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CHAPITRE IV

Obienrations générales sur le Zaïre et sur les mœurs des

oègres qui habitent ses rives.

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Observations sur le Zaïre.

Il résulte des observations de Tuckey et dea naturalistes de Texpëdition , que le fleuve qu'on a in** différemment appelé le Ck>ngo, le Zaïre et le Barbela , et que les naturels nomment Moienzi-Enzaddy, c'est-à'dire le grand fleuve , ou le fleuve qui absorbe les autres, ne répond pas, sous quelques rapports, à ridée magnifique qu'on s'était faite de la pattie la plus voisine de sou embouchure. Sa grande rapidité par exemple, son état de débordement continuel, et sa résistance effective à la marée, sont des exagé*» rations ; mais quant à la profondeur de son embou^» diure , elle s'est trouvée au-dessus de l'estimation la plus haute qu'on en eût donnée. Âur la carte de Maxwell , la seule qui mérite quelque attention , on n'indique que cent brasses de fond ; tandis que le capitaine Tuckey , qui était sur le bâtiment de trans^ port , ne put trouver de fond avec une corde de cent cinquante brasses. A bord du Congo , Fitz-Maurice ne l'ai teiguit pas plus avec une corde de cent soixante.

Ces essais ne suffiraient pas cependant pour donner exactement la profondeur du Zaïre; car une corde lâche peut être entraînée par le courant; mais ia sonde de Massey donna une profondeur de cent treize brasses, point auquel le plomb n'avait pas encore touché le fond.

La vitesse du courant , indiquée par Maxwell , doit être rectifiée en sens contraire; au lieu de cinq, six et même sept nœuds par heure , le Zaïre coule rarement plus de quatre à cinq nœuds, et même dans beaucoup d'endroits plus de deux nœuds et demi dans le même espace de temps. Ce courant fut cependant assez fort, dans plusieurs parties du canal, pour empêcher, pendant cinq jours, le bâtiment de transport d'entrer dans le fleuve. Il est même tel dans le milieu du canal , que Fitz-Maurice ne put se servir de la machine de Massey , quoique les eaux fussent alors très basses (i). •

L'idée , qui paraît devoir sa naissance aux Portugais, que la marée n'exerce aucune influence sur le courant du Zaïre, n'est fondée qu'en partie, et des observations réitérées ont permis de rectifier ce qu'elle avait d'erroné. On a. bien remarqué que la marée force évidemment le reflux du courant jusqu'à la pointe Sandie, où le fleuve commence à se rétrécir, et où Tëlévation et l'abaissement des eaux étaient encore de douze à seize pouces; mais quoique ce reflux gênât le çoiurs du fleuve, et occasionnât un contre-courant d'un côté, et quelquefois même des deux, cependant,

(i) Tuckey's Narrative ^ p. 337 ®* *"**^*

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à strictement parler, le courant du milieu du canal n^était jamais arrête par la marée.

L'opinion que le Zaïre est dans un état continuel de débordement a été complètement réfutée par cette expédition. Comme tous les autres fleuves du tropique , le Zaïre a ses débordements périodiques ; mais la dififérence entre la crue et l'abaissement de ses eaux paraît être moindre que celle d'aucun autre fleuve de même grandeur; elle ne parut jamais excé^ der onze pieds anglais, autant qu'on en put juger par les dépôts vaseux attachés aux rochers. Dans beaucoup d'endroits, elle n'était même que de huit ou neuf pieds. Le commencement de la crue fut ob* serve, pour ia première fois, le i*' septembre, audessus d'Yellala, où elle n'était que de trois pouces; et, le 17 du même mois, aux grands arbres; près de l'embouchure du fleuve , elle était de sept pieds , sans que la rapidité du fleuve fut sensiblement augmentée (i). Le peu de différence, dit à ce sujet M. Barro¥r,entre la crue de sept pieds qui fut alors remarquée dans la saison de la sécheresse, pendant que le soleil était encore au nord de la ligne , et celle de onze pieds dans la saison des pluies , pendant laquelle le soleil est deux fois vertical , est un argument solide ,

(i) Tackey'(iiV<i/ni/<>e,p. aaS; et dans les obseryations générales , p. 341 » on ajoute : « sans qu'il eût tombé une seule pluie un peu forte. » Cette dernière remarque^ qui ne se trouTe pas dans le texte du Journal de Tockey (p. aoo-aoi) , et qui semble ayoir été ajoutée par M. Barrow , Tédîteur du Toyage , est contredite par la mention d*nne pluie considérable ^ sons la date du 14 septembre,

fiâtedans le même jonmily p. m , et d'antres moins fortes les 7

et 9 do même mois , p. aïo et ai 5.

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t]ui semblerait démontrer son origine septentrionale ; et si Ton fait en même temps attention à Tëpoque particulière oii cette crue fut remarquée pour la première fois , à peine sera-t-il possible de douter que l'une des branches du fleuve , ainsi que les naturels Tont assuré, ne descende de quelque partie de rAfri* que y située au nord de l'équateur.

Le cafHtaine Tuckey avait luinnéme formé cette conjecture dans une lettre particulière écrite dTellala, dans laquelle il s'exprimait en ces termes: « Combinant mes observations avec les renseigne-* ments qu'il m'a été possible -de tirer des natures , quelque vagues qu'ils soient , je ne puis m'empécher de croire que le Zaïre prend sa source dans quelque grand lac, ou dans une suite de lacs situés au nord de la ligne.» Dans les demies notes de son journal , il revient encore sur cette hypothèse , à peu près dans les mêmes termes (i); et comme il avait déclaré, dans la lettre déjà mentionnée , que sa conjecture se* rait confirmée , si la crue se faisait sentir dans le commencement de septembre, il rappelle cette circonstance une troisième fois , en iaisant mention de l'augmentation subite des eaux, le 1*7 septembre ^ par ces seuls mots : « Hypothèse confirmée. » Tja mort ne lui laissa pas le temps de mettre en ordre son journal , et le raisonnement sur lequel il avait fondé sou hypotlkèse est perdu pour le monde savant.

Cependant toutes les relations des Portugais et de» missionnaires qui n'ont pas seulement voyagé pendant quelques mois dans le Congo , mais séjourné

(1) Tuckey*% Narrative, p. aa3.

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dsà^KMs ce pays pendant des années , s'accordent à plar* les sources du Zaïre du côté du sud ; et Topinion vitraire , émise par Tuckey^ pourrait bien avoir son mgine dans l'idée qu'on s'était formée à cet égard Tx>ndres, avant le départ de l'expédition. Le désir l'on a eu de la justifier apràs qu'elle eut échoué , t bien naturel, puisqu'elle était le seul motif qui armait fait entreprendre ce voyage. Robertson ^ dont Ymous avons fait connaître la relation , prononce que l'opinion qui veut faire considérer le Zaïre comme la même rivière que le Joliba , est presque absurde. 31 se fonde principalement pour établir son asser* tion , qu'au nord de la ligne les fleuves n'atteignent leur plus grande crue qu'au mois d'août ; tandis que toutes les observations s'accordent à prouver que dans le Congo cette crue ne commence pas avant le mois d'octobre , et lorsque les effets de ce qu'on appelle les arrière-pluies sont à peine sensibles dans les plus petites rivières au nord de l'équateur. Robertson ajoute encore que c'est en juillet et en août que les rivières qui se versent dans le golfe de Guinée sont à leur plus grande hauteur; et les eaux du Zaïre n'ont pas atteint la leur avant le mois de décembre (i). Bowdich , dans son voyage à Gabon , a recueilli des renseignements qui semblent contredire à la fois et les faits rapportés par Robertson , et les observations mêmes de Tuckey. Ainsi que nous l'avons déjà rapporté, on a dit à Bowdich que le Zaïre était un fleuve peu considérable, et qu'il ne devait , à son em-

(i) Tnckey'fl ilTarraftVtf , p. 87; Générât Oètervatioru , p. 374-

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bouchure, toute son importance qu*à l'Ogouacuai ( Oogooamiy), rivière qui , suivant le narré et la carte de Bowdich , se jette près du cap Lopez , et qui n'est qu'un bras dérivé du Quolla ou Niger , le Joliba de Mungo-Park ^ suivant Bowdich. Un autre embranchement de i'Ogouaouaï, selon le même récit , se détache et se dirige vers le sud , à près d'un degré ou d'une cinquantaine de lieues de la cote, et se verse dans le Zaïre ( i ). Tout ce qu'on peut inférer de ce qui a été dit à Bowdich, c'est qu'il existe à l'est des hautes montagnes d' Amboze , qui bordent à l'orient le pays deIx>ango, plusieurs grandes rivières dont les sources et les directions sont ignorées des Européens.

Coutumes et caractère des naturels des rives du Zaïre.

IjCS nègres des bords du Zaïre sont d'une taille moyenne, et leurs traits, quoique assez semblables à ceux des Africains en général, ne sont pas aussi fortement marqués; leur peau n'est pas aussi noire. Non seulexnent leur figure est plus agréable, mais elle porte en même temps un caractère d'innocence et de simplicité. Le capitaine Tuckey ne trouve point à ce peuple de physionomie nationale (a). Il vit peu de mulâtres, quoique beaucoup de naturels eussent les traits des Européens du Midi. Ija découverte qu'on

(0 Voyez ci-desstts, t. xii, p. aoa à ao4; et Èowdich*» Mission to Ashantie, in-4'», p. 43a A 434- (a) Tuckey's JVarmriVe, p. 374.

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fit, pendant le voyage, d'os brûlés et de crânes hu* m^ûns suspendus à des arbres , aurait pu inspirer des so upçons injurieux, et faire présumer qu'ils mangent lie la chaii* humaine , si des informations positives n'avaient pas appris que ce n'étaient que les restes des coupables mis à mort pour leurs crimes.

Dans tous les journaux des personnes employées à cette expédition , les naturels du Zaïre sont peints comme un peuple gai et insouciant, plein d'hospitalité envers les étrangers*, et toujours prêt à partager avec le voyageur son chétif repas ( i ). Dans une seule note, on les représente comme fins, artificieux et enclins au vol. L'indolence des hommes est si grande que, si un naturel peut obtenir quelques grains de collier , il reste dans sa cabane à les enfiler, tandis que sa femme se livre aux plus pénibles travaux. Ils ont des chansons sur différents sujets : Tamour, la guerre, le vin de palmier, etc. (a).

Ce qui fait le moins d'honneur au caractère nègre, et ce qui est malheureusement trop commun chez les peuples sauvages , c'est l'avilissement auquel les femmes sont réduites. Les hommes les regardent absolument comme des êtres utiles ' à leurs plaisirs, et. propres à leur éviter la &tigue du travail.

(1) Ploneun passages dn Journal de Tockey oontredUent cet éloge du caractère des nègres. Les personnes de rexpédition dont M. Barrow invoque le témoignage , n'araîent sans doate pas ac« eompagné le capitaine dans sa dernière excursion par terre sor les bords dn Zaïre « où il eut tant à sooffirir de la manTaise toi de ses nègres porteurs, et de l'aTarice des habitants de k partie sapérienre dn fleuTC.

(3) Tutkey'n Narrative , p. 36.

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Quelques cheaous des rive» ilu Zaïre n'oot pa» moins de cinquante femmes ; les raafoucs en eotretienneat de dix à riagt. Ces chefs oe se montraient pas moins disposés qne les nègres du commun k céder leurs femmes aux blancs, et régliùent eux-mêmes le prix de cette condescendance. Tuckey nous apprend qu'avant ffu'uoe fille soit mariée, son père ou ses firères la [Hvstituent à quiconque veut payer deux brasses d'étoffes, ce qui ne nuit en aucune manière h sa réputation , et ne l'empêche pas de se marier ensuite. Les garçons sont eolerés à leurs mères aussitôt qu'ils peureot marcher, et le père passe des journées entières avec eux assis sur tme natte; mais les filles sont entièrement négligées par leurs pères. Toutes les feis que qudque circonstance occasionne le rassemblement d'un nombre quelconque de personnes , on allume un grand feu, et les hommes s'accroupissent autour, au milieu de la Amiée, ainsi que les garçons. Les femmes restent derrière à quelque distance avec leurs filles ( t).

Il parait toutefois que ce commerce licencieux n'est permis qu'à l't^ard des £uropé»s; car les natureb reconnaissent des lois qui punissent l'adulte. Une intrigue avec l'épouse d'un autre homme entraîne l'esclavage des deux coupables ; l'épouse du cheoou est livrée dans le même cas à la vengeance du mari; l'amaut adultère est mis à mort. Fitz-Maurice fut témoin d'une de ces. exécutions à Embonuna. Cte le k un marchand d'escla-

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>; mais celuKi l'ayant refuse, ceux qui TaTaient é lui lièrent les pieds et les mains , et sans autre le jetèrent dans le fleuve (1).

Les nègres du Zaïre portent dans tout ce qu'ils font la saleté à l'excès; mais c'est surtout en prëpaxrant et en mangeant de la viande que leur malprofMnetë se montre dans tout son jour. Us font rôtir des volailles sans les plumer, et des quartiers de chèvre sans se donner la peine d'en ôter la peau , ni même les poils ; et lorsque la viande a eu à peine le temps de chauffet* , ils la dévorent en la déchirant avec leurs dents de la manière la plus dégoûtante. M. Fitz- Maurioe raconte qu'un jour le boucher du vaisseau ayant dépouillé un mouton , l'esclave mandingue (a) , acheté par le capitaine Tuckey , en déroba adroitement la peau ; et sans ôter les poils , il la jeta sur le feu. Lorsqu'on le découvrit , il l'avait déjà mangée presque tout entière; poils et peau, il avait tout dévoré.

Tuckey rapporte que les hcmunes et les femmes se lèvent à la pointe du jour. Après s'être lavé le corps , ceux qui ont des prétentions à l'élégance se frottent les épaules et le corps jusqu'aux reins avec de l'huile de palmier , qui , en rendant la peau plus douce 9 donne une odeur très désagréable, même aux fennaes dont le corps ne rend pas naturellement les mêmes exhalaisons que celui de& hommes.

Les deux sexes se coupent les cheveux suivant

(1) TnekejU Ifarratipe ^ p. 371-37».

(1) Tuckej'ft Nwrmiivé , p. 36o. On lit bî«n Mandingo dans U texte de l'oaTrage de Tnckey ; mais je soup^nne qu'on doit lire Mandongo, et qu'il est ici question d'un esclave du Congo , el non de la S^éganibie. Voyez cî-dessui , p. 391 , 400 et $09.

56o VOYAGE

leur fantaisie. Les jeunes mariées , ou plutôt celles qui sont à la veille de l'être, sont rasées avant d'être présentées à leurs maris. Cette opération est faite par une vieille femme. Les négresses du Zaïre semblent regarder comme un agrément d'avoir les mamelles pendantes; dès que les jeunes filles commencent à se former, elles les serrent fortement contre le corps avec des bandages, de manière à les faire descendre vers la terre. Elles s'arrachent aussi quelquefois les deux dents de devant , et se font des cicatrices sur la peau, ainsi que les hommes (i). Les deux se teignent d'ocre rouge. Avant de conduire une jeune mariée à son époux , on l'enduit de cette couleur de la tête aux pieds. I^es hommes se font aussi des marques sur le front et sur les bras avec de l'argile rouge et blanche. La seule raison qu'ils donnassent de cet usage était la volonté du fétiche (2).

Quoiqu'on ait remarqué que la population augmentait sensiblement à mesure qu'on avançait dans l'intérieur, les bords du fleuve n'étaient guère peuplés, même dans les parties les plus fertiles, et rien ne parut confirmer les relations exagérées des missionnaires qui parlent de masses d'hommes si considérables , qu'on n'en rencontre nulle part de semblables dans les pays les plus populeux de l'Europe.

Les nègres du Zaïre sont en général d'une bonne constitution : les maladies cutanées sont parmi eux les plus communes, surtout la gale, les scrofules, la lèpre et l'élépfaantiasis. Ils sont aussi sujets à des accès de

(i) Tuckey * s I^wratiçe, p. 973 et %yS. («) Tuckey*» Narratit^e , p. 3 16.

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fièvre, à des flux de sang et à des tumeurs molles. Panni les habitants des villages voisins qui accoururent à Inga pour voir les blancs , un roafouc amena avec lui sa fille , enfant d'environ douze ans, dont la peau était parfaitement blanche , mais livide , et an* oonçant un état dé langueur, quoique son père assurât qu'elle était très forte, et qu'elle se portait à merveille» Ses cheveux étaient crépus , et ses traits ressemblaient à ceux des autres négresses.

Les seuls remèdes que ces nègres emploient dans leurs maladies sont des infusions de plantes , encore n'en font-ils qu'un usage très modéré. Us mâchent aussi la racine d'une espèce de dioscorea dont le goût est très amer, et qu'ils croient d'une grande efficacité pour arrêter le flux de sang ; mais c'est au gangam et aux fétiches qu'on a le plus souvent recours , et lorsque le gangam , qui est revêtu du triple caractère de prêtre , d'accusateur public et de médecin , voit que le cas est désespéré , il abandonne le malade à Zamba ATPounga (i).

L'industrie des nègres du 2^ire n'a pas encore atr teint une grande perfection. On a vu , dans le récit du voyage, leur manière de construire les maisons. Leurs meubles sont d'un travail aussi simple. Des paniers tissus avec des fibres de palmiers, des calebasses, des vases décorés d'adansonia , des pots de terre et des cuillers de bois sont leurs seuls ustensiles de ménage. Une natte d'herbe , jetée sur un tas de feuilles de palmier, leur sert de lit. I^eur habillement n'est pas moins

(i) Ttickey'0 Smrrai'we^^. 383.

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