‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 13 sur 331 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE H. XVII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE H. XVII

rencontré que d'anciens comptes des revenus de la couronne d'Angleterre, avec leurs pièces justificatives (1).

Au Musée Britannique, où notre savant avait entrepris le dépouillement de la bibliothèque Cottonienne et d'une collection composée de quatorze mille chartes originales, Brequigny avait été plus heureux; mais la nature des documents qu'il avait rencontrés et leur origine bien connue ne permettaient pas plus qu'à l'Échiquier de supposer que ce fût là le résultat de la spoliation des archives françaises. Cependant M. Bertin, qui croyait que, si les pièces emportées par les Anglais fugitifs pouvaient se trouver dans les archives de l'Échiquier, les archives enlevées à Philippe-Auguste, à Bel le loge, devaient se trouver à la Tour, et ne voulait pas que Brequigny négligeât un point aussi essentiel de sa mission, lui écrivait avec instance de ne pas oublier de visiter la Tour. Mais on n'était pas alors accoutumé à franchir la distance qui sépare la Tour de Londres du palais de Westminster, avec la même facilité qu'on le fait aujourd'hui, et Brequigny voulait changer de domicile avant d'aller travailler à la Tour. En attendant, il trouvait au Musée Britannique, dans les soixante volumes in-folio de copies préparées pour le supplément de Rymer, une grande quantité de documents qu'il faisait transcrire, pour n'avoir plus qu'à les collationner sur les originaux.

Les quatre commis arrivés de Paris au mois d'août 1764, furent employés au Musée (2), et Brequigny transmit à M. Bertin, avec le détail des richesses découvertes dans ce dépôt, un mémoire sur la nature des archives de l'Échiquier. On voit dans ce mémoire que l'idée fixe de retrouver les archives enlevées à la France n'abandonnait pas plus Brequigny que M. Bertin, et que n'ayant pu obtenir, pendant l'absence des ministres anglais, l'entrée des archives de la trésorerie de l'Échiquier, notre savant prétendait que malgré les dénégations des archivistes, il espérait toujours trouver à l'Echiquier les papiers apportés de France et qui certainement, disait-il, doivent s'y trouver quelque part. D'autres motifs soutenaient d'ailleurs les espérances de Brequigny. M. Webb, solliciteur de la trésorerie de l'Échiquier, lui avait promis de lui montrer des titres nombreux concernant la France, qui s'étaient trouvés chez un particulier, et notre confiant académicien faisait part au ministre de ses espérances contradictoires, avec une naïveté étonnante.

Partout d'ailleurs notre envoyé rencontrait chez les savants anglais un empressement et une obligeance dont il ne pouvait assez se louer (3). Le roi d'Angleterre

(1) On verra plus tard qu'après avoir travaillé à l'Échiquier avec deux commis, pendant près de trois mois, Brequigny n'en retira que cent soixante documents.

(2) L'un de ces commis, le sieur Clabaud, éprouva quelques pertes dans la traversée ; un autre, le sieur Bazout, fut quelque temps après recommandé à la bienveillance du ministre, à cause de son application à V étude de la langue anglaise.

(3) «Je voudrais, disait-il, rappeler ici les noms de tous les savants anglois dont j'ai éprouvé les bon-

XVIII INTRODUCTION

lui-même daigna lui témoigner plusieurs fois l'intérêt qu'il prenait h ses recherches. Brequigny n'avait point encore visité la Tour, ni retrouvé les documents cherchés depuis si longtemps avec une présomptueuse confiance ; cependant il vint à Paris vers le mois de novembre 1764; et pendant son absence, son secrétaire, le savant Mouchet, fut chargé du soin de diriger ses travaux. Quand Brequigny fut de retour en Angleterre, Mouchet vint à Paris surveiller l'impression de la table des diplômes, et trois copistes anglais le remplacèrent à Londres.

Le 26 août 1765, Brequigny obtint un arrêt du conseil qui l'autorisa à délivrer aux particuliers des copies authentiques des pièces qu'il découvrait et qui devaient tenir lieu des originaux.

C'est seulement au mois de septembre 1765 que Brequigny entreprit enfin le dépouillement des archives de la Tour : avant de commencer il eut à surmonter quelques difficultés; non pas telles que nos préjugés nous portent naturellement à l'imaginer, et telles que Brequigny lui-même ne fut pas fâché de le faire supposer; mais d'une toute autre nature. Henri Rooke, qui était alors garde principal des archives de Rolls chappell et de la Tour, accueillit Brequigny avec bienveillance et se prêta d'assez bonne grâce à ses recherches ; mais quand il s'agit de prendre des copies de l'immense quantité des documents que Brequigny désignait, il s'éleva entre eux une contestation, dont les notes conservées à la Bibliothèque Royale nous présentent les détails sous un tout autre aspect que celui que leur donnait l'académicien français dans sa correspondance avec M. Bertin. En effet, dans ses lettres au ministre, Brequigny se plaisait à entourer ses recherches de difficultés imaginaires. « C'est avec la plus grande satisfaction, monseigneur, écrivait-il (1), que je vois » s'accroître une collection d'autant plus importante qu'il étoit plus difficile de se la » procurer. Le garde principal s'est prêté jusqu'ici d'assez bonne grâce à mes re- » cherches, d'autant plus volontiers que je ne les ai présentées que comme celles » d'un particulier qui travaille pour son instruction propre. Je doute que j'eusse pu » réussir si l'on m' a voit soupçonné de vues plus étendues. La nécessité de cacher » ces vues m'oblige d'éviter tout ce qui pourroit donner le plus petit éclat à mon » travail, que je rends aussi obscur qu'il m'est possible. C'est par cette raison que » je n'ai que deux copistes à la Tour ; un plus grand nombre ferait ombrage. »

Quel ombrage pouvaient cependant susciter les travaux de notre académicien à la Tour? Comment supposer qu'il y ait eu alors à Londres assez peu de rapports entre les divers gardiens des archives royales pour que la nature des travaux exécutés si officiellement depuis dix-huit mois dans les dépôts de l'Échiquier, du Musée Bri-

tés. J'en conserverai ton le ma vie le plus tendre souvenir. Qu'il me soit au moins permis... ô"immortafiser ma reconnoissance. »

(1) Lettre du 8 octobre 1765.

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