‹ Collection GalliaChapitre 17 sur 70 · A LA MI-CARÊME · texte numérisé non relu

A LA MI-CARÊME

A ce bruit qui nous quitte, on court avec ardeur; La valseuse se livre avec plus de langueur:

Les yeux sont plus hardis, les lèvres moins avares ; La lassitude enivre, et l’amour vient au cœur.

< S'il est vrai qu'ici-bas l’adieu de ce qu’on aime Soit un si doux chagrin qu’on en voudrait mourir, C’est dans le mois de mars, c’est à la mi-carême Qu'’au sortir d’un souper, un enfant du plaisir

Sur la valse et l’amour devrait faire un poème,

Et saluer gaîment ses dieux prêts à partir.

Mais qui saura chanter tes pas pleins d'harmonie, Et tes secrets divins, du vulgaire ignorés,

Belle Nymphe allemande aux brodequins dorés ? O Muse de la valse! 6 fleur de poésie!

Où sont, de notre temps, les buveurs d’ambroisie Dignes de s’étourdir dans tes bras adorés ?

Quand, sur le Cithéron, la Bacchanale antique

Des filles de Cadmus dénouait les cheveux,

On laissait la beauté danser devant les dieux ;

Et si quelque profane, au son de la musique, S’élançait dans les chœurs, la prêtresse impudique

De son thyrse de fer frappait l’audacieux.

Il n’en est pas ainsi dans nos fêtes grossières ; Les vierges aujourd’hui se montrent moins sévères, Et se laissent toucher sans grâce et sans fierté

Nous ouvrons à qui veut nos quadrilles vulgaires; Nous perdons le respect qu’on doit à la beauté, Et nos plaisirs bruyants font fuir la volupté.

Tant que régna chez nous le menuet gothique, D'observer la mesure on se souvint encor.

Nos pères la gardaient aux jours de thermidor, Lorsqu’au bruit des canons dansait la République, Lorsque la Tallien, soulevant sa tunique,

Faisait de ses pieds nus craquer ses anneaux d'or.

» s Autres temps, autres mœurs; le rhythme et la cadence

Ont suivi les hasards et la commune loi.

Pendant que l’univers ligué contre la France S’épuisait de fatigue à lui donner un roi,

La valse d’un coup d’aile a détrôné la danse.

Si quelqu'un s’en est plaint, certes ce n’est pas moi.

Je voudrais seulement, puisqu'elle est notre hôtesse,

Qu'on sût mieux honorer cette jeune déesse.

Je voudrais qu’à sa voix on pût régler nos pas,

Ne pas voir profaner une si douce ivresse,

Froisser d’un si beau sein les contours délicats,

Et le premier venu l’emporter dans ses bras.

C’est notre barbarie et notre indifférence Qu'il nous faut accuser; notre esprit inconstant

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