansant son malheur et celui de ses enfants à l'occasion de la mort de son mari : elle comparait le défunt au toit de la maison dont la chute entraîne bientôt la ruine de tout l'édifice. Autant les nègres s'éloignent de la douceur et du naturel dans leurs concerts, autant ils mettent de sentiment et de vérité dans leurs danses et. dans leurs chansons rustiques. Qu'elles soient attristées par la douleur ou animées par la joie, elles sont toujours l'expression fidèle de la nature. Ou se sent ému malgré soi quand on est spectateur de la pantomime de ces peuples. Un jour que deux, missionnaires passaient par un village , on vint annoncer à une mère que des voleurs avaient enlevé son fils, et l'avaient vendu comme esclave aux Européens. Cette femme , à cette nouvelle inattendue , sort de sa maison tout éplorée , tenant sa fille par la main , et se met aussitôt à danser avec elle , chantant son malheur sur le ton le plus attendrissant. Tantôt elle maudissait le jour qui l'avait rendue mère, tantôt elle appelait son fils, en faisant des imprécations contre les scélérats qui le lui avaient enlevé; ou bien elle reprochait leur cruelle avarice à ces marchands européens qui achètent de toutes mains ceux
murs i;e liOAiTGo bt le gacohgo (i773). 36 i qui leur sont proposes comme esclaves. Frappes de la nouveauté du spectacle , les missionuaires s'arrêtèrent un moment : les accents de cette mère désolée , l'abondance de ses larmes , les mouvements irréguliers qui l'agitaient tour à tour, le désordre même de sa danse , tout exprimait la nature avec tant d'énergie, que les missionnaires, pénétrés eux-mêmes d'une affliction profonde , sentirent couler leurs larmes , et se retirèrent le cœur brisé (i).
X^ies femmes ont comme les hommes leurs assemblées pour les divertissements et les danses , mais aux jours de fêtes seulement, ou lorsqu'elles ont fini leurs travaux des champs et du ménage. Elles ne sont jamais confondues avec les hommes; l'épouse même ne danse pas avec sqn mari, ni la sœur avec son frère. Elles ne travaillent que trois jours de suite ; le quatrième est pour elles un jour de repos général, pendant lequel il ne leur est pas permis de s'occuper de la culture des terres. Les hommes , qui se reposent habituellement, travaillent encore moins ce jour4à. On se promène , on joue , on fréquente surtout les marchés. Les missionnaires n'ont pu tirer des nègres aucun éclaircissement sur l'origine de cette période de quatre jours, qui forme comme leur semaine. Us ne connaissent ni mois ni années; quand ils comptent le temps, ce qui est rare , c'est par heures et par saisons. Ainsi, pour leur faire entendre que Jésus-Christ est mort à trente-trois ans , on leur dit qu'il était âgé de soixante-six saisons (2).
(i) Proyart, HUt, du Loango, p. 114 et tuiT. (9) Proyart, Hitt, du Loan^Of p. 116.
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