TROISIÈME PÀBTIE /CHAPITRE III. CCIII
tète, et portant une eoupe d'or à la main , suivi des douze conseillers, se promenait en chantant tout autour de la table; puis , s' approchant de celui qu'ils avaient choisi, il lui offrait à boire. Le nouveau règne commençait immédiatement; car le serment défendait à tous les confrères de refuser cet honneur. Aussitôt que le nouveau prince avait été choisi , pourvu qu'il n'y eût dans la salle aucune personne étrangère à la confrérie (1), et que la chanson couronnée Tannée passée eût été honorablement suspendue au-dessous du blason des armoiries du prince, le concours du chant commençait. Le prix était une couronne d'argent, et immédiatement après que le vainqueur avait été couronné , tous les compagnons sortaient de la salle, montaient à cheval , et marchaient processionnellement dans la ville, ayant à leur tète le vainqueur du chant, accompagné du prince de l'année passée et du prince qui venait d'être élu. Arrivé au logis du vainqueur, tous mettaient pied à terre et f étaient illoc une danse avant le départir.
Sans doute que les habitants de Londres, au xive siècle, étaient aussi portés vers le faste qu'ils le sont encore aujourd'hui; car les princes du Puy rivalisèrent de luxe, et comme les frais de la fête étaient presque entiers à leur charge, plusieurs s'y ruinèrent, tandis que d'autres, désespérant de soutenir une telle noblesse, se retirèrent de la confrérie.
Pour remédier à ces abus, on fit de nouveaux règlements qui mirent à la charge de la confrérie tous les frais de la fête, excepté ceux des costumes. Le menu du repas fut fixé, et il fut ordonné que dorénavant l'intérieur et l'extérieur de la salle ne seraient plus tapissés, comme ils l'avaient été, de draperies d'or et de soie, mais seulement ornés de feuillages et de fleurs. Il n'y eut d'exception que pour le siège où les concurrents devaient chanter leurs chansons, et qui devait toujours être recouvert de drap d'or.
Un clerc attaché à la confrérie était chargé de tenir des registres sur lesquels étaient soigneusement inscrits les noms et les adresses de chacun des confrères, afin qu'on pût aisément les convoquer au besoin. Chacun d'eux devait assister aux funérailles de leurs confrères, et même à leur mariage. Dans ce cas, l'époux donnait un chapeau pareil à chacun des associés.
Je me suis arrêté longtemps sur ce document important et curieux, pour montrer combien se tromperaient ceux qui prendraient le Puy de Londres pour une de ces assemblées tumultueuses et dignes de mépris dont Martin Lefranc parle souvent dans son Champion des dames. Cette espèce de réaction qui fit établir
(1) (hMiqu'uiM chanson royale , dit un Article 4e ces statats . soit priocipalwneat censurée à eéleVer les dames * cependant aucune femme ne peut assister à la fête ; c'est pour apprendre aux compagnons qu'il fout honorer , chérir et louer les dames , à toute heure , en tout lieu , qu'elles soient présentes ou absentes.
CC1V INTBODUCTION.
simultanément en Angleterre et en France tant d'associations littéraires, précisément h l'époque ou disparaissaient les troubadours et les mœurs chevaleresques qui les avaient soutenus, me paraft un fait qui n'a peut-être pas été assez étudié.
Au folio 187 du Liber custumarium recommence la transcription, par une autre main, des principales chartes de la cité; Tune d'elles (fol. 246) exempte les habitants de Londres des droits de Englesherie.
Au folio 275 , d'une écriture bien postérieure à celle du reste du manuscrit , commepce une longue et curieuse pièce : Processus foetus ad coronationem domini régis Anglie, Ricardi secundi. Il s'agit des divers droits que des particuliers prétendaient exercer lors du couronnement des rois d'Angleterre. L'un d'eux demandait que le Roi vint laver ses mains chez lui ; l'autre réclamait l'honneur de soutenir son bras droit; le maire de Londres, de lui servir à boire, etc., etc., etc.
Le manuscrit se termine par un ou deux folios de comptes faits.
liber juger antba albus it albi LiBRi transcriptom (Archives de la mairie de Londres).
Le manuscrit qui porte aujourd'hui le titre de Liber niger portait autrefois celui de Liber albus, comme nous l'apprend un poète du xvie siècle dans ces vers, transcrits sur le premier folio de garde :
Qui liber albus erat, nunc est contrarius albo : Factus est et est unctis pollicibusque niger. Dum tamen est extans, istum describite librum , Ne semel amisso , postea nullus erit.
Quod si nullus erit , nonnulla est nostraque culpa : Hei ! pretii summi perdita gemma , vale !
Ce volume fut écrit en 141 9, par Carptenter : il était probablement clerc de la ville, et nous a expliqué, dans une préface, le motif de sa compilation. Carpenter, qui malheureusement manquait de critique, avait fait un répertoire ou une analyse raisonnée de tout ce qui se trouvait alors dans les archives de la cité. Il en avait formé une multitude de traités séparés, dont une table des matières rendait l'usage assez facile. J'ai cité, en parlant de la mairie de Londres, le commencement de son article sur les maires ; mais si j'avais voulu indiquer ici tout ce qu'il y a d'intéressant et de curieux dans cet ouvrage, il m'eût fallu le copier en entier , car l'auteur, en retraçant l'histoire des diverses magistratures municipales , s'est presque toujours appuyé sur les documents qu'il avait sous les yeux.