‹ Collection des relations de voyages par mer et par terreChapitre 47 sur 80 · SIX · texte numérisé non relu

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Langue du Loango et du Cacongo.

L'abbé Proyart a donné , dans le chapitre xix de la première partie de son histoire , quelques éclaircissements sur la langue du Cacongo ; mais ses remarques, assez peu importantes en elles-mêmes, et les étymologies hébraïques , grecques et latines qu'il y a jointes, font beaucoup regretter qu'il n'ait pas publié à leur place un extrait du dictionnaire et de la grammaire que les missionnaires, dont il s'est fait l'historien, avaient rédigés sur les lieux, et qu'ils ne cessèrent de perfectionner pendant leur long séjour dans ces contrées ( i); nous aurions de moins l'érudition toujours suspecte, et souvent ridicule, de TabbéProyart, et de plus un échantillon précieux d'un dialecte de l'Afrique qui est aujourd'hui entièrement inconnu. Le petit nombre de règles générales de grammaire qu'il a rédigées sont même, en partie, inutiles, puisqu'on n'a pas les mots auxquels on pourrait en feii*e l'application. Nous recueillerons cependant les plus importantes.

La langue de Cacongo, la même à peu près que celle de Loango , N'Goio , lomba et des autres petits états voisins, diffère esseotiellement de celle du Congo. Plusieurs articles semblables et un grand nombre de racines communes semblent cependant

(i) Proyart, H'ut. du Loango, p. 358.

AANS LB LOANGO ST LB CACONGO (l773). $79

breu y propose aux savants l'importante question de savoir comment il a pu arriver que les langues des Juife , des Grecs et des Romains aient concouru à former celle du Cacongo (i). Pour aider les érudits dans cette recherche, il s'est donne la peine de rassembler quelques ëtymologies empruntées à ces trois langues, sans se douter qu'il commentait, au lieu d'un idiome africain , quelques mots purement portugais : ainsi les moispena, peine, ei/bulla^ souffler, qu'il (ait venir des mots grecs Ttrirr et ^oXAir, ne sont que les mots portugais pena et /elle , qui ont la même signification ; il en est de même de mésUj table, et bénéy beaucoup, grandement, que l'abbë Proyart fait dériver des mots latins mensa et benè. Pena et mesa sont des expressions portugaises qui n'ont subi aucune altération ; foulla est un peu modifié, ainsi que bênéi mais ce dernier a, comme le mot portugais bem , un sens plus étendu que le mot latin benè.

\j^ nègres du Tx)ango commencent à compter par un, deux, trois, et jusqu'à dix; mais au lieu de dire dix, ils se servent du mot dizaine, et ils continuent à compter dizaine-un, dizaine-deux, dizaiue-trois jusqu'à vingt; alors ils disent deux dizaines, puis deux dizaines-un , deux dizaines-deux , etc. ; ils comptent ainsi jusqu'à neuf dizaines-neuf ; ils disent alors centaine-un, centaine-deux, etc., jusqu'à mille, et ils continuent ainsi à l'infini {1).

(1) Proyart, Hist, du LoangQ, p. 187.

(a) Proyart, Hist, du Loango^ p. 117.

378 VOTAGU DES MISSIOVHAIilBS FRAZTÇAJS

expressions. Chaque terbe simple a au-dessous de lui plusieurs autres verbes dont il est la racine , et qui , outre la signification principale, en ont une accessoire , que nous ne rendons que par des périphrases. Sala y par exemple, veut dire travailler; salUa, fitciliter le travail; salisia^ travailler avec quelqu'un; salisla^ &ire travailler au profit de quelqu'un ; sazia^ aider quelqu'un à travailler; salanga, être dans l'habitude de travailler; salisiana^ travailler les uns pour les autres ; salangana , être propre au travail. Il n'y a pas de verbe racine qui n'admette de semblables modifications; et, au moyen de certains augments, chacun de ces verbes désigne encore si l'action qu'il exprime est rare ou fréquente ; s'il y a dans cette action difficulté, aisance, excès. Il en est Je même des autres nuances du discours. Au milieu de cette profusion de verbes, on est surpris 4e n'en point trouver qui réponde à celui de vwre^ qui se rend par les périphrases , accompagner son âme , ou être avec son cœur.

Les Portugais , qui précédèrent tous les peuples européens dans cette partie de l'Afrique, enrichirent la langue primitive des naturels d'un assez grand nombre de mots, que les missionnaires français prirent sans doute pour des expressions indigènes. Cette première méprise en a fait commettre une autre non moins grossière à l'abbé Proyart. Cet auteur, ignorant la langue portugaise, dont les mots sont en grande partie d'origine grecque et latine , et surpris de trouver dans un idiome des nègres quelques mots dérivés de ces langues anciennes, et même de Hié*

BANS UB LOANGO ST LE CACOMOO (l773). 379

breu y propose aux savants l'importante question de savoir comment il a pu arriver que les langues des Juifs y des Grecs et des Romains aient concouru à former celle du Cacongo (i). Pour aider les ërudits dans cette recherche, il s'est donné la peine de rassembler quelques étymologies empruntées à ces trois langues , sans se douter qu'il commentait , au lieu d'un idiome africain , quelques mots purement portugais : ainsi les moispena, peine, ei/bulla^ souffler, qu'il fait venir des mots grecs Tiriyf et ^oxAtr, ne sont que les mots portugais pena et Jolie, qui ont la même signification ; il en est de même de mésUj table, et béné, beaucoup, grandement, que l'abbé Proyart fait dériver des mots latins mensa et bene. Pena et mesa sont des expressions portugaises qui n'ont subi aucune altération ; foulla est un peu modifié, ainsi que bênéi mais ce dernier a, comme le mot portugais bem , un sens plus étendu que le mot latin benè.

Les nègres du Loango commencent à compter par un, deux, trois, et jusqu'à dix; mais au lieu de dire dix, ils se servent du mot dizaine, et ils continuent à compter dizaine-un, dizaine-deux, dizaine-trois jusqu'à vingt; alors ils disent deux dizaines, puis deux dizaines-un , deux dizaines-deux , etc. ; ils comptent ainsi jusqu'à neuf dizaines-neuf ; ils disent alors centaine-un, centaine-deux, etc., jusqu'à mille, et ils continuent ainsi à l'infini (2).

(1) PrQyart, Hist. du Loango, p. 187.

(a) Proyart, H'uL du Loango , p. 117.

38o VOTAGB8 DES MISSIOITirAlJlES FRAITÇAIS .

SX.

Industrie et comoieroe.

Nous réunissons dans un seul paragraphe ce que l'abbé Proyart nous apprend sur les arts, Tindustrie et le commerce du Loango.

Les médecins sont très révérés au Loango ; ils portent le nom de gangas, qui signifie prêtre en langue du pays , et leur art fait partie de la religion. Les fomentations, les ligatures avec des bandelettes et l'emploi de certaines plantes, sont les seuls remèdes qu'ils connaissent. Us soufQent ordinairement sur la partie malade avant d'y appliquer aucun médicament. La musique est aussi une des ressources de leur art; plus le malade est dangereusement attaqué, plus les musiciens doivent faire de bruit; les sons discordants des grossiers instruments du pays suffiraient pour tuer un malade européen. Dès que le patient est mort, ou quand il est guéri , ses parents font une quête dans le village au profit du médecin qui l'a traité pendant sa maladie. Les maladies les plus communes dans ces climats sont les fièvres , la petite-vérole, la rougeole et la paralysie. On trouve, dans cette partie de la Guinée , un grand nombre de nègres qui parviennent à une extrême vieillesse. Le roi de Cacongo, nommé Poukouta, était âgé de cent vingt-huit ans en 1776. Le témoignage des missionnaires est fortifié , dans cette occasion , par celui de M. de Foligny , capitaine de vaisseau français , que

DAITS LE LOAHGO KT LE CAG0IT60 (l773). 38l

Proyart cite dans son errata. La princesse Ma-Mtéva, tante de Poukouta , était & peu près du même âge que son neveu, et se portait également bien (i).

Les forgerons du Tx>ango emptoicnt du fer d'Europe ; ils le battent sur des enclumes de bois plus dur que la pierre (a). On voit cependant quelques petites enclumes de fer dans les forges du roi de Cacongo. Les ouvriers sont lents et peu habiles; ils ne font que de petits ouvrages.

Les tisserands fabriquent leur toile avec une herbe haute d'environ deux pieds, qui croît sans culture dans les campagnes désertes, et qui n'a besoin d'aucun apprêt pour être employée. La longueur de l'herbe détermina la longueur de la pièce ; on la fait un peu moins large que longue. Ces étoffes sont (issues comme nos toiles; mais les tisserands nègres les travaillent sur leurs genoux, sans navette ni métier. Les meilleurs ouvriers ne font pas plus de la valeur d'une aune de toile dans l'espace de huit jours.

Ces pièces d'étoffes, que l'on appelle macoutes, ne peuvent être refusées dans les marchés, en échange d'autres denrées; elles servent, pour ainsi dire, de monnaie courante. Outre ces toiles communes, les nègres font encore des petits sacs , des bonnets et d'autres ouvrages, dont quelques uns seraient admirés en Europe pour la variété du dessin et la délicatesse du travail. On trouve dans le pays un arbre dont la seconde écorce est une vraie '■

(■) Ptojnt, But. in Laango , p. io3,etp. 3t (i) Proyart, But, Ju Loango, p. 106.

38a VOTAGSft DES MISSIOIIN AIBBS FRANÇAIS

flexible comme la notre. Les nègres s*en anvent oomme des maooutes pour se faire des habits ( i).

Le principal commerce du Loango était œhii des esclaves. T.ies nègres que les Européens tiraient de cette contrée passaient, dans les colonies d'Auiérif{ue, pour les plus noirs et les plus robustes de TAfrique. Ils étaient tous prisonniers de guerre , et apparte* naient à une nation de l'intérieur, que les habitants des côtes regardent comme cruelle, et an* tbropophage (a). La traite des esclares était le seul intérêt qui attirât les Français dans ces parages ; car on doit regarder comme un objet sans importance le petit commerce de perroquets , d'ivoire et de sin* ges qu'ils faisaient sur les mêmes cotes. Les Anglais tiraient annuellement des forêts du lomba, en 1 776, la charge de plusieurs vaisseaux d'un bois rouge, fort bon pour la teinture, quoicpie d'une qualité inférieure à celui du Brésil. Suivant les naturels, il n'y a guère que quelques marchands riches et puissants qui se livrent au commerce avec les Européens; le peuple ne pense qu'à pourvoir à ses premiers besoins, et reste indifl^rent à tout le reste. H y a tous les jours un marché dans les villes et dans les grands villages ; il se tient sur la place publique , à l'ombre de quelques gros arbres : on y vend du poisson enfomé , du manioc et d'autres racines , du sel , des noix de palmier, des cannes h sucre, des bananes, des figues bananes, et quelques autres fruits. Toutes ces denrées sont divisées en petits lots de la valeur

<i) Proyart, Hkt. du Loëmgo^ p. 108.

(9) Proyart, HUt. du Loango, p. 149. Yoj«z cUdeapoos , p. 890.

DANS LE LOANGO ET LE CACONGO (l773). 383

d'une niacoute et du poids prescrit par les règlements. On ne coanait pas la frauda dans ces marchés, suivant l'abbé Proyart , et tout se passe avec Ut plus grande équité entre les vendeurs et les acheteurs ( i ).

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