TROISIÈME PARTIE, CRÉPITHE VII. OOCXII
aima miens faire, sous la responsabilité de ceux qui l'exigeaient , va serment qui ne devait être valable qu'autant qu'il était réellement exigible.
Du reste, il est fort possible que , malgré le silence de notre document, des protestations aient été faites par d'autres que par les anciennes cités. Du moins un acte conservé dans les archives de la petite ville de Saint-Macaire semble le prouver. Cet acte, que je n'ai pas vu, est intitulé, dans l'inventaire des archives de cette ville : Privilège accordé aux habitants de n'être pas obligés de sortir de leur ville pour prêter serment au Roi. Cette pièce est datée du 18 juillet 1363 , c'est-à-dire de trois jours après le serment qui fut fait par les députés de Saint-Macaire à Bordeaux. Peut-être le Prince, obligé d'accorder cette déclaration aux mandataires des grandes villes, voulut-il en donner une semblable è toutes ou à quelques-unes de ces petites villes ; mais, ce qui ferait croire que les représentants de toutes les villes s'étaient entendus pour protester , et que l'omission de leur protestation vient de l'inadvertance du notaire rédacteur ou du copiste qui transcrivit l'acte au xv* siècle, c'est que, selon cette copie, la commune de Dax, l'une des plus turbulentes de la Gascogne et qui s'était toujours qualifiée de cité, semblerait n'avoir pas protesté. Mais, je le répète , cette différence peut d'autant mieux venir d'une inadvertance du rédacteur ou du copiste de ce procès-verbal, que ce document ne mentionne pas l'hommage de la ville de Bordeaux, qui ne protesta pas sans doute, puisqu'elle fit et reçut le serment dans ses murs; mais enfin fit hommage, comme le constate le procès-verbal particulier qui est conservé dans les archives de sa mairie ; et que d'ailleurs notre document ne mentionne, dans toutes les sénéchaussées de la Saintonge, Poitou, Limousin, Quercy, Berry, etc., que l'hommage d'une seule autre ville, celle de Niort.
Ces omissions ne doivent pas surprendre ; il faut songer que ces hommages, considérés autrefois et jusqu'à nos jours comme beaucoup moins importants que ceux des moindres vassaux, ont pu être volontairement passés sous silence par les copistes qui nous les ont transmis. Nous voyons en effet que les hommages rendus par les villes ne se trouvent que dans une des trois copies qui nous sont parvenues, et que de l'une de ces copies, le savant Ducange avait soigneusement exclu l'un des hommages les plus remarquables, uniquement sans doute parce que celui qui le prêta, P. Caillau, se qualifiait de bourgeois de Bordeaux, et protestait que, malgré son hommage, il ne se deportoit de sa borgesie. Le savant historiographe n'avait évidemment que faire d'un vassal si obstiné dans sa bourgeoisie, et ne voulut pas compromettre la noblesse en perpétuant un pareil souvenir. On sait aujourd'hui que les plus hauts barons, et P. Caillau était de ce nombre, recherchaient alors le titre de bourgeois dans les grandes communes, avec autant d'empressement que les rois en mettaient à les en éloigner.
GGXXX INTRODUCTION.
Les villes inscrites comme ayant en? oyé des députés à Bordeaux sont au nombre de 45. Le chiffre de leurs représentants n'était pas fixe. La Réole en envoya 14, Condom 6 ; deux petites villes du Bigorre n'en envoyèrent qu'un ; il y en eut en tout 201 (1). Les représentants des villes de Bigorre n'arrivèrent que cinq jours après les autres ; il est probable que deux consuls de Mauléon (2), capitale de la Soûle, qui n'avaient pu ou voulu venir à Bordeaux, furent contraints d'aller retrouver le Prince jusqu'à Poitiers.
Une circonstance à remarquer, c'est que les représentants des villes et même des bastides sont très-souvent des membres des premières familles de la noblesse : les 8 députés de la bastide de Sauveterre sont tous chevaliers. Parmi les représentants de la Réole, cinq chevaliers prennent aussi le titre de bourgeois, et l'un d'eux est Raimond de Pelegrue, membre d'une famille illustre, et qui était en même temps mandataire de trois villes : la Réole, Sauveterre et Montsegur. Un des députés de la ville de Penne est un prêtre.
(1) En 1Ï73, Edward I" avait demandé douxe prud'hommes à la commune de Bordeaux pour lui faire hommage.
(3) La Tille de Mauléon en Poitou n'avait pas alors de consuls, et ce serait d'ailleurs une étrangeté que cette petite ville du Poitou eût été la seule dont le procès-verbal eût mentionné l'hommage dans cette province.