‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 12 sur 331 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE IL XV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE IL XV

» mandie, la Guienne et les antres contrées qu'ils possédoient autrefois en France»

» emportèrent une partie des titres et des registres de ces provinces Mais ce

» n'est point dans la Tour de Londres, c'est dans l'Échiquier que ces pièces furent » remises par les Anglois. C'est donc dans les bureaux de l'Échiquier que Ton doit » chercher les titres emportés par les Ànglois lorsqu'ils sortirent de France. Aussi y » trouve-t-on un grand nombre de chartes concernant les villes de la Normandie»

» de la Guienne etc. (1) » En présence d'un témoignage si formel et d'une

tradition si généralement répandue» il n'était guère permis de conserver des doutes. Le livre de Thomas Carte prouvait d'ailleurs, non-seulement qu'il existait à la Tour de Londres au moins vingt mille pièces concernant la France, mais qu'il devait s'en trouver beaucoup d'autres encore dans les archives de l'Échiquier. Dès lors, toutes les pensé» se tournèrent vers les archives d'Angleterre» et le gouvernement français conçut et reprit plusieurs fois le projet d'y faire exécuter des recherches.

M. d'Argenson chercha pendant longtemps l'occasion d'acquérir les documents qu'il supposait nous avoir été enlevés et ne perdit jamais de vue ce projet. Ses successeurs, partageant son opinion, crurent qu'il était urgent d'avoir au moins des copies de ces titres, et dès que les circonstances le permirent, Us se hâtèrent d'en préparer les moyens.

La paix de 1762 parut une occasion favorable. M. Durand, notre représentant à Londres, vit de ses propres yeux, dit Brequigny, lamas immense de ces titres; il en rendit compte au ministre du roi; M. le duc de Nivernois, plénipotentiaire de la France, pressentit la- possibilité d'en avoir communication, et M. le duc de Praslin fournit les moyens d'en avoir des copies. Ce projet se liait d'ailleurs d'une manière intime à l'ensemble des grandes entreprises littéraires que le gouvernement faisait alors exécuter, sous la direction d'un ministre auquel la science sera éternellement reconnaissante du zèle avec lequel il dirigea les travaux historiques qui lui étaient confiés. M. Bertin, déjà chargé par le roi de tout ce qui intéressait les missions en Asie et l'histoire de France, fut aussi chargé d'assurer et surveiller l'exécution d'un projet auquel il attachait un très-haut intérêt. Ce ministre désigna pour aller à Londres un des savants qu'il consultait le plus souvent, un des hommes les plus considérés dans la science, M. le marquis de Brequigny, alors Agé de cinquante ans, et l'un des membres les plus influents de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres.

Le marquis de Brequigny, dont la célébrité et la considération venaient d'être encore augmentées par l'éclat de cette mission, quitta Paris au commencement de mai 1764. Il partit en poste, accompagné de trois domestiques, dont l'un, tout

(1) Tb. Carte ; Catalogue de» toile» gatcons, etc. Londres, 1743, C i, page ft.

XVI INTRODUCTION

porte à croire que c'était l'infatigable et savant Mouchet, portait le titre de valet de chambre secrétaire. Un autre commis partit deux jours après, et quatre autres devaient bientôt venir compléter l'effectif de cette véritable ambassade littéraire.

Quand Brequigny arriva à Calais, les paquebots ne traversaient pas depuis quelques jours, à cause du gros temps, et l'illustre voyageur fut obligé de fréter un navire pour lui, ses gens et sept très-grandes caisses de livres et d'ustensiles de cuisine. Pendant la traversée, l'eau de la mer gâta la plupart des livres, et quand on débarqua, les caisses elles-mêmes furent brisées (1). Le savant académicien, arrivé à Londres, s'installa, avec son bagage et ses gens, dans un logement voisi» des archives, où il devait commencer ses recherches, et se mit aussitôt à l'œuvre, car le plan de son travail était tracé d'avance. Thomas Carte, ayant indiqué l'Échiquier comme le dépôt où les pièces enlevées à la France avaient été placées, ce fut dans les archives de l'Échiquier, dont M. le comte de Guerchy, notre ambassadeur, avait d'avance obtenu l'entrée, que Brequigny entreprit ses recherches.

Les employés de l'Échiquier, auxquels on avait demandé communication des archives enlevées à la France, et qui ne les trouvaient dans aucune des partie» connues de leurs dépôts, livrèrent à Brequigny un grenier d'une longueur immense, rempli jusqu'au comble de vieux parchemins, accumulés sans ordre, et que l'on y abandonnait à la pourriture comme inutiles. S'il faut en croire notre académicien, ce grenier, qui n'avait pas moins de 60 pieds de long, n'en avait pas plus de quatre de hauteur, de telle sorte qu'il n'y avait de place ni pour écrire, ni pour se tenir debout. Témoins de son zèle, les surveillants qu'on lui avait donnés riaient, dit-il, de l'inutilité de ses recherches ; mais leurs railleries ne le décourageaient pas.

Brequigny fit travailler très-longtemps seulement à mettre à part les pièces qui concernaient la France, et qu'il espérait, comme il le dit lui-même, pouvoir emporter chez lui sur son récépissé (2) . En attendant il visita le Musée Britannique , dont les conservateurs lui montrèrent une très-belle collection de chartes, en lui promettant, non-seulement de les lui laisser transcrire, mais encore de lui procurer l'entrée de tous les dépôts de titres qu'il y avait à Londres, et qui étaient alors si nombreux» dit Brequigny, que leur liste imprimée formait à elle seule tout un volume.

Au mois de juillet, Brequigny envoya à M. le duc de Praslin un mémoire détaillé sur ses travaux, et un catalogue des pièces qu'il avait copiées dans divers dépôts ; mais loin d'avoir trouvé les papiers enlevés à la France , il n'avait encore

(1) Brequigny fut obligé de laisser ses voitures dans une auberge à Calais : l'auberge se brûla et avec elle deux selles et trois paires jta bottes de notre académicien. Bibl. royale, cab. des manuscrits Carton* de Brequigny, n° 27, liasse V9 n° 2. Frfis de voyage présentes à M. de Praslin, le 16 janvier 1765.

(2) Dès le 27 mai, Brequigny se présenta à ce sujet chezmylord Mansûeld, lord chef de la justice, qui lui promit de faire en sorte dé lui obtenir cette permission.

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