XIV
45o VOTAOB
cette cause, qui aurait pu être ftcilement prévue, il faut joindre l'usage immodéré du vin de palmier, le» fetigues excessives , la mauvaise nourriture, et en- Ha la saison qui fut mal choisie. Cette eiq>éditioo, comme la seconde de Mungo-Park , fut commencte & t'approche de la saisoD des pluies. Ceux qui veuleal se rendre pour un but quelconque dans les pa^r* inconnus ou peu fréquentés , doivent surtout ne pu négliger de lire les relations des voyageur* qui ea ont parlé, et profiter au moins du petit nombrr de leçons que de rares expériences ont fournies. C'eA un des gntnds avantages du plan que nous nous sommes prescrit de pouvoir réunir, et rapprocher, i mesure que nous avançons , tout«s les lumières ac' quises sur les contrées oîi nous transportons successivement nos lecteurs. 1
su-
Départ d'Europ«. Travcnfe juiqu'i l'emboucliDre rfu Zain".
Le vaisseau le Congo et te bâtiment de transport
la Dorothée partirent de Deptfbrt le t6février 1816.
sous le commandement du capitaine Tuckejr; tota
Ic« vKnta i^wirmirof |eg retinrent plus d'un no»
hnouth, qu'ils ne purent quitter
mouette ordinaire ( larus canus;
u« l'on vit après être sorti de U
cessa d'en apiercéToir qaeie33,
lu cap Finistère , la terre la pli»
DE TUGKST (1816). 45l
Le !& 5 9 on passa sur la ligne parallèle de ce cap , 1 peu près à la même distance. On dirigea alors le vaisseau vers l'ouest de Madère, et une jolie brise nord-est lui faisant faire cinquante à soixante lieues par jour , on arriva à la hauteur de cette île le 3 1 à la pointe du jour. Le vent d'ouest, des averses fréquentes , et le nombre des tortues (testudo caretta) , que Von voyait endormies sur la surface de 1 eau , indiquaient depuis plusieurs jours l'approche de cette He. Une de ces tortues, qui fut prise par le Congo , était couverte de bemacles ; il s'en trouvait de deux espèces, le lepas anatifera et le lepas manbranacea. Ce fut aussi en approchant de Madère qu'on vit flot-»* ter les premiers mollusques ; ils appartenaient tous au genre velella , suivant Tuckey : mais Smith crut aussi y reoonnaître la médusa pellucida (i).
Le % avril, au lever du soleil, on aperçut l'île
Palma, et l'on vit à six lieues de distance le scmimet du
mont Caldera couvert de neige. Jusqu'aux Canaries ,
la navigation avait été entièrement dépourvue d'inté-
rêL A partir de la hauteur oii les mouettes anglaises
ne se montrèrent plus, on ne vit que deux oiseaux
jusqu'à l'île de Madère : l'un ressemblait à un corbeau ;
Vautre était une mouette cendrée. Cette absence
totale d'<oiseaux de mer, aux environs de Madère et
des Canaries , est d'autant plus extraordinaire , qu'on
peut supposer que les Désertes, les Salvages, et
d autres rochers qui entourent ces îles , leur offrent
<^ retraites sûres et tranquilles.
(0 Tackey'tf Narrative, p. 9; Sroith'é Journal^ p. 334.
45a VOYAGE
\jC 5 avril, par vingt-deux degrés de latitude et dix-neuf degrés neuf minutes de lon^tude , on remarqua un changement dans la couleur de la mer. On était alors à trente-deux lieues du cap Corveîro , le point d'Afrique le plus proche ; on ne trouva pas de fond à cent vingt brasses. L'atmosphère était chargée de nuages, et l'on vît un grand nombre d'oiseaux pécheurs , indices qui prouvaient que l'on n'était pas loin d'un endroit accessible à la sonde. T^ pèche au filet était devenue assez heureuse; on prenait de temps en temps diverses espèces de mollusques, tels que des galères (bolothuria physalis}, une petite espèce de velelta comestible que Smith dessina, le thalia trîlineata, Thelix ianthina avec t'animai vivant, une méduse à quatre tentacules, un loligo vulgaris, et un fragment de nautile que couvrait une espèce de lépas (i).
Les holothuries parurent pour la première fois le 4* par vingt-quatre degrés treize minutes de latitude, et dix-huit degrés trente-une minutes de longitude , la ' température de l'atmosphère à midi étant de soixantehuit degrés ( seize de Réaumur) , et celle de la sur^e de la mer a soixante-cinq ( quatorze trois quarts de Réaumur). On continua à en voir en plus ou moins I grande quantité jusqu'après les îles du cap Vert, où . on ne rencontra plus aucun de ces mollusques. |
et les côtés du Congo ayant un grand □tes, causées par ta grande chaleur, et, j lissait aussi , parce que ce vaisseau ayant
Ifarratii/i , p. 1 1 ; Smîtft'i JoKmat, p. aSS.
DE TUCKET (1816). 4^3
été construit par un froid rigoureux, il avait été impa.r£aiitenient calfaté , le capitaine Tuckey résolut de s'arrêter pendant vingt-quatre heures à Porto-Praya , afin de remédier au mal. En conséquence, le 9 avril on jeta l'ancre dans cette rade.
A. l'exception des mollusques qu'on prit au filet,
les naturalistes de l'expédition , depuis qu'on eut
passe le tropique, ne trouvèrent rien qui attirât leur
attention. Un seul poisson volant (exocetusvolitans),
le premier qu'on eût aperçu , se trouva mort sur le
pont, le matin du jour où l'on arriva à la hauteur
de Bona-Vista; mais on n'avait encore vu ni dauphin^
ui bonite, ni requin, ni albicores, ni oiseaux du
tropique.
Le calfat du Congo ayant été terminé dans la soirée du 10, le capitaine Tuckey aurait quitté Porto-Praya le 1 1 dans la matinée ; mais ce jour était le jeudi saint, et l'on ne put parler d'affaires aux habitants que le lendemain. On ne mit en con* séquence à la voile que le i!2 dans la soirée. Au coucher du soleil , on était déjà à dix-neuf lieues de Porto-Praya.
Un vent modéré régulier, partant d'entre le nordest et l'est-nord-est, régna jusqu'au 18. On était alors par sept degrés et demi de latitude , et dix-huit degrés de longitude occidentale. Ce vent régulier fut remplacé par des brises variables, et on éprouva des chaleurs étouffantes, le thermomètre s'élevant dans l'après-midi à quatre-vingt-deux ou quati^evingt-quatre degrés ( vingt-deux degrés un cinquième, vingt-trois degrés uu dixième de Réaumur). La température de la mer était de . quatre-vingts à
quatre-vingt-un degrés; on vit alors paraître un gi'and nombre de marsouins (delphinus phocena), de poissons volants et d'oiseaux du tropique : une hirondelle s'arrêta sur les vei^ues du Congo , à la distance de deux cent cinquante milles de la terre (i).
Le filet qu'on employait constamment amena pour la première fois, le 1 8, un grand nombre de crustacées parfaitement diaphanes ^ ressemblant à des insectes de verre. Il y en avait de quatre espèces différentes, que le docteur Smith reconnut comme appartenant au genre scyllarus de Lamarck. On prit aussi un petit squale d'une espèce nouvelle , et qu'on peut nommer, d'après la forme de ses dents ^ squalus serratus.
Le 19, on essuya un premier déluge de pluie, par suite d'un ouragan venant du nord-est. Ce (ut le commencement de ces rafales , de ces cahnes et de ces averses, qui sont l'éternel fléau de cette partie de l'océan atlantique (2). Depuis cette époque jusqu'au cap des Palmes, le vaisseau marcha avec une lenteur excessive, ne faisant jamais plus de quarante milles par jour, et quelquefois restant immobile et comme enchaîné par un calme plat. Le vent, quand il y en avait , était constamment entre Testnord-est et le sud-ouest, mais plutôt de ce dernier côté. Ordinairement le ciel était pur du côté de l'ouest; quelquefois aussi l'on y voyait des nuages épais , qui , au coucher du soleil , se revêtant d'une variété infinie de couleurs , présentaient un spectacle intéressant , qu'on ne voit jamais dans l'hémisphère
(i) Tuckey's iVlarra/iVe, p. ii.
(a) Tuckey's Narrative, p. éiO'j Sinîtli*s Journal, p. s53.
DE TUCKET (l8l6), 45^
septen t rional en dehors du t ropiquf . l^es autres parties de la voûte des cieux étaient ordinairement brillantes de clarté, si ce n'est pendant les ondées. Le vent qui les précédait et qui les suivait était rarement d'une grande violence ; mais la pluie tombait par torrents et ea si larges gouttes , qu'elle unissait la surface de Feau. li'étoile polaire disparaissait de l'horizon ; de nouvelles constellations se montraient vers le sud, et l'on voyait pendant la nuit les brillantes étoiles de \a croix, et la ferme élégante de celle du scorpion. Les soirées étaient fraîches et agréiiblfss; dans la jouraëe la chaleur était excessive. Pour employer les loisirs d'une navigation si lente , Ifss naturalistes se livraient avec zèle à la recherche des animaux marins, tandis que le docteur Smith s'occupait à examiner les plantes qu'il avait recueillies à Sanlago (i). On prit un grand nombre de requins appartenant tous à l'espèce blanche (carcharias), à YexceptioQ d'un seul de l'espèce bleue (glaucus), l'unique que l'on vît pendant toute la traversée. Le plus grand des premiers était un mâle de dix pieds anglais de longueur ; le dernier était une femelle pleine , longue de sept pieds. !^lle n'était accompagnée ni de pilotes , ni de poisspns suceurs , tandis que les i^equins blaqqs en avaient plusieurs de deux espèces. On remarqua que les pilotes (gasterosteus ductor) avaient soin de s'éloigner de la bouche du requin , et de se tenir pour l'ordinaire vers la partie postérieure de sa tête.
Ou aperçut les premières bonites ( scomber pela-
(i) Srmtlï s Journal , p. a54; Tuckey * s iVariw/iVtf, p. 4i.
mis) le !ï5 , par cinq degrés cinquante-trois minutes' de latitude. Une foule d'oiseaux du tropique et d'autres oiseaux de mer volaient sur la surface de l'eau, pour saisir les poissons volants que la frayeur chassait hors de leur élément. Le 26 , par six degrés seize minutes de latitude, et treize degrés quarantecinq minutes de longitude , la température de la mer, à la profondeur de deux cent vingt pieds anglais, était de soixante-quatre degrés , celle de la surface de quatre-vingts degrés, et celle de l'atmosphère de quatre vingt-un degrés.
Les courants, depuis Porto-Praya jusqu'à six dégrés de latitude et quinze de longitude, portaient au sud et au sud-est ; ils se dirigèrent, à partir de cette hauteur, au nord-est et à l'est-nord-est, avec différents degrés de vitesse, de huit à quarante milles par jour. Us ne varièrent plus jusqu'à la hauteur de l'île du Prince (i).
IjC 3O9 on essuya l'orage le plus violent qu'on eût encore éprouvé. Le capitaine Tuckey avoua luimême qu'il n'avait jamais vu un horizon si rembruni. Des éclairs fréquents et prolongés se croisaient en tous sens au milieu des profondes ténèbres qui enveloppaient les vaisseaux, sur lesquels fondaient en même temps des torrents de pluie. Il nous fut impossible, dit Smith, de supporter long-temps la vue de ce phénomène imposant, et nous fômes obligés de nous retirer dans la cabane. Lorsque la violence de l'orage fut passée , on remonta sur le pont pour jouir du spectacle sublime que présentait le
(1) Tuckey, p. 41.
DE TUCKEY (1816). ^Sj
Ciel dans ce moment. Des éclairs partis de deux points différents, tantôt s'élevaient comme des jets dVau , tantôt , fendant la nue en zigzags nombreux , ou se divisant en mille branches lumineuses, ëclai* raient toute sod étendue. Jamais Smith n'avait vu en Europe d'éclairs qui ressemblassent le moins du monde à ceux-ci (i).
Du 3 au 10 mai, on eut un vent du sud qui conduisit l'expédition dans le golfe de Guinée, On voyait nager de tous côtés des bancs innombrables de diifférentes espèces de poissons , mais surtout des marsouins à nez de bouteilles (delphinus delphis), des albicores et des bonites. Tous les jours on en prenait quelques uns. On voyait aussi des troupes d'oiseaux du tropique, et de temps en temps quelques frégates (men-of-war birds) (a). On remarqua que l'oiseau du tropique pèche de la même manière que la mouette , en rasant l'eau et en ne saisissant sa proie qu'à la surface de la mer, tandis que la frégate s'élève très haut dans l'air, plane comme le milan, fond perpendiculairement sur sa proie, la suit sous l'eau en plongeant , et reprend son essor chargée du plus gros poisson volant.
Le 1 1 , des pluies abondantes recommencèrent à tomber; et quoiqu'elles n'eussent duré que deux jours, sept hommes de l'équipage de la Dorothée furent attaqués de la fièvre, pour avoir eu l'imprudence de coucher sur le pont mouillé et de ne pas changer de vêtements. Le i4i on prit deux fous ou boubies (pele«
(t) Smith's Journal, p. a 55.
(a) Pelecanas Aquîla.
canus sula); ces oiseaux venaient alors s'établir fréquemment vers le soir sur les vergues des vaisseaux.
Après qu'on eut doublé le cap des Palmes , et qu'on fut entré dans le golfe de Guinée , la mer prit une couleur blanchâtre, qui augmenta jusqu'à la hauteur de l'île du Prince ; sa surface devint aussi de plus en pluslumineuse,de sorte que pendant la nuit les vaisseaux semblaient voguer au milieu d'une mer de lait : pour en découvrir la cause, on jeta à la mer un sac de toile à voile , dont l'ouverture était étendue par le moyen d'un cerceau , et en le retirant on y trouva une multitude d'animaux de différentes espèces, particulièrement des salpes transparentes, , couvertes d'une quantité innombrable de petits crustacés du genre scyllarus. C'est à ces derniers animaux que Tuckey attribue principalement la phosphorescence de la mer (i). Le docteur Smith a remarqué que quelques parties du icorp^ des salpes sont garnies de points brillants; il trouva aussi que deux ou trois espèces de crabes produisaient une lumière éclatante. Les points lumineux qu'on voit sur les mollusques ont plus d'étendue et moins d'éclat. Il assigne cependant pour principale cause au phénomène de la phosphorescence de la mer la dissolution d'une matière visqueuse et brillante répandue sur sa surface , et dont les plus petites particules , vues au microscope ^ ont l'apparence de petits corps solides et sphériques (a).
A^ nombre des animaux que l'on pécha , il y 9vait
(i) Tuckey 's Narrative y p. 48.
(s) Smith's/our/ia/, p, a58.
treàxi^ espèces du genre ctncer ; huit ament U famé des crabes, et cinq celle des crevettes (shrnnps); aucune n'excédait la longueur d*un quart de pouce; on renaarquaît surtout le cancer fulgens. Dans une autre espJMse on dëcourrit que la propriété lumineuse avait soo siège dans le cerveau ; cet organe resseniUaitt lorsqpie Tanimal était en repos, à la plus brillante améthyste de la grosseur de la tête d'une épingle , et répandait, lorsqu'il était en mouvement, des rayons d'une lumière argentine très vive. On prit aussi un grand nombre de béroés, de belles boîotburîes, et àe divers animaux gélatineux que le golfe de Guinée semble produire avec profusion.
Le 1 5 , des troupes de mouettes annoncèrent que roQ n'était pas loin de la terre; et le 16, au point du jour, on eut en vue Itle du tVioce , à une distance de douze ou quatorze lieues. Cette ile a une apparence singulière. Des rochers escarpés de forme cubique et conique la couvrent vers le nord«-ouest et l'est. Quelques uns, en vue du vaisseau, étaient perpendiculaires et blancs comme de la chaux. Il est difficile, suivant Smith , d'assigner une cause à cette couleur. La forme de ces rochers prouve qu'ils sont de basalte ; mais ancune substance blanche, ii la connaissance de notre naturaliste, n'entre dans la composition des grandes masses de roches de cette formation. Quelques personnes de l'expédition attribuaient cette teinte aux excréments d'une multitude d'oiseaux de mer qui y font leur demeure ; mais on a peine à se figurer la quantité de cette matière qu'il faudrait pour couvrir des rochers de deux à trois mille pieds
46o VOYAGE
de hauteur, de manière à les rendre visibles à une aussi grande distance.
Les essaims d'albicores, dont le vaisseau était alors entouré , étaient si nombreux qu'ils justifiaient presque ce qu'on a dit de ces poissons , qu'ils empêchaient la marche des navires. On en prenait à la ligne une vingtaine par jour ; le poisson volant que l'on trouvait dans leur estomac servait d'appât. Le nombre des bonites était beaucoup moindre. I^es poissons volants, pour fuir leurs cruels' ennemis, s'élevaient au-dessus de la mer comme des troupes d'oiseaux. On remarqua que lorsqu'ils suivaient la direction du vent ils décrivaient une courbe considérable , mais que dans le cas contraire ils retombaient presque aussitôt. On en prit de quatre espèces différentes (i).
Des vents légers , variant du sud au ' sud-ouest , retinrent l'expédition en vue de l'île du Prince jusqu'au i8 mai. Un violent coup de vent qui s'éleva alors, porta les vaisseaux vers celle de Saint- Thomas, et le temps contraire les retint pendant deux jours entiers à la hauteur de cette île. Depuis cette hauteur on éprouva un courant portant vers l'ouest nord-ouest , dont la vitesse augmentait à mesure que l'on avançait vers l'ouest , et qui sous la ligne était de trente-trois milles anglais par vingt-quatre heures. Le Ï27, à cinq lieues au midi de Saint-Thomas, on trouva qu'en six jours les vaisseaux n'avaient avancé que de quarante-cinq milles au sud , tant était grande la violence des courants au nord, quoique, ajoute
(i) Tuckef * s Narrative , p. 47.
Xuckey, la dernière carte de TOcëan atlantique tnar- €fvte en ces parages un fort courant vers le sud.
Cette marche lente et pénible détermina Tuckey à se rapprocher de la cote, dans l'espérance d'y trouver des brises de terre. Le 3, on aperçut effectivement le rivage à trois lieues de distance; mais on n'éprouva que bien faiblement l'effet des brises que Fon cherchait. Du 3 au 8 on eut encore peu de vent; vers minuit il tournait vers l'ouest sans dépasser le sud-ouest, et pendant une ou deux heures il avait assez de force pour que l'on pût faire deux à trois milles par heure. Alors il devenait plus faible , et retournait le matin vers le sud et le sud sud-est. Ces variations étaient les seuls signes de réaction mutuelle de la terre et de la mer sur l'atmosphère. La constitution physique de cette partie de l'Afrique est sans doute la cause du défaut de brises alternatives plus marquées de terre et de mer. Le sol y est très bas et entièrement couvert de bois, de sorte que l'atmosphère y conserve, nuit et jour, un degré de température presque égal. La côte, vue à la distance de deux ou trois lieues, présentait des rochers noirs et perpendiculaires , coupés de raies jaunâtres suivant la même direction, et mêlés de grandes taches de m£me couleur. Ces rochers semblaient reposer sur une base de pierre ponce, et étaient adossés à des collines couvertes d'arbres épars çà et là, et disposées en amphithéâtre. De vastes plaines d'une teinte jaunâtre s'offraient aussi de temps en temps aux regards, et de gros tourbillons de fumée indiquaient
46î* VOYAGE
que le pays était habité, et qu'on y brûlait des hei4>es sèches (i).
Pendant cette ennuyeuse quinzaine de calme les naturalistes trouvèrent peu de sujets de distraction ; les poissons et les oiseaux semblaient avoir abandonné ces parages. Une hirondelle ou un martinet fut le seul oiseau que l'on aperçut; cependant le filet amena une grande quantité de petits animaux marins, entre autres le nautile (a) avec l'animal vivant, qui, contre l'opinion de^ naturalistes français, est un octopède parfait (3). A quarante lieues de la terre on trouva des masses de roseaux et des arbres flottants qui auraient suffisamment indiqué l'existience d'un fort courant à l'ouest, quand même les chronomètres ne l'eussent pas démontrée, he id, on prit un alba^ tros (4) qui flottait sut l'eau, en état de putridité, ce qui indique que ces oiseaux s'avancent vers le nord plus qu'on ne le pen^ généralement. Le même jour une baleine, qui paraissait appartenir au g«tire cachalot ( physeter ) , ayant de grosses bosses derrière la nageoire du dos, frappa dé sa queue le gouvernail de la Dorothée ; une iautre s'életa dii^ectethent sous le Congo , et le souleva presque èntiètiement bons de Teau. Ces animaux étaient devenus très communs (5). On resta jusqu'au a 4 en vUé de la baie de Mayom^ ba , jetant l'ancre toutes ks fois qu'on était en«>
(i) Smith's Journal, p. 260.
(a) Argonauta patula.
(3) Lftmarck, ArûMaux scaù ^eHèiftlf, p. 99.
(4) Diomedeo exukns.
(5) Tuckcy 's iVarroftVtf, p. 55.
DE TUGKBY (1816). 4^3
par la force^ du courant. La terre au nord de baie présente une ligne d'ondulation dont le ca.p IMEayomba est le plus haut point, suivant Tuckey, Suiv^ant Smith, vers le parallèle de ce cap, quil appelle Yamba (i), et à quelque distance du rivage, on s^perçoitune colline de forme conique, qui, quoique la plus élevée d'une chaîne fort étendue, ne pa>r^t pas avoir plus de mille pieds anglais de hauteiAr.La pointe matouly, au sud de la baie, forme une sii:àt.re cx>lline qui s'aplanit graduellement vers le midi et. se confond avec un sol bas et uni. La circonférence de la baie se compose aus^i de terres basses, au centre desquelles on voit dans le lointain s'élever une petite éminence. Toutes ces côtes sont couvertes de bois ; des feuK indiquaient cependant qu'elles sont habitées (2).
Ayant jeté l'ancre sur un fond de sable , on pécha un grand nombre de poissons du genre sparus , appelés par les marins brèmes de mer, ou chevau-légers. Ce dernier nom leut a été donné à cause d'une protubérance rougeâtre qu'ils ont derrière la tête , et qu'on s'imagine ressembler à un casque. On les prit à ta ligne près du rivage avec de la chair fraîche de porc, ou leur propre foie poUr aiiiorce ; le plus gros pesait dix-huit livres ; et quoique leur chair fut sèche et insipide , elle parat eepeûdant préférable à celle de l'albicore et de la bonite , dont on aVait été rassifôié jusqu'au dégoût dans le golfe de Guinée. ^ Les oiseâuic de mer avaient entièrement disparii , à l'exeeption die l'oiseau du tropique , qui se mbntraît
(i) Smith y p. 160.
(1) Tuckey, p. 56.
accidentellement y et de quelques poules de la mère Carey, ou pétrels des tempêtes : on prit aussi à la surface de la mer un grand nombre d'insectes du genre tipule.
Le 249une brise de mer, plus forte que celles qu'on éprouvait depuis long-temps, favorisa la marche des vaisseaux jusqu'au soir. La terre, au sud de Mayomba, à trois degrés cinquante minutes de latitude , prend un aspect agréable, et présente, à partir du bord de la mer, trois ou quatre éminences disposées en amphithéâtre , dont la plus haute et la plus éloignée ne mérite pas le nom de montagne. Toute cette côte est boisée, à l'exception de quelques endroits qui semblaient couverts d'herbes desséchées. I^e rivage est de sable ; la mer bat contre un récif qui doit empêcher les chaloupes d'approcher de la cote, à moins que les rochers qui la bordent ne cachent quelque crique abordable.
Le a8, par quatre degrés trente-une minutes de latitude, les côtes étaient plus pittoresques, les collines plus variées et le sol plus découvert. I^s arbres ne formaient plus de forêts; ils étaient épars, solitaires, ou disposés par groupes, et paraissaient couronnés de branches très touffues. Le sol était une argile rougeâtre (i).
On était alors en face de la baie de Loango ; on y jeta l'ancre à huit milles environ au nord des montagnes rouges formées de l'argile dont on vient de parler. Dans l'après-midi on leva l'ancre ; mais la brise de mer ayant manqué tout à coup , on la mouilla de
(i) Smith* 9 Journal , p. i6a; Tuckey* s Narratipe , p. $9.
DE TUCKET (1816). 4^5
nouveau sur douze brasses. Cette manœuvre n'était pas achevée qu'on se trouva sur huit brasses audessus d'un récif de rochers, avec un courant qui entraînait les vaisseaux au nord-nord-est de deux milles par heure. Là brise de mer ayant heureusement sou£9é, on coupa le câble, et on abandonna l'ancre pour gagner au large.
Cet écueil est situé par quatre degrés trente minutes de latitude , environ à sept milles du rivage. Tuckey fait cependant remarquer que son observation ayant été faite à midi , et l'horizon étant mauvais, il peut r^ trouver dans son calcul une erreur de deux ou trois milles (i).
Le côté septentrional de la baie de Loango est forme d'une terre rougeâtre de hauteur modérée, coupée par des ravins et des fentes qui ressemblent à des lits de craie décolorés par l'action de l'atmosphère. Ces hauteurs s'abaissent graduellement au niveau du sol qui forme le fond de la baie ; la Pointe- Indienne elle-même descend en pente douce vers le sud , et se joint à un terrain uni et couvert de bois. C'est à cette hauteur qu'on observa , pour la première fois , que l'eau avait une teinte rouge foncée, comme si elle eût été mêlée de sang ; mais en l'examinant dans un verre , ajoute Tuckey, on n'aperçut aucune trace de cette couleur, et le fond de la mer couvert de vase argileuse et rougeâtre lui parut une explication satisfaisante de ce phénomène : mais Smith nous dit de son côté que cette couleur était produite par
(i) Tnckey's Narrathe, p. Sg.