‹ Collection des relations de voyages par mer et par terreChapitre 48 sur 80 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

^^oyage de M. Degrandpré sur les côtes d'AjQgola, en 1786

et 1787.

M. Degbaitdpre parcourut long-temps les mers d'Afrique, depuis le cap Vert jusqu'à Zeïlaen Abyssinie, pour se livrer au commerce des esclaves, qui occupait alors un grand nombre de capitaines marchands des principaux ports de France, Dès 1777 il se trouvait sur la côte d'Angola, où il nous apprend que le commerce français avait pris une extension considérable, et était parvenu à établir une concurrence telle que les Anglais et les Hollandais s'étaient vus forcés d'abandonner ces parages. En 1787, M. Degrandpré commandait encore sur la même côte le vaisseau le Comte d'Estaing, et avait traité dans cette seule année quinze cents nègres. Ce fut au retour de ses nombreuses expéditions qu'il rédigea les notes qu'il avait recueillies sur la côte d'Angola, et qu'il en composa le voyage dont on va lire lailalyse (%).

(i) Proyart, Mist. du Loango, p. iSg-i^o.

(1) Voyage à La céte occidentale d' Afrique , fait dans les année»

M. 'Degrandprë se montre partout observateur judicieux et instruit; les odieuses spéculations qui l'avaient occupé pendant dix-huit ans paraissent lui avoir ëtë imposées par la nécessité. Dans toutes les occasions , il compatit aux souffrances des esclaves qu'il entassait. cependant sur ses vaisseaux; et les récits qu'il a faits de leurs maux excitent pour ces victimes d'une cruelle avarice une généreuse pitié. Enfin, l'indignation lui arrache, dans une circonstance, ces paroles bien remarquables dans la bouche d'un capitaine négrier : a Je n'ai jamais pu me défendre du dégoût le plus marqué pour un métier qui révolte autant l'humanité , et d'un sentiment d'attendrissement sur ces infortunés. »

SI

Description de la côte d'Angola.

On comprend communément sous le nom générique de cote d'Angola, tout le pays situé entre le cap Lopez-Gonzalvo et Saint-Philippe de Benguella, c'est-à-dire depuis zéro degré quarante^uatre minutes de latitude sud (i), jusqu'à douze degrés quatorze

1786 et 1787, contenant, etc.; suivi d*an Voyage au cap de Bonne-Espérance , par L. Degrandpré, officier de la marine fran- ^ae. a vol. in-S^*, ornés de grayures faites sur les dessina de M. Degrandpré. Paris, x8oi.

(i) Purdy donne pour cette latitude zéro degré cinquante-hnit minutes cinquante-trois secondes. Voyez les tables de Coulier, p. a53. D'Anyille et la carte du dép^t de la marine écrivent Lopo- Gonsalvès ; la Mappemonde de Gardner et M. Degrandpré, Lopez* Gonsalyo , ainsi que nous.

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minutes de la même latitude. Cet espace renferme la colonie portugaise de Saint-Paul deLoanda(i);mai9 comme les Portugais sont très jaloux de leur commerce et des mines d'or, dont ils veulent dérober la connaissance à l'Europe , ils ne souffrent pas volontiers la visite d'un vaisseau étranger; ainsi le premier port oîi touchent en venant du sud les capitaines marchands qui fréquentent cette côte , est une petite baie nommée Ambriz, située par sept degrés vingt minutes de latitude méridionale (a).

C'est , à proprement parler, depuis ce port jusqu'au cap Lopez que s'étend la cote à laquelle le commerce , dit M. Degrandpré , donne généralement le nom d'Angola : mais alors le commerce se trompe , car cette étendue de côtes comprend toutes celles du Congo, du Loango et une très petite portion de celles d'Angola. Pour que cette dénomination puisse être justifiée, il faut étendre cette division jusqu'à Philippe de Benguella, comme l'a fait M. Degrandpré (3).

On se rend à la côte d'Angola par deux routes, distinguées sous les noms de petite route et de grande route. La grande consiste à passer entre les

(i) M. Degrandpré, 1. 1, Introduction, p. xiii , et sur sa carte, écrit Saint-Paul de Loango : c'est une erreur ; le véritah1«> nom est Loanda-Saint-Paul , ou plutôt S. Paulo de Âssumpçao.

(s) M. Bernard de Marigny place Âmbriz par sept degrés cinquante, minutes de latitude méridionale. Voyez Labarthe, p. 193.

(3) M. Degrandpré ajoute que tous les peuples de cette vaste étendue de côtes se nomment entre eux Congo , et parlent la même langue. S'il s'était donné la peine de lire les relations des missionnaires, qu'il traite avec tant de dédain, il ne serait pas tombé dans une aussi grossière erreur.

soustrait à la domioation du roi de Mayombe , et s'est rendu indépendant sous la suzeraineté du roi de Loango. Ce port n'ofFre aucune ressource pour le commerce. On peut y faire de Teau; mais il serait imprudent de se fier de prime abord à ses habitants, qui ont la réputation d'être perfides et malËdsants. L'usage est d'armer les bateaux avec précaution , lorsqu'on se décide à communiquer avec eux. En tirant vers le sud, on rencontre la baie de Mayombe , par trois degrés et demi de latitude méridionale. On reconnaît cet endroit à une terre ronde et assez haute , tombant brusquement pour former l'entrée de la baie. On doit naviguer avec précaution dès que l'on arrive par dix brasses. Droi^t dans le nord-est de l'entrée, il y a un rocher sur lequel on ne trouve que deux brasses d'eau, quoiqu'on en mesure sept tout autour de sa base. C'est le seul écueil que l'on puisse trouver, suivant M. Degrandpré , depuis le cap Lopez jusqu'à Loango. La baie de Mayombe est sûre, le mouillage est bon , et les nègres y sont doux et plus intelligents que ceux des royaumes voisins. Ils travaillent le cuivre, procurent en grande partie l'ivoire que l'on traite dans les autres ports de la côte , et connaissent le gommier, dont ils récoltent et vendent quelquefois le produit.

En continuant vers le sud, on trouve la rivière de Quilongue ( Rilongo , ou Cilongo de d'Ânville ) , dont l'approche n'est pas facile. La mer déferle avec fureur sur la barre , et le débarquement est si dangereux dans cet endroit, qu'un tiers des pirogues chavirent dans le passage. C'est cependant à l'aide de

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ces frêles embarcations que se fait le commerce des Européens avec les naturels. Les bâtiments restent en dehors de la barre , et les nègres viennent trafiquer à bord. Ces Africains sont voleurs , mais sans mëchanceté ; ils sont aussi timides que ceux des trois autres ports (i).

Cinq lieues au sud de cette petite rivière , on ar* rive à Loango. Cette baie, située, suivant M. de Marigny, par quatre degrés trente-sept minutes trente secondes , et par dix degrés quarante-une minutes de longitude orientale (2), se reconnaît à des falaises rouges qui , sur les huit heures du matin , sont frappées des rayons du soleil , qu'elles réfléchissent de manière à ressembler à des flammes. L'entrée de la baie est dangereuse et barrée d'un banc de rochers , qui part de la pointe du sud et s'avance jusqu'au-delà du centre de la baie. On doit se maintenir par dix et douze brasses, jusqu'à ce qu'on ait amené le bois Maquimbe au sud-est; alors on peut donner dans la baie, en gouvernant sud-est , c'est-à-dire au milieu du boisMaquimbe. On vient mouiller par quatre brasses , et l'on affourche nord-est et sud-ouest , la plus forte ancre au sud-ouest, à un petit quart de lieue de terre. Le bouquet de palmiers appelé bois de Maquimbe se distingue sur une montagne au fond de la baie , et n'est éloigné que d'un quart de lieue du bord de la mer.

(0 Degnndpré, t. 11, p. 8.

(0 Labartlie, p. 196. Riddle donne ponr longitude neuf degrés cinquante-neuf minutes quarante-cinq secondes. Voyez les tables Qe Coulier , p. a5o.

SgO VOTACE

La traite le fait dans le port de T^oango, sur une petite montagne située sur te bord de la mer. M. Degrandprë ne sait pourquoi on a prétendu que ce pajs était malsain, et qu'on ne pouvait coucher à terre sans s'exposer à de graves maladies. Notre vojageur a souvent passé la nuit à terre, soit dans la ville, soit dans des terres voisines, appartenant à des courtiers , sans jamais éprouver le moindre accident. On trouve entre le rivage et la terre un lac que l'on appelle Barachouas, et qui communique avec la mer dans le temps des ras de marées , parce que la lame surmonte le rivage. Lorsque la mer est calmée, la communication se referme, et te Barachouas s'égoutte par ta 6ttration au travers des sables. Il y a beaucoup d'autres tacs sur toute cette côte. Les esclaves qu'on amtoe au marché de Loaogo appartiennent aux peuplades de Montequé , de Mayombe, ou de Quibangue. Les nègres de cette dernière race font partie, suivant M, Degrandprë, d'une petite peuplade , fort peu nombreuse, de l'intérieur de l'Afrique. Ce sont les plus l>eaux esclaves que l'on puisse voir, bien supérieurs à ceux de Congo ; ils sont bien feits, très noirs, d'une jolie figure, et ils ont les dents d'une beauté admirable. Les naturels de Mavombe ont . au contraire , la poitrine étroite , ), la Ëbre molle et de vilaines I esclaves les plus nombreux à qués, ou Monteliès, sont beaux; les dents en les limant pour les I creusent les joues de deux lonwrtent quelquefois des scarifies*

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lions semblables sur le corps, et en travers sur le haut du bras. La forme de leurs dents , ajoute M. Degrandpré, leur a valu d'abord la réputation d'anthropophages; mais ce soupçon, fondé sur une apparence aussi légère, ne s'est pas vérifié. II est prouvé, au contraire , qu'ils se liment les dents parce que , dans leur peuplade, c'est une beauté de les avoir pointues et tranchantes ( i ).

Seize lieues au sud de Loango, on trouve Maleinbe(!2). C'est une rade foraine que rien n'indique, et qu'il faut connaître pour y venir mouiller. L'approche en est cependant marquée par les hautes montagnes de Cacongue (Cacongo), qui dominent une baie de médiocre grandeur, dans laquelle se décharge une petite rivière du même nom. On laisse la baie de Cacongo au nord, la tenue n'y est pas bonne 9 et l'on vient mouiller vis-à-vis de la

(<) Degrandpré , t. n, p. i3-i4. Les Montekès sont les Mose« chés (Mosekés) de Cavezzi (ci-dessus , p. 94) , que d' Ad ville place ■or la riv« droite de la Coanza , près de Massangano. Cette position s*accoFde parfaitement avec le récit de M. Degrandpré , qui DOQs apprend que ces nègres sont yoisins de Mondongnes on MandoDgos. (Voyez ci-dessous, p. 400). Les Quibaugues habitent amsila même contrée, et leur roi (quibam cfaefe) réside, d'après îa carte de Pinheiro Furtado , sur la rive gauche de la Coanza , ^tre Massangano et Cambambé, forts portugais situés sur la rive droite. Quant aux nègres de Mayombe, Proyart distingue un royaume de Jomba au sud de N-Teka dans Tintérieur, différent ^^ Mayovdba des cartes. (Voyez ci-dessus, p. 34o.) Les naturels <ie Mayombe, dont il est ici question, ne viendraient-ils pas de ce pays?

(3) M. de Marigny place Malembe à cinq degrés yingt minutes <ie latitude méridionale , à dix-huit lieues de Loango , et à cinq <^^ nx lieues de Cabende. Labarthc , p. 195-196.

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