VOTA&E
prescrite par le fétiche : il a la face tournée vers le couchant, les deux genoux plies légèrement, le pied gauche levé en arrière, le bras droit tombant, allongé , la main droite fermée , tournée vers l'orient , le bras gauche levé, la main gauche ouverte, les doigts écartés et crochus, tournés vers le couchant, comme un homme qui voudrait saisir une mouche au vol (i). Lorsque le cadavre est ainsi assujetti, à Taide d'un feu continuel , mais léger, que l'on entretient au-dessous , l'on commence à vider les intestins et à le sécher comme du parchemin. Dès qu'il est suffisamment blanchi , on l'enduit d'une couche épaisse de terre rouge ; et quand tout est sec, oo commence à le couvrir d'étoffes ; c'est ce que les nègres appellent paquer. Cette dernière opération consiste à envelopper le corps de macoutes cousues ensemble , jusqu'à ce qu'il ne présente plus qu'une masse d'étoffes. Plus le défunt est riche et plus le paquet est gros : bientôt la maison est trop petite, on en construit une nouvelle; et la masse augmentant tous les jours , on est encore obligé d'en faire une plus grande , jusqu'à ce que l'héritier trouve enfin son parent assez gros; alors on cesse de l'entourer de macoutes, et on leur substitue des étoffes d'Europe, des toiles bleues, des indiennes, du drap et des soieries. Au jour fixé, on traîne cette masse informe à la fosse dans laquelle on a formé une maison sans toit assez grande pour contenir le mort; on lui sert à manger et à boire pour un
(i) Degrandpré, t. i, p. 14S-T4A.
D£ L. DEGRANDPRi (1786). /flS
irc^rtain temps ; on remet le toit, et Ton couvre le tout de terre, laissant quelques pierres pour indiquer iei lieu de sa sépulture (i).
M. Degrandprë fut témoin des funérailles d'un r^àvneux personnage, nommé Ândriz Pouçouta, qui âkvait rempli des fonctions importantes à Cabende. \^^ masse d'étoffes qui l'enveloppait était au moins de vingt pieds de long sur quatorze de haut et Jiuit d'épaisseur. Elle était surmontée d'une petite tête c|iii désignait celle du mort* On avait employé un an à le pa<)uer et à le pleurer. Sa pesanteur était telle c[u'on n'aurait jamais pu le traîner jusqu'à son tombeau, éloigné de plus d'une lieue de la maison, si les charpentiers européens ne lui avaient construit ui^ espèce de voiture qu'on nomme communément diable. Plus de cinq cents nègres furent attachés à cette machine; tout cassa à plusieurs reprises, et ce fut avec une peine incroyable qu'on le conduisit à sa destination. On plaça sur la tombe deux magnifiques dents d'éléphant, dont la plus petite avait cinq pieds de longueur; elles furent percées par la racine de deux trous pour admettre deux barres de fer en croix, qui servirent à les fixer en terre. Sur la partie non eu foncée le charpentier du vaisseau de AL Degrandpré grava profondément ces mots : Mqfouc, Jndriz Pouçouta j macajre. Ce monument existait encore au moment oii notre auteur publiait son voyage (a).
(1) Degrandpré, t. i, p. 148 et siût.
{■%) De^rândpré, t. t, p. iSs et toÎT.
Gouvernement et législation.
Le gouvernement de tous les états répandus sur la côte de Congo est despotique, mais ce despotisme est subordonné à la puissance du roi; il ne peut souvent faire obéir ses sujets que par la force des armes. A Cabende, Malembe, Sogne ou Sogno, Mayombe et Sainte-Catherine , le trône est héréditaire. Le royaume de Loango seul est électif.
Le roi de Loango exerce une sorte de droit de suzeraineté sur tous les autres états de cette côte , qui lui paient un tribut de quelques femmes à des époques assez éloignées, et surtout à l'avénement à la couronne (i) ; Us sont d'ailleurs soumis à l'hommage, cérémonie qui a lieu à l'élection d'un nouveau roi et à sa mort. Les rois de Mayombe, Malembe et Cabende n'y viennent pas en personne; mais ils envoient des princes de leur sang qui s'acquittent de cet hommage en leur nom. Les autres y viennent eux-mêmes. L'envoyé du roi de Cabende prend le pas sur tous les autres à cette cérémonie.
Le trône de Loango est électif, mais il ne peut être occupé que par un prince-né; et ce prince peut être choisi parmi tous ceux du royaume , et même parmi ceux des autres états tributaires.
Dans les interrègnes , l'état est gouverné jpar un
(i) Dègrandpré, t. i, p. t66.
DE L. DEGIUNDPBi (1786). ^l'J
conseil de régence , compose des principaux officiers de la couronne, dont le premier est le capitainemort du roi, nom qui vient des fonctions de ce ministre, ordinairement chargé d'exécutions cruelles. Les princes- nés n'ont pas le droit de siéger dans ce conseil, parce qu'on n'a pas voulu qu'ils pussent y former des intrigues pour se faire élire (i). Ce sont les membres du conseil de régence qui nonunent le nouveau monarque.
Le roi de Loango, en montant sur le trône, prend soin des femmes et des enfants de son prédécesseur; les uns et les autres sont laissés à la charge de la régence pendant tout l'interrègne. Quant aux neveux du défunt, ils entrent dans la classe des princes-nés, et sesen&nts, soumis à la loi commune, deviennent ce qu'ils peuvent ; le roi leur fait ordinairement une fortune avant sa mort, et leur sort n'est pas toujours à plaindre.
A Loango 9 le roi, le capitaine-mort, le mafouc, le maquimbe, le monibanze, le monibèle et le soldat-roi sont les premiers personnages de l'état. Les autres royaumes héréditaires admettent une autre hiérarchie ainsi graduée : le roi, le mambouc, qui est le prince héréditaire, le macaye, le mafouc, lemaquind)e, le monibanze, le monibèle et le soldatroi. Kous allons donner quelques détails sur lies fonctions et l'autorité de ces différents dignitaires.
Le roi, que les naturels appellent toujours foumou nméné, le grand prince (a), est le maître
(i) Degrandpré , t. x , p. 170.
(1) Degittndpré, t.'i, p. igs.