‹ Collection des relations de voyages par mer et par terreChapitre 49 sur 80 · V.lt^-rati;i · texte numérisé non relu

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D£ L. degraudpre (1786). SgS

de la pointe de la petite crique nommée Paradis, et s'étendent directement au nord. Quand on est en dedans de ces écueils, on débarque facilement dans la crique ; mais ce qu'il y a de pénible , c'est que l'aiguade est au fond de la baie , dans l'endroit nommé Port aux Chaloupes. Comme la distance de la barre au rivage est au moins d'une grande demilieue, la mer y reçoit l'impression du vent, et bat avec fureur sur le rivage. C'est cependant dans cet endroit qu'il faut faire de l'eau.

A dix pas du bord de la mer s'élève, près de l'aiguade, la montagne de Malembe, sur laquelle on monte par deux falaises couvertes de précipices. Les comptoirs européens sont établis sur son sommet, autour d'une grande place carrée qu'on y a pratiquée. Malembe abonde en fruits , en légumes , en bétail et en gibier. Le lac de Loanguilly , situé à peu près à une lieue et demie dans le sud-est, fournit d'excellent poisson d'eau douce. Ce port, quoique malsain (i) , est cependant , suivant M. Degrandpré, de beaucoup préférable aux autres places de commerce de la même côte.

Le mambouc, ou prince 'de cette contrée, habite un petit village à quatre lieues de l'établissement de Malembe. M. Degrandpré se rendit auprès de lui, sur son invitation. £n pénétrant dans l'intérieur du pays, il observa que le sol paraît avoir été soumis à l'empire des eaux ; il en reste partout des vestiges. A quelque distance de Malembe, on trouve le lac de

(1) Degrandpré, Voyage en Afrique^ t. 11 , p. ai.

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Loanguillj, qui peut avoir une lietie de diamètre; plus loin , ce sont de profondes crevasses , formées incontestablement par des torrents , dont les traces se présentent à chaque pas. Ces crevasses sont autant de précipices, dont la profondeur n'a pas paru à M. Degrandpré atteindre un niveau inférieur à la sur&ce de la mer. Dans ces précipices , on trouve en* core de petits ruisseaux peu rapides , restes épuisés des flots qui ont creusé leurs lits (i).

I^ village du mambouc est extrêmement joli , et dans une position admirable. Ce prince est logé àaas un guibangua à Teuropéenne, parfaitement garni de sièges, lits, canapés, tapis : presque tous cesuieui)/e< sont de velours. Les Français lui ont fait présent d'une très belle argenterie, dans laquelle étaieut comprises deux grandes fontaines d'argent à quatre robinets , dont le mambouc orne sa table , et dans lesquelles il met des liqueurs et du vin à l'usage de ses convives. Ce prince aime le bon vin ; il en tieot grande provision, et pour se donner les mojem de faire toujours bonne chère , il a envoyé un de ses serviteurs en France pour y apprendre la cuisine > ^ sorte qu'aujourd'hui sa table est servie à l'européenne, A ces détails , qui prouvent que les nègres sont susceptibles d'adopter les usages de l'Europe, et qu'ils aiment à les imiter , M. Degrandpi^ ajoute qu il fit chez ce petit prince, sous sa hutte de paille ^ uu repas bien au-dessus de celui qu'il eût pu lui rendre à bord de son vaisseau (2).

(1) Dtgraudpré, ibid., p. a 3.

(0 Oegiandpr^^, t. ii , p. 14.

i>s r.. OE6RÀNDPRÊ ('786). SgS

A cinq petites lieues au sud de Malembe est la petite me de Cabende ( Cabinde), par cinq degrés trente* :inq à trente^'-six minutes de latitude sud y et onze degrés seize à dix-sept minutes de longitude orientaie du méridien de Paris , suivant les observations de M. de Marigny, qui se trouvait dans ces parages en 1784 (î)* Cet endroit est nommé le Paradis de la Côte, et il mérite bien ce nom, par sa position délicieuse, son beau site et sa grande fertilité; c'est le paysage le plus riant de tous les environs : la mer y est constamment belle, par conséquent le débarquement facile; on échoue les bateaux dans les lames sur le rivage , et Ton saute à terre à pied sec. En venant du nord , on doit naviguer avec précaution entre Mal^nbe et Cabende, et ne pas approcher la lerre plus près que de douze brasses d'eau. Une lieue et demie au sud du mouillage de Malembe, on ren- ^tvtre la tête des bancs de Bêlé , ainsi nommés ^ parce qu'on y trouve une coquille bivalve, dont un ues cotés représente une lame de couteau, appelé l>eié en langue du Congo. L'approche en est d'autant plus dangereuse qu'ils sont accores , et que le dernier eoupde plomb , avant de toucher, amène sept brasses, ^1 1 on était donc surpris par le calme dans ces pa- ^es , et que la sonde ne donnât que sept brasses , on devrait au plus tôt mouiller et attendre une brise I^out gagner le large. Ces bancs sont extrêmement poissonneux, et fournissent k la -pêche de toute la **te voisine.

(0 Laharthe, p. 193.

On reconnaît Cabende à une haute montagne isolée, en forme de pain de sucre, et couverte de bois. Sa forme, sa position au milieu d!une grande plaine basse , son voisinage de la mer, font présumer à M. Degrandpré que cette montagne est volcanique. Cependant la végétation la couvre jusqu'au sommet, et on n'y trouve pas la plus légère trace de volcan ; la sonde même n'a jamais pu y trouver le roc à six pieds de profondeur, quoique notre voyageur ait répété cette opération dans une infinité d'endroits différents.

En approchant de la baie, on distingue dans le sud une pointe longue et basse, couverte de palmiers : cette pointe ferme la baie; elle repose sur un fond de rochers de même nature que ceux de la barre de Malembe ; ce fondement la garantit des assauts de la mer, souvent très grosse dans les ras de marée. On amène cette pointe au sud quart sudouest, et sud-sud-ouest; on est alors par quatre brasses fond de vase molle à une portée de canon de terre, et une demi-lieue de la pointe aux palmiers. Le pain de sucre restant à est quart sud-est , et est- sud -est; dans cette position on afFourche nord-est et sud-ouest, la grosse au sud-ouest. Cette proximité de la terre diminue le désagrément du retour à bord tous les soirs ; car à Cabende , comme à Loango, on ne couche pas à terre (i).

Une petite rivière se jette dans la mer au fond de la baie; cette rivière est si faible, qu'à peine peut-

(i) Degrandpré, t. ix, p. aS-ag.

DE L. DEGRANPPIUS (1786). 897

elle recevoir dans son emboochure les chaloupes qui vont faire l'eau; on la remonte une portée de fusil, et à cette distance l'eau est douce, pailicularité qu'il faut attribuer au peu de flux et de reflux qui se fait sentir sur cette côte. Les observations de M. Degrandpré à cet égard, faites avec tout le soin et toute la précision possible, ne lui ont pas donné un résultat d'un pouce et demi de gonflement pour ce flot , quoique dans son calcul il cavât au plus fort. Les marées sont de six heures, s'il est possible, ajoute notre voyageur, de déterminer l'heure de la marée quand elle fournit si peu matière à obser-* vation.

Il y a encore une autre aiguade que l'on fréquente lorsque la mer, gonflée par des ras de marée, surmonte ses limites, et entre dans la rivière. Cette aiguade est au sud de la pointe aux palmiers; l'abord en est dangereux parmi les rochers et dans une mer très dure ; on est contraint de conduire les futailles à la nage comme à Malembe. L'eau de cet endroit est de source, et infiniment préférable à celle de la rivière, dont il est rare qu'on ne ressente pas de mauvais effets (i).

C'est à Cabende que les Portugais ont, à diverses reprises , essayé de s'établir ; ils avaient depuis longtemps construit un fort au milieu de la baie, qui fut depuis abattu ; on n'en voyait plus aucune trace avant la guerre de 1778. Pendant cette guerre le gouverneur de Saint- Paul voulut profiter de l'ab-

(i) Degrandpré, t. 11, p. 3i.

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sence des Français, et fit rétablir ce fort en meilleur état qu'il eût jamais été. Les premiers vaisseaux qui vinrent traiter à Cabende après la paix de 1783, furent repousses à coups de canon à leur grand ëtonnement. Le commerce porta ses plaintes au ministre de la marine, et le roi envoya M. Bernard de Marigny, avec une frégate et une gabare, pour détruire le fort , chasser les Portugais et rendre le commerce libre. Cette expédition eut lieu en 1784* L'heureuse situation de cette baie , qui avait déterminé les Portugais à s'y établir, leur fut contraire dans cette circonstance , parce qu'elle permit à M. de Marigny de s'approcher avec sa gabare jusqu'à demiportée de canon du fort par trois brasses d'eau. Le gouverneur portugais ne jugea pas à propos d'attendre l'événement d'un siège , et remit le fort à la seconde sommation, dès qu'il se vit sous le canon des vaisseaux. M. de Marigny le fit démolir, et renvoya honorablement les Portugais dans leurs colonies voisines, (i).

Cette invasion réciproque donna lieu à une négociation entre les cours de France et de Lisbonne, de laquelle il résulta une convention du 3o janvier 1786, portant «que la cour de France ne pouvait faire aucune réclamation relativement à la partie des côtes au sud du cap Padron, sur lesquelles la cour de Lisbonne prétendait avoir le droit de faire des établissements exclusivement aux autres nations, à moins qu'au préjudice de l'égalité convenue, cette

(i) Degraiidpré, t. ii»'p. Si-Sa.

DE L. OEGRAnrDPRÉ (1786). 899

cour ne laissât jouir les Anglais et les Hollandais de ce même droit qu'elle contestait à la France. » Ce qui avait été prévu arriva cinq ans après, en 1791 (i).

A cette époque les Portugais s'emparèrent du port d'Ambriz, sitvié au sud du cap Padron, ou de l'embouchure du Zaïre, brûlèrent quelques bourgades des naturels , et forcèrent le navire le Superbe , de Nantes, qui se trouvait dans la baie, à aller compléter sa cargaison à Malimba ou Malembe.

Les députés du commerce de France se plaignirent de cette infraction à la convention de 1 786 , et les Portugais augmentèrent encore leur grief en permettant aux Anglais de traiter sur cette cote. IjC gouvernement français demanda alors, par son ambassadeur en Portugal , M. de Châlons (a), l'exécution de la clause d'égalité du dernier traité ; la cour de Portugal désavoua les intentions qu'on lui prétait d'écarter d'Ambriz les armateurs français , et dès lors le commerce français put reprendre son cours SUT la côte d'Angola (3).

Après avoir ainsi raconté l'expédition de M. de Marigny, M. Degrandpré continue à décrire les contrées qu'il a visitées dans cette partie de l'Afrique. « Les noirs de Cabende sont voisins d'un petit état qui leur est adossé , sur les rives du Zaïre , et dont le nom est Sogne ou Sogno; les naturels de cette contrée, moins accoutumés à voir les Euro-

(1) Labarthe, f^cyugt à la càte de Guinée^ p. 188. («) Lettre da i5 septembre 1791 , de M . de Montliiorîii k M. de ChAlons. ^

(3) Labarthe, p. 189 et 190.

4oO VOYAGE

pëens, sont moins doux. Plusieurs capitaines ont été sur le point d'être victimes de leur perfidie, et entre autres le capitaine Rodrigue, de La Rochelle , qui fut retenu prisonnier, en 1787, par le mambouc, et dont on n'obtint la délivrance qu'en menaçant le chef noir de débarquer chez lui les équipages de deux autres vaisseaux qui trafiquaient dans les mêmes parages. Du reste, le port de Sogno est le meilleur de la côte, la tenue y est excellente, les équipages y ont fort peu de fatigue ; et le pays offre des situations enchanteresses.

La traite de Cabende se compose de nègres du Congo, du Sogno et de Mondongues, que les naturels de la côte nomment Mondongoués (i). Les naturels de Sogno sont pour la plupart rouges, grands et assez bien faits, mais perfides et lâches. Cette peuplade habite la côte méridionale du Zaïre. M. Degrandpré remarque que le royaume de Sogno a toujours attiré sur lui la préférence des missions apostoliques , mais que ses habitants n'ont pas répondu au zèle qu'on a montré pour leur conversion.

Les Mondongues ou Mondongoués sont beaux et

. bons noirs ; mais ils ont comme les Montekès , dont

ils sont voisins, la coutume de s'inciser le visage de

larges cicatrices. Leurs dents sont également limées

et d'une vilaine couleur, ce qui les a fait accuser par

(i) Ou Mandongos. Ces nègres forment, suivant Oldendorp, une nation nombreuse divisée en trois branches principales , Colambo, Cando et Bongolo. La carte de Furtado place Calumbo sur la riye droite de la Goanza , et Gando à quel({ue distance au sud-est sur le Rio-Gango. Tuckey trouya une caravane de Mandongos à Noki sur le Zaïre.

DE L. DEGRÀNDPRi (1786). 4^1

les missionnaires d'être cannibales, imputation sans fondement, ajoute M.Degrandpré, quoiqu'il ait remarqué que ces nègres sont aussi carnivores que les Européens , et qu'ils mangent plus volontien^ de la viande que les autres noirs. Les Mondongues ne se bornent pas à se cicatriser le visage, ils se couvrent encore la poitrine de desseins symétriques, et font gonfler les chairs avant de les cicatriser, de manière qu'elles surmontent les bords de la blessure, et forment sur la peau une broderie dont ils sont très fiers. Les femmes surtout se déchirent impitoyablement le sein pour cette prétendue beauté. Elles ont la mode non moins singulière de s'inciser le ventre en travers de trois larges blessures, et de faire renfler le3 chairs de manière à former sur cette partie tjQiiîs gros bourrelets saillants. Elles ne cessent de renouveler la blessure jusqu'à ce qu'elle ait atteint la grosseur désirée. Une beauté complète mondongue achète ses charmes par bien des souffrances. M. Degrandpré a trouvé beaucoup de nègres circoncis, même parmi les enfants. Cette pratique n'est pas générale , et sur une cargaison on en trouve presque toujours plus de la moitié qui n'y a pas été soumise; cependant notre voyageur a remarqué que les nègres de Mayombe offrent un plus grand nombre de circoncis que les autres peuplades. Il avait d'abordcru que la circoncision avait été introduite dans le Congo par les relations des habitants de cette contrée avec ceux de la Côte-d'Or, qui sont mahométans; mais il a découvert depuis qu'ils n'y attachent aucune idée religieuse. Plusieurs chefs

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