‹ Collection des relations de voyages par mer et par terreChapitre 6 sur 80 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Gouvernement du royaume de Congo.

SI-

Autorité du roi, état, revenu, couronnement et funérailles

des rois.

Il ne manque rien à l'autorité du roi de Congo , puisqu'elle est également absolue sur la vie et les

(i) Cayazzi, p, ii6; Labat, t. i, p. 41 3.

XI v. 4

/ici ninimi ma PAfiMlfilIfl VOYAOfttitlA

himê lie »e» sujet». Il» ti'approdient de lui qu'avec*

dei ttmrquet ordinaire» de rrsprot efc de soumisiioii.

'Quiconque iort irait do» borne» du respect et de To*

bëisiance^ aérait puni par un esolavage perpétuel ( t ).

On a di^jà fiiit observer que IVtemlue préaetito du itiyatuno de Congo n'approcbe point de celle qtril avait anciennement. Lopex, en disant qu' Alvarez, prend les titres de roi de Congo, Âbundos, Matatna , Quiaatna, Angola ^ Angoy, Carongo, les sept royauitift» de Congere-AniolaKa et des Pangelungos, la seigneurie de la rivière de Zaïre 9 des An«ioos, d'Ansieana cl de Ijoango(!i), observe en tnéme temps qu'il ne poasàde plus toutes ces contrées , et qu'il en a perdu une partie. Dapper, omettant quelques uns de ces titres 9 réduit la formule aux royaumes de Congo, d'Angola, Maoomba , Ocanga , Cumba , Lutta , Zouia , k la seigneurie des duchés de Batta, de Simda, de Bamba , d'Amboille, et des territoires dépendants) k celle des comtés de Sogno, d'Angoy, de Cacongo et de la monarchie d'Amhondos , et k celle de la grande et merveilleuse rivière de Zaïre (3)4

Le conseil de Congo est composé de Ain. ou douze personnes , qui sont dans la plus haute ikveur auprès du roi, et sur lesquelles il se repose des aflaire» d'état , de l'administration de la paix et de la guerre , et de la publication de sea ordres.

Sa cour est fort nombreuse) elle est composée d'une partie de sa noblesse % qui fait sa résidence

(1) Ogilby , uài iëfti , p. 19».

(«) Plgflfetli I p. id«

(3) Dapper , 4/Htiue^ p« 3&».

SUR LE COVGO. 5l

tu pabûf 9 ou daot les lieux voisins , et d*uiie multitiide de domesiiques , ou d'officiers de sa oudsod. n a pour garde uo corps d'Anzicos et de plusieurs autrea oatioDs. Soo habillement est très riche ; c'est ordtoaîrement <{uelque étoffe d'or ou d'argent avec un manteau de velours. Il se couvre la tête d'un bonoel Uanc, comme tous les fidalgos (i), qu'il honore de ses bonnes grâces : c'est une marque si certaine de fiiveur , qu'au moindre mécontentement il la Eût ^ter à ceux qui lui déplaisent. En un mot , le bonnet blanc est un caractère de noblesse et de dievalerie dans le royaume de Congo, comme la toisoo-d'or et le saint-esprit en Europe (a).

Le roi donne deux audiences publiques dans le cours de chaque semaine; mais la liberté de lui parier n'est accordée qu'aux seigneurs. En 164a , lorsque les ambassadeurs hollandais de Loanda furent reçus k l'audience du roi de Congo , immédiatement après avoir enlevé cette place aux Portugais, ils furent introduits au palais pendant la nuit. On les fit d'abord passer ^buis une galerie longue de deux cents pas, entre deux haies de nègres, qui portaient des cierges dans leurs mains. Le roi était assis dans une petite chapelle , tendue de nattes, au milieu de laquelle pendait un lustre chargé de bougies* Il était vêtu d'un justaucorps de drap d'or , avec àeê hautes diausses de la même matière. Autour du cou , il avait pour cravate trois chatnes d'or très massîves. On voyait briller au pouce de sa main droite une

(1) Tenue portn^ tdopté par Im nègret. (t) Dftpper, Afrique f p. 353.

pfAi: Il ptftiHil fiur <w fffff un Ufitw^t hUnt. ^ Pt ^J^^ inflitupn mn jinmhni, A fia ^(ffwff^f un iftOewt^ \f\n^^ /IfJw^if. k ppu (\p Ai^\Hni.p^ np^nU ihwpmpui Vntt nifpe. un tnomhnit. A fm ff^uihp^ un mtltp ^fW^iw' ^ (Unii 1?« mhnp pff^Utrp ^ pirtiftit un «rr pI un «-^r <* /lVf«ftt ^ r/fti^^f N (funp hp\h é^Uttfp k frtif^/ f^m iffm^ Mm^ un innipui} Ap ^p\inn^ tuuff,pf nu-âp^ui^ fht^ uupifm \hnU pn \pilrp<^ htftfUp^ : thnn AUt^tp/^ tf^i i\p Vifruf^ff. IjP p\fin4ihpt ^ fip^HUi wm itffUp ^ Hkr^ pmtfpti (Vun f^runé itiph ih turfpûp ; «f »Mf <m f^f/» ppniU'tf Un <lrtK i\p <mltn hhnp, hwpy^ tfttt^ pi )Hftà4 (Yunp hrf^p ttHu^p. VruHn^ k (ptphptPi^ p»ii futt <^ dtfùtp^ pntHifi^il k f^pnuut fhnn thruf^nh (h Mpn/zr^^ <^tm iniprprHp pi mn fipvtptmtpfi).

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(i) tyttppHf AMtiuf^ p. ^^ji.

leurs timbale^, dont le bruit se fait entendre à cinq ou six milles , pour avertir tous les habitants du can* ton que le monarque est en marche. Il ne lui arrive pas souvent de sortir; mais, suivant le même auteur, il se £iit accompagner alors de tous les seigneurs de sa cour, et surtout des Poitugais, qu'il honore d'une singulière confiance (i).

Suivant Dapper, lorsqu'il se rend à l'ëglise, tous les Portugais, soit ecclésiastiques, ou séculiers, sont obligés de grossir son cortège , et de l'accompagnev de même à son retour, jusqu'à la porte du palais ; mais cet auteur ajoute , que c'est la seule occasion où ce devoir leur soit imposé. Le roi, dit-il encore , ne parait jamais en public sans être revêtu de ses plus belles robes. Ses doigts sont ornés de chaînes d or^ entremêlées du plus beau corail ; et, sur la tête, il porte un bonnet fort riche (2).

Après la conversion du premier roi chrétien , la cour de Congo fut comme reformée sur le modèle de la cour de Portugal. Depuis ce temps-là , lorsque le roi mange en public , on place sa table sur une estrade de trois degrés, couverte d'un beau tapis de llnde, et de plusieurs coussins. Suivant le rédt de Dapper, son fauteuil est de velours crawoisÀ , vert ou rouge , orné de sculpture et de clous d'or. Il mange toujours seul ; mais les princes de son sang sont debout et couverts devant lui. Sa vaisselle est d'or et d'argent. Il a près de lui un noble qui goûte de chaque mets. Dapper ajoute qu'il est servi

(i) PigafetU, p. 68.

(1) Dapper y Afrique ^ p. 35 a.

.V| nitfiiiMfi ttKn PKKMiEns votAiiPAinn

par plu» àe r.mi penwnnm, qui ont leur logMntmt ■u pulain, nt qui sont v^Iiim d'une iiort« demanUMii (le grugM! ratinn noire.

Mai» »H grandeur «l la pmnpn de la majesté royale ne piral»»4int jomaîi avRC plu» d'énlat r{u« diuis Um fétf» qu'il donne iuk nobln» ou k cm* dont il i reçu quelque important «entre. Vnr» midi, il fait compter le nombre de» noble» qui •« trouvent alora dan» l'eri' ceinte du palai» , et leur envoie leur met» h ebiH^un. pour les uni, ce »ont de» f%ve» bouillie»; pour d'autre» , du poisson , ou du millet au »el et li l'huila de palmier. Il fiiit porler , aux grrind» du premier ordre , leur dîner dan» un plat de bot» , avec un petit flacon de vin de palmier; mai» reui d'un rang InfMcur lont appelé» »tx ou sept li la foi», et reçoîvent les aliment» que le roi leur de»tine. Aprfa» l'heure du repas, ils se rassemblent tous pour $e prunier au monarque ; et , s'agenoiiillant en battant de» main», il» baissent la tSte, avec de grand» t^^moignage» de reconnai»»ance et de «oumissinn, Kn»uit«, la plupart le retirent, k l'esception de» favori», qui passent le reste du jour k boire et k fumer avee le roi , jusqu'il ce qu'ils tombent assoupis par Yexch du tabac et du vin(f).

Vaas le roj'aume de Congo , la proprifHé des ' !s terre» appartient au roi seid. Il en di»* ne autorité alnolue , comme de toutes les letousle» emploi». Ainsi, personne n'aj'ant jT par béitage, Tinterai fait naître peu de

, À/Mifui, p. 19»,

SUR LB GOKGO. 55

querelleB, Les enfants mêmes du roi sont assujettis à eette loi fondamentale de Tétat. Au moindre suj^t de mécontentement) il tes prive de leurs gouver-* nements et de leurs titreS« Cette disgrftce était ar« virée au rt>i qUi régtiait du temps de Lopes. Avant <|u*il fût parvenu à la couronne , sa bonté naturelle l'ajant rendu tfop indulgent pour les peuples de sa province , il avait négligé de lever le tribut dont il était comptable au rdi son père 2 c'en fut assez pour Itii faire oter son gouvernement et le faire réduire à la qualité de tombocadd , c*est-)k-dire d'faottime privé et disgracié (i).

Les revenus du roi consistent spécialement dans les tributs annuels que lui paient les ducà de Bamba , deBatta, deSundo, et d'autres seigneurs, ses vassaux , qui prennent le titre de eotntes ^ tels que ceux dé Pemba , de Pangô et de plusieurs autres Heui. L> cérémonie du paiement se fait lé jour de Sàint4acques^ et le roi prend cette oeeasion pour leè honorer de quelques présents. Enfin, toute dépense payée i M estime que tous les revenus du t^ôl de Congo rassemblés né montent point à plus dé cent vingt écus de France , sans j comprendre h la vérité les pDtits présents que chaque ëèignéur joint à son tribut } mais lés plus considérables dé ces dons ne consistent que dans nne couplé dé chèvres, et là plUpaft sont des fruits , tels que des plantains , des noix de cola et de l'huile de pahniet* (a).

(1) Pigafelta , Relationê del rtame di Congo, p. 35 (3) Dapper, Afrique, p. 35o.

56 RESUMi DES PREMISRS VOTAGEURS

Mais le roi ne manque pas de moyens pour gfossix* ses trésors. Par exemple , lorsqu'il sort en bonnet, blanc avec les seigneurs de son cortège , il se fait, quelquefois apporter un chapeau , dans sa marche ^ et s'en sert quelques moments. Ensuite redemandant son bonnet, il le met si négligemment, qu'il peut: être abattu par le moindre vent. S'il tombe en effet ^ les fidalgos s'empressent ^our le ramasser. Mais le roi, comme offensé de cette disgrâce, refuse de le recevoir, et retourne au palais fort mécontent. Le lendemain il fait partir deux ou trois cents soldats y avec ordre de lever sur les peuples une grosse imposition ; et tout le royaume est ainsi forcé d'expier la faute du vent (i).

L'empire absolu que le roi de Congo exerce sur ses sujets rend sa puissance fort redoutable à ses voisins. Au moindre signe il peut lever des années innombrables, et les mettre en campagne. Carli et d'autres voyageurs racontent qu'un roi de Congo marcha contre les Portugais à la tâte de neuf cent mille hommes. On aurait cru qu'il se proposait la conquête de l'univers ; cependant il n'avait à combattre que trois ou quatre cents Portugais, qui n'avaient pour armes, avec leurs fusils , que deux pièces de campagne ; mais ces armes se trouvant chargées à cartouche , l'exécution qu'elles firent dans les premiers rangs des nègres jeta la consternation dans une armée si nombreuse , et la mort du monarque acheva de les mettre en déroule. Le Portugais qui avait

(i) Dapper, Afrique^ p. 353.

SUA LE GOUGO. 67

coupé la tête à ce prÎQce , assura l'auteur que ses armes royales et tous les ustensiles dont il feisaît usage étaient d'or battu (i).

La discipline militaire est un art ignoré des nègres ; oti plutôt leur imbécillité naturelle ne leur a jamais permis de se former à des exercices qui demandent du bon sens et de la réflexion. C'est ce qui a toujours donné tant d'avantage sur eux aux Européens. La manière de combattre, dans toutes ces régions , est d'une bizarrerie sans exemple. Deux armées çègres , qui sont en présence , commencent par discuter froidement le sujet de leur querelle; elles passent insensiblement aux reproches et aux injures ; enfin la chaleur augmentant par degrés , on en vient aux coups. Les tambours se font entendre avec beaucoup de confusion. Ceux qui sont armés de fusils les jettent après la première décharge, parce qu'ils sont plus occupés de leur propre frayeur que de Tenvie de nuire. D'ailleurs , la méthode qu'ils prennent pour tirer est rarement dangereuse. Ils appuient la crosse du fusil contre leur estomac , sans aucun point de mire , et les balles passent en l'air , par-dessus la tête de leurs ennemis ; d'autant plus que des deux côtés Tusage est de s'accroupir lorsqu'ils voient le premier feu de la poudre. Ensuite les deux partis se relèvent, et se servent de leurs arcs. S'ils sont à quelque distance , ils lancent leurs flèches en l'air , persuadés qu elles font plus de ravage dans leur chute ; mais lorsqu'ils sont fort près , ils tirent en droite ligne^

(i) Carli, Churchîirs CoUection, 1. 1» p. 57a.

58 RiSUMS DBS PHKMtmBS YOTâCECRS

Les flèches sont quelquefois empoisonnées; et le p mier remède qa'ils appliquent k leurs blessures , leur propre urine. Ils ramassent les flèches qu'ils oi couvrent autour d'eux , pour les employer oontsT' ceux qui les ont tirées. Leurs autres armes sont d< couteaux et des haches, qu'ils achètent des pëens» Les prisonniers deviennent les eselaven A vainqueur; et ceux qui échappent à l'esclavage tuent quelquefois de leurs propres mains, par un portement de fureur. Dans les parties du royaum.^ de Congo qui manquent de prêtres , il arrive souvent que, sur le moindre démêlé , des chrétiens s'artnenft les uns contre les autres , et font leurs esclaves de ceux qui professent la même foi (i).

Selon Zucchelli les nègres de Sogno, dans leurs guerres, cherchent toujours à tuer le roi ou le chef; car quel que soit le nombre des morts , tandis que ce chef vit, il peut^ dans une nouvelle bataille, reconquérir le terrain perdu; il se retire dans des bois et des déserts où l'armée ennemie ne peut le suivre ^ et revient de nouveau à la charge. Comme leurs villes sont composées de cases en terre , et se construisent promptement et facilement , ils les détruisent de même. Le vaincu ne laisse au vainqueur qtt'un pays dévasté oii il n'y a rien à prendre* Là richesse du butin se mesure donc par le nombre des prisonniers qu'on peut emmener ou garder; et tant que le roi ou le chef qui a fui peut revenir de nouveau disputer le prix de la victoire , le vainqueur ne tient rien ; la

(i) Merolla, Ghurchill's Collection, t. i , p. 64^^-

auB LB C09GO. 5g

possession du champ de bataille est même iacertaine et précaire ( I ).

La siMxession au trône n'a point d'ordre établi ; du moins n'en a^t-elle pas qui ne puisse être ren» versé par la volonté des grands , sans aucun égard poor le droit d'aînesse ou pour la légitimité de la naisance. Us choisissent entre les fils du roi celui pour lequel ils ont conçu le plus de respect , ou qu'ils croîent le plus capable de les gouverner. Quelque*» fois ils rejettent les en&nts, pour donner la couronne aux finères ou aux neveux*

Les cérémonies du couronnement paraissent avoir été changées depuis l'établissement de la religion (a). Toute la noblesse du royaume, et les P<Hrtugais qui s'y trouvent établis , s'assemblent devant le palais, dans une grande place environnée d'un grand mur de pierre , et bâtie anciennement pour cet usage. On place au centre un fituteuil de velours sur un fort beau tapis , et un coussin , sur lequel on dépose la couronne, qui est de fil d'or et d'argent, avec trois bracelets d'or de la grosseur du doigt, et une bourse de velours qui contient la bulle du pape et les lettres de confirmation. Le prince qui est destiné au trône se trouve dans l'assemblée. Aussitôt que tous les préparatife sont finis, un des nobles prend l'office de héraut, pour faire à haute voix la proclamation suivante : « Vous , qui devez être roi , ne soyez ni vo- « leur, ni avare , ni vindicatif; soyez l'ami des pau- « vres. Faites des aumônes pour la rançon des pri-

(i) ZoccheUi, p. 19S.

(») Oplhy , p. 540.

6o R^SUMi DES PRSMIEHS VOYAGEURS

« sonniers et des esclaves; assistez les malheuc^eux ; ce soyez charitable pour l'ëglise; efforcez-vous d'entt tretenir la paix et la tranquillité dans ce roysitia me, et conservez avec une fidélité inviolable le tt traité d'alliance avec votre frère le roi de Pc^i*tu— a gai. »

Après ce discours , on écoute en silence quelques airs de musique. Ensuite deux fidalgos se lèvent J>o^l^ chercher le prince , comme s'il était confondu dstn» la foule. L'ayant bientôt trouvé, ils l'amènent, Fun par le bras droit , l'autre par le bras gauche. Ils le placent sur le fauteuil royal , lui mettent la couronae sur la tête, les bracelets d'or aux poignets, et sur le dos un manteau noir , qui sert depuis long-temps k cette cérémonie. Alors on lui présente un livre d'évangile, soutenu par un prêtre en surplis. Il y porte la main , et jure d'observer tout ce que le héraut a prononcé. Toute l'assemblée jette aussitôt un peu de sable et de terre vers lui , non seulement comme un témoignage de la joie publique , mais encore pour l'avertir que sa qualité de roi n'empêchera point qu'il ne soit réduit quelque jour en poudre. Il se rend ensuite au palais, accompagné des douze principaux nobles qui ont présidé à la fête.

Il se passe huit jours , pendant lesquels il ne met pas le pied hors du palais. Cet intervalle est accordé à la noblesse et aux Portugais, pour le féliciter de son élévation et lui souhaiter un heureux règne. Iais seigneurs nègres lui rendent hommage à deux genoux en frappant des mains et baisant les siennes. liCS Portugais et le clergé ne fléchissent qu'un genou ^

et le recroanaissent dans leur langue pour souverain maître de tous les états de Congo.

Le neuvième jour on voit paraîti*e le nouveau monarque dans la place publique, pour haranguer son peuple ^ et confirmer les engagements qu'il a pris en recevant la couronne. Il assure tous ses sujets qu'il n'aura rien de plus à cœur que le bien de ses royaumes et le progrès de la religion romaine. On lui répond par des acclamations, suivies du serment d'obéissance et de fidélité. Mais quoique les habitants du Congo s'engagent à respecter leur roi , comme tous les autres peuples chrétiens , ils oublient si facilement leurs promesses , qu'ils se soulèvent contre lui, et le tuent même à la moindre occasion. Cette inconstance leur en a fait souvent changer depuis quarante ou cinquante ans. S'il arrive quelque chose qui les choque, s'il tombe trop ou trop peu de pluie, enfin si le ciel et la nature ne les favorisent point à leur gré , c'est à leur roi qu'ils en font poiter la peine (i).

On trouve peu de rois nommés dans les premiers voyageurs au Congo. Carli nomme dom Alvarez, qui régnait en 1666. Merolla parle de dom Jean- Simon Tamba, et de dom Sébastien Gritho, qui occupait le trône en 1688.

Les rois de Congo , faisant profession du christianisme, n'ont qu'une seule femme, qui porte le titre de mani mombanda, c'est-à-dire la femme des femmes. Mais les reproches du clergé ne les empêchent point

(i) Dapper, Afrique, p. 354*

iTéwtrctMir un gnnâ mmhre du coucuinneê, ï^ # «' y mu ait h rt'me cj^umU d$n$ une îmjus ftoaiWie, fXMunnàe pinitUo , qui eAAige diênm •ujdt an roymuméi ^ p«yer l« vttUtir d'un eiciir^ pour UfM^ cerùiwe «xmfurc qu'on itonoisk êon lit f f^^i^t-k-dire ^ nue êi U- i»t a troift tiwf Mires, UuseeU de\roiê e^iuin^eê.

Mani Monibwdi «i^ 1^^ àknê m apparienu-iit

*^parë , où ie» iImM <'1^uii«ur (a §enent aHUm^ -

liv<ffm;tii : celleë qui i« trouv<?filt librei proêUnt d*-

Ctrl miâ/tr^éHt pour êller ^e réjouir imrê du paUf-U ,

fienilaot la aui^ ^ 0^ rétfxmini riisn a leur* indiui^-

tiooa di^r^jie^' f>^ ^^i^^ mètne ne »e contrmoi pai>

beaiu:oup ptof loriquVIb trouve Voiumêion de ae sa-

liafair«, ou fudipui amant a»«é;;e hardi pour emihult^t

l« nitm «t ^ If'^^ '^^'^ ^'^ apparterru^nt ; cepeu-

daAt <jle i^ apporter hesmcoup de précautiooa poui

tnowiir" fe ''^^^ f lorftquVIli; vaut iiu^uager fa propre-

vÂe «t «(^ ^ ^^'^ amant ("f).

JkMtaté^ tuMà%e éisiïi d* enterrer^ Avec le$ roi§ dé- Cç^* douxàt jeuimf^ (iU&« pour Uth «ar vir d^nê VfkuU'v . fMe% atta4:;|iaii$nt tant (fïionnem k ce funeUât f (lu*éA\eê fautaient gatrnent dan» le Umheau ; ^ 4H)M0tafft entre elle» ta premii^re plaide auprès du <Mi|i», qu'on plaçait a»»i«, e\\e% %e tuaient Vnne Vautre aMif avoir pu f 'a^^cordi^r. ï^eur» parent» et leur» Bmïh %m ^maieiit de$ p\m rià^ê parurei , et jetaient âprith diai touief wrîM§ de £mnmodiié$ pour leur ma^e, ïjt deuil pour U 0U>rt du roi ne célèbre pendant huit fHm f non par den pleura , mai» par de» em^f de Ifoire

SUE LE COHGO. 63

et de manger. Cette fête bizarre, qui se nomme Malala , est renouvelée tous les ans , et s'observe aussi pour les nobles , en proportionnant sa durée à leur rang ou à leurs richesses , sans que le christianisme y ait apporté de changement : mais l'usage d'enterrer des filles vivantes est entièrement abandonné (i).

Nous ajouterons aux détails que l'on vient de lire sur les funérailles des rOis du Congo ceux que nous fournit, sur le même sujet, la relation de Cavazzi. Cet auteur parle d'abord des rois convertis. Lorsque le rpi ou quelque prince vient à mourir, son corps est porté i^vec pompe à la sépulture, accompagné de ses courtisans, vêtus de drap noir d'Europe. On lui bâtit un tombeau élevé , ou bien on creuse sous le pavé de l'église une chambre d'une grandeur considérable, dont on revêt les m^urailles de planches couvertes de tapisseries noires. Lorsque le corps a été dépo&é dans ce caveau , on fisiit les prières accou* tumées , et l'on choisit deux de ses plus fidèles esclaves, que Ton destine à être les gardiens pei^tuels de son sépulcre. Les successeurs du défunt ne manquent pas de &ire des fondations considérables pour entretenir le luminaire , et pour renouveler les tapisseries les jours de grande cérémonie.

Il n'est permis à qui que ce soit de pleurer la mort du YQÎ; mais il y a des gens payés pour aller à tous les carrefours sonner certains cornets d'ivmre, dont le 9on triste et pesant rappelle que le prince n'existe pkis.

On eÊk use autrement dans les provinces non con-

(i) Dapper, p. 353. Oa a vu qa^ lat nègrea cbféticna da comté de Sogno n'ont pas les nalmea acrmpnka.

verties à la foi catholique : les. courtisans et les officiers du prince portent sur son tombeau des présents magnifiques; on enterre avec le défunt deux ou trois de ses femmes, et on choisit de préférence celles qu'il a le plus aimées pendant sa vie , dans la persuasion que le prince s'en servira encore pour ses plaisirs dans l'autre monde. Cette croyance générale au Congo excite des contestations très vives entre les femmes d'un prince défunt , qui aspirent toutes à l'honneur de mourir sur le tombeau de leur époux. Ces causes sont portées devant des juges , qui prononcent après avoir écouté les détails les plus obscènes que chaque femme s'empresse de donner, pour prouver la tendresse que lui témoignait le défunt (i).

On trouve encore dans les campagnes des monuments funèbres, disposés avec ordre les uns à côté des autres, sur lesquels il y a des inscriptions qui font connaître le défunt ; et comme les nègres n'ont pas l'usage de l'écriture , ils se servent dans ces occasions de signes hiéroglyphiques (2).

Les nègres idolâtres du royaume de Matamba enterrent leurs morts dans les forêts avec des cérémonies particulières à chaque secte. Les uns creusent la fosse de manière que le cadavre ne peut pas y être placé autrement que sur le côté , afin que sa bouche collée contre les parois de la fosse ne laisse point échapper son âme; ces nègres s'imagiuant, suivant Cavazzi, que l'âme n'étant pas encore entièrement sortie du corps, se trouvera, dans cette position ,

(i) Gayazzi, p. 117; Labat, t. i, p. 387. (1) Cavazzi, p. lao; Labat, t. i, p. 894.

SUR LE COMGO. 65

hors d'état de s'échapper, et de venir tourmenter les vivants; d'autres, après avoir descendu le corps dans la fosse , le replient en arrière , sans doute pour une raison aussi bizarre que la première; quelques uns placent les morts dans de petites cabanes , dans des grottes ou dans des cavernes naturelles. Quand ils ensevelissent un prince, ils l'asseyent comme s'il était sur son trône , dans la position d'un homme qui commande ; ils égorgent un nombre de ses officiers et de ses esclaves , qu'ils mettent autour de lui; et, pour que rien ne lui manque, ils pratiquent une petite ouverture au-dehors, par laquelle, au moyen d\in tuyau qui répond à la bouche du cadavre, ils lui envoient tous les mois des vivres et quelque boisson. Ces nègres sont , à l'égard des morts, si religieux observateurs de leurs coutumes , qu'on en voit à qui on fournit des vivres depuis trente ou quarante ans qu'ils sont ensevelis (i).

Il existe des usages encore plus extraordinaires dans les provinces de Cabezzo, de Tamba , de Lubolo, de Oacco et de Scella. Quelques uns des habitants de ces contrées creusent des fosses de plus de cinquante pas de profondeur; d'autres mettent les corps sur la surface de la terre , et jettent tous les jours de la terre dessus ; de sorte qu'avec le temps ils y élèvent des tertres d'une hauteur considérable : d'autres environnent les cadavres de pyramides formées par des planches et des solives , et placent aux angles des tas dp pierres. Ces monuments sont quelquefois construits

(i) CaTazzi, p. ii8; Labat, t. i, p. 891.

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