A MADEMOISELLE ANAÏS RONDEAU
QUE rien ne puisse en liberté Passer sous le sacré portique Sans être quelque peu heurté Par les bornes de la critique, C’est un axiome authentique.
Pourquoi tant de sévérité ?
Grétry disait avec gaîté:
« J'aime mieux un peu de musique Que rien. »
A ma Louison ce mot s’applique.
Sur le théâtre elle a jeté Son petit bouquet poétique.
Pourvu que vous l’ayez porté, Le reste est moins, en vérité, Que rien.
SONNET
SE voir le plus possible et s'aimer seulement,
Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,
Sans qu’un désir nous trompe, ou qu’un remords nous ronge,
Vivre à deux et donner son cœur à tout moment;
Respecter sa pensée aussi loin qu’on y plonge, Faire de son amour un jour au lieu d’un songe, Et dans cette clarté respirer librement, — Ainsi respirait Laure et chantait son amant.
Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,
C'est vous, la tête en fleurs, qu’on croirait sans souci,
C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi.
Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci:
Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.