‹ Collection des relations de voyages par mer et par terreChapitre 45 sur 80 · VII · texte numérisé non relu

VII

Religion et cérémonies religieuses.

Les relations des missionnaires, recueillies par l'abbé Proyart, contredisent l'opinion dés pre* mier^ voyageurs qui ont cru que tes habitants du Loango n'avaient aucune notion d'un Être suprême. Ces nègres reconnaissent un dieu qui a créé tout ce qu'il y a de beau et de bon dans l'univers , et qui punk sévèrement la fraude et le parjure ; ils le nomment Zambi. Ils prennent son nom en témoignage de la vérité , et ils regardent le parjure comme un des plus grands crimes. Ils prétendent même qu'une espèce de maladie qu'ils appellent zambi-a-n-pongou en est la punition; et ils disent, en voyant celui qui en est atteint : ce Voilà un parjure. i>

Outre ce dieu juste et parfait, ils en admettent un autre, auquel ils donnent des attributs tout différents : le premier a tout créé, celui-ci voudrait tout détruire; il se plaît dans le désordre et dans le mal qu'il fait aux hommes; c'est lui qui leur conseille l'injustice, le parjure, les vols, les empoisonnements et tous les crimes; il est l'auteur des accidents, des pertes, des maladies, de la stérilité des campagnes, en un mot de toutes les misères qui affligent l'humanité, et de la mort même. Us le nomment zambi-an'bi, dieu de méchanceté (i).

(i) Proyart, Hist, du Loango, p. 187 et suiv.

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les nègres, persuadés que le dieu bienfistisant leur toujours favorable, ne songent qu'à apaiser le dieu du mal : les uns , pour se le rendre propice , ne mangent jamais de volaille ou de gibier; d'autres s'ab* siiennent de certaines espèces de poissons , de fruits ou de légumes; il n'en n'est aucun qui ne s'impose quelque privation de ce genre pendant tout le cours de sa vie. La seule manière de lui faire des offrandes est de laisser périr sur pied , en son honneur, quelques arbres chargés de leurs fruits : le bananier est cehii qu^on lui consacre de préfiérence. Ils ont des idoles qu'ils honorent moins comme des dieux que comme les interprètes de la divinité. Ce sont des figures de bois grossièrement travaillées, dont quelques unes sont de taille naturelle ; on trouve de ces idoles dans les villes et les villages, et quelquefois dans les bois et les lieux écartés. Les particuliers vont les consulter pour apprendre d'elles quel sera le succès de leurs entreprises ; quelques uns croient qu'elles parlent quelquefois , et tous sont persuadés qu'elles inspirent ceux qui les consultent. Outre ces idoles du premier ordre, il y en a d'autres que les particuliers gardent chez eux, ou qu'ils portent suspendues à leur ceinture, comme des préservatifs contre les accidents.

Les ministres du culte s'appellent gangas ; ils sont aussi ignorants, mais plus fourbes que le reste du peuple. Les plus vieux soumettent à des épreuves et à une infinité de cérémonies ridicules ceux qui veulent être agrégés à leur corps. On les consulte sur l'avenir, et on croit qu'ils ont commerce avec l'esprit

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malfaisant. On n'a pas remarque que ces prêtres offrissent aucune espèce de sacrifice à la divinité. A la naissance des enfants , on appelle les gangas, qui leur -imposent quelque pratique superstitieuse à la quelle ils doivent rester fidèles toute leur vie. Les missionnaires ont vu, dans le village de Loubou, un garçon et une fille auxquels le mariage ëtait interdit , et qui étaient obligés , sous peine de mort , à garder toute leur vie une continence parfaite : on ignore quelle était la cause ou l'origine de cette privation.

Les nègres blancs ou les albinos sont respectés dans le royaume de Loango. On les place au-dessus des gangas, et on les regarde comme des hommes extraordinaires et divins. Les missionnaires ont vu vendre les cheveux de l'un de ces hommes comin< des amulettes qui avaient la vertu de préserver d toutes sortes d'accidents. On remarque que ces nègr* ont toujours la chevelure et la barbe de coule blonde ou rousse, la vue faible, et le regard [> assuré (i).

Les missionnaires, pendant leur séjour dans contrées , se sont attachés d'une manière particuli à découvrir quelle était l'opinion des habitants > la nature de l'âme, et sur sa destinée; et ils ont ' connu que tous croyaient que l'âme était spirituel et qu'elle survivait au corps , sans savoir cependa» quel était son état, après la séparation du corps : i! disent seulement qu'ils croient qu'elle fuit les villes c les villages, et qu'elle voltige dans les airs, au-dessu des bois et des forêts, en la manière qu'il plaît à Dicii

(i) Proyart, Hist. du Loango, p. 196.

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Ce sentiment des nègres sur Timmortalité de aine y joint à leur incertitude sur son état futur, eur inspire à la fois beaucoup de respect pour les norts, et une grande frayeur des revenants : aussi les funérailles se célèbrent-elles avec toute la pompe possible. Dès que le malade a rendu le dernier soupir, les prêtres, qui exercent la médecine, se retirent, ainsi que les joueurs d'instruments; ses proches s'emparent de son coi*ps qu'ils exposent sur un échafaud , au-dessous duquel ils allument un feu qui rend une épaisse fumée. Quand le cadavre est suffisamment enjfumé, on le laisse pendant quelques jours à l'air libre, en plaçant à côté une personne qui n'a d'autre emploi que de chasser les mouches qui voudraient s'en approcher; on l'enveloppe ensuite d'une quantité prodigieuse d'étoffes étrangères ou indigènes. On juge de la richesse des héritiers par la qualité des étoffes, et de leur tendresse par la grossetir du rouleau. La momie ainsi vêtue est conduite sur. une place publique , et quelquefois logée dans une espèce de niche où elle reste exposée plus ou moins de temps , selon le rang qu'elle occupait dans le monde. L'exposition la moins longue est toujours de plusieurs mois , et souvent elle est d'une année entière. Pendant tout ce temps les parents , ^cs proches , les amis , et surtout les épouses du mort, qui transportent leurs cases près de l'endroit où il est exposé, s'assemblent régulièrement tous les soirs pour pleurer , chanter et danser autour de la loge funèbre.

La veille du jour fixé pour l'enterrement on en-

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ferme le coqis, avec toutes les étoffes qui l'enveloppent y dans une gratide bière travaillée avec art en forme de tonneau. Le lendemain on place la bière sur une espèce de petit char funèbre traîné par des hommes, et l'on se met en marche : on a soin d'aplanir les chemins par où le convoi doit passer. Pour les morts illustres , tels que les rois et les princes ^ on en perce de nouveaux à travers les campagnes, de la largeur de trente à quarante pieds. Tout le long de la route on fait le plus de bruit qu'il est possible; on danse, on chante, on joue des instruments, et tout cela se fait avec de grandes démonstrations de douleur. Souvent la même personne danse, chante et pleure en même temps. Quand on est arrivé au Ueu de la sépulture, qui est quelquefois fort éloigné des villes ou des villages, on descend la bière dans un trou d'environ quinze pieds de profondeur, percé en forme de «puits, qu'on remplit aussitôt de terre. Les riches enterrent souvent avec le mort ses bijoux favoris, «et quelques pièces de corail ou d'argenterie. Il y en a qui exhaussent la tombe, et qui mettent à coté des provisions de bouche , des dents d'animaux , ou quelques antiquailles qui étaient les objets du respect et de la superstition du défunt (i).

(i) Proyart, Hist, du Loango, p. 19S et suit.

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S vni.

Gouvernement, lois, pouvoir du roi et privilèges des grands.

Expéditions militaires*

Le gouvernement du Loango est pm'ement despotique. Les naturels disent que leur vie et leurs biens appartiennent au roi, qu'il peut en disposer et les en priver quand il lui plaît. Ils lui donnent des marques de respect qui ressemblent à Tadoration. Le peuple est persuadé que la puissance du roi n'est pas bornée à la terre, et qu'il peut à sa volonté fitire tomber la p\me du ciel.

Le roi, qui règne eu despote sur le peuple, se voit souvent inquiété dans l'exercice de sa puissance parles princes ses vassaux, dont plusieurs ne lui cèdent pas beaucoup en forces. Les principaux ministres sont le ma-ngovo, le ma-npootou, le ma- 1^, le m*fouka et le ma^inba. Le premier, qu'on ^ appelé aussi maogove , introduit les étmngers h la cour; le ma-npoutou hii est adjoint; le ma-kaka ^st \e généralissime des 'armées; le m-fouka, que 'es Français appellent mafouc, est le ministre du commerce : il est chargé de veiller sur les marchés à^ indigènes avec les Européens, et de percevoir 1^ droits que le roi lève sur 'les étrangers qui trafi- <\uent dans ses états. Le ma*kinba inspecte les bateliers, les pécheurs et les chasseurs. Enfin, on compte encore au nombre des ministres un mani-banza, un

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mani-bêlé, et quelques autres dont on ignore les fonctions (i).

Il y a dans toutes les provinces et dans toutes les villes un gouverneur pour le roi. Les chefs des villages sont aussi des officiers du roi; ils rendent la justice en son nom. Us sont d'autant plus exacts à exiger que chacun lui fasse des présents proportionnés à ses revenus, que c'est eux-mêmes qui sont chargés de les recevoir et de les faire passer à la cour/ Le roi seul nomme à toutes les charges de l'état; mais elles sont ordinairement accordées à ceux qui en offrent le plus haut prix.

La couronne, suivant l'abbé Proyart, n'est pas héréditaire dans cette partie de l'Afrique, comme l'ont écrit plusieurs auteurs. U y a dans chaque royaume une famille, ou plutôt une classe de princes qui peuvent tous y prétendre. A la mort de" chaque roi il y a toujours un interrègne , pendant .lequel on célèbre les obsèques du défunt, qui n'est ordinairement enterré qu'au bout de quelques années. Le royaume est alors gouverné par un régent, qui prend le titre de ma-boman, c'est-à-dire, seigneur.de la terreur, parce qu'il a le droit de se faire craindre par tout le royaume. C'est le roi qui de son vivant nomme le marboman : la loi même , pour prévenir les inconvénients, de l'anarchie, l'o-' blige à en désigner deux , dont le second^ en cas demort du premier, est chargé des aJBTaires jusqu'à ce qu'on ait élu un nouveau roi. C'est pendant cet in-

(i) Proyart, Hùt. duLoangc, p. ia4.

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terrègne que les prétendants forment leurs brigues , et qu'à force de présents et de promesses ils tâchent de se rendre les électeurs favorables. Ces électeurs sont les princes, les ministres et le régent. Le roi actuel de Loango (i) n'a été élu qu'après un interrègne de sept ans; et son prédécesseur, qui est mort en I ^66 , n'est pas encore enterré. Ce délai a été occasionné par une contestation survenue entre les habitants de Loango ou Bouali , qui prétendent que le prince doit être enterré dans sa capitale, et ceux de Loanguilli, lieu ordinaire de la sépulture des rois, qui ne veulent pas faire cession de leur privilège.

Dans certains royaumes, le monarque désigne lai-même son successeur; mais tous les souverains n'ont pas ce droit : on le conteste aux rois de Loango et de ITGoio ou Angoy. Le roi désigne son successeur en le mettant en possession d'un fief qui ne peut être possédé que par celui qui doit succéder à la couronne. Ce fief s'apelle kaïa , et le prince à qui le oi en donne l'investiture quitte ses autres titres pour prendre celui de ma-kaïa ou macaye. Du jour où le makaîa a pris possession de sa seigneurie, rentrée de la capitale lui est interdite, jusqu'à ce que le roi soit mort et enterré.

C'est le roi qui fait les lois et qui les applique dans les circonstances importantes. Quand il veut porter une loi, il assemble ses ministres et ses principaux officiers; et, après avoir pris leur avis, il leur déclare sa dernière volonté, qu'ils transmet-

(0 L*abbé Proyart écrlyaît en 1776. *

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