XIV. Sa
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d'une heure , le chenou couduisit le capitaine ^b» une basse-cour où il j avait quarante- six belles vaches , un taureau et un veau; et il choisit une des premières pour lui en (kire présent. Tuckey apprit que ces animaui avaient été apportés par les Portugais , et s'étaient considérablement multipliés , quoiqu'on ne prit aucun soin pour assiu«r leur propagation, et qu'on tuât indistiactement les vaches pleines et les taureaux. Les naturels ne font aucun usage de leiu- lait. Les Portugais avaient aussi apporté dans cette contrée quelques chevaux ; mais ils ont tous péri (i).
Les naturalistes avaient construit quelqves cabanes près de la tente du c»pitaine , qpe les indigènes appelaient déjà le village ou Le itaq^ du capiuûne. Smith nous appf^d à ce sujet que le mot de bapsa désigne , chez ces nègres , l'habitation d'un père de famille , et de tous ceux qui dépendent de lui. Le village du roi, Baosa-Emborama , est le seul où plusieurs familles puissent trouver des moyens d'existence. On ne cultive la terre, dans ces contrées, que par morceaux détachés, et les travaux à^s champs sont le partage des femmes. On voyait souvent ces ijualheureuses négr;eg$es , chargées de leurs enfants et de paniers de provtsioqs, se livrer à pe» péuible; ïs filles du roi n'en soQt pas plus dis- !S «utres. Les seules plaptçs cultivées quit étaient la cassave en petite quas- [s q^'on sème particulièrement sur
BB TUCKCT (1816). 499
rives du Zaïre, sans doute parce que l'air y plus humide» Le cotonnier croissait spontanét dans les plaines , et Ton trouvait des pisangs aim mardbé de Loomba (i) , quoiqu'on n'eût point aperçu aux «ivirons l'arbre qui pcMte ces firuits. On apprit qu'on en trouve abondanunent en remontant le fleuve sur la rive opposée, de même que des gers et d'autres firuits (2).
Cependant Smith ne cessait de fiiire des excurons, et d'augmenter ses collections botaniques. l^je 3o, il partit à la pointe du jour, visita Itle de Bonka, ^, après avoir passé par les villages de Thimanga et Yinda, suivit le rivage jusqu'à Tinyanga, bansa aq>partenant au finère du roi. Il trouva ce prince .assis sur une natte au milieu de ses courtisans et <l'uiie troupe de jeunes nègres armés. Le village de Tinyanga (3) est dominé par un rocher escarpé, d'où sortent deux ou trois sources , et qui est couvert de plantes remarquables.
Le a août ,Tuckey alla prendre congé du chenou , et lui o£Grit son dernier présent. En revenant, on passa devant une cabane, dans laquelle le corps d'une £emme, décédée depuis peu, était étendu sur une espèce de lit de parade, et orné des plus beaux vêtements de la défunte. Dans l'intérieur , quatre fiemmes poussaient des cris horribles, et aurdehors, deux hommes, le visage appuyé contre la cabane ,
(i) Tvkékej écrit Lombi (Lombee).
(s) Smith's Journal^ p. 3o4-
(3) Ces Yillages ne sont pas indiqués sur k carte de Tndkey, Smith's /oHma/ , p. 3o3.
5oO VOYAGE
observaient, en les accompagnant, une sorte décadence; ce qui produisait un concert assez semblable aux hurlements des funérailles irlandaises. On apprit que ces marques de douleur étaient répétées une heure par jour, pendant les quatre premiers jours qui suivaient le décès. Le capitaine voulut voir le lieu de sépulture des naturels ; mais il n'obtint qu'après beaucoup de difficultés qu'on l'y conduisît. Il était situé à environ six cents pas dubansa; des arbres et des buissons d'épine étaient parsemés à l'entour, et la terre était couverte d'herbes desséchées. On remarqua deux fosses préparées pour recevoir le corps de deux grands personnages. Elles avaient neuf pieds de long sur cinq de large , et neuf de profondeur. Elles devaient encore être creusées jusqu'à ce qu'elles fussent aussi profondes que le plus haut palmier , la longueur et la largeur restant toujours les mêmes. Une première couche de terre noire, de dix-huit pouces de hauteur , couvrait la superficie du sol , dont les couches inférieures se composaient d'une argile jaune et compacte. Cependant les naturels creusent leurs fosses avec les mêmes houes qu'ils emploient pour labourer la terre, et les excavations sont faites avec autant de netteté que de régularité. Tuckey remarqua sur un tombeau une grande dent d'éléphant, et une autre plus petite sur la tombe d'un enfant. 11 y avait surtout des débris de pots de terre et de bouteilles symétriquement arrangés. Les nègres dirent à nos vdyageurs qu'il y avait eu de jeunes arbres plantés autour de chaque fosse ; mais tous étaient morts, à l'exception d'un cactus qua->
DE TUCKEY (1816), 5oi
Irangulaire. Les tombeaux paraissaient être creuses ndistiactement dans toutes les parties de Tenceinte, :t semblaient avoir été entièrement négligés depuis i^u'on y avait déposé les morts. Les détails que Tuckey ajoute sur la manière de les ensevelir se trouvent presque textuellement dans Degrandpré (i).
Le capitaine ne voulut point quitter ce mouillage sans prendre des informations exactes sur le commerce des nègres. En combinant les divers renseiguements qu'il obtint des indigènes, il croit pouvoir évaluer à deux mille le nombre des esclaves que l'on traite annuellement dans cette contrée (2).
Le 3 août, à la pointe du jour, on fît avancer la chaloupe à force de, rames autour de l'île Bouka- Enibomma , jusqu'à l'entrée méridionale de la crique, où l'on jeta l'ancre pour attendre le Congo. La portion du fleuve contenue entre le continent et l'île de Bouka-Embomma du côté du nord , et les îles Hekay et Bbuka (3) , forme une espèce de bassin entouré de roches élevées de granit primitif ou de schiste. Ces rochers, taillés en amphithéâtre, sont, sur le bord du fleuve , entièrement nus et stériles ; mais plus loin ils sont couverts de broussailles, et quelques grands arbres prennent naissance dans leurs
fi) TncÏLey^ s Narrative , p. ii4-
(a) Prix d'un esclave à Lombi, en 1816 : deux mousquets, deux barils de poudre à canon, deux aunes dé toile de Guinée, douze pièces d'indienne de dix aunes chacune, douze aunes de nicanay, huit aanes de romals, une aune d'étoffe de laine , une ceinture de drap, deux jarres d'eau-de-YÎe , cinq couteaux, un rasoir, un miroir, un chapeau, une harre de fer, une paire de ciseaux, un cadenas. Tuckey's Narrative , p. 113.
(3) Iles Molyneux et Leyland de Maxwell.
5oa VOYAGE
crevasses. Us sont tous extrêmement escarpés , forment de profondes cavernes, sont séparés par des chaussées naturelles, et ressemblent beaucoup , mais dans de plus grandes proportions, au passage du bol de punch du diable , entre Londres et Portsmouth.
L'île de Bouka-Embomma , qui est séparée de la terre ferme par le bras de rivière nommé Logan siu* la carte de Maxwell , est entièrement de schiste , à l'exception d'une plaine excessivement fertile qui borde la crique. Ce bras a environ cinq yards ( i ) de largeur et trois à quatre brasses de profondeur. L'île de Bouka-Embomma serait l'endroit le plus convenable pour former un établissement dans ces parages. A cette hauteur, le Zaïre coule entre des montagnes dont la cime est entièrement nue, mais dont la base est couverte de la plus riche végétation.
Ces montagnes s'abaissent vers le nord , et sont coupées à pic vers le sud ; l'aspect des deux rives du fleuve rend cette observation évidente. Leur pente est, dans quelques endroits, complètement verticale. Dans une de ses excursions, le docteur Smith s'avança jusqu'au pied de grands rochers de quartz complètement décomposé et de masses rouges granuleuses. En quelques endroits , Peau en sortait continuellement comme d'une source. Parmi les plantes nombreuses que notre botaniste y recueillit, il mentionne particulièrement le magnifique brownea, qu'il voyait pour la seconde fois (a).
(i) Le yard équivaut ordinairement à trois pieds anglais. (a) Smith's Journal, p. 3o6.
DE TucKElr (1816). 5o3
Le capitaine Tâckey descendit à terre le 4 août , en face de Tîle Bouka-Embomma, près de grosses roches granitiques très escarpées et presque nues. Le docteur Smith qui l'accompagnait leur donne le nom de rochers de Taddi Mansoni. Cette partie des .rives du fleuve présente un mélange varié de plaines, de profondes vallées et de collines se terminant en pic ou affectant les formes les plus grotesques. On voit de distance en distance des groupes de mimoses épineux (mimosa spinosa) et quelques dhamps cultivés. On mesura un adansonia qui , à deux ou trois pieds de terre , avait quàrante-<]eux pieds anglais de circonférence , et paraissait en avoir presque autant à la hauteur de trente pieds. lie fleuve, en cet endroit, n'est plus divisé en différents bras, et il ne contient plus d'îles jusqu'à une distance considérable. Smith estima que sa largeur égalait à peu près celle du Drammen en Norwège près du pont. Notre naturaliste gravit une montagne dont la base est formée d'ardoise micacée jaunâtre; cette substance devient moins commune à mesure que l'on s'approche du sommet, qui se compose entièrement de quartz. Il observa aussi quelques pièces de bois abattues et taillées, que les charpentiers nomment lignum vit» : il est extrêmement dur; mais Smith ne put déterminer son espèce. On vit des singes (simia cephus) sauter de branche en branche sur les ari)res, et plusieurs oiseaux, entre autres un mairtin*pêcbeur moucheté. La température était si agréable , qu'on célébra l'office divin sur le pont. Dans l'endroit où l'on jeta l'ancre , on trouva une
5o4 VOYAGE
marée régulière de treize pouces; le courant était a peine sensible pendant son élévation (i).
S IV
Départ d'Embomma dans des chaloupes; navigation ytÊ^qp*'^
Yellala ou la cataracte.
Le 5 août, le capitaine Tuckey se décida à hàms4^ encore une fois le Congo en arrière, et à remonter le fleuve dans les doubles chaloupes. Son lieutenant , le maître , le contre-maître , les quatre naturalistes et Galwey s'embarquèrent sur la petite flottille, et Je même jour on mit à la voile.
Le Zaïre était bordé des deux côtés par des montagnes rocheuses et stériles d'ardoise micacée , couronnées à leur sommet de grosses niasses de quartz. Elles s'avancent jusque dans le fleuve, et resserrent quelquefois son lit dans la largeur d'un demi-mille. L'ardoise forme sur leurs flancs des sait' lies et des pointes nombreuses, revêtues d'une tapissérie verte de plantes grimpantes et d'tme multitude d'autres végétaux. Le lit du fleuve est hérissé , dans quelques endroits, de réci& contre lesquds l'eau brise avec assez de violence ; le courant que forment ces réci& dépose dans quelques parties un limon qui a formé de petites langues de terre, oti croissaient des roseaux et même du mais. Outre ces langues de terre, on vit ce jour-là plusieurs petites vallées entre les rochers, formant l'embouchure des
(f) C^oftrez Tuckey** JfûrniÙ^e, p. i»6; et Smitb'« IcmnMl,
DE TUCKJEY (1816). 5o5
9 dont la plus considérable est appelée Yinda le Zally, et occupe l'espace de deux milles le long du. rivage. On cultive dans ces espaces fertiles du et du manioc, et les palmiers hyphœne y croisen abondance. Les deux rochers appelés par les in^di gènes Sandy ou Zonda ne sont que des blocs d'aix*doise; celui que Maxwell nomme Oscar a un très gi*a.iid arbre sur son sommet; mais du reste il n'est couvert que de broussailles. Sur la rive septentrionale , presque en face de ces rochers , est une pointe fort escarpée, qu'bn pourrait appeler le saut de Vamant , quoique dans un sens différent de celui de X^eucade , puisque c'est de ce lieu que l'on précipite dans le fleuve les épouses adultères du roi de Bomma (r).
Les rochers que Maxwell nomme Scylla, formés de
deux masses d'ardoise , s'élèvent au-dessus du fleuve ,
près de sa rive septentrionale. Â soixante pieds de
là , l'agitation des flots indique encore que ce récif
se prolonge sous l'eau, quoique la sonde indique six
brasses. A sept heures, la brise tomba, et l'on jeta
l'ancre à l'entrée orientale d'une petite baie, à la
hauteur des îles de Gombac. Smith, qui écrit Gomba,
nous apprend que ces îles pittoresques sont souvent
visitées par les hippopotames (2). Elles sont au
nombre de deux , la séparation que Maxwell marque
entre la plus occidentale n'étant qu'une anse. Ce sont
de simples rochers d'ardoise, couverts d'un assez
grand nombre d'arbres. On prit terre dans cet en-
(i) Tuckey, p. 139; Smith , p. 809.
(a) Smith , p. 3io.
5o6 VOYAGE
droit, et Ton gravit les Gollines qui' forment le coude du joueur de violon (fidier) de Maxwell. Tontes ces hauteurs sont formées d'ardoise, avec du quartz à leur sommet ; on n'y aperçoit que quelques arbrisseaux dont les naturels font leurs cuillers. Ces ustensiles sont travaillés avec beaucoup d'industrie , et ne le cèdent en rien aux cuillers dont on se sert dans beaucoup de pays d'Europe. Leurs couteaux ne sont pas non plus à mépriser ; mais ils ne ffabriquent pas toujours eux-mêmes les lames , quoiqu'ils préfèrent toujours leurs manches et leurs gaines (i). Le docteur Smith aperçut sur une montagne voisine une demi*douzaine de singes de la taille de trois à quatre pieds anglais.
Les fourmilières étaient très nombreuses sur lé rivage ; mais , à l'époque où l'on se trouvait, elles étaient toutes abandonnées. Il paraît que dans la saison des pluies les fourmis (a) établissent leur demeure dans le creux des arbres. Ces fourmilières ont exactement la forme d'un champignon , consistant en une colonne ronde de dix-huit pouces de haut, surmontée par un dôme de deux pieds de diamètre.
On observa, dans la matinée du 7 août, une curieuse illusion d'optique, causée sans doute par l'état de l'atmosphère et l'ombre des hautes collines ;
(1) Tnckey, p. i3i. .
(a) Ces insectes , souvent méconnus par les naturalistes , sont les termites, dont les ravages sont si redoutés eu Sénégambk et' en Guinée; les constructions que Tnckey décrit et figure dans son ouvrage avaient déjà été décrites et dessinées par Smeathman. Voyez sa dissertation sur les termites y reproduite dans W^interbottom et dans Sparrman.
DE TUCKEY (1816). 5o7
les chaloupés paraissaient être sur le sommet d'une
montagne d'eau , dont la pente était très rapide , de
soi*te qu'en regardant le fleuve le courant semblait
reïxionter une hauteur. L'endroit où l'on jeta l'ancre,
vu par un beau clair de lune , ressemblait beaucoup
au Loch-Tay en Ecosse. Par la nature et la forme
des montagnes qui avoisinent le Zaïre, on juge
qu'elles n'absorbent aucune partie des eaux qui
tombent dans la saison des pluies, mais que ces
eaux sont directement portées au fleuve par les
ravins dont ces montagnes sont coupées, et où l'on
trouve la plus riche végétation. Les traces ^estées
sur les rochers indiquaient que l'eau s'élève , dans la
saison pluvieuse , d'environ huit à neuf pieds anglais
au-<lessus du niveau ordinaire du fleuve.
A onze heures on leva l'ancre par une légère brise de l'ouest, et on se dirigea vers la côte méridionale du fleuve , près du bansa de Souka-Congo. On n'avait à cette hauteur qu'une vue très bornée du fleuve , parce qu'elle est interceptée par des montagnes , dont l'élévation augmente du côté de l'est , et entre lesquelles le Zaïre coule en décrivant plusieurs détours r elles * forment des espèces de colonnes arrondies par le haut , et où l'on aperçoit des veines et des couches de quartz mêlé à l'ardoise. Smith découvrit dans ce lieu quelques pieds d'eugenia. Ce voyageur parle^ aussi , dans cet endroit , d'un village appelé Congo- Binda , qui est sans doute le Souka-Congo de Tuckey, et qu'il place à quelque distance dans l'intérieur des terres, sur le plateau d'une haute montagne (i). La
(i) Smiih* 8 Journal, p. 3ii.
5o8 VOYAGE
brise ayant cessé près du rocher du Diamant de Maxwell , on ne put surmonter le courant violent qui existe dans cet endroit. Cependant , dans l'aprèsmidi, on passa outre , et on jeta l'ancre à quatre milles à l'ouest de Condo-Sono.
Le rocher appelé Boula-Beca , sur le plan de Maxwell , est nommé Blemba ou le Mari par les indigènes. A l'est de ce premier rocher, on trouve le roc ou l'îlot du Chaudronnier ( Tinker). Les naturels donnent le nom de N'Casan ( la Femme) au plus occidental et au plus grand des trois rochers qu'on a nommés les trois Parques (Weird-Sisters), et qui sont situés très près de la rive septentrionale du fleuve. Le rocher du Diamant porte dans leur langue le nom de SalanKouquotty, ou la grosse Plume, sans doute par allusion à la rapidité du courant, qui est assez dangereux dans cet endroit, et qui coule à raison d'environ trois milles et demi par heure. Sur le sommet de l'une des collines du rivage étaient plus de vingt singes , que leur visage noir et leur grande taille eussent fait prendre pour des nègres, si l'on n'eût pas aperçu leurs longues queues.
Les montagnes dont on était entouré paraissaient plus escarpées que celles que l'on avait vues jusqu'alors; les vallées étaient moins nombreuses. On ne voyait sur les rives ni palmiers ni aucune apparence de culture. Quelques habitants du bansa Noki vinrent le matin à bord, et l'on reçut d'eux les premiers renseignements sur la grande cataracte qui empêche plus loin la navigation du fleuve, et qu'ils appellent Yellala. Elle n'est , selon les nègres , qu'à une journée de marche de Noki.
DE TUCKÇY (1816). 509
A. dix heures , on leva l'ancre par une légère brise , et 9 à force de rames , on arriva à l'endroit nomme Ooo do-Sono, où les Européens, employés à la traite des esclaves, s'arrêtaient autrefois pour faire leur trafic, mais où il ne restait pas alors une seule cabane. Le 9, Tuckey essaya de remonter le fleuve sur la petite barque. Les obstacles augmentaient de mille en mille , à cause des rëcifs et de la rapidité des courants. Les collines paraissaient aussi de plus en plus stériles , et les seuls habitants que l'on aperçut furent quelques misérables pêcheurs qui faisaient sécher de petits poissons qu'ils prenaient entre leslrochers(i). Pendant cette navigation , le docteur Smith fit quelques excursions sur le rivage, qui lui procurèrent un arum (2) , dont la bulbe est comestible , et une espèce nouvelle d'euphorbe. Il ne vit d'autres êtres vivants que quelques pigeons et de petits oiseaux; mais le rivage était couvert de traces d'hippopotames, et il tira trois coups de fusil sur un alligator.
Le I a, le capitaine se rendit àNoki, pourvoir le chenou , et se procurer des guides. Il savait aussi qu'il y avait alors dans cette ville un grand nombre de nègres Mandonzo (3), dont le pays est situé beaucoup plus avant sur le fleuve, et dont la langue et les mœurs diffèrent entièrement, dit-on, de celles du Congo. Avant d'arriver au bansa de Noki, on marcha pendant deux heures (4) , tantôt gravissant des
(1) Tackey, p. i35.
(a) Smîth, p. 3ii. ArumfoU'u 3-nat. dichotomis.
(3) Les MaDdozo de Tuckey sont les Mondongues des autres ▼oyageurs. Voyez cî-dessus , p. 400 et 401.
(4) Smîth, qui accompagnait le capitaine Tackey, dit qu'on
5lO VOYAGIi^
collines presque perpendiculaires, et de grandes masses de quartz et de schiste ^ tantôt marchant par des chemins assez unis , tracés sur l'argile qui couvre leurs sommets, et où s'élèvent ça et là quelques touffes d'arbrisseaux; tantôt descendant dans des vallées riches et fertiles, couvertes d'une végétation surabondante et nuisible , qui étouffe le peu de plantations que les indigènes essaient d'y formen Dans deux de ces vallées on vit deux ou trois bansas, ne différant en rien de Bomma, à l'exception du toit des maisons, qui était arrondi en dôme, au lieu d'être courbé en triangle. Auprès de ces villages sont deux torrents qui se précipitent à travers les ravins. A ia fin , on arriva au bansa de Noki, qui est situé sur le plateau de la plus haute montagne de cette contrée. Au milieu des palmiers et des plantations nos voyageurs remarquèrent avec plaisir de jeunes choux , croissant admirablement bien. Smith parle aussi de plantations entières de pisangs et de ficus religiosa. La hauteur du mercure dans le baromètre indiquait, suivant notre naturaliste, une élévation d'environ quatorze cent cinquante pieds anglais , ou treize cent quarante pieds français. Tuckey ne donne, au contraire, à la position du bansa qu'une élévation de treize cents pieds anglais, d'après une observation barométrique, et suivant les calculs de Leslie, également invoqués par Smith (i).
n'atteignit le sommet de la haate montagne où est situé le bansa de Noki, qu'à onze heures, après une marche de six à sept heures. Journal, p. 3i3.
(i) Smith*s Journal, p. 3i3; Tnckey*s Narrative, p. i38.
DE TlUjILEY (î8l6). * 5ll
Lorsqu'on se pré^ata devant le cfaifnou , il était £&ssis avec deux autres nègres du même rang, déployant beaucoup plus de magnificence sauvage que le chenou d'Enibomma » maïs se montr^mt moins jaloux d'imiter ^es manières européennes. La terre et les sièges étaienjt couverts de peaux de lions et de léopards. La loi du pays punit de l'esclavage le nègre, même du plus haut rang, qui oserait poser le pied sur ces tapis, et le soin avec lequel chacun sui^ Tait les petits intervalles que l'on avait ménagés entre eux , témoignait assez qu'on ne perdait pas de vue le châtiment. Le chenou, outre un manteau rouge brpdé , avait sur la tête un énorme bonnet orné de plumes blanches de héron. Un des autres chefs était coi£Gé d'un vieux chapeau; et le troisième, enveloppé dans un grand manteau de velours , avait la tête ornée d'une couronne, avec un gros bouton de verre de couleur, qui avait évidemment appartenu à quelque comédien. L'assemblée se composait d'une cinquantaine d'honunes accroupis sur le sable. Sur la demande que Tuckey lui en fit faire par son interprète Simmous, le chenou de Noki lui accorda de suite deux guides pour le conduire jusqu'à la cataracte. Au-delà, le pays était pour eux une terre inconnue, aucun indigène n'ayant jamais pénétré plus avant. A la fin de ce palaver, ou de cette audience, le petit baril d'eau-de-vie , apporté par les Anglais, fut ouvert , et il s'établit une lutte encore plus vive qu'à Bomma, pour obtenir quelques gouttes de la précieuse liqueur. Après cette mêlée , un des naturels n'ayant pu prendre part au partage, son voisin,
5 ï 2 VOYAGE
plus heureux , eut pitié de son infortune; et comme, suivant l'usage des nègres , il conservait Teau-de-vie dans sa bouche aussi long-temps qu'il pouvait retenir son haleine, il eut la' générosité d'en faire rejaillir une partie dans celle de son ami (i).
Nos voyageurs furent conduits à leur retour par un marchand d'esclaves de la connaissance de Simmons , à travers une route beaucoup plus agréable que la première, le long des sommets des montagnes, où la terre est généralement fertile et cultivée, quoiqu'avec beaucoup de négligence. Les principaux végétaux étaient le manioc, le maïs, des choux, des fèves, une espèce d'holcus arborescent, du poivre des oiseaux et des pistaches de terre en grande quantité. On vit aussi des limons et des plantains; mais ils n'étaient pas encore mûrs.
Le marchand d'esclaves conduisit les Anglais à sa ville; car chaque propriétaire donne le nom de ville à sa demeure. Ils furent agréablement surpris d'y trouver un repas préparé d'avance , consistant en une volaille bouillie, un plat de fèves et du pain de cassave, nommé coanga. Ces mets étaient tellement poivrés que l'on put à peine les manger.
Pendant ce repas, le fond de la cour dans laquelle .on mangeait était rempli de femmes et de filles nègres. Quoiqu'elles vissent toutes pour la première fois un homme blanc, elles ne donnaient aucun signe de timidité, et laissaient, au contraire, assez voir qu'elles se fussent volontiers comportées
(i) Tnckey's Nturatwe, p. iSâ^iSy.
DE TUCKEY (1816). 5l3
I parfaites otahitiennes, si cela eût dépendu d'elles ules. On remarqua qu'une de ces femmes filait du
c^oton exactement de la même manière que les ber^.
^ères françaises , en gardant leurs troupeaux.
La dernière partie du voyage de retour^ lorsque
Von approcha du fleuve, iiit encore plus fatigante
€{ue la route par laquelle on était venu. On fut obligé de monter et de descendre une chaîne continue de montagnes rocheuses, si perpendiculaires qu'il eût fallu presque avoir les pâtes déliées et prenantes des insectes pour les gravir. Les nègres avaient un grand avantage sur les Anglais, leurs pieds nus saisissant la moindre aspérité des rochers , tandis que les sou^ liers de ces derniers glissaient à chaque pas, et les exposaient à une chute dangereuse. A la fin, nos voyageurs arrivèrent à bord de leurs chaloupes, ha* rassés de fatigue. Quoique le bansa ne fut éloigné du fleuve que é^e trois lieues en ligne directe , on estima que, en raison des circuits, on n'avait pas fait moins de sept à huit milles.
Le caractère le plus remarquable de la contrée que l'on venait de traverser est l'extrême stérilité des montagnes qui bordent le Zaïre ; elles sont toutes formées d'ardoise, mêlée de masses de quartz et de siénite. Cette dernière substance dominfiit davantage à mesure que l'on avançait vers le sud-est, et paraissait coupée de fissures quartzeuses et perpendiculaires de trois pouces un quart de largeur. Les sommets de ces montagnes et les vallées qui les séparent sont couverts d'argile durcie et de terre végétale extrêmement fertile. On n'y trouva pas la xiv. 33
5l4 VOYAÔE
moindre trace de substances calcaires ou métalliques, à l'exception du fer (i).
La journée du 1 1 se passa sans grands événements. Une princesse nègre, accompagnée des filles du chénou, apporta quelques volailles à nos voyageurs, et offrit de se louer elle et ses compagnes à qui voudrait les prendre à bord des chaloupes. La froideur avec laquelle cette pi^ôposition obligeante fût reçue, parut fort étonner ces dames africaines. Les provisions de bouche devenaient de p)us en plus rares , et les naturels exigeaient en échange des prix exorbitants. Le capitaine Tâckej croit pouvoir assurer qu'il serait impossible de se procurer, tous les jours, des vivres pour cinquante hommes dans cette contrée. Un esclave inandingue fut amené à bord , le cou et les jambes liées avec de petites cordes. Il répondit aux questions qui lui furent faites, qu'il avait mis trois mois à venir de son pays^ taatôt sur des rivières , tantôt par terre ; que ce pays, nommé Mlntolo, était situé sur les bords d'une rivière aussi large que le Zaïre ài'endroit où les chaloupes étaient à l'ancre , mais si remplie de récifs qu'elle n'était pas navigable , même pour les canots. Le capitaine acheta cet esclave dans Tintention de l'employer comme interprète, et ordonna qu'on le mît de suite en liberté. Il remarque, à cette occasio^n, que ce malheureux nègre se vit débarrasser de ses liens avec la plus complète indifférence ; il semblait ne pas comprendre le bienfait dont il était l'objet (2).
(1) Tuckey* BNarratiife, p. i3g*i4o.
(a) Tuckey 's Narrative , p. 1 4 1- 1 4> •
DE TUGKEY ( I 8 1 6). 5 1 5
1 ii fat k journée k plus claire que Ton eût eu^ «IqMiûi l'estrfe dans le fleiiye, Le sokîl se montra presque tout lé jour , et à deux heures le thermomètre était àquatr^^ingts degrés centigrades ( vingt et ua' un tiers Rëaumur ). A neuf .heures du matin ^ on leva l'ancre y et à l'aide des raines , et d'une corde de* hallage, on suivit la rive méridionale pen^ dant ^elque temps; mais bientôt on fut forcé de passer sur l'autre rive pour éviter un vaste banc de sable qui s'étend jus^'aux deux tiers du fleuve. Enfin, a]Mrès^ beaucoup de peines et de di£Bcultés , on par^ vint à aller jeter Tanere dantf une joKe petite anse , appelée Nomasa, entièrement éloignée du courant. En traversant le fleuve , on passa plusieurs tournants qui firent plusieurs fois pirouetter la cfaa^ loupe, en dépit de ses rames et de se^ voiles. Ces tournants , assez dangereux pour un bâtiment léger, ne durent qu'une minute avec un brait considérable : une des petites barques disparut un moment dans l'enfoncement d'un de ces tourbillons, dont la pro* fondeur paraissait être de troiis à q^iatre pieds» Lé sdiooner ne put doid>ler l^le Zodnga<»Tôuley-Galavangon qu'à l'aide d'une brise qui s'éleva dans la soirée. Dans l'après-midi , Tuckey et le docteur Smith gravirent la plus haute colline de la côte , dont l'élévation est d'environ cinq cents pieds anglais, pour ob* servM* le cours du fleuve, qui se trouve h cette hauteur resserré dans un lit plus étroit par les saillies des rochers qui couvrent ses rives^, et le rendent impraticable même pour les canots. Ce lieu est appelé par les indigènes Gasan-Yellala, ou la femme d'Yel-
lala, suivant Tuckey. La montagne la plus éloignée , dont le sommet conique paraissait au-dessus^ de tous les autres à la distance de sept ou huit lieues^ fut désignée par le guide nègre comme celui d'YeUala* Les rochers sont escarpés, s'avancent 3ur le fleuve, et sont coupés par des ravins si profonds, qu'il ne parait pas possible de transporter même un canot par ces chemins impraticables. On apprit des naturels que les touffes d'arbres que l'on remarquait sm* le sommet des monts de la côte septentrionale indiquaient la position des bansas, que la cataracte d'Yellala est très considérable, et que plus loin le fleuve se divise ; enfin , que la montagne d'Yellala est le séjour du génie du mal, et que quiconque l'a vu une fois, n'est plus jamais tenté de le revoir .(i).
Le capitaine Tuckey remonta le 1 3 jusqu'à Casan- Yellala. Il trouva dans cet endroit una chaîne de rochers qui s'étend depuis la rive septentrionale jusqu'aux deux tiers du fleuve , qui n'excède pas à cette hauteur un demi-mille de largeur; Le Qourant s'y faisait avec violence; mais il laissait un passage au sud, que Tuckey ne regardait pas comme insurmontable. Il préfera toutefois ne point s'exposer à y entrer, avant d'avoir reconnu par terre la grande cataracte, que tous les naturels s'accordaient à placer dans cet endroit.
En conséquence, le i^y à huit heures du matin, on prit teire sur la rive septentrionale dans une anse dont les bords, formés par de beau sable,
(i) Conférez Tuckey 's iVarraftV* , p. i44-i4S; et Smith's /oo^ Hal^ p. 3iS.
««aient couverts d'excréments d'hippopotames , par* Saitêment semblables à ceux des chevaux.
Smith, Tiidor, Galwej, Hodder, accompagnaient le capitaine , qui s'était aussi fait suivre de treize liommes de l'équipage , outre les deux fils du che- :miou d'£mbomma et le guide de Noki. On avait pris des vivres pour quatre jours. On suivit d'abord des sentiers fort étroits, tiracés le long des montagnes escarpées, et ensuite sur un plateau de terre fertile; comme aux environs de Noki , l'ardoise et le mica avaient entièrement disparu , et étaient remplacés par des roches de feldspath compacte. La direction que l'on suivait était entre l'est -nord -est et le nord-est. A midi, on arriva au bansa. de Coulou, et après avoir passé à travers des groupes de palmiers et d'adansonia, au milieu desquels le village est comme enseveli , on vit tout à coup le fleuve se découvrir, et l'on aperçut la fameuse cataracte d'Yellala, à la distance d'environ un mille et demi. La surprise de nos voyageurs à la vue de cette petite chute d'eau d'environ trois cents pieds , que Tuckey appelle un ruisseau bouillonnant sur un lit rocailleux, peut à peine se décrire. Les récits exagérés des nègres , la frayeur qu'ils affectaient en parlant , avaient fait concevoir aux Anglais l'idée d'un nouveau Niagara , et leur attente fWt tellement trompée , que la cataracte d'Yellala leur parut moins importante qu'elle ne Fest réellement. On descendit une montagne escarpée et stérile, et on arriva auprès de la cataracte. Les rochers des deux côtés du fleuve- sont perpendiculaires. Le mica et l'ardoise y forment de légères on-
duktions , et sont mélës de veiaes de quartz et de feldspath compacte. L'accioissement progressif de aas rochers peat aroir beaucoup affaibli la force des eaux, du fleuve (i ).
Leur indiBaison est de la moitié d'un angle de cpiarantercinq degrés dans la même direction que le courant, et leurs déclivités se dirigent en sens inverse. Smith en descendit quelques unes jusqu^à Tendroit oit elles sont baignées par les eaux du fleuve dans la saison des pluies , et il y remanqua un grand nombre d'excavations de forme ronde. Au milieu de la chute.se trouve un îlot de quinze pieds d'élévation à un jet de pierre du rivage , qui la divise en deux canaux dans la saison sèche , mais tjpii se trouve presque rouvert dans la saison des pluies , sui'f ant le capitaine Tuckey. Au-delà d'Yellala , le Zaïre fait un coude entre deux pointes saillantes , et prend sa direction au nord. Sur ses deux riyes, des montagnes rocheuses, coupées par des ravins, se voient à la distance de deux milles. On peut regarder Yellala comme placé dans la ligue de la plus grande éleva» tion de ces montagnes (a).
La première idée que fiût naître cette cataracte , c^est que le volume d'eau qu'elle produit n'est nullement dans la proportion de celle qui se trouve- plus bas dans le fleuve; de sorte qu'il devient très difficile d'assigner une cause k cet accroissement du Zaïre , surtout lorsqu'on sait que dans la saison sèche il ne
(i) Le traductçar fn^n^ïs ùdx pn eofiUe-wns daii9 cet eodroit en traduisant /ônna/ioii par formé,
(a) Confi^reK Tuekey, p. 147 et raiv.; et Smith, p. 3i6 etsuiy.
D£ TUGKET (l8l6j. 619
9 y perd pas au«dessous d'Yellala un seul ruisseau oafmhïe de faire tounier un moulin. Le docteur Smith supposait, pour expliquer ce phénomène, l'existence de communications souterraines , ou de cavernes ren^Iies d'eau (i).
On rendit le même jour visite au chenou , que Smith appelle le tjenou (tjenu), nègre d'un caractère ample et poli, qui reçut nos voyageurs avec plus d'hospitalité que les rois les plus riches qu'ils avaient déjà visités. Le soir, on dressa la tente à l'extrémité du bansa , d'oii on avait la vue d'Yellala. A peine peut-on obtenir des naturels |e moindre renseignement sur les pays situés au-dessus du fleuve. Un marchand d'esclaves assura cependant qu'il avait &it un voyage d'un mois sur la rive orientale , et qu'il avait vu le Zaïre , à mesure qu'il avançait dans l'intérieur, redevenir aussi large qu'à la Pointe-du- Requin. Suivant le même nègre, la rive orientale du fleuve est plus peuplée, et plus civilisée que la rive occidentale, que personne n'ose visiter à cause du caractère sauvage des hommes des bois(Bush-Men ) qui l'habitent. Quelques nègres ajoutèrent même que ce peuple était anthropophage (2).
La nuit du 14 siu i5 fut très fraîche, le thermomètre à une heure étant à soixante degrés centigrades. Ou se mit en route à sept heures , et après quatre heures de la marche la plus fatigante , on revit enfin le Zaïre, Dans celte excursion , on traversa le village de Gongola, qui est aussi la rési-
(i) Tuckey\ Narrative , p. 148.
(a) Smith , p. 317.
5aO VOYAGB
dence d'un chenou. Googola et Yellala, ajoute le docteur Smith , sont une dépendance du Suxum Congo , province située au nord et au nord-ouest du Zaïre. Le côté du sud s'appelle Coucoulou Congo. Gongola passe pour le dernier village régulier du royaume de Congo. Le capitaine Tuckey ne fait mention de Gongola ni sur sa carte ni dans le récit de son voyage. C'est faute d'avoir lu les relations des missionnaires, et consulté les cartes avec attention, que Smith assimile cet obscur village à la capitale du royaume de Concobella , qui est situé à plus de quatre-vingts lieues de là dans l'intérieur.
Par la marche qu'on avait faite et les promesses du guide 9 on croyait se trouver à douze ou treize milles d'Yellala ; mais on s'aperçut bientôt que l'on n'en était éloigné que de quatre milles. Le lit du fleuve était toujours obstrué de rocs et de petites îles qui le remplissaient quelquefois presque en entier. On traversa dans cette journée trois profonds ravins creusés par les torrents dans la saison des pluies, mais qui étaient alors complètement à sec. On^campa pendant la nuit au pied d'une montagne escai*pée , où l'on trouva heureusement une belle source d'où partait le seul ruisseau qu'on eût encore vu. Le thermomètre, se soutint cette fois à soixante^ix degrés centigrades. Ce qui prouve la sécheresse constante de l'atmosphère , c'est la promptitude avec laquelle se séchaient tous les objets exposés à l'air; la viande suspendue perd tous ses sucs en peu d'heures, et ressemble à ta viande boucanée de l'Amérique du
DE TUCKBT (1816). 5a I
Sud ; les plantes du docteur Smith séchaient en un jour, tandis qu'il lui fallait une semaine entière pour arriver au même résultat à lembouchure du fleuve. L'oxidation du fer n'avait plus lieu à cette hauteur, et rhygromètre , au lever du soleil , marquait ordinairement cinquante degrés, et à deux heures après midi soixante-dix degrés à l'ombre.
Le 16 août , Tudor et plusieurs matelots se trouvant hors d'état d'aller plus loin, furent renvoyés au kansa de Coulou par le capitaine, qui continua son excursion avec le reste de la caravane. On tra«versa le ruisseau, et l'on gravit une montagne sur le plateau de laquelle se trouve le bansa de Afenzi*Macoulou, que Smith appelle tout simplement Monzi. A midi, on l'aperçut entre une percée de montagnes, à la distance d'environ deux milles. La caravane se trouvant fatiguée , Tuckey fit faire halte dans cet endroit. Il gravit seul la plus haute des montagnes qui domine perpendiculairement sur le Zaïre, et de son sommet il eut la vue du fleuve dans une étendue d'environ cinq milles. Comme la veille, son lit était rempli de rocs sur lesquels ses eaux se brisaient en écumant; des îles rocheuses et stériles s'élevaient aussi le long de ses rives. Le Zaïre en cet endroit, c'est-à-dire à environ douze à quatorze milles de la cataracte d'Yellala, n'a guère plus d'un quart de mille de largeur. Le soir, à huit heures , la caravane fut de retour à Coulou , après avoir marché dix heures pendant cette pénible journée. On trouva Tudor attaqué d'une fièvre violente , première atteinte de la maladie à laquelle devaient successivement suc*-
S*À% yOTAGS
comber les membreft les plus importants de cette iatéressante expédition.
&i traversant cette contrée , Tuckey en observa avec attention la constitution physique , depuis les plateaux fertiles qui occupent la partie supérieure des nontagnes, jusqu'aux rives du fleuve. Les collines qui bordent le Zaïre se composent d'abord de cailloux arrondis de quartz , et sont appuyées sur une base d'ardoise. Au-dessus de ces collines s'élèvent des montagnes d'argile ferrugineuse mêlée de quartz en masses; ensuite viennent des monts de siénite et d'argile jaune, qui sont encore dominés par les grandes montagnes escarpées et flanquées de rochers dont les sommets forment des plateaux couverts d'un sol fertile, sur lesquels sont situés la plupart des bansas. Ces dernières montagnes atteignent la hauteur de mille pieds anglais, et au-delà; les autres s'abaissent progressivement jusqu'à cent pteds, cette dernière élévation étant celle des rochers d'ar* doise (i). Les collines de cailloux quartzeux paraissent avoir été autrefois le lit du fleuve; oar l'action longue et violente des eaux peut seule avoir arliondi ces cailloux, et donné leur forme à ces montagnes. On voit des deux côtés du fleuve, parmi les rochers , une grande quantité de sable quartzeux.
Pendant la nuit , les montagnes paraissent tout en feti, les chasseurs incendiant pendant le jour les longues hei43es qui les couvrent pour en faire sortir les animaux. Les flammes suivent la direction du
(1) Tutkey's Narmtipe , p. i53.
DE TUCKE Y ( I 8 1 6). &a3
, les Animaux effrayes se précipitent en foule le sens oppose, et tombent bientôt daos les embuscades où les attendent les diasseurs. Les fîisils que Ton vit parmi ces nègres étaient de fabrique firançaise on portugaise : le canon en était fort long, et plusieurs fiétiches y étaient attachés, afin qu'ils ae pussent nuire à celui qui les portait.
Ije lendemain, 17 août, on se disposa à rejoindre les ohaloi^es. Tudor et les autres malades , composant pli|s de la moitié de la caravane , partirent en avant. Le premier était porté sur une liti^ , Tépui* aonent de ses forpes ne lui permettant pas de ikire cette marche à pied. Le capitaine Tuckey alla prendre congé du chenou; il «ut easinte bientôt rejoint ses malades , et à midi on arriva au mouillage des chaloupes.
Pendant cette excursion, on trouva rarement d autre eau que celle du Zaire«Les provisions étaient extrêmement rares, et Ton pouvait à peine obtenir du vin de palmier eu échange de Teau^de^vie , quoique chaque bansaet diaque village seigneurial soient entoitfés de vingt à deux cents pieds de palmiers. Une séfiieresse extraordinaire, qui régnait depuis deuK ans, paraissait être la cause de cette disette. Les natmnels s'attendaient à avntr des pluies très abondantes cette année«là , et Déparaient avec soin le toit de leurs maisons. Us apprirent à nos voyageurs que tous les trois ou quatre ans le Zaïre a une crue d'eau plus grande; ce qui explique les différentes hauteurs des traces que les eaux laissent sur les ro-
chers (i). Jusqu'à Coulou, on ne vit pas un seul arbre qui pût entrer dans la construction d'un sloop de guerre j l'adansonia et le bombax ou cotonnier sauvage ne fournissant qu^un bois s'pongieux et d'aucune utilité. L'argile ferrugineuse et les mines qui se trouvent près du fleuve furent les seules traces de minéraux que Ton remarqua. Les naturels en fal)riquent des pots qui vont sur le feu, et qui sont leurs seuls ustensiles de cuisine. I^e docteur Smith reconnut aussi l'existence du cuivre dans quelques échantillons. De petites pierres de la grosseur d'un pois servent de balles aux nègres pour charger leurs fusils.
Leurs seuls instruments de pêche sont des filets en forme de pelle , et une espèce de nasse en roseaux. Tous les poissons que l'on acheta aux indigènes étaient très petits, à l'exception d'un seul, qui semblait appartenir au genre murène. Les poissons à coquille sont rares, et on ne vit qu'un hélix trouvé sur le sommet d'une montagne près de la case d'un pêcheur, et une huître que l'on prit à la drège. On trouva sur les bords du fleuve des pièges pour prendre des oiseaux de rivage, à peu près semblables à ceux dont on se sert en Irlande pour* prendre les bécassines. C'est ime verge élastique , avec une corde et un nœud coulant qui prend l'oiseau par le cou.
Plus on remontait le fleuve, moins on. trouvait d'objets de fabrique européenne entre les mains des
(i) Tuckey* s Narrative f p. i56.
DB TUCKET (1816). 5a5
siaturels. Une ëtoiFe d*herbe , travaillée dans le pay», formait le seul vêtement de la niasse du peuple, et les gourdes remplaçaient les bouteilles de verre et les pois de terre. Les femmes étaient presque dans un état complet de nudité ; un petit tablier de la largeur de la main et de dix<»huit pouces de longueur les couvrait par-devant et par-derrière de manière à laisser les hanches à découvert. De toutes les villes près desquelles on passait les femmes accouraient en foule pour voir les hcmimes blancs ; elles venaient leur prendre la main , sans montrer la moindre timidité. Le prix que paie un naturel dans cette contrée pour épouser une femme de la première classe, la fille du chenou par exemple, est quatre pièces de baftas, une pièce de toile de Guinée, et une certaine quantité de vin de palmier. Depuis Embomma, nos voyageurs ne virent plus d'hommes venir leur offrir leurs femmes ; les nègres de Bomma qui étaient à bord attribuaient cette réserve au peu de commerce que ceux du haut du fleuve ont avec les Européens, et assuraient que tous se regarderaient comme fort honorés de prêter leur femme ou leur fille à un blanc.
La population paraît peu nombreuse , et si l'on en excepte un petit nombre de pêcheurs qui demeurent sur les rochers voisins du fleuve , elle est resserrée dans les bansas et les villages seigneuriaux dont le plus grand, Coulou, ne contient pas plus de trois cents âmes , en y comprenant deux cents femmes et en&nts. La terre fertile est cependant assez étendue pour fournir avec très peu d'industrie aux besoins d'un accroissement considérable de population ; car
5a8 VOYAGE
toute la route étant un long plateau. A quatre heures on atteignit un ravin très profond (Soulou Envonzi ) , et qui forme le lit d'un vaste torrent. II était couvert de rochers d ardoise et de quartz, et il restait encore dans les creux une quantité considérable d'eau excellente, qui s'y était conservée apparemment depuis la saison des pluies. Les bords du ravin étaient garnis de bois, parmi lesquels il y avait des arbres parfaitement droits, de quatre-vingts à cent pieds de hauteur et dix-huit pouces de diamètre , et dont le bois ressemblait beaucoup à celui du chêne, et avait presque la même densité; c'étaient les seuls arbres utiles que l'on eût vus jusqu'ici.
On passa la nuit dans c^t endroit. La contrée que l'on avait parcourue paraissait être à la distance de huit à douze milles du fleuve ; les collines étaient plus nombreuses et plus stériles qu'aucune de celles que l'on avait visitées; mais elles avaient toujours la même structure , quoique dans une pjus grande dimension. Le docteur Smith y trouva un grand nombre de plantes, entre autres un hillea (i), et trois espèces de fougères. On voyait les singes descendre des montagnes, et l'on entendait sortir de l'épaisseur des bois les mugissements des buffles, mêlés aux cris singuliers de quelques oiseaux inconnus (a).
Le tableau de cette nuit , quoique très différent de celui de la précédente, avait encore quelque chose de pittoresque ; les arbres ombrageant le ravin , la réflection des feux sur le feuillage, sur les tentes et
(i) SiUea hexandra, tubo corolt. longiss. deflexo, {%) Conférez Tiickey , p. 17a ; et Smith « p. 393.
DE TXJCKBT (ï8l6). 5^*J
Second voyage par terre sur les bords du Zaïre. Retour
de Texpédidon.
Maigre le mauvais ëtat de santë de la plupart de^ matelots et sa faiblesse personnelle , Tuckey résolut de faire une nouvelle excursion le long du fleuve , et de suivre ses bords par terre aussi loin qu'il lui serait possible. En conséquence, il prit des mesures pour qu'une caravane de trente hommes environ se trouvât réunie, le ao août, à Coulou, et il alla luî^ même en prendre le commandement.il fallut bivouaquer plusieurs nuits pour attendre les porteurs et les guides que le cbenou avait promis. Le tableau que présentait, vers le soir, ce campement, serait digne d'être tracé par un habile pinceau. Sur le premier plan , un immense adansonia , sous lequel les tentes étaient dressées, et les feux allumés par les gens de la caravane éclairant tous les objets d'une lumière douteuse ; en face les collines élevées et perpendiculaires qui se groupent au sud d'YelIala, et leurs ravins en feu présentant le coup d'œil de l'amphithéâtre le plus magnifiquement illuminé; enfin le bruit rauque de la cataracte, contrastant avec le calme de la nuit, qui n'était interrompu que par le mot d'ordre des sentinelles; tout contribuait à exciter dans l'âme une profonde sensation , à laquelle les matelots eux-mêmes n'étaient pas indifférents.
Le 22 , on se mit en marche ^ et Ton arriva à midi au bansa de Manzy , qui est à neuf milles de Coulou ,
53o VOYAGE
abondance, et esit appelé par les naturels koulloum'galo.
Le chenou d'Inga était aveugle, et le bansa était provisoirement administré par le macaye, le membouc , et les autres officiers supérieurs du pays. Le conseil s'assembla, à l'arrivée des voyageurs blancs, pour savoir quel motif pouvait les amener. Tuckey donna des explications, et obtint la promesse d'un guide, qui ne fut toutefois accordé qu'après qu'on eut stipulé des présents pour chacun des chefs. Le capitaine croyait avoir levé toutes les difficultés en consentant à tout; mais on vint lui dire, au momçnt du départ, qu'on ne pourrait lui fournir son guide que le lendemain matin. Irrité de toutes ces tergiversations, Tuckey se rendit de nouveau au conseil, et déclara aux membres assemblés que si on ne lui fournissait pas un guide , il avancerait en dépit de leur volonté. £n même temps, il donna ordre aux dix hommes qui l'accompagnaient d'entrer dans la salle tout armés. Â cette vue , la séance fut levée brusquement, et ce fut un véritable sauvé qui peut. Les femmes et les enfants, qui étaient accourus pour voir les hommes blancs, disparurent en un moment, et en quelques minutes le bansa fut désert. Le capitaine demanda les naturels de Coulou qui l'avaient accompagné ; on lui répondit qu'ils avaient aussi pris la fuite avec leurs maîtres. £n un mot , les Anglais étaient restés seuls maîtres d'Inga. Cette scène singulière eut un bon résultat : les chefs nègres rentré^ rent quelques heures après dans leur bansa , et promirent le guide qu'on leur avait demandé.
DE TUCKJST (i8i6). 53l
Xes naturels dlnga n'avaient jamais vu d'hommes blancs, et les seules marchandises européennes que l'on aperçut chez eux étaient une petite cruche de ^ès et quelques chiffons. Leur langue est un dialecte celle d'Ëmbomma , mais avec des différence^ considérables. Le chenou reçoit son bonnet du Beuzy x^'Gongo, qui demeure à dix journées de distance, dans la direction du nord-ôuest, et non sur les bords du fleuve (i).
Le 1^4 9 ^^ partit à sept heures. Au bout du bansa, on passa devant un forgeron qui était à son ouvrage. Son soufflet était composé de deux sacs de peau, et une large pierre lui servait d'enclume. Il était occupé à ajuster un manche à une houe ; l'ouvrage n'allait pas vite , et le fer n'était jamais assez rouge.
On suivit les détours d'une vallée fertile, qui est bordée par deux chemins de montagnes. Il était, dans cette saison, impossible d'y trouver de l'eau, quoiqu'on y rencontrât à chaque pas des ravins profonds , creusés par les torrents. On trouva dans cette vallée deux villages (2) entourés de plantations de manioc , égalant presque les arbres en hauteur. On y vit aussi , ce qui est rare dans ces contrées, un troupeau de vingt à trente chèvres; mais le propriétaire était absent , et on ne put en acheter une seule. Les
(i) Tuckey's Narrative^ p. 176.
(9) Ces yillages, que Tuckey désigne par le mot anglais Town (ville) , sont des espèces de propriétés particulières» habitées par tout une famille vivant sous Tautorité de son chef. C'est par vanité que les nègres donnent à ces hameaux le nom de villes ; ils sont toujours bien moins considérables que les bansas» et ne sont jamais gouvernés par un chenou.
53l VOTAGE
femmes vendirent a nos voyageurs quelques racines de manioc, et leur donnèrent une jarre d'eau* Au bout de la vallée , on trouva un bansa complet construit par les termites , cpie Tuckey et métne Smith appellent toujours à tort des fourmis. Ces insectes industrieux avaient distribue leurs habitations avec beaucoup plus de régularité que les cabanes des naturels.
A quatre heures la caravane atteignit les rives du fleuve à Mavounda-Boaya. Il était encore borde de rochers et de vastes bancs de sable ; mais le milieu de son lit était libre dans la largeur de cent à cent cinquante toises. Le courant, peu rapide, parcourut environ deux milles par heure, et un contreHSourant se faisait remarquer sur la rive septentrionale. La direction duâeuve, dans cet endroit^ est vers le nord-ouest. Le pays va considérablement en pente en avàni^nt vers le nord.
Le macaya ou macaye de Mavonnda reçut nos voyageurs avec beaucoup de politesse. Les renseignements que l'on obtint dans cet endroit sur le cours supérieur du fleuve, étaient plus exacts que ceu)c qu'on avait précédemment recueillis^ Après une navigation de dix jours en canot, on arrive an bord d'une grande île de sable qui divise le Zaïre en deux branches, l'une au nord-ouest, et l'autre au nord-est. Dans cette dernière on trouve une chute d'eau, mais que peuvent surmonter les canots. £n vingt autres journées , à partir de cette île , on atteint la source du fleuve qui sort d'un grand lac de vase par une multitude de petits ruisseaux.
DE TucaLEY (1816). 533
Tuckey remarqua que les naiureU de Macayn poi^ teot des scarifications beaucoup plus forteoient em* preintes que les peuplades qu'on avait visitées jusqu'alors. Les femmes, entre autres, avaient la poîf nue et le bas-ventre relevés en bosse. Pour former ces ornements, elles ont recours à une opération qui doit les faire cruellement souffrir : c'est de saisit* la peau entre le pouce et Tindex , et de la scarifief* en longueur avec un couteau très pointu. Lorsque l'incision est assez profonde pour faire couler le sang, on y applique le suc d'une plante qui passe pour un excellent styptique(i); plus la coupure est profonde, plus la cicatrice est bombée.
On retourna à Inga par le chemin de Kincaya et 4e Condoallo, pour se préparer à remonter le âeuv^ en canots. Dans le premier village , situe dans U vallée de Bemba-Macongo , on rencontra un mar«chand d'esclaves d'Smbomma qui se rendait dans l'intérieuF. Toutes les marchandises que l'on vend à Inga viennent aussi d'£mbomma , qui est comme le marché général du Congo , et comme une sorte d'université où l'on enseigne la langue anglaise , et où l'on forme des £aioteurs pour le commerce des esclaves (2).
Le a6, pendant que le lieutenant Havkey était allé à Coulou pour ramener le bagage, le capitaine alla visiter les bords du fleuve qui coule à environ u« mille d'Inga. Il se dirige dans cet endroit tantôt
(1) Tntkey^s Nmraiivê , p. 19.
(%) Tiwk«y, p. 179, »S»; et ^niiih^ p. 3a5. .
à Test, tantôt à Fouest pendant trois à quatre milles, et dans cet intervalle il forme trois chutes d'eau successives , dont la plus ëlevëe s'appelle Songa Yellala. Un gangam kissey traversa le bansa ; il était suivi de son clerc ou batteur de tambour, avec tous les instruments de sa profession , un gros tambour, des calebasses remplies de petites pierres, une branche d'arbre et une douzaine de fétiches infects. On venait de l'envoyer chercher d'un village voisin pour découvrir la cause de la mort d'un homme.
Le capitaine Tuckey, accompagné des naturalistes, partit dans la même journée pour Kincaya, où oo lui avait dit qu'il trouverait à acheter des canots. On traversa d'abord la vallée de Dimba ou Bemba, et à midi on atteignit Condoalla, situé majestueusement au milieu d'un grand bois, et entouré de plantations de pisangs. En revenant, Smith monta sur le sommet élevé du Madongo-Mongo. Dans la vallée qu'il domine les rochers se composent généralement d'ardoise micacée; ils se prolongent à l'ordinaire vers le nord-est, et s'abaissent rapidement vers le nordouest. Dans les parties basses de cette vallée l'ardoise est mêlée d'une grande quantité de feldspath et d'hornblende. Le sommet du Madongo-Mongo est couvert de mica friable; on descend de cette montagne par une longue rampe douce, et ses flancs, couverts de bois du côté opposé, étaient alors tout en feu. La direction générale des vallées et des plaines est du nord au sud. Pendant cette excursion, Smith observa un echinophora prêt à fleurir; et Lockhart découvrit dans la même journée un epidendron et
DE TDCKEY (1816). 535
un euphorbe de dix pieds de hauteur (i). On revint à Inga sans avoir pu se procurer un seul canot.
Le lendemain, le prêtre ou gangam kissey reparut, et on apprit qu'il avait dénoncé trois hommes d'un village voisin comme les empoisonneurs du défunt, et que les accusés devaient subir immédiatement l'épreuve de Técorce vénéneuse. S'ils étaient coupables, le poison devait faire son effet; mais s'ils étaient innocents, ils le rejetteraient à l'instant. Smith nous apprend que l'arbre dont les gangams se servent pour ces épreuves judiciaires se nomme casa ; il ne put se procurer que l'écorce et les feuilles de cette plante vénéneuse (a).
Le a8 , le lieutenant Hawkey étant de retour de Coulou , le capitaine Tuckey partit pour aller s'assurer si les canots pourraient passer la cataracte de Sangalla. Il ne se fit accompagner que de Galwey et de quatre matelots , pour ménager les provisions qui commençaient à diminuer d'une manière effrayante. Après avoir traversé la vallée de Bemba(3), on gravit les collines qui bordent le Zaïre avec beaucoup de peine et de fatigue ; car elles sont escarpées , et les chemins sont couverts de pierres de quartz brisées , ressemblant à une route nouvellement pavée. A quatre heures on aperçut le fleuve entre les rochers, et au lieu d'être de retour le soir à Inga, comme Tuckey l'avait pensé d'abord, il ne put at-
(i) Euphorbia caudice 3-an^. spinis nuirginalibus 6inis , ovûlibus crassis , petaUs oblon^O'peltatis. Smxùi s Journal , p. 3a6-3a7. (1) Tuckey, p. i85 ; Smith, p. Bag.
(3) Smith écrit toujours Dimba.
536 VOVAGK
teindre Saagalla qu'au coucher du soleil. Cette cataracte est à environ dix milles au-dessus de Mavounda , en suivant les détours du fleuve, qui se dirige vers le nord, et est couvert d'îles nombreuses. Une vaste chaîne de rochers d'ardoise le traverse à Sangalla , et ne laisse qu'un passage étroit le long de sa rive gauche, qui n'excède pas cent cinquante pieds de largeur, et à travers lequel l'eau se précipite à raison de huit milles par heure, formant des tournants qui
' occupent plus de la moitié de ia largeur du canal, et qui engloutiraient infailliblement les canots qui y seraient entraînés. A environ deux milles plus bas^ le courant va se briser contre une barre de récifs cachés sous l'eau. Au-dessus, le fleuve s'élargit considérablement de l'est à l'ouest , mais il continue à être rempli d'îlots rocailleux; cependant la grandeur de son lit diminue la force du courant, de sorte que les canots peuvent y naviguer aisément. A environ deux milles au-dessus de l'endroit où le canal se rétrécit, on trouve un embarcadère.
Après avoir bien examiné les lieux, apprenant par le guide qu'il y avait un bansa à peu de distance, on se dirigea de ce côté en gravissant des rochers avec une fatigue extrême , et on entra dans un bois touffu, le premier qu'on eût encore vu. Il faisait nuit lorsqu'on en sortit. Quelques naturels qui habitent ces rochers dirent à nos voyageurs que le bansa qu'ils cherchaient avait été détruit; l'on prit le parti de bivouaquer avec eux. La marche avait été si pénible, qu'il fallut allumer du feu pour &ire sécher les vêtements trempés de sueur. Les nègres