‹ Collection des relations de voyages par mer et par terreChapitre 7 sur 80 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

de manière qu'on puisse voir le corps entre les intervalles des planches ou des solives. Dans quelques cantons, on rëpand sui* les pierres de ces tombeaux de riiuile de palmier ; dans plusieurs autres , on entet*i*e les morts avec leurs plus précieux vêtements; enfin , Cavazzi a vu des cadavres enduits de résine ou d'autres substances combustibles, laissés dans cet état sur la terre nue(i).

Administration de la justice , et forme des serments.

Chaque province de Congo, quoique gouvernée par un des principaux seigneurs du royaume , sous le titre de mani ^ se divise en plusieurs petits cantons 9 qui ont leurs manis particuliers , mais d'un rang inférieur* Ainsi , le mani ou le seigneur de Yamma , qui n'est qu une division de province , n'est pas du même rang que le mani Bamba , qui gouverne une province entière. Dapper nous apprend que ces grands gouverneurs ont pris les titres de ducs et de comtes, à l'imitation des Portugais, tandis que les Portugais ne leur donnent que le titre de sôvas. C'est aussi du Portugal qu'ils ont appris à ne plus paraître en public sans des marques éclatantes de grandeur. Dans leurs audiences, ils sont assis sur de grands fauteuils de velours , avec de riches tapis et quantité de coussins sous leurs pieds (a).

Merolla rapporte que l'office des manis inférieurs,

(i) CaTazzi» p. 119; Labat, 1. 1, p. 39a. (3) Dapper, Afrique, p. 359.

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dans le comté de Sogno , est de recevoir les revenus de la couronne , et de présider à la culture des terres royales lorsque la saison des pluies est arrivée. Au temps de la moisson , ils se réservent une certaine partie des grains, comme le salaire de leurs soins, ou comme les appointements de leurs emplois ( i ).

Le roi, selon Dapper, nomme dans chaque province un juge revêtu de son autorité pour la décision de toutes les causes civiles (a). Lopez observe que, comme il n'y a point de lois écrites, ces juges n'ont pour règle, dans l'exercice de leur juridiction , que leur caprice ou celui de Tusage ; mais leurs sentences ne vont jamais plus loin que Temprisonnement ou l'amende. Dans les matières importantes , les accusés appellent au roi , seul juge des causes criminelles : il porte sa sentence; mais il est rare qu'elle soit à mort. Les offenses des nègres contre les Portugais sont jugées, par les lois du Portugal. Ordinairement le roi se contente de bannir les coupables dans quelque île déserte : s'ils ont le bonheur d'y vivre onze ou douze ans, il leur accorde un pardon formel, et ne fait pas même difficulté de les employer au service de l'état , comme des gens d'expérience qui ont eu le temps de s'endurcir dans l'adversité , et qui sont devenus plus soumis (3).

Dans les affaires civiles , selon le même voyageur, un Portugais qui entreprend de poursuivre un Mosicongo , doit le citer devant les juges du pays ; mais si

(i) Merolla, ChurchiU's Collection ^ p. 629.

(3) Dapper, Afrique, p. 36a.

(3) Pigafetta , Relatione del reame di Congo , p. 86.

c'est le Mosicongo qui se plaint d'un Portugais, il obligé de porter ses plaintes au consul, ou au juge des Portugais nommé par le roi. Dans toutes les aflaires des Portugais avec les nègres, et dans les traites mêmes de commerce , on n'emploie jamais l'écriture ni les billets d'engagement : tout dépend de la pa* rôle des traitants et de la fidélité des témoins (i).

Les châtiments sont très rigoureux pour l'idolâtrie. Le meurtre et les sortilèges sont punis de mort^ sur la conviction par témoins; et le second de ces deux crimes est puni par le feu; tous les biens et les esclaves d*un coupable condamné sont confisqués au profit de la couronne ; et Dapper ne craint pas d'assurer que le roi , pour remplir ses coffres , condamae quelquefois fort légèrement à l'exil (a).

MeroUa raconte que, dans le comté de Sogno, la justice civile et criminelle appartient également aux manis , à l'exception d'un petit nombre de cas, qui sont réservés au comte ou à ses députés. L'accusateur expose d'abord ses raisons , à genoux , devant le juge , qui est assis à terre , sur un tapis , avec une petite baguette à la main; le siège ordinaire est à l'ombre d'un gros arbre , tel qu'on en voit ici dans toutes les cours des grands ; quelquefois le juge établit son tribunal dans une grande hutte de paille qu'on élève exprès pour cet usage : il prête une oreille attentive à l'accusateur; il accorde la même justice à l'accusé ; ensuite il appelle les témoins : s'ils tardent à paraître , la cause est remise à quelque autre jour; s'ils répondent à la

(i) Pigafetta, p 68.

(i) Dapper, jéfrique , p. 35 1 ; et Barbot, Cbiirchiir« CoUecHon, t. V, p. 490.

voix du juge, il écoute leurs dépositions, il pèse attentivement les témoignages des deux parties; et, sans aucune notion de jurisprudence , il prononce sa décision suivant les règles de la nature et du bon sens. Celui pour qui la sentence est favorable ]!>aie une rétribution , et s'étend de son long , le visage contre terre ^ pour exprimer sa reconnaissance. Ses amis le reconduisent à sa maison , en répétant le cas et la décision. Il est obligé, à son retour, de traiter ceux qui Font accompagné; et si l'affaire était d'importance, la fête dure ordinairement trois ou quatre nuits, et le jette dans de grands frais. D'un autre côté, celui qui a perdu sa cause se retire sans ressentiment et sans murmure (i).

Dans les différends ordinaires de la société, ils jurent par le nom de leur mokisso , en prononçant , dans leur langage , Kissongo wi , ou Kalikete wi , c'està-dire <, par Kissongo, ou par Kalikete : mais dans les procès et les accusations , ils ont un serment ou une épreuve solennelle , qu'ils appellent motàmba. On met au feu une hache , que le ganga , ou le prêtre de Tidole, en retire brûlante, et qu'il approche de la peau de l'accusé : si l'accusation tombe sur deux personnes, il met la hache entre les jambes de l'une et de l'autre sans leur toucher : l'ardeur du feu ne laisse-t-elle aucune impression ? c'est une preuve d'innocence ; au contraire, une trace de brûlure pi*ouve la réalité du crime (a).

L'épreuve du chilombo est à peu près de la même nature : on passe un fer rougi au feu sur la jambe de

(i) Merolla, Churchiirs Collection , t. i, p. G19 et suir. (1) Purchas's Ptl§rimage ^ vol. v, p. 766.

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Taccutë , et Tëtat de la peau fait juger du crime ou de l'innocence. UitnpoMture dei prAtret consiste ici t suivant Merolta , dans quelques pri^parations de nature froide y qu'ils tiennent cachées dans leurs mains, et dont ils ont l'adresse de frotter la jambe de Taccusë s'ils veulent te déclarer innocent. Ix) mémo auteur raconte à cette occasion (i) l'histoire d'un mulâtre chrétien , qui ayant perdu son fils par le malheur que son esclave avait eu de lui piquer Tartère dans une saignée , résolut de faire subir à l'ctsclave répreuve du chilombo. 11 le fit conduire dans uue des trois habitations des sorciers. On lui fit pasaer sur ta jambe un fer rouge qui le brûla misérablement; mais le père, furieux de n'en pouvoir tirer d'autre confession que celle d'une faute involontaire, lui fit lier les pieds et les mains, et, dans cette situation, il lui poussa plusieurs fois une torche ardente au milieu du visage. Cette indigne action fut attestée aux missionnaires par deux témoins; on leur rapporta même que l'esclave avait été presque entièrement brûlé, et jeté ensuite dans la rivière. L'auteur n'épargna rien pour faire arrêter les sorciers ; mais ils lui échappèrent par la fuite : il réussit mieux à se sai* sir du mulâtre , qui produisit aussitôt l'esclave , lié cruellement, et portant encore les traces de son supplice. Le mulâtre ayant entrepris de se justifier, Merolta prit le parti de l'envoyer h Loanda, sans oublier d'y faire transporter aussi l'esclave. Il apprit dans la suite que cette malheureuse victime avait été renvoyée libre , et que le maître était demeuré en pri-

(s) MnroUa, Churcliil)*» i-tiilttiihm^ i. i| p. fti'l

son , pour a en sortir qu*après avoir satisfait à la justice.

Les nègres de Congo ont d'autres espèces de cliilombo, sur lesquelles Merolla passe légèrement, parce que cette matière est traitée , dit-il , dans toute son étendue par Cavazzi (i).

On administre le chilombo, en mettant dans la bouche de Faccusë une racine fort tendre de bananier.. Si cette racine s'attache au palais, ou laisse quelques traces d'une substance gluante, c'est une conviction du crime. On fiiit quelquefois manger à l'accusé le fruit de l'emba, d'où se tire riiuile de palmier; et le prêtre en fait l'essai lui-mfime, pour marquer que l'innocence n'en a rien à rcdoater; mais il trouve, ajoute Merolla, le moyen de l'empoisonner aussitôt. Cependant quelques présents, qu'on lui offre en secret, ont un effet encore plus infaillible pour mettre les criminels à couvert.

Le quatrième chilombo consiste à tirer d'un pot d'eau bouillante une pierre , que le prêtre y jette mystérieusement, et qu'il tire lui-même sans se brûler. Si la main de l'accusé se ressent de la chaleur de l'eau , il est déclaré coupable. TjC cinquième , qui est particulièrement en usage dans les états du i*oi de Congo , est d'appliquer quelques petites coquilles aux tempes de l'accusé. S'y attachent- elles, il est condamné. Le sixième , dont l'usage n'est pas moins fréquent , est d'éteindre dans l'eau une torche allumée , qui est faite d'un certain bitume, distillé des arbres

(1) Cet auteur e«( cité fort souvent dans la Relation de Merolla.

du pays. On fait boire à l'accusé une partie de cette eau, qui ne lui cause aucun mal s'il n'est pas coupable. Un septième chilombo consiste de même à faire refroidir un fer rouge dans de l'eau, qu'on fait avaler. Cette méthode n'est en usage que parmi les forgerons, qui se mêlent quelquefois de sorcellerie , dit l'auteur, et que les nègres distinguent par le nom de noie fianzumdu; d'autres font l'épreuve avec de l'eau qui a servi à laver les pieds de leur maître , et qui porte le nom de nfy-a-masa. Merolla, aussi fatigué que ses lecteurs de cette ennuyeuse énumération, renvoie les curieux à l'auteur qu'on vient de nommer; mais il croit devoir ajouter les moyens qu'on emploie pour découvrit; le vol et les sortilèges, avec quelques méthodes d'absolution pour ceux qui ont heureusement subi les épreuves.

A l'égard du vol, un sorcier (i) qui tire de son office le nom de nbasi , prend un long fil de laine ou de coton, et, le tenant par un bout, donne l'autre à l'accusé^;^ ensuite il touche le milieu du fil avec un fer ardent : si le fil brûle , l'accusateur se voit condamné à payer la valeur du bien qu'il redemande ; et lorsqu'elle surpasse ses forces , il est réduit à l'eselavage. Comme il faut juger ici, suivant cette exposition , que le crime est prouvé au contraire par l'in-

(i) Pour leyer l'équiyoque, il faut répéter que les missionnaires^ capucins donnent le nom de sorciers aux prêtres idolâtres ; quoiqu'il paraisse ici et dans quantité d'autres lieux , que les nègres ont recours à ces prêtres contre les sortilèges. Il y a donc deux sortes de sorciers au Congo et dans les pays voisins ; ceux qui ne le sont que dans l'opinion des capucins , et ceux qui le sont dans ççlle des nègres.

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combustibilité du fil, rien nest plus favorable aux voleurs que ce chiiombo ; eU I on n^en sera point surpris, si Ton se souvient d'avoir lu que Tinclination au vol est un vice commun à tous les nègres. Ce})endant l'auteur ajoute que , n'ayant point eu l'occasion d'approfondir le fait, il n'ose décider si l'esprit malin s'en mêle.

Pour découvrir si quelqu'un est en commerce avec le diable, on fait dissoudre dans l'eau une certaine racine nommée nkassa; on fait avaler cette liqueur à la personne suspecte; ensuite on la livre à plusieurs hommes robustes , qui l'agitent et la secouent avec si peu de ménagement , qu'elle ne manque point de perdre* bientôt connaissance. L'auteur ajoute que cet évanouissement peut venir aussi du poison qu'on mêle dans la liqueur; mais il n'explique point quelles inductions on en tire pour l'éclaircissement de la vérité. Lorsqu'un accusé sort victorieux de l'épreuve, le ganga ou le prêtre lui frotte la langue d'huile de palmier, et lui donne l'absolution avec quelques paroles mystérieuses.

Enfin l'auteur rapporte ime autre sorte d'épreuve, qui se fait, dit-il, non par la main trompeuse d'un prêtre, mais par celle de quelque homme de qualité. Si deux nègres s'obstinent à plaider, et si la vérité paraît cachée dans les détours de la chicane , le juge somme les deux parties de se présenter à son tribunal. U leur applique sur le fi*ont une petite coquille de mer, et leur fait baisser la tête. Celui qui laisse tomber le premier sa coquille est reconnu pour l'im-* posteur, et l'autre est renvoyé triomphant.

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CHAPITBE VL

Ùeêct'tpikm au royaume ie Vùtifp ùu &Au§^à f «t tkrfigtfèll«y ielon Im plu» fffid«fM toy«g«tfr»/

L« t^table ticmi de eetto eontrée irtt Dcnigc^/ 1^^ PortugAλ Tcnit tiointn^ Aiig6rt« ^ dti pr«tnf«r pri ii€« qui Tut urp« êm h couronne àe Congo. Elle paftiàt untimnemmi le nom âtAmhanàe^ et «e* haîyitMft» te nomment encore Ambondo» (f).

Ije royunme d'Angola ^ «elon Depper^ e»t bornée iw nord ^ par cflui de Congo ^ dont il e»t sépftf^/ }Mrr lu rivière de Dendii^ communiiplefit^ dit^on ^ iitee ee\h de Bengo ; k Yeêtf pur le rojuitme de Malamba ^ «u »(id, par Benguella^ à 1 ot]^<(t , par TOcëan. tiu êitmiion r»( entre »ept degr^» trente minute»^ et dix degr^aquarante minute» de latitnde du mu)^ et etûre trente-deux et quarante^in degr^» vingt minute» de longitude mi^ k partir du méridien de Die de Fer. On lui donne environ cinq cent dii mille» de longueur île Toueat k Test, »ur cent quatre-vingt-dix de largeur du nordaUMid (7i).

Pigafetta semble renfermer ftenguella dau» le*

(f) l>'«tiffe» ée/itent AhtihiUtu ëi AImntioM.

SUR ]X)lfGO OU AifGOLA. 'jS

limites d^AngoIa, lorsqu'il étend Angola nu sud jusqu'au cap Negro, et. qu'il place la baie A& Vaches au centre de ses côtes (i). Batte! dit auâsi que le royaimie d'Angola contiwit, jusqu'à ce cap, un grand nombre de seigneuries au long die la côte (a).

Le pays est arvosé par quantité de rivières , telles que Bengo,Goanza , Lucala etCalucala. A la description qu'on a déjà lue des deux premières, qous ajouterons, d'après Dapper, que l'embouchure de la Quanza ou Coanza est à six lieues au sud 4e la rade des Dormeurs , à vingt du cap Palmarinho , et à sept du cap Ledo au ndrd. Comme on n'a jamais connu d'Européens qui aient remonté jusqu'à sa source , on peut dire qu elle est ignorée, quoiqu'on ait prétendu , sur des conjectures incertaines , qu'elle la tirait du lac Zambre. Cette rivière a beaucoup de ressemblance avec celle de San-Lucar en Espagne. Sa largeur, à l'entrée, est d'environ une lieue. Sa plus grande profondeur est du côté* du nord. Dans la haute marée, son canal a douze pieds d'eau, qui se réduisent à quatre après le reflux. Elle ne manque point d'eau dans l'intérieur ; mais elle est obstruée par de grandes cataractes qui ne permettent point de remonter au-delà de Cambambé , village à cent quatre-vingts milles de la mér. Elle descend de lest à l'ouest , par quantité de détours , qui font compter trente lieues pat- eau depuis son embouchure jusqu'à l'île de Mochiama, quoiqu'en droite ligne,, par le chemin de terre, il n'y en ait pas plus de vingt. Il

(i) PigafeUa , Relatiofte del reame di Congo, p. i8. (3) Dans Purchasy yol. y, p. 766.

n'est pas aise de reconnaître la rivière de Coanza du côté de la iner, parce qu'elle présente une île couverte de bois, qui la cache presque entièrement (i). Elle forme, dans son cours, plusieurs autres petites îles. Celle de Massander, ou de Massandra, qui est à trente milles de l'embouchure , n'a pas moins de quatorze milles de long sur deux de large. Elle produit plusieurs sortes de végétaux, surtout du manioc d'une épaisseur extraordinaire, du millet qui donne trois moissons chaque année , des palmiers et des goyaves.

Trente-six ou tren te-huit milles plus haut , on trouve une autre île , nommée Mochiama ou Muxima (a), longue de dix milles et largue de deux. La terre en est basse, à l'exception de deux montagnes, qui offrent toutes sortes d'herbes et de pâturages, et qui nourrissent un grand nombre de chèvres ^ de moutons , de porcs et de volaille. Cinq ou six familles portugaises ^ qui s'y étaient établies depuis quelques années, s'étaient procuré quantité d'esclaves, et tiraient leur principale subsistance du manioc.

La rivière de Lucala, que Pigafetta nomme Luiola , tire sa source du paysd'Amboille, assez près de celle de la Danda, et, coulant au sud-ouest, elle tombe dans la Coanza, à quatre-vingt-dix milles de la mer.

La Calucala est une petite rivière qui traverse le royaume d'Ilamba , avec un si grand nombre d'anses et de détours , que de quarante-deux districts dont

(i) Dapper, Afrique, p. 36 1.

(3) Cette île se trouve nommée Motahoama , Motihiama et Motehiama. Delisle et d* An ville écrivent Maohima.

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