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cette contrée vivent en plein air ; ils u^ont aucune cabane. L'eau que Ton but était fortement ferxiigineuse. La nuit fut belle, mais très fraîche; les Anglais, qui n'avaient pas apporté de redingote, eurent beaucoup à souffrir du froid.
he lendemain, 29 août, Tuckey se rendit à éinq heures du matin sur les bords du Zaïre. Un nègre indigène lui apprit qu'après avoir fait un léger dé* tour vers Test, le fleuve reprenait sa direction vers le sud, d'où il retournait ensuite au nord. En donnant ces renseignements, il indiquait au capitaine les montagnes et le bansa de Yonga, autoiu* desquels il fait un circuit. Suivant le^même nègre, à deux jours de marche au-dessus de ce village, il se trouve une autre cataracte encore plus dangereuse que celle de Sangalla, On fît dans cet endroit un repas composé de racines de manioc rôties, et l'on reprit le chemin d'Inga. Une marche pénible, par un soleil brûlant , conduisit Tuckey et ses cinq compagnons de voyage à Kincaya, où il eut beaucoup de peine à se procurer de quoi manger. De Kincaya on se rendit à Inga en deux heures de marche. Pendant cette excursion on vit un grand nombre d'animaux de deux espèces différentes : les uns étaient évidemment des antilopes; les autres semblaient être une espèce de daims : on en aperçut un troupeau de trente à quarante, mais à une trop grande distance pour qu'il fût possible de les tirer. On remarqua dans deux ravins des courants d'eau assez rapides. Le sol parait moins élevé du côté de l'est.
Le 3o août, Tuckey envoya le lieutenant Hawkey
à Younda ou Otialla (Walla) pour louer des canots, afin de pouvoir remonter le fleuve jusqu'à Sangalla, et de faire une tentative par eau, quoiqu'on eût peu d'espérance de succès. Hawkey partit en effet avec le docteur Smith; mais ils ne purent se procurer un seul canot. Ces petites embarcations se fabriquent fort loin dans l'intérieur du pays. On dit qu'il faut trois mois à un homme pour faire un de ces canots; cependant ils ne sont pas très chers (i).
Les maladies commencèrent, à partir de cette époque, à faire dans l'expédition des ravages effrayants. Le 3i août, Fitz-Maurice reçut l'ordre de retourner à bord du Congo avec quinze matelots , qu'on ne pouvait plus nourrir à Coulou. On parlait sourdement de retour, et le découragement s'était emparé de tous les esprits. Le docteur Smith seul ne pouvait s'arracher aux paysages enchanteurs, à la végétation variée et neuve des rives du Zaïre. Chaque jour des découvertes nouvelles venaient ranimer son zèle et son enthousiasme. Cependant, le a septembre, le capitaine, le docteur Smith, Hawkey et huit autres hommes de l'expédition se mireut en route pour tenter une grande excursion par terre. On suivit le chemin ordinaire par Oualla et la vallée de Dimba, qui semble être le seul pratiqué. A une heui^ de l'après-midi , on arriva au bord d'un ruisseau que Smith nomme Loullou. Après avoir marché sur des montagnes raboteuses, on passa à cinq heures devant un autre ruisseau près duquel la végétation
(i) Coufères Tnckey, p. 196-199; et Smîth, p. 3 18.
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était magnifique ; et à six heures on dressa les tentes. Il tomba quelques gouttes d'eau. Pratt, un des matelots, se trouva incapable d'aller plus loin, et Tuo ls.Gy le renvoya à Inga avec deux porteurs.
La route que l'on suivit le 3 à travers des ravins étroits fut des plus pénibles. Smith y recueillit un assez grand nombre de plantes , et entre autres des polypodium pteroïdes. L'inclinaison des montagnes penchait vers l'ouest ; elles étaient plus couvertes de bois, et on y apercevait plusieurs nouveaux villages. Une argile rouge couvrait les cimes les plus élevées. De la haute montagne de Mangoama-Gomma, la vue s'étend sur la partie supérieure du Zaïre, qiii arrose alors un pays moins élevé. Près de Sangalla, ce fleuve s'ouvre un passage étroit à travers des montagnes, d'où il se précipite dans un lit très resserré. Smith remarqua ici, pour la première fois, la transition à l'ardoise argileuse dont les montagnes sont composées. Sur le plateau du bansa de Bamba-Yonga, on rencontra une caravane de marchands d'esclaves. Dans l'intention de se rapprocher des bords du fleuve, on parcourut une suite de petites collines jusqu'à Condo-Yonga, où l'on dressa les tentes pour passer la nuit. On découvrait à perte de vue un pays plat et ouvert; Smith compare la vue du fleuve, dans cet endroit, à celle des lacs du nord. Ses rives étaient couvertes de bois, et l'on voyait s'élever sur sa surface des rochers en fer-à-cheval. Les canots qui voguaient sur ses eaux firent un moment renaître l'espérance dans l'âme de nos voyageurs. Us employèrent la soirée à chasser les hippopotames; mais
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on lie fut pas assez heureux pour en tuer , msdffn: leur grand nombre (i). Tuckey ajoute qu'on entendit pendant toute la nuit le grognement de ces animaux qui est assez semblable à celui du cochon. Goodo- Yonga est, sans contredit, le point de départ le plus favorable pour faire la reconnaissance du 2^ïre. JLa. crique offre un très bon ancrage pour les chaloupes y et le rivage est une excellente place pour camper (^)'
Le 4 9 <>i^ traversa la crique sur des canots; mais on ne put faire beaucoup de chemin dans cette journée , par suite d'une discussion qui s'éleva entre le capîtaine et les nègres porteurs. Â midi on dressa les tentes sur une éminence qui borde le fleuve , à environ huit milles de Condo-Yonga.
Le Zaïre a dans cet endroit trois milles de largeur. Quelques langues de terre et de sable s'aVan-cent des deux côtés sur le fleuve , ainsi que de petits rochers d'ardoise argileuse, dont de grafndes masses sont aussi disséminées au milieu du fleuve , mais sans empêcher aucunement la navigation. Dans d'autres endroits des collines basses s'allongent en pente douce jusqu'aux rives du fleuve ; leurs sommets argileux sont entièrement dépouillés d'arbres.
On vit aussi dans cet endroit des pierres calcaires bleues , et un des naturels apporta une quantité de craie, prise sur les montagnes de la rive opposée du Zaïre. L'ardoise argileuse dominait toujours, suivant Smith, parmi les éléments qui composent les rochers. Mais il remarqua aussi, sur le
(i) Smîtli, p. 33o-33i.
(9) Tticfcey, p. io5.
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rivage, les pierres calcaires bleues mêlées à Targile rouge, dont parie Tud^ey; elles avaient l'apparence de la corne.
IL.a population paraissait plus considérable dans cette contrée que dans celles qu'on avait parcourues auparavant. Les hameaux des seigneurs formaient une suite continuelle de maisons depuis l'endroit oit l'on était débarqué. Les provisions sont aussi plus abondantes. Les indigènes iq>portaient à nos voya^ geurs des dbèvres, des cochons et des volailles, des pois et des racines de manioc, ainsi que des nattes, qu'ils offraient de leur vendre. Au milieu de la foule, qui entourait sans cesse les tentes, le capitaine Tuckey ne remarqua cependant que deux foumous, ou nobles, qui eussent des vêtements européens. Les femmes lui parurent les créatives les plus sales et les plus repoussantes que l'on puisse imaginer ; égalant en malpropreté les femmes de la Nouvelle-Hollande, elles n'avaient sur elles que l'avantage de n'être pas dans un état de nudité id^solue. Ces négresses tressent leurs cheveux; dans cet état, ils sont assez bien; mais lorsque la tresse est défaite, on ne peut rien concevoir de plus hideux que leur chevelure ; oa dirait un torchon noir. On vit dans cet endroit un grand nombre de poissons d'espèces inconnues , à l'exception d'un seul que Tuckey prit pour une petite brème. Les naturels n'ont pour in** struments de pêche que des pots ; ils ne connaissent ni les filets , ni la ligne , ni les hameçons. Un de leurs plus grands moyens de subsistance est aussi la grande propagation des chiens paria. Ces animaux
n'aboient pas, mais*hurlent comme le chacal; ils ont les oreilles droites , et parurent à Tuckey d'une chétive apparence. Les palmiers sont aussi très nombreux autour des habitations (i).
• Le 5 , le docteur Smith fit une excursion le long du fleuve , et tua quelques pigeons dans un ravin couvert de bois qui le borde. Il vit aussi des perdrix, un sifleur de rivage ( strandpiper ) , un vautour , qu'il ne put atteindre, et un corbeau. Il fut plus heureux pour les plantes ; il rapporta une fougère , deux espèces de frutex (2), et un malamba chargé de jeunes fruits (3).
Tuckey, qui était resté sur le rivage , apprit des naturels qu'on fait dans cet endroit deux récoltes de mais par an. Les alligators sont si nombreux , et dévorent si souvent les femmes qui viennent puiser de l'eau dans le fleuve , que , pendant qu'elles remplissent leurs calebasses, l'une d'entre elles est ordinairement occupée à jeter des pierres et à faire du bruit pour les éloigner. En achetant des provisions aux indigènes, Tuckey eut occasion de remarquer les divisions minutieuses des propriétés. Une chèvre appartient ordinairement à trois ou quatre personnes; il est même très rare qu'une poule n'ait pas au moins deux maîtres. Cette communauté fait naître souvent des querelles entre les possesseurs pour le partage du prix de la vente.
(i) Tnckey' 8 Ifarrathe , p. 306-307.
(1) Frutex dioicus, stylo 3'partito, plumoso. Frjutex spinosus debi^ ^» ^y^g^^^^'fO' polygamia necessaria^flor. capitatîs. (3) Makanha , senùnibus in pulpd mdulantibus.
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On réussit enfin le 6 à se procurer deux canots. n conséquence , on y plaça le bagage ; mais cdmme âls se trouvaient trop petits pour contenir toute la <^ravane , Tuckey et la plupart de ses gens continuèrent à remonter le fleuve par terrei A environ trois milles du lieu du départ , on trouva deux petits torrents; mais l'autre coté du fleuve était calme et tranquille.
On arriva devant une baie, dans laquelle il y avait dix hippopotames. Smith en blessa un à la tête, qui disparut sous l'eau ; et les autres prirent la fuite après avoir essuyé plusieurs coups de feu sans beaucoup s'émouvoir.
I^ fleuve prend dans cet endroit, pour la première fois, un aspect majestueux; le sol s'élève sur ses deux rives en pente douce jusqu'à de petites collines calcaires entièrement nues, qui forment le second plan. A six heures du soir, les canots jetèrent l'ancre dans la baie de Covinda , formée par deux péninsules couvertes de rochers. Smith remarqua qu'un de ces rochers se composait de pierre calcaire à l'état de cristallisation. Au fond de la baie de Covinda, que notre naturaliste appelle Cabinda dans quelques endroits, et Cassinda dans d'autres, on trouve un petit lac, dans lequel l'eau entre par une crique ) ce qui semblait indiquer la crue du fleuve. Les rivages qui l'entourent étaient couverts de panicum. On vit nager un alligator dans le lac, et un autre devant son embouchure. Des bancs de poissons remplissaient les petites criques, et l'on trouvait de tous côtés des traces d'hippopotames. On traversa
la langue de terre située sous Covinda, et l'oa dreste les tentes sur le sable , à l'abri des collines qui s'élèvent vis-à-vis de la grande pointe. Ce ske romantique éclairé par la lune, dont la lumière se répétait sur la surfiice tranquille du Zaïre , présentait un spectacle magnifique. Il était facile de s'apercevoir aux plantes de rivage, qui étaient alors submergées, que le fleuve avait crû de six à huit pouces. La température n'était que de soixantetreize degrés et demi (i).
Le 7, la matinée commença par de légères ondées. Le fleuve crut de trois pouces pendant la nuit^ et des bandes de canards indiquèrent l'approche des pluies. On partit à huit heures du matin; après avoir doublé la péninsule de marbre, on découvrit un paysage magnifique. Dans beaucoup d'endroits , en voyant les rochers nus et stériles qui s'avancent sur le rivage , on eût dit des châteaux gothiques, dont les ruines étaient suspendues sur le fleuve. Des anses nombreuses, couvertes d'une végétation vigoureuse, découpaient le rivage , et étaient séparées par une quantité de petits promontoires de marbre. Autour de quelques uns de ces rochers saillants , le courant était de trois milles et demi par heure.
On loua dans cet endroit un autre canot pour contenir le reste de la caravane, qui eût été obligée de suivre par terre les longs circuits des baies. A cette hauteur, Tud^ey remarqua que les naturels ont les dents taillées en scie, c'est-à-dire creusées au
(i) Gonfém Tii^ey, p. 109; Smith 9 p. 3S3-334.
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miKeu, de sorte que chaque dent présente deux pointes aiguës.
A quatre heures, on arriva devant rextrëmitëd'un promontoire rocailleux, autour duquel le courant est si fort que les naturels refusèrent d'en tenter le passage. Tuckey se vit force de tirer les canots le long des rochers avec le seul secours de ses gens ; il réussit pour le premier , mais le second alla donner sur l'angle d'un ëcueil , par la négligence d'un matelot , et fut brisé en deux par la force de l'eau. Presque toutes les marchandises qu'il contenait furent perdues.
Les nègres que l'on employait devenaient de plus en plus difficiles et exigeants. Après la perte du dernier canot, ils s'enfuirent tous, et les matelots anglais furent seuls employés pour traverser le fleuve. On passa la nuit sur le rivage sablonneux d'une crique, nommée Sandi Sound! . Smith remarque que ce côté du fleuve est plus peuplé que l'autre. Le rivage est plat et couvert de pierres calcaires variées. On y vit une immense quantité d'hippopotames et d'alligators. Les indigènes apportèrent à nos voyageurs une jeune belette (mustela).
Le 8 septembre, on partit à onze heures pour faire une nouvelle excursion par terre , après avoir eu toute la peine du monde à se procurer six porteurs pour le bagage. A midi , on arriva à Masoundi , où les porteurs demeuraient. Us déposèrent leurs fiirdeaux pour aller dîner, et il ne fut pas possible de les rassembler avant deux heures. On traversa alors un pays très montagneux, coupé de parties XIV. 35
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fertilaH sur les plateaux et les pentes des collioes , et dans les vallées ; mais le caractère général du paya est toujours une extrême stérilité , et le défaut d'arbres, excepté dans les ravins et autour des grandes villes (i), qui étaient, dans cet endroit, fort nombreuses. Ces montagnes stériles se composent d'ardoise argileuse , de pierres calcaires , à difTéreots états, et de quelques petits morceaux de quartz. Tuo key remarqua aussi des collines d'ocre rouge. A trois heures et demie, on revit le fleuve à environ dix milles de l'endroit oii on l'avait laissé la veille au soir. Il se dirige alors au sud-sud-ouest, et forme une nappe d'eau de quatre à cinq milles de largeur,, du coup d'œil le plus majestueux. Aucun rocher n'embarrasse plus son cours. Sa rive septentrionale s'élève en pente douce jusqu'aux collines stériles , qui ont à leur pied une longue rangée d'arbres. La rive méridionale est escarpée et hérissée de rochers»
Les indigènes de cette contrée parurent extrêmement sobres. Quelques racines de maaioc, de l'eau et leur pipe, suffisent à tous leurs besoins. Plusieurs d'entre eux étaient cependant couverts de lèpre.
La pluie tomba encore dans la matinée du 9 septembre, qui devait être le dernier jour des travaux pénibles de l'expédition.
On partit à huit heures du matin , et l'on tra* versa un pays plus fertile que la veille et beaucoup mieux cultivé. A dix heures, on atteignit la ville
( I ) Voyez ci-dMftM la sîfnîficttfOB dtxe mot y\\\t (Towo)» p. S3x •
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seigneuriale de Wouki-Fiiou, après avoir passé quel- ^piea belles sources , les preinières que l'on vit sortir de pierres calcaires. Les nègres porteurs exigèrent que le capitaine achetât pour eux du vin de palmier, malgré le prix élevé que les naturels demandaient. Par malheur, le hasard voulut qu'il en répandit quelques gouttes sur les pieds du chef des guides, qui entra aussitôt dans la plus grande fureur, et partit , suivi de tous ses hommes. Tuckey apprit alors qu'à moins de l'ajuster avec son fusil , on ne peut pas fiiire à un nègre une plus grave injure que de répandre du vin de palmier sur ses pieds. Ce ne fîit qu'au bout de deux heures , et après qu'il lui eut fiût de profondes excuses pour son impolitesse, que le capitaine parvint enfin à regagner l'amitié du chef nègre: A deux heures après midi , on arriva à l'em* bouchure d'une baie profonde, appelée Soundy n'Sanga, où l'on s'an*êta pour dîner. Après le repas , Tuckey voulut se remettre en marche ; mais les porteurs refusèrent obstinément. On fut obUgé de dresser les tentes dans cet endroit , et d'y passer la nuit.
Le capitaine, Smith et Hawkey gravirent deux montagnes, sur le sommet desquelles sont deux villages. De là , ils virent le fleuve se diriger encore au sud-est ; mais on ne pouvait pas le suivre des^yeux plus de trois milles au-delà de ]a baie. Son cours , libre de tout récif, était calme et tranquille; et tous les naturels s'accordaient à dire qu'ils ne savaient pas qu'il y eât au-dessus de cet endroit aucun obstacle qui s'opposât à la navigation.
Ce fut à cette hauteur que Ton se décida à tourner vers les vaisseaux , et qu'on renonça à pénétrer plus avant. Tuckey ne prit cette résolution qu'avec regret, mais du moins avec la consolation d'avoir fait tous ses efforts pour remplir le but de son expédition; Smith était inconsolable, au rapport du jardinier Lockhart ; sop ardeur pour les sciences et son enthousiasme lui cachaient l'affaiblissement de ses forces. Il termina son journal le 9 septembre, le jour même où l'on cessa de remonter le Zaïre; et, quatre jours après, il fut attaqué de la fièvre dont il mourut.
Tuckey , qui est notre seul narrateur à partir de cet endroit, remarqua qu'à mesure que l'on avançait, les naturels étaient moins civilisés. Ils n'avaient déjà plus aucune idée de la valeur relative des marchandises européennes , et faisaient des demandes extravagantes.
Le lo, à huit heures du matin, on commença à revenir sur ses pas. Les provisions et les marchandises étaient alors presque entièrement épuisées. Dawson était malade, et les naturels se montraient de plus en plus intraitables. On suivit une route différente de celle qu'on avait prise en venant. Après avoir passé des ravins et- des collines stériles, on se trouva sur un plateau de dix milles d'étendue, qui descend par uue pente insensible dans une plaine du double de cette grandeur. Le terrain en est extré^ mement fertile. Le 1 1 , on loua deux canots, et l'on descendit le fleuve jusqu'à Yanza. L'élévation totale des eaux, indiquée sur les rochers, était de onze
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pieds, et la température du fleuve dimiouait sensiblement. Le la, l'eau était si prodigieusement accrue, que les criques que Ton avait traversées à pied sec en venant, étaient alors pleines d'eau. A midi , on dîna sur le bord de la rivière Soulou- Louanzaza , et à trois heures on dressa les tentes à Gainga, pour attendre Dawson , qui ne pouvait marcher que soutenu par deux hommes.
On gravit , le 1 3 , le rocher de Mango-Enzouma , le plus escarpé qu'on eût encore vu ; il était couvert de fougère. A onze heures, on atteignit les bords de la rivière de LouUou, et à trois heures Keilinga, où Ton ne put se procurer aucune provision. A cinq heures, on arriva à Inga. Les nègres, qu'on avait forcés^ dans cet endroit pour remonter le fleuve, avaient à leur retour répandu le bruit de la mort des voyageurs anglais : les uns, suivant leur récit, s'étaient noyés dans le fleuve; les autres avaient été tués par les hommes des bois.
La marche du 14 septembre fut des plus pénibles. Smith et deux autres Anglais n'étaient plus en état de marcher; le capitaine lui-même avait perdu une partie de ses forces; la nouvelle de la mort de Galwey Pavait accablé. On arriva à Coulou à cinq heures de l'après midi. Le chenou et les naturels reçurent la caravane avec la plus généreuse hospitalité. La nuit fut assez bonne, malgré une pluie à verse, dont on était garanti par les tentes.
Enfin le i5, à onze heures du matin, on atteignit les bords du fleuve. Smith était très mal; le capitaine ne put se rendre à bord du Congo que le
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i6i faute de canots et de rames. Son journal, qui ne consiste plus qu'en petites notes sans suite , ne contient, sous cette date, que quelques mots : « Rap port terrible de l'état de l'équipage.*— Retraite pire que celle de Moscou. -— Des cercueils ! »
La journée du 17 fut consacrée entièrement à manœuvrer le Congo, et à dejscendre le fleuve jusqu'au-dessous du rocher du Fétiche. I^e 1 8 on arriva à bord du bâtiment de transport. L'équipage y était dans le meilleur état de santé, et vivait dans l'abondance. Le tillac était couvert de chèvres , de volailles , de pigeons, de citrouilles, de plantains et de calebasses pleines de vin de palmier.
A partir de cette époque , l'état du capitaine Tuckey ne lui permit plus de continuer son journal. La fatigue , les privations de toute espèce avaient épuisé ses forces , et le 4 octobre il n'était plus, he docteur Smith avait succombé dès le ai septembre. On a vu dans les Préliminaires les détails de la mort de ces deux voyageurs, et de la plupart de leurs malheul'eux compagnons.
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