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(le Loango et de Màletnbe, qu'il a consultés, ne lui ont paru tenir à cette opération que dans des vues de libertinage (i).
Eji continuant vers le sud, on trouve le fleuve Zaïre, que Ton reconnaît d'abord à la rapidiiéde son courant, qui charrie une terre rouge dont la mer est colorée à une très grande distance. Plus loin encore au midi, on découvre la petite rade d'Ambriz; le mouillage est en dedans d'un petit banc de sable qui s'étend dans le nord-nord-ouest. Le passage est au sud. Ce banc, quoique très étroit, est cependant assez long pour obliger les vaisseaux à des précautions; on ne doit pas approcher de la terre plus près que douze brasses, jusqu'à ce qu'on ait le petit mondrain du milieu du mouillage au nord-^est ; on gouvernera alors dessus jusque par cinq bvlt^ses , et l'on se trouvera en dedans du banc. Ce port peut admettre un ou deux vaisseaux; les habitants sont doux, simples, sans défiance^ M. de Marignj,qui place le port d'Ambriz au septième degré cinquante minutes de latitude méridionale , nous apprend qu'on le distingue à une montagne située au bord de la mer, sur la cime de laquelle s'élève une pierre en forme de tour. Cette montagne est dans le nord de la rivière d'Ambriz (a).
Plus loin, vers le sud, on arrive à la petite rivière de Massoula : c'est à ce point de la côte que M. Degrandpré termine sa description. De son temps, les capitaines dû commerce s'avançaient rarement jus- Ci) Degrandpré, rojrage en Afrique, t. i, p. 40-41. («) Laioarthet p. i9b.
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qa'à cette position , afin de ne point s'exposer ant ▼eirattioes des Portugais, qui avaient établi leors derniers postes près de cette rivière , et qui y entr&> tenmient une corvette pour en éloigner les bâtiments
Observations de M. Degrandpré sur la religioo , les mcrars et les usages des nègres du Congo ( 1 ).
Jjf» peuples qui iiabitent la cote d'Afrique , depuis
le cap Lopez-GoDzalvo jusqu'au cap de Bonne-
Espérance, sont idolâtres. Les Portugais eux-inémeS|
maigre l'avantage d'être établis dans le pays , n'ont
pu réussir à y propager la foi chrétienne. Un mis-
Monnaire français nommé Joly séjourna deux ans k
^lalembe, où, pendant ce laps de temps, il ne
baptisa qu'un homme; encore était-ce un esclave
défectueux que personne ne voulait acheter. Les
marchands, pour s'en défaire, allaient le précipiter
du haut d'une montagne; il y courut plein de zèle,
et parvint à l'obtenir pour un peu d'eau-de-vie. Ce
malheureux, sauvé par la charité d'un prêtre français,
se fit chrétien (2).
Ce n'est pas là, ajoute M. Degrandpré, le seul
(f ) On doit »e rtppeler, d'tprèt la définitîoo qu'il en s doooée ci-4esias, p, SSS^ ce que M. Degmdpré entend par les CangtM et le Congo , et ne pat ooUîer que ee voyagenr n'a Tiiité que lea rÎTagea dn Loango et la portion dn Congo qui aat à l'enibou-* cbnre dn Zaïre.
(>) Degrandpré, t. 1, p. 91.
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est ordinairemeat surmontée d'un bonnet pointa orne d'une petite plume consacrée ; plusîeurB petits morceauK d'étoffe de la plus dégoûtante malpropreté, attachés ou collés à l'idole, forment son habilleoleDt; le tout est enduit d'une croûte de poudre rouge , et la figure est saupoudrée de poussière de diverses couleurs.
Lorsqu'un nègre boit ou mange ^ un serviteur goûte les mets et la boisson , précaution que le maître prend contre ses domestiques : on appelle cette cérémonie tama'm kissy, c'est-à-dire tirer le fétiche. Après cet essai il mange, et pour se pré^ munir contre ses ennemis secrets , il remplit sa bouche d'aliments, et les répand sur la £gure de l'idole, qui reste ainsi barbouillée pendant le repas. Il en fait de même de son vin de palmier; après quoi il reste persuadé qu'il ne peut être empoisonné. Les kissy exercent une grande influence sui* la santé, et leurs ministres, qu'on nomme gauga'm kissy, remplissent les mêmes fonctions que les médecine ea Europe (i). On consulte les grandes idoles dans tes circonstances importantes, dans un danger imminent, à la veille d'un long voyage, et dans les épreuves des coupables.
Les mets ordinaires des Congos sont la racine de manioc fermentée jusqu'à l'aigre, et cuite au baiomarie ; elle devient alors tendre , savoureuse , et leur tient lieu de pain. Us font aussi ce qu'ils appellent uo cary , sorte de ragoût assaisonné d'huile de palmier,
(i) Degrtndpré, f. i, p. 5o.5i.
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d'une espèce de tomates , de terra-oierita et de piment . Cet assaiscmnement est communément joint à du poisson, et ({uelquefois à de la volaille : ce mets contient une quantité de piment si considérable, qu'il produit clans la bouche d'un étranger l'effet d'un char^ bon ardent, et, dès le premier morceau, fait suer de ia tête aux pieds. Les habitants de la cote vivent prinâpalement de poisson qu'ils font sédier au soleil ; ik joignent à leur cary des bananes grillées et cueillies avant leur maturité, des pistaches de terre cuites sous la cendre, des fruits, quelques volailles rôties, peu de légumes, et rarement du gibier. Ils mangent peu de €»bris et de cochons, préférant vendre ces animaux aux Européens ( i ).
Li'ttsage de la polygamie autorisant les nègres du Congo à prendre autant de femmes qu'ils en peuvent Boorrir, les femmes deviennent les esclaves de leurs époux , avec cette restriction qu'un nègre qui épouse la fille d'un seigneur suzerain , ou d'un homme queU conque, son égal, ne peut la vendre; il a ce droit sar toutes les autres : mais , ajoute M. Degrandpré , il l'exerce bien rarement. Le mari, ou plutôt le maître, vit indistinctement avec toutes ses femmes, et Veur distribue ses faveurs suivant sa fantaisie; chaque femme vit avec sa famille dans une case séparée. Une seule cour est commune à toutes ces cases. Assez ordinair^nent les femmes se réunissent en* semble auprès de leurs maris, surtout à l'heure à laquelle l'on boit le vin de palmier. Dans le temps
(i) Degrandpré, t. i, ^. 100.
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de leurs indispositions périodiques, elles sont exclues de ces assemblées ; la femme est alors réputée impure, et se dérobe à tous les yeux ; elle doit rester renfermée pendant six jours sans être aperçue par aucun être vivant : si , par mégarde ou autrement, elle se laisse voir , les six jours de retraite recommencent. Ses compagnes lui apportent ses aliments à la porte de sa case , où elle les prend lorsqu^on s'est éloigné. Ces indispositions ne durent pas six jours; mai» aussitôt qu^elles cessent, elle s'enduit de terre rouge depuis la tête jusqu'aux pieds; figure, cheveux^ tout est rouge , et elle reste ainsi jusqu'au terme fixé par l'usage. Alors elle va se baigner, cette terre rouge absorbé toute la saleté de la peau ; aussi sort-elle du bain plus belle , c'est-à-dire plus noire que jamais (i).
Les femmes ne sont pas les seules qui fassent usage de terre rouge pour se nettoyer ; les hommes remploient de leur côté , et laissent un petit cercle de cette couleur autour des ongles de leurs pieds et de leurs mains , pour attester leur propreté.
On a déjà vu, dans les relations précédentes, combien les nègres attachent d'importance à la distinction des rangs. M. Degrandpré nous fournit sur le même sujet des renseignements qui font bien connaître les usages des naturels du Congo à cet égard. Chez ce peuple les rangs de la société, sans avoir égard aux charges du gouvernement, sont ainsi réglés : le roi et sa famille, les princes de naissance, les maris de princesses, les suzerains, les courtiers, les mur-
(i^ Degrandpré, t. i, p. io3.
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ciiands et les garçons. Ces derniers sont les domestiques de toute espèce; ik composent la classe du peuple, et s<Mit presque tous esclaves. Les marchands et les courtiers jouissent d'une grande considération , et sont les agents du connnerce avec les Européens: les premiers amènent les esclaves sur la côte, et les derniers les vendent ; les marchands ne peuvent fidre leur commerce ijne par Tintermédiaire des courtiers (1).
Les nègres auxquels M. Degrandpré donne le titre
de suzerains sont ceux qui , possédant des terres, ne
sont point attachés à la gl^)e comme les nègres des
dasses inférieures, et ne sont soumis qu'au roi et aux
princesHiés, qui ont seuls le droit de les vendre comme
esclaves. Le nonnné Tati , de Malembe , fils du mafouc
Vaba, le troisième personnage de l'état, fut ainsi
Tendu; il était cependant frère du père du roi de Ca-
bende. Ce nègre (ut depuis racheté au cap Français,
par le capitaine Desponts, et ramené en Afrique , où
il jouissait d'une grande puissance du tCTops de De-
gnmdpré, sous le nom de Tati-Desponts, nom qu'il
at^aîtpris par reconnaissance pour son bienfriteur (a).
LesprincesHoés se divisent en deux classes : princes
d^OTÎgine, par les femmes, et maris de princesses;
c'est la femme qui anoMit au Congo. Un prince-né
ne peut transmettre son titre à ses enfiints si leur mère
n'est pas née princesse; les enÊmts d'une princesse,
^contraire, sont tous princes-nés, quel que soit
leur père. Voilà pourquoi Tati-Desponts fut vendu :
(1) Degnndpré, t. i, p. 106.
(1) Degnmdpré , 1. 1 , p. 107.
sa mère était une femme du peuple* tandis que so9 frère, qui devait le jour au même père, mais k uue priacesse^née, est devenu roi par le privilège de sa nais* sance. La même loi exclut l'enfant de l'héritage de son père , parce que la paternité est toujours incertaine , tandis qu'il ne peut exister de doute sur la maternité»
Lies princesrués et les prîncessesF^nées jouissent d'un rang très élevé et d'un pouvoir très étendu ; iU ont le droit de vendre quiconque n'est pas prince comme eux; on leur prodigue les respects et les hommages; on leur donne, en leur adressant la parole, le titre de moêne, et celui de foqmou lorsqu'on parle d'eu^. Ces deux noms sont communs aux deux sexes; enfin, les officiers leur cédant le pas partout, iU marchent entourés de tout le faste qu'ils peuvent déployer, et ils reçoivent le salut du saquila, qu'ils ne sont pas obligés à rendre.
Les princes et les princesses ont le droit de prendre des maris et des épouses partout où ils veulent, et aussi souvent qu'ils veulent , sans consulter l'objet de leur choix , qui est forcé d'accepter cet honneur, ou plutôt que l'on enlève pour satisfaire leur caprice, et qu'ils peuvent répudier suivant leur bpn plaisir. Cependant, pour prévenir le libertinage des jM'incesses et assurer leur fécondité, la coutume exige qu'elles n'aient qu'un mari à la fois. On appelle l'épudier, donner bon vent; cela consiste à souffler sur la personne répudiée , en dirigeant vers elle la main qui sert de conducteur au souffle.
L'homme choisi par une princesse ne peut avoir aucune autre femme, sous peine de la vie; il ne doit
DJS L. DEGBAlf OFRÉ ( 1 786). 4 > >
li en voir 9 ni en être vu; aussi toutes les fois qu'il KHt est-il prëeëdë d'une espèce de cloche de mule* lier, que Ton appelle gongon« Le porteur de cet ÎDstruDient annonce à haute voix son passage ; à ce lignai toutes les femmes se retournent et mettent la main sur leurs yeux, ou s'écartent du chemin jusqu'à ce qu'il soit passé. Pour compenser cet état de ser*^ vitude, le mari d'utie princesse jouit du titre et des privilèges de prince, tant que sa femme vit avec lui. S'il est répudié, il rentre dans son premier état; mais si sa royale épouse meurt avant de s'en être séparée , il retient toute sa vie le titre et les honneurs de son rang ; on le nomme alors nouni'm foumou , mari de princesse. Il arrive souvent, ajoute M. De* grandpré, que, pour conserver son rang, le mari se hâte de rendre mère la princesse , et de l'empoison» ner après l'accouchement ; ensuite il se purge par lepreuve , et en sort acquitté , moyennant des présents : il fixe ainsi son sort en retenant chez lui son en&nt prince-né, qu'il élève avec soin, et dont il est protégé ( i )•
Le peuple du Congo se rassemble en grand nom* bre pour des réjouissances, des cahales et de grandes cérémonies. On se livre dans ces assemblées aux plaisirs de la danse, de la musique, et des panto* mimes voluptueuses; on y boit surtout beaucoup d'eau-de*vie. Ces deux derniers genres de divertissements sont principalement du goût des nègres. M. Degrandpré fut témoin d'une de ces fêtes , en
(() Degrandpré, t. i, p. 109 et «uiv.
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1 787 9 à la mort du roi de Loango. Le corps du roi défunt fut expose suivant Tusage, et tous les princes ses vassaux vinrent en personne, ou par dëputation , lui rendre hommage , chacun suivant le rang de sa naissance. Ils arrivèrent à la tête de leurs serfs , rangés en bataillons et marchant en assez bon ordre. Chaque bande , en entrant dans la plaine qu'on avait défrichée à ce dessein , allait occuper la place qui lui était destinée. La totalité des troupes était disposée dans la forme d'un grand cercle autour du mort.
La pantomime fut exécutée par plusieurs personnages vêtus d'une espèce de sac couvert de plmnes blanches bizarrement cousues. Leur tête était surmontée d'un capuchon semblable à leur casaque, et leur figure était masquée par le bec et la moitié de la tête d'un pélican. Us portaient avec fierté un priape énorme qu'ils agitaient avec un ressort , accompagnant ce mouvement d'attitudes et d'actions de la plus dégoûtante indécence. Cette cérémonie paraissait plaire infiniment aux spectateurs, et surtout aux femmes du défunt, qui étaient au nombre de sept, avec quatre enfants rangés autour du corps. La fête fut du reste semblable aux autres; on y dansa beaucoup , on y hurla , on y fit des fétiches , et l'on tira force coups de fusil en l'air; enfin on défila autour du cadavre, après avoir fait sanga (i).
Le sanga est une chanson de guerre , une imprécation , un défi , un signe de réjouissance ; mais, quel que soit le motif poui* lequel les nègres l'emploient,
(i) Degrandpré, t. i, p. 116 et suîv.
DE L. DSGRANDPBE (1786). ^l3
le sanga est toujours accompagné d'une imprécation à leniiemi présent ou supposé , ou au fétiche. Cette cérémonie exige une grande souplesse dans l'individu qui joue le principal rôle. C'est une pantomime passionnée et extravagante, accompagnée de courses rapides et répétées, de culbutes et de gambades. Pendant sa durées les spectateurs font continuellement le saqùila, sorte de salut des nègres qui consiste à remuer deux doigts en montrant la main à la personne à laquelle on le destine , ou à allonger les deux bras vers elle, en joignant les deux mains et en les frappant Tune contre l'autre. Lorsque ce salut se fait d'égal à égal , on reste debout ; mais lorsque c'est à un prince ou à un courtier que l'on rend hommage, il faut se mettre à genoux (i).
Aux renseignements curieux que nous fournissent les anciennes relations sur la cérémonie des funérailles chez les Congos, nous ajouterons quelques détails entièrement neufs, recueillis par M.Degrandr pré. Dès qu'un habitant est mort , on le revêt de ses vêtements les plus précieux, et on l'expose sous un hangar oii ses amis viennent le pleurer deux fois par jour. Le lendemain on bâtit derrière le hangar une autre case pour le cadavre, et on lui substitue un simula<;re auquel on continue à rendre les mêmes honneurs funèbres. Le cadavre est lavé avec une forte décoction lie manioc ; cette racine corrosive et astringente dessèche la peau et blanchit comme la chaux. On le pose ensuite dans une attitude
(i) Degrandpré, t. i, p. 196*127.